{"id":73,"date":"2008-02-22T16:56:32","date_gmt":"2008-02-22T15:56:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/02\/22\/escholier-marie-1876-1956\/"},"modified":"2021-09-09T17:06:28","modified_gmt":"2021-09-09T16:06:28","slug":"escholier-marie-1876-1956","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/02\/22\/escholier-marie-1876-1956\/","title":{"rendered":"Escholier, Marie (1876-1956)"},"content":{"rendered":"<p><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n<p>N\u00e9e \u00e0 Mirepoix (Ari\u00e8ge) dans une famille de notables, propri\u00e9taires de la ferme de Malaquit o\u00f9 elle revient chaque ann\u00e9e en vacances apr\u00e8s son mariage avec Raymond Escholier en 1905. Celui-ci \u00e9tait un critique d&rsquo;art, conservateur de mus\u00e9e \u00e0 Paris.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la guerre, Raymond et Marie \u00e9criront des \u00ab romans du terroir \u00bb, parmi lesquels <em>Cantegril<\/em> obtint le prix F\u00e9mina en 1921. Elle est d\u00e9c\u00e9d\u00e9e \u00e0 Malaquit le 21 mars 1956.<\/p>\n<p><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n<p>A Malaquit, Marie Escholier et ses deux fils attendent Raymond qui doit \u00ab descendre \u00bb de Paris en cet \u00e9t\u00e9 de 1914. Mais il ne viendra pas. Marie commence alors un journal, qu&rsquo;elle va tenir jusqu&rsquo;au 12 mai 1915. Son fils Claude pense qu&rsquo;apr\u00e8s cette date, en accord avec son mari, elle a abandonn\u00e9 son journal pour se consacrer \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture de leur premier roman, <em>Dansons la trompeuse<\/em>. Le manuscrit du Journal n&rsquo;\u00e9tait pas destin\u00e9 \u00e0 la publication, mais rien ne l&rsquo;interdisait. Retrouv\u00e9 par Claude Escholier, il a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en 1986 sous un titre qui n&rsquo;est pas d&rsquo;origine : Marie Escholier, <em>Les saisons du vent. Journal ao\u00fbt 1914 &#8211; mai 1915<\/em>, Carcassonne, GARAE\/H\u00e9siode, 1986, 154 p., prenant aussi le n\u00b0 10 dans la collection \u00ab La m\u00e9moire de 14-18 en Languedoc \u00bb. Une pr\u00e9sentation des \u00e9diteurs explique en quelques pages le choix du titre. Postface de Claude Escholier, \u00ab Naissance d&rsquo;une \u00e9criture \u00bb. Le volume donne une liste des romans publi\u00e9s en collaboration entre Marie et Raymond Escholier, et un lexique des mots occitans employ\u00e9s dans le Journal.<\/p>\n<p><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n<p>La grande finesse de l&rsquo;auteur lui permet de comprendre les individus ; son sens de l&rsquo;observation lui permet de d\u00e9crire l&rsquo;impact de la situation de guerre sur une soci\u00e9t\u00e9 rurale, la campagne ari\u00e9geoise autour de Mirepoix. On peut regrouper les principaux apports en trois grandes parties.<\/p>\n<p>Bouleversements et brassages<\/p>\n<p>La mobilisation des hommes jeunes a des cons\u00e9quences fortes sur le travail des champs, sur l&rsquo;aspect de la rue, et sur l&rsquo;honorabilit\u00e9 de quelques jeunes filles qui ne pourront pas \u00ab r\u00e9parer leur faute \u00bb dans le mariage. Des r\u00e9fugi\u00e9s arrivent du Nord, de Belgique, de Paris en ao\u00fbt, avant la bataille de la Marne. Cela produit quelques frictions. La classe 14 vient faire des man\u0153uvres autour de Malaquit ; les jeunes soldats ont l&rsquo;air d&rsquo;un \u00ab troupeau d&rsquo;enfants malades \u00bb, d&rsquo;autant qu&rsquo;une \u00e9pid\u00e9mie de m\u00e9ningite fait des ravages. L&rsquo;ambiance g\u00e9n\u00e9rale est triste : pas de foire, pas de f\u00eate. Mais, en f\u00e9vrier, il y aura la fabrication de la charcuterie \u00e0 partir du cochon \u00e9lev\u00e9 \u00e0 domicile : l&rsquo;ordre immuable de la c\u00e9r\u00e9monie sera respect\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;information<\/p>\n<p>Le grand th\u00e8me, c&rsquo;est l&rsquo;attente des nouvelles. Le facteur prend une importance inhabituelle. Les lettres deviennent source collective d&rsquo;informations (\u00ab la lettre d&rsquo;un soldat appartient \u00e0 tout le monde \u00bb). Echanges d&rsquo;objets avec le front : colis de v\u00eatements et de nourriture d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 ; produits de l&rsquo;artisanat des tranch\u00e9es de l&rsquo;autre. Les silences et les contradictions de la presse sont assez vite per\u00e7us ; on ne croit plus \u00e0 ce que disent les journaux (\u00ab dont les fanfaronnades imb\u00e9ciles me font mal au c\u0153ur \u00bb, \u00e9crit Marie d\u00e8s le 6 septembre 1914). Mais on les lit tout de m\u00eame. Les rumeurs circulent, dans la version \u00ab archa\u00efque \u00bb des proph\u00e9ties (p. 28, 48, 60, 79).<\/p>\n<p>Sentiments et attitudes<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9tat de guerre cr\u00e9e une conception plus profonde de la vie. On regarde avec respect ceux qui vont partir au feu. Les enfants sont confondus de voir pleurer un homme adulte, un soldat bless\u00e9 venu en convalescence et qui repart. Les lettres contiennent des formules terribles dans leur laconisme : \u00ab Je suis encore en vie, la plupart des copains sont morts \u00bb ou \u00ab J&rsquo;ai bien chang\u00e9, je sais ce que c&rsquo;est que la vie, nous sommes moins qu&rsquo;une fum\u00e9e \u00bb.<\/p>\n<p>L&rsquo;enthousiasme patriotique est vite remis en question. D\u00e8s le 4 octobre, un soldat qui va partir remarque : \u00ab Nous sommes de la viande de boucherie. \u00bb Un autre, r\u00e9form\u00e9, rayonne. Une m\u00e8re dont le fils est prisonnier \u00e0 Magdeburg est radieuse, et Marie Escholier pr\u00e9cise : \u00ab On a des bonheurs qui feraient la d\u00e9solation des jours ordinaires. \u00bb Une r\u00e9fugi\u00e9e belge annonce que dans quinze ans la France et l&rsquo;Allemagne seront alli\u00e9es contre l&rsquo;invasion russe. L&rsquo;Union sacr\u00e9e aussi est remise en question. La campagne critique la ville. On recherche le bouc \u00e9missaire : pour certains, ce sont les cur\u00e9s et les riches qui ont d\u00e9cha\u00een\u00e9 la guerre ; pour d&rsquo;autres, la d\u00e9faite est due \u00e0 la d\u00e9bandade des soldats d&rsquo;Antibes, aux socialistes, aux officiers, ou tout simplement \u00e0 la \u00ab trahison \u00bb.<\/p>\n<p>Au total, des pages admirables.<\/p>\n<p><strong>4. Autres informations<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Voir la notice Raymond Escholier dans <em>T\u00e9moins<\/em> de Jean Norton Cru.<\/p>\n<p>&#8211; Alexandre Lafon, \u00ab Un couple dans la guerre : Raymond et Marie Escholier \u00bb, dans <em>Patrimoine Midi-Pyr\u00e9n\u00e9es<\/em>, n\u00b0 1, octobre 2003, p. 58-59.<\/p>\n<p>&#8211; Bernadette Truno, <em>Raymond et Marie-Louise Escholier. De l&rsquo;Ari\u00e8ge \u00e0 Paris, un destin \u00e9tonnant<\/em>, Canet, Editions Trabucaire, 2004, 222 p., illustrations.<\/p>\n<p>R\u00e9my Cazals, 02\/2008<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin N\u00e9e \u00e0 Mirepoix (Ari\u00e8ge) dans une famille de notables, propri\u00e9taires de la ferme de Malaquit o\u00f9 elle revient chaque ann\u00e9e en vacances apr\u00e8s son mariage avec Raymond Escholier en 1905. Celui-ci \u00e9tait un critique d&rsquo;art, conservateur de mus\u00e9e \u00e0 Paris. 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