{"id":614,"date":"2011-12-11T16:55:37","date_gmt":"2011-12-11T15:55:37","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=614"},"modified":"2021-09-12T19:52:53","modified_gmt":"2021-09-12T18:52:53","slug":"carrias-eugene-1895-1961","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2011\/12\/11\/carrias-eugene-1895-1961\/","title":{"rendered":"Carrias, Eug\u00e8ne (1895-1961)"},"content":{"rendered":"<p><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><br \/>\nEn 1948, Eug\u00e8ne Carrias, qui fut sous-lieutenant d\u2019infanterie \u00e0 Verdun, pr\u00e9senta en Sorbonne une th\u00e8se de doctorat en histoire, sous la direction de Pierre Renouvin, lui-m\u00eame ancien combattant. Le sujet : <em>La pens\u00e9e militaire allemande<\/em>. D\u2019autres livres, articles, conf\u00e9rences avaient pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 cette soutenance, et allaient suivre, jusqu\u2019\u00e0 son dernier livre, en 1960, <em>La pens\u00e9e militaire fran\u00e7aise<\/em>.<br \/>\nL\u2019auteur est n\u00e9 le 13 avril 1895 \u00e0 Grenoble, et fut \u00e9lev\u00e9 par son oncle, professeur au lyc\u00e9e de N\u00eemes. Il y fit lui-m\u00eame ses \u00e9tudes et, apr\u00e8s le bac, y pr\u00e9para Saint-Cyr. Apr\u00e8s son succ\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9crit en 1914, il profita du d\u00e9cret qui d\u00e9clarait re\u00e7us les admissibles qui s\u2019engageraient tout de suite. Sous-lieutenant en janvier 1915, il fut affect\u00e9 dans le secteur de Verdun, au 164e RI. Bless\u00e9 le 23 f\u00e9vrier, il dut \u00eatre amput\u00e9 de l\u2019avant-bras gauche. Lieutenant en janvier 1917, il remplit diverses fonctions comme interpr\u00e8te. Mari\u00e9 en 1922, il suivit des cours \u00e0 l\u2019Ecole de Guerre et en sortit brevet\u00e9 d\u2019Etat-Major. Sa carri\u00e8re d\u2019auteur est \u00e9voqu\u00e9e plus haut et d\u00e9taill\u00e9e dans le livre de ses souvenirs de 14-18.<br \/>\n<strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><br \/>\nLe livre d\u2019Eug\u00e8ne Carrias, <em>Souvenirs de Verdun, Sur les deux rives de la Meuse avec le 164e RI<\/em>, est publi\u00e9 en co\u00e9dition par Patrimoine du pays de Forcalquier et C\u2019est-\u00e0-dire \u00e9ditions, avec pr\u00e9sentation, notes et postface d\u2019Emmanuel Jeantet, 2009, 271 p., illustrations (photos prises par l\u2019auteur). Ces souvenirs n\u2019\u00e9taient pas destin\u00e9s \u00e0 la publication, mais ils sont r\u00e9dig\u00e9s comme un livre, confi\u00e9 \u00e0 des amis, et vraisemblablement connu de Jules Romains. Le texte, r\u00e9dig\u00e9 avant 1928, est trop pr\u00e9cis pour qu\u2019il ne s\u2019appuie pas sur des notes prises au moment. Il manque cependant de dates, mais des extraits du JMO du 164e viennent combler la lacune. Le livre donne aussi le texte d\u2019un cahier pr\u00e9paratoire pour la p\u00e9riode cruciale du 9 au 22 f\u00e9vrier 1916.<br \/>\n<strong>3. Analyse<\/strong><br \/>\nDans les premiers jours, les d\u00e9parts se font sous les acclamations et \u00ab on s\u2019\u00e9tourdit de bruit, on s\u2019enivre de paroles pour \u00e9touffer l\u2019\u00e9moi que fait na\u00eetre chez tous les menaces ind\u00e9cises de l\u2019avenir \u00bb. On pourchasse les \u00ab espions \u00bb, et les commer\u00e7ants arborent un drapeau pour affirmer qu\u2019ils sont de bons Fran\u00e7ais et \u00e9viter les bris de vitrines. Les d\u00e9faites entra\u00eenent la mont\u00e9e vers le front de r\u00e9servistes constern\u00e9s de devoir partir. Les bless\u00e9s raillent les journaux qui additionnent les milliers d\u2019ennemis hors de combat : \u00ab si \u00e7a continue [\u2026] il n\u2019y aura plus un Boche pour faire la guerre \u00bb.<br \/>\nEn 1915, le jeune Carrias occupe des secteurs plut\u00f4t calmes : \u00ab pas un coup de fusil \u00bb ; Allemands \u00ab de bonne composition \u00bb. On vit la \u00ab vie terne des tranch\u00e9es \u00bb. Chacun s\u2019ing\u00e9nie \u00e0 am\u00e9liorer ses conditions de vie, et les ordonnances font de m\u00eame pour les officiers. Au printemps, alors qu\u2019il avait eu l\u2019espoir de partir en Orient (\u00ab mirages dor\u00e9s \u00bb), Carrias reste avec son r\u00e9giment aux environs de Verdun. Il d\u00e9crit le village de B\u00e9thincourt en ruines. \u00ab Une vie de fonctionnaire de province terne et r\u00e9guli\u00e8re \u00bb reprend. Les hommes se transforment en b\u00fbcherons ; les officiers jouent au poker quand ils ne croulent pas sous la paperasse administrative ; \u00ab les maisons o\u00f9 l\u2019on vend \u00e0 boire regorgent de monde \u00bb ; des jeunes filles et des soldats vont par bandes \u00bb. La tranquillit\u00e9 n\u2019est troubl\u00e9e que par deux ex\u00e9cutions, ce qui, pour Carrias, \u00ab servira d\u2019exemple aux fortes t\u00eates \u00bb. Mais il rapporte les derni\u00e8res paroles de l\u2019un d\u2019eux, adress\u00e9es au peloton d\u2019ex\u00e9cution : \u00ab Alors quoi, vous n\u2019allez pas faire \u00e7a ! Je suis votre copain et vous voulez me tuer\u2026 Je n\u2019ai rien fait\u2026 C\u2019est une blague ! Je ne veux pas mourir\u2026 Eh bien ! Les copains, vous n\u2019entendez pas ? \u00bb On comprend qu\u2019une sentinelle endormie remercie l\u2019officier de lui avoir pass\u00e9 un savon sans que les sup\u00e9rieurs soient inform\u00e9s.<br \/>\nIl y eut cependant une attaque, le 5 avril 1915, et le r\u00e9cit de Carrias fourmille de d\u00e9tails concrets : avant de se lancer, on all\u00e8ge les sacs ; la boue dans laquelle on doit se coucher bloque les culasses des fusils et on ne peut pas tirer ; le casse-cro\u00fbte m\u00eale \u00ab pain, viande et boue \u00bb ; les bless\u00e9s \u00ab se lamentent dans les champs et crient pour demander du secours ; \u00ab la pluie a repris, elle tombe serr\u00e9e et froide \u00bb ; pour la nuit, les hommes creusent des trous individuels, et les ordonnances en pr\u00e9parent de plus profonds pour leurs officiers. Apr\u00e8s la rel\u00e8ve, le guide perd son chemin. Louis Barthas et bien d\u2019autres ont d\u00e9crit de telles sc\u00e8nes ; m\u00eame similitude dans l\u2019\u00e9vocation des petites \u00ab satisfactions mat\u00e9rielles et terre \u00e0 terre \u00bb ; et encore de la premi\u00e8re permission qui fait d\u00e9couvrir la guerre vue par l\u2019arri\u00e8re, \u00ab factice, rapetiss\u00e9e, d\u00e9form\u00e9e, pr\u00e9sent\u00e9e sous forme de clich\u00e9s \u00bb.<br \/>\nLe dernier chapitre concerne le tout d\u00e9but de la bataille de Verdun en f\u00e9vrier 1916. L\u2019attaque allemande est annonc\u00e9e par divers signes : on d\u00e9couvre des br\u00e8ches dans les r\u00e9seaux de fil de fer ennemis ; on distingue des mouvements de troupes qu\u2019un barrage d\u2019artillerie tente de perturber. Lorsque le Trommelfeuer se d\u00e9clenche, il est aggrav\u00e9 par le tir trop court des 75 fran\u00e7ais. Eug\u00e8ne Carrias est enterr\u00e9 sous son abri effondr\u00e9. Ses hommes le d\u00e9gagent ; il est gravement bless\u00e9 au bras, \u00e9vacu\u00e9 vers le poste de secours. Il faut l\u2019amputer. Il termine cependant son r\u00e9cit par un cri de joie : \u00ab Je vis, j\u2019ai le droit de vivre et je n\u2019ose croire \u00e0 mon bonheur. \u00bb<br \/>\nR\u00e9my Cazals, d\u00e9cembre 2011<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin En 1948, Eug\u00e8ne Carrias, qui fut sous-lieutenant d\u2019infanterie \u00e0 Verdun, pr\u00e9senta en Sorbonne une th\u00e8se de doctorat en histoire, sous la direction de Pierre Renouvin, lui-m\u00eame ancien combattant. Le sujet : La pens\u00e9e militaire allemande. 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