{"id":720,"date":"2012-01-17T09:38:30","date_gmt":"2012-01-17T08:38:30","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=720"},"modified":"2021-09-13T19:31:35","modified_gmt":"2021-09-13T18:31:35","slug":"cuzacq-baptiste-dit-germain-1886-1916","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2012\/01\/17\/cuzacq-baptiste-dit-germain-1886-1916\/","title":{"rendered":"Cuzacq, Baptiste dit \u00ab\u00a0Germain\u00a0\u00bb (1886-1916)"},"content":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/Cuzacq001.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-721\" src=\"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/Cuzacq001-174x300.jpg\" alt=\"\" width=\"174\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/Cuzacq001-174x300.jpg 174w, https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/Cuzacq001-594x1024.jpg 594w, https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/Cuzacq001.jpg 621w\" sizes=\"auto, (max-width: 174px) 100vw, 174px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Baptiste Cuzacq (ou Cuzac) dit Germain est n\u00e9 au lieu-dit Lagraulet \u00e0 Geloux dans les Landes. Il est le 4<sup>e<\/sup> de neuf enfants d\u2019une famille de m\u00e9tayers gemmeurs d\u2019origine pl\u00e9b\u00e9ienne et dont le p\u00e8re est analphab\u00e8te. Il quitte l\u2019\u00e9cole de son village \u00e0 11 ans mais continue sa scolarit\u00e9 par des cours du soir et acquiert ainsi une bonne instruction primaire, l\u2019enrichissant d\u2019une passion pour la lecture encourag\u00e9e par les instituteurs du village. Il travaille donc tr\u00e8s t\u00f4t au champ et \u00e0 la for\u00eat avant, en 1906, de faire deux ans de service militaire au 144<sup>e<\/sup> RI \u00e0 Bordeaux, puis deux p\u00e9riodes de r\u00e9serve en 1910 (28 jours) et en juin 1914 (17 jours). Vers 1910, il re\u00e7oit de son p\u00e8re la direction de la m\u00e9tairie et se marie en octobre 1912 avec Anna Labarr\u00e8re, n\u00e9e en 1893. Il a une fille, Julia, n\u00e9e en octobre 1913, qui vient agrandir un foyer o\u00f9 se c\u00f4toient d\u00e9j\u00e0 11 personnes pour trois g\u00e9n\u00e9rations d\u2019une m\u00eame famille. Le 6 ao\u00fbt 1914, il quitte sa ferme et rejoint le 234<sup>\u00e8me<\/sup> R.I. de Mont-de-Marsan o\u00f9 il est affect\u00e9 et meurt le 3 septembre 1916 \u00e0 Fleury-devant-Douaumont.<\/p>\n<p>2. Le t\u00e9moignage<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/Cuzacq0021.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-724\" src=\"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/Cuzacq0021-199x300.jpg\" alt=\"\" width=\"199\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/Cuzacq0021-199x300.jpg 199w, https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/Cuzacq0021-682x1024.jpg 682w, https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/Cuzacq0021.jpg 1240w\" sizes=\"auto, (max-width: 199px) 100vw, 199px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Cuzacq, Germain, <em>Le soldat de Lagraulet. Lettres de Germain Cuzacq \u00e9crites du front entre ao\u00fbt 1914 et septembre 1916<\/em>. Toulouse, Ech\u00e9, 1984, 156 pages.<\/p>\n<p>Baptiste Cuzacq, dit Germain, a 28 ans \u00e0 la d\u00e9claration de guerre et se voit affect\u00e9 \u00e0 la 22<sup>e<\/sup> compagnie du 234<sup>e<\/sup> R.I. de Mont-de-Marsan, r\u00e9serve du 34<sup>e<\/sup> d&rsquo;active. Ce 13 ao\u00fbt 1914, apr\u00e8s un voyage en train depuis les Landes, il d\u00e9barque \u00e0 Nancy sous les vivats de la foule et prend \u00e0 pied le chemin du front, vers son bapt\u00eame du feu dont il ne t\u00e9moignera pas \u00ab\u00a0<em>\u00e0 chaud<\/em> \u00bb. Pourtant, la prise de contact du 234<sup>\u00e8me<\/sup> avec les r\u00e9alit\u00e9s d&rsquo;une guerre qui tue est terrible. Jeanty Dupouy, autre\u00a0 \u00ab\u00a0<em>pays<\/em> \u00bb rapporte \u00ab\u00a0<em>une certaine \u00e9motion\u00a0\u00bb<\/em> \u00e0 d\u00e9faire les paquets de cartouches devant Delme, en Lorraine allemande. Apr\u00e8s avoir essuy\u00e9 quelques balles, c&rsquo;est la retraite jusqu&rsquo;au Grand Couronn\u00e9 de Nancy o\u00f9 les poitrines se redressent et font \u00e0 nouveau face \u00e0 l&rsquo;ennemi. Germain quant \u00e0 lui \u00e9crit sa premi\u00e8re lettre le 9 septembre. Les grands affrontements de la bataille des fronti\u00e8res sont pass\u00e9s et aucun sentiment ni aucune nouvelle alarmiste ne transpire alors. Il va rester sous les monts du Grand Couronn\u00e9 jusqu&rsquo;au 18 juin 1915 et n&rsquo;envoyer \u00e0 sa famille que des nouvelles apaisantes d&rsquo;un front calm\u00e9 dans lesquelles il tente d&rsquo;exercer malgr\u00e9 les distances son r\u00f4le de chef de famille. Ce premier hiver de guerre est rude dans la for\u00eat de Champenoux ; la sant\u00e9 se maintien mais les tranch\u00e9es sont humides et sentent mauvais. L&rsquo;hiver passe, les beaux jours reviennent, monotones sous la vo\u00fbte d&rsquo;artillerie.<\/p>\n<p>Le 18 juin 1915, le r\u00e9giment quitte le secteur de Champenoux pour celui, plus terrible, du bois du Zeppelin dans le secteur de Lun\u00e9ville. Le 28, il \u00e9crit : \u00ab\u00a0<em>il y a dix jours que nous sommes sous un bombardement continuel ; nous occupons des bois et des marais o\u00f9, nuit et jour, il faut se retrancher et se battre sans jamais avoir de repos afin de se garantir un peu des projectiles. Nous avons aussi fait une attaque. Le hasard m&rsquo;a sorti encore sain et sauf jusqu&rsquo;ici\u00a0\u00bb <\/em>page 63). C&rsquo;est enfin l&rsquo;aveu des souffrances de guerre. Le 7 juillet, il avoue \u00ab\u00a0<em>je vous assure que j&rsquo;ai bien eu besoin ces jours-ci de ce que vous m&rsquo;avez envoy\u00e9 ; autrement, je ne vivrais plus\u00a0\u00bb<\/em> (page 65), le bombardement et la maladie transparaissent enfin de ces lettres jusqu&rsquo;alors familiales et presque d\u00e9tach\u00e9es de la guerre.<\/p>\n<p>Le 11 juillet, il regagne le secteur de Laneuvelotte, plus calme, avant de faire une courte apparition dans les Vosges, du c\u00f4t\u00e9 de Fraize, jusqu&rsquo;au 3 ao\u00fbt, et de revenir aux avant-postes devant Nancy \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e de l&rsquo;hiver.<\/p>\n<p>Le 13 janvier 1916, il part pour sa premi\u00e8re permission au cours de laquelle il retrouve les siens, dont sa fille Germaine qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas vue depuis 17 mois.<\/p>\n<p>En f\u00e9vrier 1916 s&rsquo;allume \u00e0 quelques dizaines de kilom\u00e8tres de Nancy la formidable bataille de Verdun. Le 28 f\u00e9vrier, le 234<sup>e<\/sup> re\u00e7oit l&rsquo;ordre d&rsquo;occuper le Bois Chenu entre Ch\u00e2tillon et Moulainville. Les tranch\u00e9es sont \u00ab\u00a0<em>des trous que nous avons faits dans la terre sans \u00eatre recouverts. Nous sommes toujours sous l&rsquo;ouragan de feu et d&rsquo;acier et les Allemands nous envoient aussi des gaz suffocants\u00a0\u00bb<\/em> (page101). De plus, Germain Cuzacq souffre \u00e0 nouveau de diarrh\u00e9es, accentu\u00e9es par un temps \u00e9pouvantable. Il tient gr\u00e2ce au renfort moral de sa famille et des colis, nombreux, qui sont le lien entre l&rsquo;arri\u00e8re et l&rsquo;enfer. Le 22 juin, apr\u00e8s une courte p\u00e9riode de repos, le r\u00e9giment remonte en premi\u00e8re ligne au R\u00e9duit d&rsquo;Avocourt, sur la rive gauche de la Meuse. Ce s\u00e9jour va d\u00e9passer en \u00e9preuve ce qu&rsquo;il a connu jusqu&rsquo;alors de la guerre. Ext\u00e9nu\u00e9 de fatigue lors de la \u00ab\u00a0<em>simple<\/em> \u00bb mont\u00e9e en secteur, pataugeant dans 20 centim\u00e8tres de boue au fond de la tranch\u00e9e, paysage lunaire constamment arros\u00e9 de tout ce que l&rsquo;artillerie prodigue en projectiles, le soldat de Lagraulet voit tomber autour de lui les copains, morts, bless\u00e9s ou malades. La bataille de Verdun ne cesse pas d&rsquo;intensit\u00e9 et le 29 ao\u00fbt, le 234<sup>e<\/sup> est engag\u00e9 devant Douaumont, dans ce que fut Fleury, autre fournaise. Pressent-il sa mort le 27 ao\u00fbt, lorsque arriv\u00e9 en secteur il prend toute disposition pour que les copains pr\u00e9viennent sa famille : \u00ab\u00a0<em>Alors par les uns ou par les autres, vous pourrez toujours avoir des nouvelles en cas d&rsquo;accident<\/em>&#8230;\u00a0\u00bb (page 138).<\/p>\n<p>Le\u00a0 2 septembre, il \u00e9crit : \u00ab\u00a0<em>Ma sant\u00e9 est toujours bonne <\/em>(&#8230;)<em>. Sommes ici pour le quatri\u00e8me jour ; nous ne savons pas quand nous serons relev\u00e9s, nous avons toujours des pertes \u00e9normes\u00a0\u00bb<\/em> (page 142). Le lendemain, Baptiste Cuzacq meurt \u00e0 son tour dans le charnier perp\u00e9tuel, laissant \u00e0 sa femme et \u00e0 ses deux enfants la derni\u00e8re lettre comme ultime souvenir d&rsquo;un mari et d&rsquo;un p\u00e8re.<\/p>\n<p>Deux annexes commentent certaines des lettres de Germain Cuzacq telle celle faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une volont\u00e9 gouvernementale de favoriser la natalit\u00e9, soulevant pour les soldats l&rsquo;indignation du spectre de la chair \u00e0 canon et de la d\u00e9bauche des femmes rest\u00e9es au pays ou celle semblant parler de fusill\u00e9s \u00e9nigmatiques au 234<sup>e<\/sup> RI. Enfin, l&rsquo;histoire du tr\u00e9sor que repr\u00e9sentent ces quelques 400 lettres rappelant au lecteur comme \u00e0 l&rsquo;historien la possibilit\u00e9 de verser au patrimoine commun et \u00e0 l&rsquo;immortalit\u00e9 les histoires intimes de chacun de ces h\u00e9ros.<\/p>\n<p>3. R\u00e9sum\u00e9 et analyse<\/p>\n<p>Pierre et Germaine Leshauris, la fille de Germain, pr\u00e9sentent cette histoire du jeune Landais de Lagraulet dans une courte notice biographique qui d\u00e9montre l&rsquo;origine pl\u00e9b\u00e9ienne de ce fils de m\u00e9tayers-gemmeurs passionn\u00e9 de lecture. Ils commentent et enrichissent 400 lettres en les amor\u00e7ant pour la p\u00e9riode du 1<sup>er<\/sup> au 13 ao\u00fbt 1914. Une correspondance intime, tr\u00e8s personnelle, entre un mari et sa femme o\u00f9 la guerre, si elle est omnipr\u00e9sente, est secondaire et peu d\u00e9crite par ce m\u00e9tayer-gemmeur tr\u00e8s soucieux de ses affaires et de sa famille rest\u00e9es au pays. C&rsquo;est \u00e9galement l&rsquo;\u00e9dition de t\u00e9moignages \u00e9galement rares des soldats landais, discrets et besogneux qui sont venus mourir aux fronti\u00e8res du nord, pays si lointains dans une guerre incompr\u00e9hensible pour ces paysans, comme l\u2019est la signification du glas qui sonne \u00e0 l\u2019\u00e9glise de Geloux le 1<sup>er<\/sup> ao\u00fbt 1914 (page 11).<\/p>\n<p>L&rsquo;ouvrage est opportun\u00e9ment pr\u00e9sent\u00e9 et enrichi par Pierre et Germaine Leshauris de t\u00e9moignages de quelques autres soldats du 234<sup>e<\/sup> RI tels les extraits du journal, int\u00e9ressant et intense, de Jeanty Dupouy du Meysouet, le t\u00e9moignage oral de Jean Sady et la correspondance d&rsquo;autres membres de la famille Cuzacq qui comblent les vides \u00e9pistoliers et annot\u00e9 de quelques commentaires g\u00e9n\u00e9raux ou techniques. Ceux-ci portent sur des sujets aussi divers que le repeuplement et le sentiment du soldat, qui le voit comme une incitation \u00e0 la d\u00e9bauche des femmes rest\u00e9es \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re (page 145), la l\u00e9gende des gendarmes pendus \u00e0 des crocs de boucher \u00e0 Verdun (page 146) ou l\u2019histoire de Herduin et Millan, fusill\u00e9s sans jugement (page 147). Ce livre repr\u00e9sente au final un exemple correct de pr\u00e9sentation de ces archives familiales indispensables pour parfaire la connaissance sociologique de la Grande Guerre.<\/p>\n<p>Le livre est aussi abondamment illustr\u00e9 de clich\u00e9s g\u00e9n\u00e9raux mais \u00e9galement de photographies tir\u00e9es d&rsquo;archives iconographiques pr\u00e9sentant le 234<sup>e<\/sup> en secteur. Elles sont report\u00e9es hors pagination. Quelques cartes pr\u00e9cisent les lieux d&rsquo;affectation de l&rsquo;unit\u00e9 mais, dessin\u00e9es \u00e0 main lev\u00e9e, leur pr\u00e9cision est discutable (dans les Vosges, le col de la Chipotte est par exemple confondu avec le col du Haut-Jacques (page 69).<\/p>\n<p>L&rsquo;ensemble pr\u00e9sent\u00e9 est d\u2019honn\u00eate qualit\u00e9, quelque peu desservi par une illustration m\u00e9diocre. Le r\u00e9gime d&rsquo;annotation avec renvoi en fin de chapitre est peu clair et fastidieux \u00e0 la recherche, page \u00e0 page, car non indiqu\u00e9. Celles-ci eurent pu \u00eatre report\u00e9es en bas de page, pr\u00e9sentation plus lisible. On note \u00e9galement de nombreuses fautes typographiques et de relecture, surtout vers la fin de l&rsquo;ouvrage et \u00e9galement quelques erreurs g\u00e9ographiques dans l&rsquo;\u00e9tude des parcours de l&rsquo;unit\u00e9. Malgr\u00e9 ces errements, \u00ab\u00a0<em>le Soldat de Lagraulet<\/em> \u00bb peut appara\u00eetre comme un ouvrage d\u2019int\u00e9r\u00eat pour l&rsquo;\u00e9tude des soldats landais dans la Grande Guerre au cours de la p\u00e9riode d\u2019ao\u00fbt 1914 \u00e0 septembre 1916.<\/p>\n<p>Plusieur \u00e9l\u00e9ments sont \u00e0 retirer de l\u2019\u00e9tude de cette correspondance majoritairement consacr\u00e9e aux relations familiales et civiles de Germain Cuzacq et de sa famille et \u00e0 la survivance quotidienne. L&rsquo;auteur replace dans le contexte les mille petites choses et actes du quotidien du soldat. L\u2019ouvrage en est ainsi riche d&rsquo;enseignements sociologiques sur la vie du poilu. Le 12 ao\u00fbt 1914, lors du trajet vers le front, Germain \u00e9crit : \u00ab\u00a0<em>En cours de route, des officiers nous annoncent que la guerre a d\u00e9j\u00e0 fait beaucoup de bless\u00e9s mais peu de morts\u00a0\u00bb<\/em> (page 16). Il rapporte ainsi d\u2019embl\u00e9e le bourrage de cr\u00e2ne, qu\u2019il conna\u00eet avant m\u00eame l\u2019arriv\u00e9e au front et l\u2019espionnite, avec l\u2019arrestation d\u2019une femme qui faisait des signaux aux Allemands (page 21). Il est aussi confront\u00e9 \u00e0 la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 disciplinaire de ses cadres (pages 35 et 36) dont il ne partage pas les m\u00eames conditions de vie\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Il ne faut pas comparer notre existence \u00e0 celle des officiers parce qu\u2019ils ont tout ce qu\u2019ils veulent. Vous ne pouvez pas vous figurer les tenues fantaisies qu\u2019ils ont \u00e0 leur disposition et don t ils se servent jusqu\u2019aux postes les plus avanc\u00e9s. Quant \u00e0 leur nourriture, la plupart de ces messieurs n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 aussi bien nourris avant la guerre<\/em> \u00bb (page 95). Il confessera plus loin qu\u2019il en profite un peu toutefois (page 113). S\u2019il mange de la \u00ab\u00a0<em>viande congel\u00e9e depuis 10 ans\u00a0\u00bb<\/em> (page 37) au d\u00e9but de la campagne, il trouve anormal de devoir jeter du pain, d\u00e9livr\u00e9 en trop grande quantit\u00e9 (page 54). Il \u00e9voque aussi le \u00ab\u00a0<em>singe\u00a0\u00bb<\/em>, \u00ab\u00a0<em>viande de b\u0153uf cuite assaisonn\u00e9e dans de petites bo\u00eetes en fer battu de 300 grammes\u00a0\u00bb<\/em> (page 64). La nourriture restera une pr\u00e9occupation permanente tout le long des courriers. Le colis est primordial ; celui du premier no\u00ebl de guerre vient des \u00ab<em> familles riches<\/em> \u00bb (page 38), les autres auront une telle importance dans le moral des hommes qu\u2019il en dit\u00a0: \u00ab\u00a0<em>autrement je ne vivrais plus\u00a0\u00bb <\/em>(page 65). Par contre, Cuzacq fustige l\u2019alcool, le \u00ab\u00a0<em>Chicogno\u00a0\u00bb<\/em> (page 134). Le sac est aussi important\u00a0; la perte du sien, pulv\u00e9ris\u00e9 par un bombardement est un petit drame qui touche \u00e0 l\u2019intime comme au fonctionnel (page 85).<\/p>\n<p>Comme beaucoup, il s\u2019\u00e9tonne du peu de malades en regard des conditions climatiques \u00e0 la tranch\u00e9e (page 41). Il parle beaucoup de son uniforme, du pantalon rouge r\u00e2p\u00e9 (page 40) bient\u00f4t remplac\u00e9, le 6 f\u00e9vrier 1915, par la tenue bleu horizon dite \u00ab\u00a0<em>grise\u00a0\u00bb<\/em> ainsi que le k\u00e9pi (page 43), nouvelle tenue dont il d\u00e9plore la m\u00e9diocre qualit\u00e9 (page 48). Il trouve moins cher et moins fastidieux de donner ses v\u00eatements \u00e0 laver (pages 44 et 50). L\u2019hygi\u00e8ne et la maladie font \u00e9galement partie de ses pr\u00e9occupations et les petits trucs sont rapport\u00e9s comme le camphre respir\u00e9 dans un mouchoir contre les \u00e9pid\u00e9mies (page 45) ou sa lutte contre la boue par l\u2019adjonction d&rsquo;une tige tibiale en cuir, serr\u00e9e \u00e0 la cheville (page 112). Cette boue \u00ab\u00a0<em>que personne ne peut se figurer ce que c\u2019est que celui qui s\u2019y trouve, c\u2019est abominable<\/em> \u00bb (page 127).<\/p>\n<p>Il raconte finalement peu ses combats, redoutant l\u2019attaque \u00ab\u00a0<em>\u00e0 la fourchette\u00a0\u00bb,<\/em> la ba\u00efonnette, (page 49) et parle peu de l\u2019ennemi. Le 7 1915, il en dit\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Nous avons le droit d&rsquo;envoyer certains objets allemands comme souvenirs mais comme ils sentent si mauvais, je ne m\u2019en suis pas occup\u00e9 <\/em>\u00bb (page 65).<\/p>\n<p>Index des localit\u00e9s, dates (et page) du parcours suivi par l&rsquo;auteur :<\/p>\n<p><strong>1914<\/strong> : Mont-de-Marsan, 1<sup>er<\/sup> ao\u00fbt (11), Tours, 11 ao\u00fbt (16), Troyes \u00e0 Nancy, 12 ao\u00fbt (16), Villers-les-Nancy, 13 ao\u00fbt (17), Lenoncourt, 15 ao\u00fbt (19), Cercueil, Velaine, Brin-sur-Seille, for\u00eat de Gremecey, Fresnes, Delme, Puzieux, 19 ao\u00fbt (20), Donjeux, for\u00eat de Gremecey, 20 ao\u00fbt (21), Pettoncourt devant Moncel, Mazerulles, Laneuvelotte, Seichamps, Vand\u0153uvre, 21 ao\u00fbt (22), Plateau de la Rochette, Ecuelle (ferme de Quercigny, ferme du Cheval Rouge), lyc\u00e9e de Bosserville, Faulx, 22 ao\u00fbt -14 septembre (23), Dommartin, 18 septembre (29), La\u00eetre-sous-Amance, 5-9 octobre (30), Lay-Saint-Christophe, 15 octobre (30), for\u00eat de Champenoux, 18 octobre (31), Lay-sous-Amance, 28 octobre (32), Velaine-sous-Amance, 3-14 novembre (32), Lay-sous-Amance, 14 novembre (33), Laneuvelotte, 3-14 d\u00e9cembre (35), Brin-sur-Seille, 18 d\u00e9cembre (36), for\u00eat de Champenoux, 19 d\u00e9cembre (36), Laneuvelotte, 20 d\u00e9cembre (37), Etang de Brin-sur-Seille, 21 d\u00e9cembre (37).<\/p>\n<p><strong>1915<\/strong> : Laneuvelotte, 3 janvier (38), Mazerulles, 21 janvier-10 avril (41), R\u00e9m\u00e9r\u00e9ville, 11 avril (49), Champenoux-Mazerulles, 21 avril-2 juin (50), Laneuvelotte, 2 juin-16 juin (55), Courbesseaux, 17 juin (61), for\u00eat de Mondon (sud-est de Lun\u00e9ville), 18 juin (61), Bois du Zeppelin, 20 juin (62), Reillon, 21 juin (62), Bois Sans Nom-Bois Noir, 23-30 juin (62), Domjevin, 1<sup>er<\/sup> juillet (64), Veho-Leintrey, 2-7 juillet (64), Marainviller-Laneuvelotte-Bouxi\u00e8res-aux-Ch\u00eanes, 8-18 juillet (66), Fraize, 22 juillet-1<sup>er<\/sup> ao\u00fbt (68), Laneuvelotte, 4-9 ao\u00fbt (70), Quercigny, 9 ao\u00fbt-4 septembre (71), Bouxi\u00e8res, 5 septembre (74), Mazerulles, 10 septembre-18 octobre (75), Bouxi\u00e8res, 24 octobre-6 novembre (79), Velaine-sous-Amance, 7-28 novembre (80), Quercigny-Lanfroicourt-ferme Candale, 29 novembre-14 d\u00e9cembre (83), Laneuvelotte, 16 d\u00e9cembre-11 janvier (86).<\/p>\n<p><strong>1916<\/strong> : Bouxi\u00e8res, 12 janvier-25 f\u00e9vrier (89), Bouxi\u00e8res-Silmont (Meuse), 27 f\u00e9vrier (99), Bois-Chenu-Chatillon-sous-les-C\u00f4tes-Moulainville-camp de la B\u00e9ole, 28 f\u00e9vrier-5 mars (100), Camp de la Chiffour, 6-29 mars (102), Moulainville-Basse, 29 mars-25 avril (106), Canal de l&rsquo;Est entre Dieue et Haudainville, pr\u00e8s de Dugny, 26-30 avril (113), camp de la Chiffour, 30 avril-11 mai (114), entre Eix et Damloup, 12-21 mai (116), camp de la Chiffour, 22 mai-7 juin (117), R\u00e9duit d&rsquo;Avocourt-camp de la Verri\u00e8re, 27 juin-19 ao\u00fbt (125), Triaucourt-camp de Jub\u00e9court, 19 ao\u00fbt (137), Riancourt, 21 ao\u00fbt (138), camp d&rsquo;Avoust, 27 ao\u00fbt (138), Fleury-devant-Douaumont, 29 ao\u00fbt-4 septembre (138).<\/p>\n<p>Yann Prouillet, CRID14-18, janvier 2012.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin Baptiste Cuzacq (ou Cuzac) dit Germain est n\u00e9 au lieu-dit Lagraulet \u00e0 Geloux dans les Landes. Il est le 4e de neuf enfants d\u2019une famille de m\u00e9tayers gemmeurs d\u2019origine pl\u00e9b\u00e9ienne et dont le p\u00e8re est analphab\u00e8te. Il quitte l\u2019\u00e9cole de son village \u00e0 11 ans mais continue sa scolarit\u00e9 par des cours &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2012\/01\/17\/cuzacq-baptiste-dit-germain-1886-1916\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Cuzacq, Baptiste dit \u00ab\u00a0Germain\u00a0\u00bb (1886-1916)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[101,235,10,6],"tags":[469,382,717,321,258,716,663],"class_list":["post-720","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-1981-1990","category-234e-ri","category-combattant-infanterie","category-correspondance-unique","tag-bombardement","tag-boue","tag-charnier","tag-critique-des-officiers","tag-famille","tag-nourriture","tag-revolte"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/720","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/10"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=720"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/720\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3950,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/720\/revisions\/3950"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=720"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=720"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=720"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}