{"id":645,"date":"2011-12-22T13:06:36","date_gmt":"2011-12-22T12:06:36","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=645"},"modified":"2021-09-12T19:58:04","modified_gmt":"2021-09-12T18:58:04","slug":"loti-pierre-viaud-louis-marie-julien-1850-1923","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2011\/12\/22\/loti-pierre-viaud-louis-marie-julien-1850-1923\/","title":{"rendered":"Loti, Pierre (Viaud, Louis-Marie-Julien) (1850\u20131923)"},"content":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/Loti001.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-646\" src=\"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/Loti001-93x300.jpg\" alt=\"\" width=\"93\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/Loti001-93x300.jpg 93w, https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/Loti001.jpg 238w\" sizes=\"auto, (max-width: 93px) 100vw, 93px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Louis Marie Julien Viaud, dit Pierre Loti, est n\u00e9 le 14 janvier 1850 \u00e0 Rochefort (Charente-Maritime, alors Charente Inf\u00e9rieure). Il est le 3<sup>e<\/sup> enfant de Th\u00e9odore Viaud et de Nadine Texier, famille de la petite bourgeoisie protestante de la cit\u00e9 rochefortaise. Il suit des cours particuliers \u00e0 Rochefort, entre au coll\u00e8ge \u00e0 12 ans et suit des cours de marine mais \u00e9choue d\u2019abord au concours d\u2019entr\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9cole navale en 1866 puis r\u00e9ussit l\u2019ann\u00e9e suivante apr\u00e8s avoir pr\u00e9par\u00e9 le concours \u00e0 Paris. Il fait ses classes sur le navire \u00e9cole Borda \u00e0 Brest puis d\u00e9bute sa carri\u00e8re navale. La mort de son p\u00e8re l\u2019oriente vers une carri\u00e8re de journaliste sans quitter la carri\u00e8re navale. Son premier article est publi\u00e9 en 1880 et publie sous son pseudonyme complet l\u2019ann\u00e9e suivante, pseudonyme venant d&rsquo;un s\u00e9jour \u00e0 Tahiti entre janvier et mars 1872. Il continue de parcourir le monde, est fait commandeur de la L\u00e9gion d\u2019Honneur en 1910 et est admis \u00e0 la retraite le 14 janvier de la m\u00eame ann\u00e9e, ayant accompli 42 ans, 3 mois et 13 jours de service dont 19 ans, 11 mois et 8 jours en mer. Au mois d\u2019ao\u00fbt 1914, il est mobilis\u00e9 \u00e0 l\u2019arsenal de Rochefort et parvient \u00e0 \u00eatre mandat\u00e9 comme officier de liaison sans solde aupr\u00e8s au g\u00e9n\u00e9ral Gallieni le 25 septembre suivant. Rappel\u00e9 officiellement \u00e0 l\u2019activit\u00e9 le 1<sup>er<\/sup> f\u00e9vrier 1915, il occupe plusieurs fonctions d\u2019\u00e9tat-major, notamment celui du Groupe d\u2019Arm\u00e9es du Centre (GAC) et effectue des missions d\u2019observation et de m\u00e9diation avec les alli\u00e9s de la France sur les arri\u00e8res fronts. En mai, par sa position d\u2019\u00e9crivain et de journaliste international, il entreprend des n\u00e9gociations secr\u00e8tes entre la France et la Turquie. En 1916, il est affect\u00e9 au Groupe d\u2019Arm\u00e9es du Centre (GAE), \u00e0 Mirecourt dans les Vosges, puis en mai 1917 au Groupe d\u2019Arm\u00e9es du Nord (GAN). Remis \u00e0 la disposition de la Marine le 9 mars 1918, il est d\u00e9mobilis\u00e9 le 15 mais reste autoris\u00e9 \u00e0 \u00eatre pr\u00e9sent au G.A.N. Epuis\u00e9 et malade, il est \u00e9vacu\u00e9 le 31 mai 1918 pour raison de sant\u00e9. Atteint par la limite d\u2019\u00e2ge, il est ray\u00e9 des cadres de l\u2019Arm\u00e9e le 11 novembre 1919. L\u2019ann\u00e9e suivante, il reste paralys\u00e9 par une attaque c\u00e9r\u00e9brale et il meurt \u00e0 Hendaye (Pyr\u00e9n\u00e9es-Atlantiques) le 10 juin 1923. Il est inhum\u00e9 dans sa maison de Saint-Pierre-d\u2019Ol\u00e9ron. Sa carri\u00e8re litt\u00e9raire entre livres, articles et contributions litt\u00e9raires, est pl\u00e9thorique. Il tient \u00e9galement un \u00ab <em>journal intime<\/em> \u00bb de guerre que les \u00e9ditions de La Table Ronde reproduisent entre le 1<sup>er<\/sup> janvier 1914 et le 11 novembre 1918.<\/p>\n<p>2. Le t\u00e9moignage<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/Loti002.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-647\" src=\"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/Loti002-191x300.jpg\" alt=\"\" width=\"191\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/Loti002-191x300.jpg 191w, https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/Loti002-652x1024.jpg 652w, https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/Loti002.jpg 896w\" sizes=\"auto, (max-width: 191px) 100vw, 191px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Loti, Pierre, <em>Soldats bleus. Journal intime, 1914-1918<\/em>, Paris, La Table Ronde, 1998, 312 pages.<\/p>\n<p>Pierre Loti, romancier, voyageur et marin mondialement connu, a d\u00e9but\u00e9 d\u00e8s son adolescence un journal que sa vie finissante avait fait d\u00e9laisser. Quand \u00e9clate une guerre europ\u00e9enne qui va rapidement toucher les pays qu&rsquo;il aime, telle la Turquie, il ne tient pas \u00e0 rester \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart de la vie publique. Avec une \u00e9tonnante lucidit\u00e9, il r\u00e9v\u00e8le sa conscience de l&rsquo;imminence d&rsquo;une guerre d&rsquo;extermination, d&rsquo;un cataclysme mondial, bien qu&rsquo;il la consid\u00e8re peu maritime et de quelques mois. D\u00e8s lors, Julien Viaud veut servir la France \u00e0 sa mani\u00e8re et demander \u00e0 imm\u00e9diatement reprendre le service arm\u00e9. Capitaine de Vaisseau en retraite, il va solliciter l&rsquo;autorit\u00e9 militaire et faire jouer toutes ses relations afin de trouver une place au front, quel que soit son emploi\u00a0; il \u00ab\u00a0<em>d\u00e9cide de vieillir en guerre<\/em> \u00bb (page 8). D&rsquo;abord rejet\u00e9, il obtient finalement un poste d&rsquo;officier de liaison aupr\u00e8s du g\u00e9n\u00e9ral Gallieni qu&rsquo;il rejoint \u00e0 la fin du mois de septembre 1914. Il parcourt alors le front nord et d\u00e9crit par sa plume habitu\u00e9e les tableaux qu&rsquo;il rencontre. Ceux-ci alimentent le journal intime de Pierre Loti mais servent surtout de base aux proses de la propagande anti-allemande pour devenir un homme public farouchement germanophobe, chantre du \u00ab\u00a0<em>bourrage de cr\u00e2ne<\/em> \u00bb (page 9), l\u2019un des \u00ab\u00a0<em>Rossignols du carnage<\/em> \u00bb (page 11).<\/p>\n<p>Rappel\u00e9 officiellement \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 militaire, il est rattach\u00e9 au minist\u00e8re de la Guerre et re\u00e7oit diff\u00e9rentes affectations. Il est ainsi nomm\u00e9 au Groupe des Arm\u00e9es du Centre, faisant fonction d&rsquo;inspecteur de DCA puis aux arm\u00e9es de l&rsquo;Est, \u00e0 Mirecourt, (en 1915 \u00e0 l&rsquo;Etat-Major de Castelnau), avant d&rsquo;\u00eatre affect\u00e9 dans la Somme. Outre une activit\u00e9 plus journalistique que militaire, il contribuera toutefois \u00e0 la tenue de n\u00e9gociations secr\u00e8tes entre la France et la Turquie dont il fut un des plus acharn\u00e9s ambassadeurs. Il effectuera \u00e9galement des voyages de propagande en Italie avant d&rsquo;\u00eatre d\u00e9mobilis\u00e9 en mars 1918. Maintenu de mani\u00e8re honorifique dans la zone des arm\u00e9es, il reste, en mai inspecteur des troupes noires.<\/p>\n<p>Mais la guerre est longue et la vieillesse de l&rsquo;\u00e9crivain l&rsquo;oblige \u00e0 des p\u00e9riodes de repos dans sa maison basque d&rsquo;Hendaye. La lassitude et la maladie l&rsquo;assaillent ; il est perclus d&rsquo;angoisses, de d\u00e9sespoir, de solitude et est hant\u00e9 par l&rsquo;id\u00e9e de la mort. Il est \u00e9vacu\u00e9 le 31 mai 1918 pour raisons de sant\u00e9 et ne c\u00f4toie plus gu\u00e8re que de loin. Le 20 ao\u00fbt 1918 et en pr\u00e9vision de sa mort, il cesse d\u00e9finitivement le journal de sa vie.<\/p>\n<p>3. R\u00e9sum\u00e9 et analyse<\/p>\n<p>Les pr\u00e9sentateurs de cet ouvrage ont r\u00e9alis\u00e9 un impressionnant travail documentaire et explicatif sur Pierre Loti, son environnement et sa place dans l&rsquo;actualit\u00e9 contemporaine de la guerre. Une longue note technique sur la m\u00e9thode de transcription des notes de Loti nous renseigne sur sa pratique d\u2019\u00e9criture (page 16). Ainsi, l&rsquo;ouvrage pr\u00e9sente, outre un rappel chronologique des grandes \u00e9tapes de la vie d&rsquo;une des plus grandes signatures de la fin du si\u00e8cle dernier, des ins\u00e9r\u00e9s \u00e9galement chronologiques de textes \u00e9crits pendant la guerre lors des visites au front et des voyages de leur auteur, qui s\u2019\u00e9rige aussi en t\u00e9moin. C&rsquo;est donc pour l&rsquo;amateur de litt\u00e9rature et le passionn\u00e9 de Loti un ouvrage fondamental \u00e0 la connaissance profonde de l&rsquo;\u00e9crivain dans son intimit\u00e9 et sa psychologie.<\/p>\n<p>Toutefois, cette pr\u00e9sentation originale permettant un cadrage complet de la p\u00e9riode pr\u00e9sente l&rsquo;inconv\u00e9nient de redites fr\u00e9quentes (voir le texte sur Venise) car Loti utilisait son journal comme base aux productions journalistiques. Mais le lecteur de penser aussi que ces textes sont \u00e9galement pr\u00e9sent\u00e9s dans une certaine exhaustivit\u00e9 pour rehausser l&rsquo;int\u00e9r\u00eat du journal, bien pauvre sur le plan documentaire extra-biographique. Cet int\u00e9r\u00eat d\u00e9cro\u00eet encore au fur et \u00e0 mesure de l&rsquo;avanc\u00e9e de la guerre, o\u00f9 Loti ne voit plus que ses douleurs int\u00e9rieures.<\/p>\n<p>Ce journal de guerre n&rsquo;offre donc qu&rsquo;un int\u00e9r\u00eat tr\u00e8s limit\u00e9. En effet, Pierre Loti se r\u00e9v\u00e8le finalement un t\u00e9moin \u00e9tique car \u00e9loign\u00e9 du grand cataclysme dont il ne veut pourtant pas \u00eatre \u00e9cart\u00e9. Ceci m\u00eame si, le 23 d\u00e9cembre 1914, Loti ach\u00e8te un uniforme gris bleu qui se voit moins dans les jumelles allemandes\u00a0! (page 53). Pourtant, son journal ne refl\u00e8te pas les exp\u00e9riences quotidiennes qu&rsquo;il aurait pu d\u00e9crire avec le m\u00eame talent que celui qu&rsquo;il employait \u00e0 magnifier la France et ses alli\u00e9s dans des textes d&rsquo;un patriotisme enflamm\u00e9 et une germanophobie dure et durable (page 82) inversement proportionnelle \u00e0 sa proximit\u00e9 de l\u2019ennemi, qu\u2019il appelle les \u00ab\u00a0<em>poux gris<\/em> \u00bb en octobre 1917 (page 218). Il d\u00e9crit les techniques allemandes pour empoisonner les puits avec de la cr\u00e9osote ou de la pourriture (page 153). Il analyse pourtant ces sentiments germanophiles ou germanophobes en Espagne (pages 123, note 103, page 162). Le 1<sup>er<\/sup> ao\u00fbt 1914, il d\u00e9crit l\u2019ambiance \u00e0 Rochefort et proph\u00e9tise une guerre d&rsquo;extermination, la plus atroce (page 39), faisant preuve de lucidit\u00e9 devant l&rsquo;ampleur du cataclysme mondial \u00e0 venir (page 40), m\u00eame s\u2019il pense \u00e0 une guerre peu maritime et de quelques mois seulement (page 41). Il a quelques phrases originales sur le cheminement dans les boyaux (page 80) et des visions et impressions \u00e0 conserver dans une ambulance de gaz\u00e9s (page 88), \u00e9voquant de grands feux pour neutraliser les gaz (page 90). De m\u00eame sa vue d&rsquo;un cimeti\u00e8re \u00e0 Ville-sur-Tourbe et l\u2019identification des tombes (pages 93 et 97). Quelques tableaux d\u2019int\u00e9r\u00eat dans ses visites de Lorraine (Gerb\u00e9viller, Parroy, Lun\u00e9ville, page 119), dans les Vosges (Saint-Di\u00e9 le 25 juin 1916, la Fave, le 5 juillet 1916, l\u2019Alsace et G\u00e9rardmer, pages 120 et 127 ou la T\u00eate de la Behouille, page 270). Sa plume d\u00e9crit une vision parabolique de canons, \u00ab\u00a0<em>b\u00eates apprivois\u00e9es<\/em> \u00bb (page 132). On peut aussi garder l\u2019int\u00e9r\u00eat de sa description de la guerre de montagne, dans les Alpes dolomitiques, et de ses sp\u00e9cificit\u00e9s (pages 124 \u00e0 127) ou d&rsquo;un camp de S\u00e9n\u00e9galais (page 241).<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 cela, la guerre passe tr\u00e8s largement au second plan par rapport \u00e0 la psychologie et la succession de petits instants personnels formant le banal (et l&rsquo;ennuyeux) quotidien de Julien Viaud-Loti. Au fil des pages, la noirceur de l&rsquo;\u00e2me morbide et tourment\u00e9e du diariste prend le pas sur le t\u00e9moignage de son temps et des \u00e9v\u00e9nements exceptionnels dont il aurait pu \u00eatre le t\u00e9moin privil\u00e9gi\u00e9. D\u00e8s lors, peu de renseignements sont \u00e0 tirer du journal d&rsquo;un homme de lettre dont la plume descriptive s&#8217;embellissait d&rsquo;une telle po\u00e9sie, inemploy\u00e9e \u00e0 d\u00e9crire le quotidien d&rsquo;un homme las pour lequel la guerre n&rsquo;a pu r\u00e9insufler l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de la vie.<\/p>\n<p>Quelques tableaux, notes et \u00e9clairages sont \u00e0 extraire toutefois de cet ouvrage non iconographi\u00e9 qui laisse quelques zones d&rsquo;ombre sur le personnage fort complexe \u00e0 la vie et \u00e0 la personnalit\u00e9 singuli\u00e8res (o\u00f9 la femme l\u00e9gitime de l&rsquo;auteur est totalement \u00e9lud\u00e9e, par exemple). L&rsquo;ouvrage comporte ainsi quelques pages utiles pour des tableaux d&rsquo;ambiance, des paraboles litt\u00e9raires, des reflets mondains ou le c\u00f4toiement de personnages contemporains.<\/p>\n<p>A noter une excellente pr\u00e9face r\u00e9sumant l&rsquo;ouvrage, une abondante partie \u00ab\u00a0<em>notes<\/em>\u00a0\u00bb et des r\u00e9f\u00e9rences bibliographiques.<\/p>\n<p>Yann Prouillet, CRID 14-18, d\u00e9cembre 2011<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin Louis Marie Julien Viaud, dit Pierre Loti, est n\u00e9 le 14 janvier 1850 \u00e0 Rochefort (Charente-Maritime, alors Charente Inf\u00e9rieure). Il est le 3e enfant de Th\u00e9odore Viaud et de Nadine Texier, famille de la petite bourgeoisie protestante de la cit\u00e9 rochefortaise. 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