{"id":594,"date":"2011-11-20T20:32:17","date_gmt":"2011-11-20T19:32:17","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=594"},"modified":"2021-09-12T19:51:14","modified_gmt":"2021-09-12T18:51:14","slug":"hannart-theodore-1885-1952","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2011\/11\/20\/hannart-theodore-1885-1952\/","title":{"rendered":"Hannart, Th\u00e9odore (1885-1952)"},"content":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin<\/p>\n<p>N\u00e9 \u00e0 Roubaix (Nord) en 1885, mariage en 1909. P\u00e8re de deux filles en 1914. Fils de Georges Hannart, qui avait fond\u00e9 une grande teinturerie industrielle \u00e0 Wasquehal en 1895. L\u2019appr\u00eat Hannart \u00e9tait une r\u00e9f\u00e9rence mondiale en mati\u00e8re de teinturerie avant 1914. Th\u00e9odore Hannart est un membre de la bourgeoisie catholique flamande du nord de la France&nbsp;; tr\u00e8s croyant et pratiquant&nbsp;; en 1914 il dirige \u00e0 29 ans la teinturerie de Wasquehal qui a compt\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 2000 ouvriers. Il rejoint comme r\u00e9serviste le 243<sup>e<\/sup> RI (Lille \u2013 caserne Souham) et son unit\u00e9 est rattach\u00e9e \u00e0 la 51<sup>e<\/sup> DR tout le temps de son engagement au front. Il a le grade de sergent, dans le rang ou assurant un temps la liaison avec le bataillon. Il est gri\u00e8vement bless\u00e9 par un \u00e9clat et \u00e9vacu\u00e9 en juin 1915 (cl\u00f4ture de son r\u00e9cit).<\/p>\n<p>2. Le t\u00e9moignage<\/p>\n<p>Le r\u00e9cit de Th\u00e9odore Hannart a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 en 1916 dans le sud de la France, apr\u00e8s que, bless\u00e9 lors des combats d\u2019Artois le 10 juin 1915, il ait \u00e9t\u00e9 hospitalis\u00e9 tout l\u2019\u00e9t\u00e9 1915 et r\u00e9form\u00e9 le 8 novembre de cette m\u00eame ann\u00e9e. Un exemplaire dactylographi\u00e9 existait \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 Historique de Villeneuve d\u2019Ascq et, avec l\u2019approbation de Madame Requillart n\u00e9e Hannart, fille du t\u00e9moin, la Soci\u00e9t\u00e9 a \u00e9dit\u00e9 les \u00ab&nbsp;vieux souvenirs de guerre 1914\u20131915&nbsp;\u00bb en 1998. La publication est introduite par un texte document\u00e9 de S. Calonne, pr\u00e9sident de la Soci\u00e9t\u00e9. Le r\u00e9cit de 125 pages, minutieux, semble avoir \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 d\u2019apr\u00e8s des carnets de route (pr\u00e9cision des lieux et des dates). Il s\u2019agit d\u2019un texte de 1916, relativement proche chronologiquement des \u00e9v\u00e9nements narr\u00e9s et qui ne conna\u00eet pas l\u2019\u00e9volution et l\u2019issue du conflit&nbsp;; en cela, m\u00eame s\u2019il pose les probl\u00e8mes classiques de la distance m\u00e9morielle, il apporte un t\u00e9moignage entre le carnet imm\u00e9diat et le souvenir \u00e0 plusieurs d\u00e9cennies de distance&nbsp;; reste que son titre (\u00abvieux souvenirs&nbsp;\u00bb) \u00e9voque une reprise tardive.<\/p>\n<p>3. Analyse<\/p>\n<p>Le t\u00e9moignage pr\u00e9sente plusieurs angles int\u00e9ressants:<\/p>\n<p>&#8211; description de la mobilisation, du sentiment des hommes et des familles, du d\u00e9part<\/p>\n<p>&#8211; engagement dans la bataille des fronti\u00e8res en Belgique, guerre de mouvement, combat d\u2019Onhaye (23 ao\u00fbt 1914), de Saint-Pierre (30 ao\u00fbt 1914)<\/p>\n<p>&#8211; stabilisation progressive apr\u00e8s la Marne (poursuite\/stabilisation oct. et nov. 1914, secteur de Reims, La Neuvillette, Cormontreuil, Prunay)<\/p>\n<p>&#8211; l\u2019offensive (Artois, secteur d\u2019H\u00e9buterne mai 1915): pr\u00e9paration, ambiance, tension, l\u2019assaut, le combat, les prisonniers, l\u2019\u00e9chec&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; le v\u00e9cu d\u2019un sous-officier (ce qui n\u2019est pas le t\u00e9moignage le plus courant), et en m\u00eame temps les consid\u00e9rations d\u2019un grand bourgeois, mais proche du rang, sur les op\u00e9rations, la hi\u00e9rarchie et ses camarades<\/p>\n<p>&#8211; la sensibilit\u00e9 aux \u00e9v\u00e9nements d\u2019un patron catholique, tr\u00e8s croyant, conservateur et patriote.<\/p>\n<p><em>Manque d\u2019\u00e9quipement, mi-septembre 1914, dans une \u00ab&nbsp;campagne contre l\u2019Allemagne&nbsp;\u00bb pr\u00e9vue pour \u00eatre courte<\/em><\/p>\n<p>p. 66 \u00ab&nbsp;Ces premi\u00e8res nuits dans les tranch\u00e9es, sans abri, sans couverture, sans toile de tente, presque tous les hommes d\u00e9pourvus de veste et de lainage, ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s dures. C\u2019\u00e9tait la fin de septembre, et le d\u00e9but d\u2019octobre&nbsp;; nuits de brouillard glac\u00e9. Les hommes grelottaient sur place, engourdis, transperc\u00e9s par l\u2019humidit\u00e9, abattus par le sommeil (&#8230;) Nos v\u00eatements, capotes, pantalons surtout, \u00e9taient en lambeaux. Parfois, au cantonnement de repos, arrivaient une dizaine de pantalons \u00e0 distribuer&nbsp;; le Capitaine faisait alors rassembler les hommes dont le pantalon \u00e9tait le plus endommag\u00e9. Il en passait la revue, et c\u2019\u00e9tait une sc\u00e8ne plut\u00f4t comique de voir la collection&nbsp;; chacun faisant valoir l\u2019\u00e9tat plus minable des genoux ou des fonds, montrant sans vergogne les pans de chemise, par des ouvertures peu r\u00e9glementaires.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p><em>Fusill\u00e9s &#8211; guerre de mouvement<\/em><\/p>\n<p>6 septembre1914, bataille de la Marne <em>en soutien d\u2019artillerie<\/em> : \u00ab&nbsp;A 7\/800 m\u00e8tres derri\u00e8re nous se passe un drame p\u00e9nible&nbsp;; nous voyons d\u00e9filer des compagnies ba\u00efonnette au canon. C\u2019est la parade d\u2019ex\u00e9cution de huit soldats du 327<sup>e<\/sup>, qui, pris hier dans une panique de troupes se repliant de la premi\u00e8re ligne, poursuivis par des obus, sont tomb\u00e9s sur le G\u00e9n\u00e9ral Boutgourde, qui, sans piti\u00e9, les a fait juger imm\u00e9diatement et condamner \u00e0 mort. Ils sont fusill\u00e9s derri\u00e8re nous, au d\u00e9but du combat. Impression mauvaise sur les hommes, qui, de ce jour, d\u00e9testeront rageusement leur G\u00e9n\u00e9ral de Division.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p><em>Un exemple int\u00e9ressant qui illustre l\u2019interrogation centrale sur \u00ab&nbsp;l\u2019interdiction&nbsp;\u00bb du no man\u2019s land par le feu des deux protagonistes, avec le probl\u00e8me de l\u2019impossibilit\u00e9 du rel\u00e8vement des bless\u00e9s ou de l\u2019enl\u00e8vement des morts ; il ne s\u2019agit pas d\u2019un recul de civilisation mais de consid\u00e9rations tactiques li\u00e9es \u00e0 la guerre de tranch\u00e9e, on ne peut simplement pas se permettre de ne pas interdire le glacis.<\/em> devant Reims septembre 1914<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;C\u2019est d\u2019un calme absolu pour l\u2019instant. Le Capitaine juge utile d\u2019envoyer une patrouille&nbsp;: caporal Bubar, 3 hommes. A 5\/600 m\u00e8tres, ils rencontrent une tranch\u00e9e avec des morts fran\u00e7ais et des bless\u00e9s, qui tra\u00eenent l\u00e0, sans secours, depuis 48 heures. Nous les signalons au Major de notre bataillon, qui va bravement les chercher avec ses brancardiers. Toujours aucun signe de l\u2019ennemi. Le Capitaine s\u2019enhardit, commande une corv\u00e9e pour chercher dans la tranch\u00e9e les sacs, \u00e9quipements des morts, pour les distribuer \u00e0 des hommes de la compagnie qui en sont d\u00e9pourvus. Mais alors, cela se g\u00e2te. Les boches, qui avaient laiss\u00e9 enlever les bless\u00e9s, changent d\u2019attitude lorsqu\u2019ils voient nos hommes venir placidement ramasser les \u00e9quipements. Sur cette malheureuse corv\u00e9e de 5\/6 hommes&nbsp;, ils ouvrent le feu avec leurs 77, et chacun des n\u00f4tres est gratifi\u00e9 de son gros noir.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p><em>Sergent assurant un temps la liaison entre sa compagnie et le bataillon, Hannart est un observateur privil\u00e9gi\u00e9 du commandement \u00e0 l\u2019\u00e9chelon tactique. Il a l\u2019habitude dans le civil de diriger une usine et il porte un regard d\u00e9sabus\u00e9 sur les qualit\u00e9s humaines de beaucoup de ses sup\u00e9rieurs, ainsi que sur les relations entre les officiers et l\u2019exercice du commandement \u00e0 l\u2019\u00e9chelon du r\u00e9giment. <\/em><\/p>\n<p>p. 11 G\u00e9n\u00e9ral Boutgourde commandant la 51<sup>e<\/sup> DR<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Attitude quelque peu d\u00e9fiante vis-\u00e0-vis de nous, la r\u00e9putation d\u2019antimilitarisme (peut-\u00eatre) de notre r\u00e9gion du Nord. En tout cas, les manifestations de sympathie pour ses hommes \u00e9taient rarissimes, quant aux reproches et aux marques de d\u00e9fiance ils \u00e9taient continuels. Le Fran\u00e7ais n\u2019admet ce genre de chefs que lorsqu\u2019il le reconna\u00eet d\u2019une intelligence sup\u00e9rieure. Etait-ce le cas&nbsp;? Je suis loin d\u2019en \u00eatre persuad\u00e9. Et pourtant nos hommes sont d\u2019une bonne volont\u00e9 \u00e9vidente, et d\u2019un esprit de sacrifice r\u00e9el, qui leur fait tout endurer avec ga\u00eet\u00e9. C\u2019est, la plupart du temps, les sous-officiers qui encaissent, philosophiquement. Pour un rien, ils sont menac\u00e9s d\u2019\u00eatre cass\u00e9s. La terreur, c\u2019est de prendre \u00ab&nbsp;le jour&nbsp;\u00bb, car c\u2019est alors qu\u2019il faut faire le gros dos pour laisser passer la mauvaise humeur constante du Capitaine Baquet, contre-coup, certainement, de paroles d\u00e9sagr\u00e9ables \u00e9chang\u00e9es en haut lieu.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p><em>Brutalit\u00e9 avec les hommes<\/em><\/p>\n<p>p. 104 \u00abLa vie d\u2019agent de liaison aupr\u00e8s d\u2019un chef plein de courage et de fermet\u00e9, d\u2019esprit clair et d\u00e9cid\u00e9, est un perp\u00e9tuel r\u00e9confort, mais si ce chef est pusillanime, d\u00e9contenanc\u00e9 par ses chefs, ou les occasions p\u00e9rilleuses, et qu\u2019il passe son humeur et ses d\u00e9convenues sur son entourage imm\u00e9diat, c\u2019est une pitoyable existence.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p><em>Fatigue des hommes au moment des suites de la Marne 14 septembre 1914<\/em><\/p>\n<p>p. 54 \u00ab&nbsp;Vive altercation derri\u00e8re nous&nbsp;: le Capitaine fait encore des siennes. Perron, du 5<sup>e<\/sup> Bataillon, a d\u00e9couvert des hommes rest\u00e9s endormis dans leurs abris, il les signale \u00e0 Baquet, qui ne parle rien moins que de passer \u00e0 la ba\u00efonnette les dormeurs&nbsp;: il r\u00e9ussit \u00e0 blesser Lorthoir, qui \u00e9tait du nombre avec un malade. Les deux Capitaines ont tenu \u00e0 s\u2019injurier copieusement pendant tout ce temps-l\u00e0.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p><em>Petite affaire, le 26 septembre 1914<\/em><\/p>\n<p>p. 64 \u00ab&nbsp;Le Commandant Rodier ne se tenait plus dans ces moments-l\u00e0. Une fois, l\u2019agent de liaison de la 24<sup>e<\/sup> \u00e9tant venu lui rendre compte de la situation, il s\u2019emporta au point de le menacer de son revolver. Le pauvre n\u2019y pouvait rien cependant, et fut plut\u00f4t impressionn\u00e9.<\/p>\n<p><em>Mauvaises relations entre les officiers<\/em><\/p>\n<p>octobre 1914 \u00ab&nbsp;Dans ces conditions, l\u2019humeur maussade du Capitaine Baquet, et son g\u00e9nie de la contrari\u00e9t\u00e9 passaient encore par une crise aigu\u00eb. Je me rappelle avoir fait la navette entre Rodier et lui \u00e0 propos d\u2019ordres re\u00e7us, auxquels il trouvait toujours \u00e0 redire&nbsp;: il s\u2019agissait de queues de poires. J\u2019arrivais au Capitaine, lui lisait l\u2019ordre, interrompu fr\u00e9quemment par des \u00e9pith\u00e8tes peu courtoises \u00e0 l\u2019\u00e9gard de son chef&nbsp;; il annotait ensuite rageusement mon carnet, et me renvoyait au Commandant Rodier. Celui-ci pr\u00e9cisait, excipait d\u2019ordres sup\u00e9rieurs. Nouvelle mission, avec aussi peu de succ\u00e8s que la premi\u00e8re fois. Nouvelles all\u00e9es et venues encore. Je mis tout le monde d\u2019accord en mettant l\u2019ordre dans ma poche, apr\u00e8s l\u2019avoir communiqu\u00e9 au sergent-major, pour faire le n\u00e9cessaire. Ce pauvre sergent-major \u00e9tait le bouc \u00e9missaire du Capitaine&nbsp;; il essuya plus d\u2019une injure et appr\u00e9ciation malveillante, voire m\u00eame un coup de b\u00e2ton sur l\u2019oreille, c\u2019\u00e9tait beaucoup&nbsp;! Le Colonel d\u00fbt y mettre ordre, sur r\u00e9clamation de l\u2019int\u00e9ress\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>p.75 d\u00e9but novembre 1914 \u00ab&nbsp;Entre le Capitaine Baquet et le Commandant Tupinier, les incidents se multiplient&nbsp;; je transmets de nombreux rappels \u00e0 l\u2019ordre&nbsp;; cela finit par un \u00e9clat \u00e0 la premi\u00e8re rel\u00e8ve, \u00e0 Cormontreuil, faut-il le dire, \u00e0 la grande satisfaction de tous les officiers du Bataillon.\u00bb<\/p>\n<p><em>et plus tard<\/em> p. 76 \u00ab&nbsp;Comme de coutume, discussion aigre entre Baquet et le Commandant Tupinier&nbsp;; elle eut, cette fois, son \u00e9pilogue devant le G\u00e9n\u00e9ral. Nous v\u00eemes un jour partir le Capitaine Baquet en grande tenue, gants blancs, pour Reims&nbsp;; ce fut pour tous une joyeuse apr\u00e8s-midi&nbsp;! Depuis lors, Baquet s\u2019assagit r\u00e9ellement, et devint plus abordable, mais quelles rancunes il avait amass\u00e9es contre lui&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p><em>Le 243<sup>e<\/sup> RI doit \u00eatre repris en main (\u00ab&nbsp;bonne tenue au feu mais indisciplin\u00e9 au cantonnement&nbsp;\u00bb), un nouveau Colonel arrive et l\u2019ambiance \u00ab&nbsp;de caserne&nbsp;\u00bb \u00e0 l\u2019arri\u00e8re est mise ici en relation avec la composition essentiellement faite de gens du Nord de l\u2019unit\u00e9 (janvier 1915)<\/em><\/p>\n<p>p. 102 \u00ab&nbsp;D\u00e8s lors, pour nous tous, ce fut le r\u00e9gime de la terreur&nbsp;: des 15 jours de prison, conseils de guerre pour les hommes, cassations pour les sous-officiers, v\u00e9ritables brimades pour les officiers&nbsp;; d\u00e9fense de se d\u00e9s\u00e9quiper au cantonnement, les corv\u00e9es en armes et au pas, m\u00eame les isol\u00e9s&nbsp;; une pers\u00e9cution mesquine de tous les instants, des revues perp\u00e9tuelles. (&#8230;)&nbsp; Il ne tarda pas \u00e0 \u00eatre ex\u00e9cr\u00e9, et il fallut tout l\u2019esprit patriotique pour r\u00e9fr\u00e9ner, parmi les hommes, l\u2019indignation croissant de jour en jour&nbsp;; nos gens ne m\u00e9ritaient certes pas ces traitements, ils avaient fait leur devoir, toujours. (&#8230;) Un Chef intelligent et paternel, aimant ses hommes, e\u00fbt obtenu d\u2019eux, pauvres gens du Nord, abandonn\u00e9s de tout au monde, sachant leur famille et leur pauvre foyer dans la d\u00e9solation, aux mains de l\u2019ennemi, sans nouvelles, sans secours quelconques envoy\u00e9s de l\u2019arri\u00e8re, min\u00e9s surtout par l\u2019angoisse au sujet des leurs. Il fallut, pour comble, qu\u2019on les pers\u00e9cut\u00e2t indignement&nbsp;! Au cantonnement, les chants m\u00eame, doux souvenirs du pays, \u00e9taient interdits. Ce fut la terreur. Que le nom de ce malheureux Gueilhers soit vou\u00e9 \u00e0 tout jamais au m\u00e9pris de nos populations du Nord&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p><em>Perception des socialistes, des instituteurs<\/em><\/p>\n<p>d\u00e9but ao\u00fbt 1914 \u00ab&nbsp;Le maire (Wasquehal), vieux socialiste, r\u00e9volutionnaire notoire, est atterr\u00e9&nbsp;; Il n\u2019y a gu\u00e8re d\u2019espoir. Peut-\u00eatre sent-il aussi la responsabilit\u00e9 de tout le pass\u00e9 antimilitariste de son parti, qui nous a valu de n\u2019\u00eatre qu\u2019\u00e0 moiti\u00e9 pr\u00eats. N\u2019est-ce pas notre impr\u00e9paration qui a tent\u00e9 nos l\u00e2ches agresseurs&nbsp;? Que de sang et de larmes ces Fran\u00e7ais indignes auront toujours sur la conscience&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>p. 10 \u00ab&nbsp;Quelles barri\u00e8res pourtant entre nous auparavant&nbsp;: S\u00e9veno est professeur libre, ultra- catholique&nbsp;; Luissiez, instituteur de tendance nettement socialiste (l\u2019homme de ces jours n\u00e9fastes). Autant S\u00e9veno se montrait charitable et r\u00e9serv\u00e9, croyant et ap\u00f4tre, tout empreint de l\u2019id\u00e9al chr\u00e9tien, autant l\u2019autre dissimulait mal ses sentiments de haine pour la religion, \u00ab&nbsp;<em>les bourgeois<\/em> \u00bb, et tout ordre \u00e9tabli, et d\u00e9parait surtout par sa morale plut\u00f4t libre (pauvres \u00e9coliers&nbsp;!). Pourtant les deux vivaient c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, s\u2019entendaient, se voulaient certes du bien \u2013 et tous les deux sont morts, l\u2019un \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019autre, sur la m\u00eame ligne de combat&nbsp;; l\u2019un disant son chapelet, comme toujours dans les heures critiques, vrai mod\u00e8le de bravoure et de pi\u00e9t\u00e9&nbsp;; l\u2019autre, rachet\u00e9, j\u2019en suis s\u00fbr, par les pri\u00e8res et les souffrances sanctifi\u00e9es de son camarade&nbsp;; lui-m\u00eame n\u2019avait-il pas, du reste, accept\u00e9 de moi un chapelet, l\u2019avant-veille du jour o\u00f9 il fut tu\u00e9&nbsp;! L\u2019un et l\u2019autre sont toujours pour moi unis dans ma pri\u00e8re.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p><em>Evocation de camarade<\/em><\/p>\n<p>p.105 \u00ab&nbsp;Mes coll\u00e8gues sous-officiers de la section&nbsp;: Ghevart, instituteur, jeune sergent d\u2019active, \u00e9lev\u00e9 dans le m\u00e9pris \u00ab&nbsp;professionnel&nbsp;\u00bb de toute autorit\u00e9 et de toute religion, bon camarade au reste, et d\u2019esprit ouvert qui se rapprochait des id\u00e9es saines&#8230;&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p><em>Religion<\/em><\/p>\n<p>octobre 1914 \u00ab&nbsp;Hostile \u00e0 la religion, Baquet voulait aussi nous emp\u00eacher d\u2019aller \u00e0 la messe le Dimanche, sous pr\u00e9texte que le cantonnement \u00e9tait consign\u00e9. Le G\u00e9n\u00e9ral Petit, consult\u00e9 directement, prescrivit formellement de nous faciliter, quant c\u2019\u00e9tait possible, cette consolation.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>janvier 1915 \u00ab&nbsp;J\u2019y ai maintes fois pu faire la sainte communion, m\u00eame sans \u00eatre \u00e0 jeun, \u00e9tant donn\u00e9 la permission sp\u00e9ciale donn\u00e9e par le Souverain Pontife.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p><em>Perception de civils proches du front<\/em><\/p>\n<p>d\u00e9but novembre 1914 \u00ab&nbsp;Taissy. Il ne reste que quelques habitants, qui n\u2019inspirent d\u2019ailleurs qu\u2019une confiance tr\u00e8s limit\u00e9e.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>p. 76 \u00ab&nbsp;Saint-L\u00e9onard. Chose curieuse, une grande maison \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du village, en bordure du pont, \u00e9tait absolument intacte, faisant contraste avec le reste&nbsp;; tout y semblait paisible&nbsp;: rideaux aux fen\u00eatres, aspect propret. On pr\u00e9tendait que les habitants s\u2019y tenaient toujours&nbsp;; cela semblait louche&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p><em>Consid\u00e9ration sur des Juifs parisiens de la L\u00e9gion \u00e9trang\u00e8re, c\u00f4toy\u00e9s dans une unit\u00e9 voisine de premi\u00e8re ligne; la perception critique \u00e9voque l\u2019arri\u00e8re-fond antidreyfusard de la droite catholique<\/em><\/p>\n<p>p. 82 \u00ab&nbsp;Le poste de commandement du Commandant Drouin est \u00e9tabli dans un grenier&nbsp;; quel milieu \u00e9trange, noms \u00e0 consonances bizarres&nbsp;: la plupart ont cependant l\u2019accent parisien, soldats gu\u00e8re entra\u00een\u00e9s du reste, se plaignant de fatigue, pieds \u00e9corch\u00e9s, soign\u00e9s avec des linges sordides. Ce n\u2019est pas l\u00e0 la vraie L\u00e9gion que je m\u2019attendais \u00e0 trouver&nbsp;: soldats endurcis, et de belle mine, oh non&nbsp;! j\u2019ai bient\u00f4t le mot de l\u2019\u00e9nigme par l\u2019Adjudant Jacoutet, vieux sous-officier de carri\u00e8re qui les commande. \u00ab&nbsp;<em>Que dites-vous de mes compagnons&nbsp;? Quelle salade&nbsp;! quelle harka&nbsp;!<\/em> \u00bb. Il m\u2019explique que presque tous sont fils de commer\u00e7ants de nationalit\u00e9 ennemie, \u00e9tablis \u00e0 Paris&nbsp;: fourreurs, bijoutiers, etc. qui, pour \u00e9viter \u00e0 leurs parents le s\u00e9questre et le camp de concentration, ont pris un engagement pour la dur\u00e9e de la guerre. Il les a en m\u00e9diocre estime, du reste. Ils ne sont au front, eux, les vieux l\u00e9gionnaires, que depuis peu.&nbsp;\u00bb (&#8230;) \u00ab&nbsp;Jacoutet ne les m\u00e9nage pas&nbsp;: ordres vivement donn\u00e9s&nbsp;; aussit\u00f4t fini de dicter, il commande \u00ab&nbsp;ex\u00e9cution&nbsp;\u00bb, et il faut voir toute la bande se pr\u00e9cipiter et dispara\u00eetre. Cependant, ce sont des intellectuels, des gens cultiv\u00e9s, \u00e0 l\u2019\u00e9criture soign\u00e9e et rapide, \u00e0 la conversation cauteleuse et entreprenante.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p><em>Avant l\u2019assaut, <\/em>Artois 9 juin 1915<\/p>\n<p>p. 111 \u00ab&nbsp;Ordre est donn\u00e9 \u00e0 chacun de br\u00fbler ses lettres, et de ne porter sur soi aucune indication qui puisse \u00eatre utile \u00e0 l\u2019ennemi. Mort, ou captur\u00e9 vivant, chacun se doit de ne laisser entre les mains des boches qui le d\u00e9pouilleraient aucun \u00e9crit. Quelle fun\u00e8bre et triste besogne, ces bonnes ch\u00e8res lettres, notre seul lien avec les n\u00f4tres, il faut les d\u00e9truire. Avidement, on les relit, on essaie de retrancher les passages suspects, surtout celles qui ont r\u00e9ussi \u00e0 franchir les lignes ennemies, venant des n\u00f4tres en pays envahis. On doit se d\u00e9cider \u00e0 sacrifier l\u2019une apr\u00e8s l\u2019autre, jusqu\u2019aux plus ch\u00e8res. Ah&nbsp;! triste, triste besogne, il semble que ces lettres, r\u00e9duites en cendres, consument l\u2019abandon total de nos \u00eatres les plus chers, et \u00e0 quel moment&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Ah&nbsp;! Ces pr\u00e9paratifs d\u2019assaut ne sont pas gais&nbsp;; les plus braves dissimulent mal la g\u00eane et l\u2019angoisse qui les \u00e9treignent. A leur tour, de fa\u00e7on plus ou moins th\u00e9\u00e2trale, les Commandants de compagnie font leurs recommandations \u00e0 leur monde. Baquet n\u2019a rien \u00e0 dire, ce n\u2019est pas son genre. Conscient de la gravit\u00e9 de l\u2019heure, je peux me confesser, communier et passer la journ\u00e9e dans le recueillement. L\u2019Abb\u00e9 Lestienne se multiplie au milieu de nous, distribuant amples provisions de petits \u00e9tendards et drapeaux du Sacr\u00e9-C\u0153ur. J\u2019en distribue \u00e0 toute ma section. Bien peu en refusent, et beaucoup en r\u00e9clament.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p><em>L\u2019assaut, <\/em>Artois 10 juin 1915 H\u00e9buterne, <em>\u00e9vocation int\u00e9ressante du sort de certains prisonniers allemands lors du paroxysme de l\u2019action<\/em><\/p>\n<p>p.114 \u00ab&nbsp;Cependant les vagues se succ\u00e8dent, et le succ\u00e8s se dessine. D\u00e9j\u00e0, de tous c\u00f4t\u00e9s, refluent les prisonniers, mis\u00e9rables, implorant \u00ab&nbsp;<em>Kamerad<\/em> \u00bb, les bless\u00e9s montrant leurs blessures. Quelques-uns arrivent en troupe, on ne sait si ce sont des assaillants. On en descend quelques-uns&nbsp;; c\u2019est involontaire, on fait gr\u00e2ce aux autres. Ils d\u00e9filent \u00e0 nos c\u00f4t\u00e9s, se rangeant contre les parois, se faisant petits.<\/p>\n<p><em>L\u2019h\u00f4pital<\/em>, juillet 1915<\/p>\n<p>p. 123 \u00ab&nbsp;J\u2019ai conserv\u00e9 un horrible souvenir de cette salle d\u2019h\u00f4pital empest\u00e9 d\u2019\u00e9ther et d\u2019odeurs malsaines. Quel cauchemar. Toute la nuit, c\u2019\u00e9tait des g\u00e9missements, des cris de souffrance et d\u2019agonie, car beaucoup mouraient \u00e0 nos c\u00f4t\u00e9s. Cette d\u00e9tresse des h\u00f4pitaux, apr\u00e8s celle des champs de bataille, c\u2019est toute l\u2019horreur de la guerre.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Vincent Suard&nbsp; 4\/11\/2011<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin N\u00e9 \u00e0 Roubaix (Nord) en 1885, mariage en 1909. P\u00e8re de deux filles en 1914. Fils de Georges Hannart, qui avait fond\u00e9 une grande teinturerie industrielle \u00e0 Wasquehal en 1895. L\u2019appr\u00eat Hannart \u00e9tait une r\u00e9f\u00e9rence mondiale en mati\u00e8re de teinturerie avant 1914. Th\u00e9odore Hannart est un membre de la bourgeoisie catholique flamande &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2011\/11\/20\/hannart-theodore-1885-1952\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Hannart, Th\u00e9odore (1885-1952)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[102,209,10,21],"tags":[396,746,289,321,463,254,253],"class_list":["post-594","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-1991-2000","category-243e-ri","category-combattant-infanterie","category-souvenirs","tag-angoisse-avant-lattaque","tag-antisocialiste","tag-blessure","tag-critique-des-officiers","tag-execution","tag-mobilisation","tag-religion"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/594","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=594"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/594\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3918,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/594\/revisions\/3918"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=594"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=594"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=594"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}