{"id":605,"date":"2011-11-28T21:14:36","date_gmt":"2011-11-28T20:14:36","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=605"},"modified":"2021-09-12T19:51:49","modified_gmt":"2021-09-12T18:51:49","slug":"jouhaud-leon-1874-1950","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2011\/11\/28\/jouhaud-leon-1874-1950\/","title":{"rendered":"Jouhaud, L\u00e9on (1874-1950)"},"content":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin<br \/>\nIl est n\u00e9 le 21 d\u00e9cembre 1874 \u00e0 Limoges dans une famille de la bourgeoisie ais\u00e9e, commer\u00e7ants en tissus du c\u00f4t\u00e9 de son p\u00e8re, en bijouterie du c\u00f4t\u00e9 de sa m\u00e8re. La forte empreinte catholique s\u2019estompera et, en temps de guerre, il \u00e9crira \u00e0 sa femme qu\u2019il est all\u00e9 \u00ab voir la messe \u00bb le jour de Pentec\u00f4te en 1915. Il \u00e9tudie dans le priv\u00e9, passe son bac en 1892 et entreprend des \u00e9tudes de m\u00e9decine \u00e0 Limoges, puis \u00e0 Paris, marquant un vif int\u00e9r\u00eat pour la bact\u00e9riologie. Il exerce dans sa ville natale de 1903 \u00e0 1906, puis se lance dans une carri\u00e8re artistique dans le domaine de l\u2019\u00e9mail, vieille tradition locale. Pascale Nourrisson, auteur de l\u2019introduction \u00e0 son t\u00e9moignage, a d\u00e9j\u00e0 publi\u00e9 le livre <em>L\u00e9on Jouhaud (1874-1950), Le magicien de l\u2019\u00e9mail<\/em>, Limoges, \u00e9d. Lucien Souny, 2003. Il se marie en 1908 ; il a un fils en 1910. Pendant la guerre, il reprend son activit\u00e9 de m\u00e9decin, d\u2019abord \u00e0 l\u2019h\u00f4pital mixte de Limoges, puis sur le front dans une ambulance, de f\u00e9vrier 1915 \u00e0 mars 1917, et enfin \u00e0 l\u2019h\u00f4pital compl\u00e9mentaire d\u2019Eymoutiers jusqu\u2019en janvier 1919.<br \/>\n2. Le t\u00e9moignage<br \/>\nL\u00e9on Jouhaud a toujours tenu un journal personnel et r\u00e9alis\u00e9 de nombreux dessins. Le r\u00e9cit repris dans <em>Souvenirs de la Grande Guerre<\/em> (Presses universitaires de Limoges, 2005, 233 p., illustrations) a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 en 1919. Il couvre la p\u00e9riode de juillet 1914 \u00e0 mai 1915. L\u2019auteur lui-m\u00eame nous dit qu\u2019il \u00ab consigne des souvenirs encore dans leur fra\u00eecheur \u00bb et \u00ab plus tard, lorsque je voulus poursuivre, je m\u2019aper\u00e7us que ma m\u00e9moire me trahissait \u00bb. La suite serait repr\u00e9sent\u00e9e par les 520 lettres \u00e9crites \u00e0 sa femme, masse trop consid\u00e9rable pour \u00eatre donn\u00e9e dans le livre autrement que sous la forme de rares extraits.<br \/>\n3. Analyse<br \/>\nLes premi\u00e8res pages nous transportent au moment de la mobilisation. Elles d\u00e9crivent le tocsin, la croyance en une guerre courte, l\u2019excitation d\u2019un \u00ab notaire patriote que l\u2019\u00e2ge mettait \u00e0 l\u2019abri de toute obligation militaire \u00bb. Plus originale, cette notation sur l\u2019attitude \u00e0 adopter sous le regard des autres : \u00ab On n\u2019avait pas de pr\u00e9c\u00e9dent pour se guider ; il ne s\u2019agissait pas de faire d\u2019impair, les yeux des comm\u00e8res vous guettaient ; il ne s\u2019agissait pas de se faire remarquer par une attitude d\u00e9plac\u00e9e, mais il s\u2019agissait de trouver l\u2019attitude ad\u00e9quate \u00e0 cette heure anormale. \u00bb Finalement, les pleurs des femmes, la dignit\u00e9 et la r\u00e9solution des hommes s\u2019imposent.<br \/>\nLe s\u00e9jour comme m\u00e9decin militaire \u00e0 Limoges est l\u2019occasion de descriptions apocalyptiques des conditions de soins : crasse omnipr\u00e9sence ; instruments inad\u00e9quats et mal st\u00e9rilis\u00e9s ; chirurgien incomp\u00e9tent. S\u2019il y a des infirmi\u00e8res d\u00e9vou\u00e9es, beaucoup de b\u00e9n\u00e9voles viennent par curiosit\u00e9 et pour porter le costume. Les dames de la bonne soci\u00e9t\u00e9 refusent de soigner les v\u00e9n\u00e9riens ; elles demandent des bless\u00e9s de Mars et non de V\u00e9nus, des bless\u00e9s \u00ab bien \u00e9lev\u00e9s \u00bb. Certaines profitent de la situation pour faire de la propagande religieuse ; d\u2019autres tissent des liens ill\u00e9gitimes, et notre m\u00e9decin de condamner une \u00ab crise de moralit\u00e9 \u00bb, les \u00ab d\u00e9vergondages les plus abusifs \u00bb, \u00ab la d\u00e9route de la vertu f\u00e9minine \u00bb.<br \/>\nL\u2019arriv\u00e9e des premiers prisonniers allemands \u00e0 Limoges ressemble \u00e0 celle que Louis Barthas a d\u00e9crite \u00e0 Narbonne : ils sont hu\u00e9s, menac\u00e9s, bouscul\u00e9s. Mais le m\u00e9decin soigne leurs bless\u00e9s avec compassion. Certes il consid\u00e8re qu\u2019ils sont, encore plus que les Fran\u00e7ais, victimes du bourrage de cr\u00e2ne et d\u2019une organisation en castes hi\u00e9rarchiques qui supprime toute libert\u00e9, mais il se refuse \u00e0 croire les accusations des journaux selon lesquelles ils auraient coup\u00e9 les mains des petits enfants. Et m\u00eame, de bonnes relations s\u2019\u00e9tablissent entre les prisonniers et les soldats qui les gardent. On croirait encore lire Barthas : \u00ab Ces hommes, si haineusement dress\u00e9s les uns contre les autres par leurs nationalit\u00e9s respectives, furent surpris de voir entre leurs vies autant de ressemblance. \u00bb<br \/>\nSur le front, la premi\u00e8re remarque du docteur Jouhaud, bien qu\u2019il n\u2019ait pas connu les premi\u00e8res lignes, concerne la boue, \u00ab cette ignominie \u00bb dont il existe plusieurs types, tous contribuant \u00e0 recouvrir les soldats d\u2019une \u00ab carapace \u00bb. Le 30 octobre 1916, il \u00e9crit \u00e0 sa femme : \u00ab Dehors, c\u2019est la boue, partout, pas un brin d\u2019herbe, pas une pierre, pas un arbre, la boue : la boue en nappe, la boue en tas, la boue liquide comblant les trous. Le ciel est gris, il pleut, il a plu, il va pleuvoir ; parfois en outre, le froid et le vent, d\u00e9sagr\u00e9ables dehors, intol\u00e9rables dedans car ils se faufilent par les trous, toutes les fentes innombrables qui s\u2019intercalent entre les planches des cloisons. \u00bb Il note l\u2019animosit\u00e9 entre fantassins et cavaliers arrogants ; il critique le bourrage de cr\u00e2ne des journaux ; il appr\u00e9cie de rencontrer des gens du \u00ab pays \u00bb ; il signale la recherche des fus\u00e9es d\u2019obus pour toutes sortes de bricolages. Il est capable de comprendre la stupidit\u00e9 de ces attaques mal pr\u00e9par\u00e9es qui n\u2019aboutissent qu\u2019\u00e0 des massacres ou au refus des combattants \u00ab de sortir de la tranch\u00e9e, ayant constat\u00e9 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 des fils de fer \u00bb.<br \/>\nQuant au m\u00e9tier qu\u2019il exerce, apr\u00e8s avoir critiqu\u00e9 la doctrine de l\u2019abstention chirurgicale qui a fait tant de mal, il exalte le r\u00f4le pacifique des m\u00e9decins et des infirmiers qui est \u00ab de r\u00e9parer dans la mesure du possible les d\u00e9g\u00e2ts caus\u00e9s par la m\u00e9chancet\u00e9 infernale des hommes de guerre \u00bb, et il est parfois navr\u00e9 de leur impuissance devant des \u00ab blessures horribles \u00bb. Une fois de plus, il n\u2019est pas question de vouloir assumer un r\u00f4le \u00ab viril \u00bb en allant tuer des ennemis (voir aussi les notices Martin, Viguier). Un passage original sur les \u00ab cervelli\u00e8res \u00bb, ces calottes m\u00e9talliques destin\u00e9es \u00e0 prot\u00e9ger le cr\u00e2ne avant l\u2019apparition du casque Adrian, montre que les soldats les m\u00e9prisent mais qu\u2019elles ont sauv\u00e9 des vies : depuis leur apparition, le nombre des blessures du cr\u00e2ne a augment\u00e9 ; sans elles ces bless\u00e9s-l\u00e0 seraient morts. Enfin, comme beaucoup d\u2019autres m\u00e9decins, L\u00e9on Jouhaud note l\u2019alternance entre les p\u00e9riodes d\u2019arriv\u00e9e de \u00ab flots \u00bb de bless\u00e9s (29 septembre 1915) et les mornes longues journ\u00e9es d\u2019inactivit\u00e9.<br \/>\nR\u00e9my Cazals<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin Il est n\u00e9 le 21 d\u00e9cembre 1874 \u00e0 Limoges dans une famille de la bourgeoisie ais\u00e9e, commer\u00e7ants en tissus du c\u00f4t\u00e9 de son p\u00e8re, en bijouterie du c\u00f4t\u00e9 de sa m\u00e8re. 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