{"id":74,"date":"2008-02-22T16:59:05","date_gmt":"2008-02-22T15:59:05","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/02\/22\/vidal-albert-1879-1943\/"},"modified":"2021-09-09T17:06:35","modified_gmt":"2021-09-09T16:06:35","slug":"vidal-albert-1879-1943","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/02\/22\/vidal-albert-1879-1943\/","title":{"rendered":"Vidal, Albert (1879-1943)"},"content":{"rendered":"<p><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n<p>Albert Vidal est n\u00e9 \u00e0 Mazamet (Tarn) le 22 ao\u00fbt 1879 dans une famille de la bourgeoisie laini\u00e8re protestante. Son p\u00e8re, qui avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9publicain sous l&rsquo;Empire, meurt alors qu&rsquo;Albert n&rsquo;a que 3 ans, mais la famille et les amis relaieront ses id\u00e9es politiques. Dans sa jeunesse, Albert Vidal r\u00e9cuse la carri\u00e8re toute trac\u00e9e dans le commerce international des laines. Peu assidu dans ses \u00e9tudes, il obtient la premi\u00e8re partie du baccalaur\u00e9at avant de voguer vers l&rsquo;Argentine (1898) o\u00f9 il ach\u00e8te de la mati\u00e8re premi\u00e8re pour l&rsquo;industrie mazam\u00e9taine du d\u00e9lainage en pleine expansion. De retour en France en 1900, il envisage de vivre de sa plume. Il participe \u00e0 la cr\u00e9ation de la <em>Revue provinciale<\/em> qui va tenir difficilement de 1901 \u00e0 1905 \u00e0 Toulouse ; il \u00e9crit des nouvelles et de courtes pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre qui rencontrent un succ\u00e8s d&rsquo;estime, mais ne lui permettent pas de vivre. Il doit donc, d\u00e8s 1903, revenir \u00e0 Mazamet et \u00e0 la laine, mais il continuera \u00e0 \u00e9crire pour son plaisir. Ses descriptions de la ville industrielle, paysage, travail, coutumes, comportements patronaux et ouvriers, ont un grand int\u00e9r\u00eat pour l&rsquo;historien. Militant la\u00efque au parti radical-socialiste, il est maire de Mazamet en 1912 pour assurer un int\u00e9rim ; il est \u00e9galement pr\u00e9sident du club de rugby.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la guerre, il se marie et aura trois enfants. Son entreprise conna\u00eet la prosp\u00e9rit\u00e9 des ann\u00e9es 20 et la crise des ann\u00e9es 30. Partisan du Front populaire, hostile aux dictateurs, il joint les actes \u00e0 l&rsquo;\u00e9crit en transformant ses magasins de laine en h\u00f4pital pour les bless\u00e9s r\u00e9publicains espagnols en 1939 et en r\u00e9digeant des textes contre Franco. Apr\u00e8s la d\u00e9faite de 1940, il parle et \u00e9crit contre Vichy et les Allemands. Il meurt de maladie le 25 janvier 1943. Sa femme a \u00e9t\u00e9 une des premi\u00e8res conseill\u00e8res municipales de Mazamet en 1945.<\/p>\n<p><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n<p>Sur la p\u00e9riode 1914-1918, on dispose des textes suivants :<\/p>\n<p>&#8211; le manuscrit intitul\u00e9 \u00ab Loin des tranch\u00e9es. Journal d&rsquo;un embusqu\u00e9 \u00bb, 33 pages ; l&rsquo;original est dans le fonds Vidal aux Archives du Tarn<\/p>\n<p>&#8211; trois br\u00e8ves notes publi\u00e9es dans <em>La Paix par le Droit<\/em>, janvier 1918, p. 10-13, sign\u00e9es \u00ab A. V. volontaire \u00e0 l&rsquo;arm\u00e9e d&rsquo;Orient \u00bb<\/p>\n<p>&#8211; le premier acte d&rsquo;une pi\u00e8ce sans titre et sans date, \u00e9crite apr\u00e8s 1929 puisque les deux autres actes concernent la crise ; Archives du Tarn et <em>Le jeune homme qui voulait devenir \u00e9crivain<\/em>, p. 177-184<\/p>\n<p>&#8211; quelques \u00e9vocations de la guerre dans des notes des ann\u00e9es 30 : <em>Le jeune homme&#8230;<\/em>, p. 205-207<\/p>\n<p>&#8211; \u00e0 quoi il faut ajouter une nouvelle \u00e9crite en 1902, intitul\u00e9e \u00ab L&rsquo;Allemande \u00bb, publi\u00e9e en 1903 et reprise int\u00e9gralement dans <em>Le jeune homme&#8230;<\/em>, p. 93-103.<\/p>\n<p><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n<p>La nouvelle \u00ab L&rsquo;Allemande \u00bb a \u00e9t\u00e9 \u00e9crite d&rsquo;apr\u00e8s ce qu&rsquo;il a observ\u00e9 dans le milieu bourgeois o\u00f9 on employait des jeunes filles \u00e9trang\u00e8res pour s&rsquo;occuper des enfants ; ces personnes avaient un statut ambigu et elles \u00e9taient jalous\u00e9es par le personnel domestique. D&rsquo;autant que les Allemands, depuis 1870, avaient la mauvaise r\u00e9putation d&rsquo;\u00eatre des \u00ab voleurs de pendules \u00bb.<\/p>\n<p>R\u00e9form\u00e9 pour raisons m\u00e9dicales, Albert Vidal a cherch\u00e9 \u00e0 s&rsquo;engager. Il y a r\u00e9ussi en janvier 1915, mais a d\u00fb rester plusieurs semaines au d\u00e9p\u00f4t, d&rsquo;o\u00f9 le titre du journal qu&rsquo;il a commenc\u00e9 alors \u00e0 tenir : \u00ab Loin des tranch\u00e9es. Journal d&rsquo;un embusqu\u00e9 \u00bb. Par la suite, il ne modifie pas son titre car il ne s&rsquo;estime pas un vrai combattant. Il conduit des camions en Lorraine en 1915 et dans la grande noria de ravitaillement de Verdun en 1916. Volontaire pour l&rsquo;arm\u00e9e d&rsquo;Orient, il arrive \u00e0 Salonique en juillet 1916, toujours conducteur de camions, et reste dans les Balkans jusqu&rsquo;en novembre 1917. A cette date, il obtient une permission, pass\u00e9e \u00e0 Mazamet. En 1918, il est en V\u00e9n\u00e9tie, mais n&rsquo;a rien \u00e9crit sur cette exp\u00e9rience. La derni\u00e8re date mentionn\u00e9e sur son journal est le 3 novembre 1917.<\/p>\n<p>C&rsquo;est, au total, un t\u00e9moignage int\u00e9ressant sur la vie d&rsquo;un conducteur de camions. M\u00eame si ses conditions de vie furent parfois tr\u00e8s dures, on y \u00e9tait relativement peu expos\u00e9 au danger. Albert Vidal n&rsquo;a pas remis en cause son patriotisme : il fallait vaincre le militarisme allemand. Mais il a pris conscience de l&rsquo;existence d&rsquo;un militarisme fran\u00e7ais et il fustige les erreurs, les brimades, les abus de pouvoir des officiers.<\/p>\n<p>Les textes envoy\u00e9s \u00e0 son ami Jules Puech (voir ce nom), r\u00e9dacteur de <em>La Paix par le Droit<\/em>, compl\u00e8tent les pages sur les Balkans. Le morceau intitul\u00e9 \u00ab Les laboureurs soldats \u00bb est un hommage aux combattants serbes ; \u00ab La Foi \u00bb critique l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 de la politique grecque ; \u00ab La temp\u00eate de neige \u00bb d\u00e9crit les conditions de vie dans la montagne.<\/p>\n<p>Le premier acte de la pi\u00e8ce mentionn\u00e9e plus haut se d\u00e9roule \u00ab dans un salon bourgeois en 1920 \u00bb, en fait \u00e0 Mazamet dans le milieu que conna\u00eet l&rsquo;auteur. Y apparaissent d&rsquo;int\u00e9ressants profiteurs de guerre, des gogos en admiration devant Clemenceau ; le personnage de Colombi\u00e9 repr\u00e9sente Albert Vidal lui-m\u00eame, et l&rsquo;acte est l&rsquo;occasion d&rsquo;exposer les circonstances de son engagement et de d\u00e9finir son attitude vis \u00e0 vis de l&rsquo;arm\u00e9e, de revenir sur son souci de se faire respecter par les officiers.<\/p>\n<p>Les notes des ann\u00e9es 1930 sont l&rsquo;occasion d&rsquo;un retour d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 sur les illusions du temps de la guerre. Le passage suivant est r\u00e9v\u00e9lateur de cet \u00e9tat d&rsquo;esprit : \u00ab Pendant les permissions, ils nous accablaient des hauts faits d&rsquo;aviateurs ou d&rsquo;agents de liaison. On les sentait poliment incr\u00e9dules devant le d\u00e9tail de notre mis\u00e8re. Ils nous offraient un cigare ou un petit verre &#8211; quelquefois les deux &#8211; et retournaient \u00e0 leurs b\u00e9n\u00e9fices en nous encourageant avec bonne humeur : \u00ab\u00a0On les aura.\u00a0\u00bb Ils nous ont eus. Par un petit matin de 1915, ce p\u00e8re de famille, vous savez ce qu&rsquo;on en a fait. Sa veuve n&rsquo;a pas de pension. Et quand on parle de la guerre, ses enfants tremblent de col\u00e8re et de honte. Et pourtant il n&rsquo;avait pas fui. \u00bb [allusion \u00e0 une ex\u00e9cution]<\/p>\n<p><strong>4. Autres informations<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Tous les manuscrits d&rsquo;Albert Vidal, la correspondance re\u00e7ue, et de nombreux autres documents sont d\u00e9pos\u00e9s aux Archives d\u00e9partementales du Tarn, sous la cote 141 J.<\/p>\n<p>&#8211; Pour une vue g\u00e9n\u00e9rale de la vie d&rsquo;Albert Vidal et la transcription d&rsquo;une partie de ses \u0153uvres, voir Albert Vidal et R\u00e9my Cazals, <em>Le jeune homme qui voulait devenir \u00e9crivain<\/em>, Toulouse, Privat, 1985, 255 p.<\/p>\n<p>&#8211; Deux photos d&rsquo;Albert Vidal pendant la guerre, dans <em>Traces de 14-18<\/em>, sous la direction de Sylvie Caucanas et R\u00e9my Cazals, Carcassonne, Les Audois, 1997, p. 46. Une photo, au camp de Zeitenlick, dans <em>500 T\u00e9moins de la Grande Guerre<\/em>, p. 437.<\/p>\n<p>R\u00e9my Cazals, 02\/2008<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. 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