{"id":71,"date":"2008-02-22T10:02:51","date_gmt":"2008-02-22T09:02:51","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/02\/22\/corbeau-paul-1892-1973\/"},"modified":"2021-09-09T17:06:13","modified_gmt":"2021-09-09T16:06:13","slug":"corbeau-paul-1892-1973","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/02\/22\/corbeau-paul-1892-1973\/","title":{"rendered":"Corbeau, Paul (1892-1973)"},"content":{"rendered":"<p><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n<p>N\u00e9 le 27 juillet 1892 \u00e0 Mayenne (d\u00e9partement de m\u00eame nom), de parents commer\u00e7ants. Il doit interrompre ses \u00e9tudes d&rsquo;ing\u00e9nieur en \u00e9lectricit\u00e9 \u00e0 la mort de sa m\u00e8re. Au service militaire en 1913, il ne sera d\u00e9mobilis\u00e9 qu&rsquo;en 1919. Ouvrier \u00e9lectricien \u00e0 Paris apr\u00e8s la guerre. Mari\u00e9 en 1932. D\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 1973.<\/p>\n<p><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n<p>Journal de guerre tenu sur des carnets, r\u00e9\u00e9crit en 1960, publi\u00e9 par ses enfants :<\/p>\n<p>Paul Corbeau, <em>J&rsquo;\u00e9tais sapeur au 8<sup>e<\/sup> G\u00e9nie<\/em>, Tr\u00e9laz\u00e9, Editions Jean-Yves Lignel, 2007, 232 p.<\/p>\n<p>Le livre est pr\u00e9fac\u00e9 par sa fille et \u00e9dit\u00e9 par son petit-fils. Les carnets originaux n&rsquo;ont malheureusement pas \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9s. La pr\u00e9face \u00e9voque de possibles coupures, de Paul lui-m\u00eame, pour ne pas retenir les mauvais souvenirs. Je n&rsquo;en suis pas persuad\u00e9. Les \u00e9vocations d&rsquo;app\u00e9tits sexuels (p. 82), de ces \u00ab plaisirs frelat\u00e9s mais n\u00e9cessaires dont nous \u00e9tions priv\u00e9s depuis longtemps \u00bb (p. 92), des filles de la rue X (p. 157, 162), laissent penser que l&rsquo;auteur ne s&rsquo;est pas censur\u00e9. Il est clair que des r\u00e9flexions du Paul Corbeau de 1960 ont \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9es : elles sont imm\u00e9diatement rep\u00e9rables. Il semble que ses carnets originaux n&rsquo;aient pas \u00e9t\u00e9 tenus avec une totale r\u00e9gularit\u00e9. De nombreuses remarques et descriptions sont d&rsquo;une grande pr\u00e9cision, mais on trouve aussi des confusions chronologiques (par exemple arriv\u00e9e de Foch et Clemenceau en mai 1917). Le passage (p. 69-70) sur les refus d&rsquo;ob\u00e9issance et sur les fusill\u00e9s en 1915 ne doit pas \u00eatre pris comme une information sur les faits eux-m\u00eames, pr\u00e9sent\u00e9s l\u00e0 dans une certaine confusion, mais sur le \u00ab bouche \u00e0 oreille \u00bb, comme le dit l&rsquo;auteur (ici, la note de l&rsquo;\u00e9diteur comporte une faute d&rsquo;orthographe, Vingu\u00e9 au lieu de Vingr\u00e9, et r\u00e9unit curieusement les deux historiens sp\u00e9cialistes de la question sous le nom d&rsquo;Offenbach ; \u00e0 corriger dans une prochaine \u00e9dition). De nombreuses photos dans le texte illustrent le livre de Paul Corbeau, dont les derni\u00e8res pages donnent aussi \u00e0 lire un autre travail d&rsquo;\u00e9criture d&rsquo;amateur sous le titre \u00ab Grand-m\u00e8re Romain, Souvenirs d&rsquo;enfance \u00bb.<\/p>\n<p><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n<p>C&rsquo;est l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 au 31 juillet 1914 qui provoque le recours \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture du carnet de guerre. Paul est devenu caporal en d\u00e9cembre 1914 et sergent en octobre 1915. T\u00e9l\u00e9phoniste dans le G\u00e9nie, il a \u00e9t\u00e9 un travailleur et non directement un combattant. Il \u00e9voque ce travail de r\u00e9paration de lignes coup\u00e9es, de v\u00e9rification, de permanence au t\u00e9l\u00e9phone. Promu sergent, Paul a la charge du transport de mat\u00e9riel en camion. Auparavant (\u00e9t\u00e9 1915) il avait pr\u00e9par\u00e9 \u00ab les liaisons pour une bataille qu&rsquo;on sentait proche \u00bb (l&rsquo;offensive de septembre en Champagne). Un texte int\u00e9ressant sur la construction d&rsquo;un nouveau r\u00e9seau de tranch\u00e9es au point ultime atteint par l&rsquo;offensive. Il a conscience qu&rsquo;il y a plus malheureux que lui-m\u00eame : il d\u00e9crit plusieurs charniers apr\u00e8s des attaques d&rsquo;infanterie. Et encore : \u00ab Les fantassins nous regardaient curieusement, nous \u00e9tions trop propres pour ne pas \u00eatre remarqu\u00e9s \u00bb (p. 122). Il \u00e9voque des stages rassemblant quelques hommes des tranch\u00e9es pour leur \u00ab inculquer des notions sur la t\u00e9l\u00e9phonie de campagne \u00bb : \u00ab Ils \u00e9taient tellement heureux d&rsquo;avoir abandonn\u00e9 pour huit jours leurs tranch\u00e9es que leur s\u00e9jour \u00e9tait une d\u00e9tente, presque une partie de plaisir. \u00bb<\/p>\n<p>Paul Corbeau est un des rares cas de soldats racontant avec quantit\u00e9 de d\u00e9tails leur permission au \u00ab pays \u00bb (\u00ab Mayenne, mon pays \u00bb, p. 93). Il \u00e9voque les femmes faisant la chasse aux embusqu\u00e9s, s&rsquo;occupant d&rsquo;\u0153uvres en faveur des r\u00e9fugi\u00e9s ou en faveur des poilus (en s&rsquo;\u00e9tonnant de n&rsquo;avoir jamais b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 des r\u00e9sultats). Il ajoute (p. 99) : \u00ab J&rsquo;ai l&rsquo;impression, \u00e0 tort ou \u00e0 raison, qu&rsquo;\u00e0 part ceux qui avaient des proches au front, ceux de l&rsquo;arri\u00e8re ne nous comprenaient pas. Il leur semblait naturel que nous laissions notre peau dans ce conflit. \u00bb Bien d&rsquo;autres soldats l&rsquo;ont not\u00e9 mais peu ont donn\u00e9 une aussi longue description de leur s\u00e9jour en famille (ici, le r\u00e9cit de la premi\u00e8re permission tient plus de dix pages, avec mention de la rencontre de Paul Lintier, ami d&rsquo;enfance, auteur de deux livres importants de t\u00e9moignage sur la Grande Guerre : <em>Le tube 1233<\/em> (1917) et <em>Ma pi\u00e8ce<\/em> (1918), analys\u00e9s par Jean Norton Cru. L&rsquo;ouvrage de Paul Corbeau reproduit une photo de jeunesse de Lintier, et il \u00e9voque le choc qu&rsquo;a provoqu\u00e9 sa mort.<\/p>\n<p>A proximit\u00e9 du front, les soldats rencontrent les populations civiles : villageois contraints \u00e0 abandonner leur maison (p. 30), mercantis exploitant les troupes (p. 71), habitants de la Somme hostiles parce qu&rsquo;ils pr\u00e9f\u00e9raient la pr\u00e9sence des Anglais (p. 128). Sur les questions d&rsquo;information, Paul Corbeau rel\u00e8ve le bourrage de cr\u00e2ne de la presse fran\u00e7aise \u00e0 propos de la soi-disant faiblesse de l&rsquo;artillerie allemande (p. 46).<\/p>\n<p>Le texte couvre la totalit\u00e9 du temps de guerre ; il \u00e9voque l&rsquo;Alsace, l&rsquo;Aisne (Ambleny, p. 37), la Champagne (Suippes, p. 72), l&rsquo;Argonne, la Somme&#8230; Paul Corbeau signale l&rsquo;espionnite en d\u00e9but de guerre (p. 24) ; les fl\u00e9chettes lanc\u00e9es des avions (p. 30) ; les gendarmes mena\u00e7ant des fuyards de leur revolver (p. 42) ; la lecture d&rsquo;un roman feuilleton du capitaine Danrit (p. 62) ; une croix de guerre tir\u00e9e \u00e0 la courte paille (p. 82) ; l&rsquo;arriv\u00e9e des Am\u00e9ricains qui, \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve du feu, disent : \u00ab No bonne la guerre \u00bb (p. 160) et les tanks (p. 168) ; l&rsquo;annonce de l&rsquo;armistice du 11 novembre 1918 re\u00e7ue comme \u00ab un coup de poing dans le visage \u00bb (p. 171). Il a connu les troubles de 1917. Il raconte un retour de permission en mai, les discussions entre soldats qui \u00ab en avaient marre de se faire casser la gueule \u00bb, l&rsquo;\u00e9vocation des camarades bless\u00e9s ou tu\u00e9s lors de l&rsquo;offensive Nivelle. Les soldats chantent l&rsquo;Internationale ; ils arr\u00eatent le train, d\u00e9tellent un wagon, rudoient des sous-officiers qui pr\u00eachent le calme. Puis ils arrivent dans une petite gare gard\u00e9e par des S\u00e9n\u00e9galais, ils sont parqu\u00e9s dans des baraques sous la menace de mitrailleuses. On demande aux sous-officiers pr\u00e9sents de d\u00e9signer les meneurs, mais ils ne reconnaissent personne, ne voulant pas faire les policiers (p. 153-155).<\/p>\n<p>R\u00e9my Cazals, 02\/2008<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin N\u00e9 le 27 juillet 1892 \u00e0 Mayenne (d\u00e9partement de m\u00eame nom), de parents commer\u00e7ants. Il doit interrompre ses \u00e9tudes d&rsquo;ing\u00e9nieur en \u00e9lectricit\u00e9 \u00e0 la mort de sa m\u00e8re. Au service militaire en 1913, il ne sera d\u00e9mobilis\u00e9 qu&rsquo;en 1919. Ouvrier \u00e9lectricien \u00e0 Paris apr\u00e8s la guerre. Mari\u00e9 en 1932. 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