{"id":740,"date":"2012-02-14T20:50:30","date_gmt":"2012-02-14T19:50:30","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=740"},"modified":"2021-09-13T19:32:47","modified_gmt":"2021-09-13T18:32:47","slug":"de-gaulle-charles-1890-1970","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2012\/02\/14\/de-gaulle-charles-1890-1970\/","title":{"rendered":"Gaulle, Charles de (1890-1970)"},"content":{"rendered":"<p>\u00c0 l\u2019instar de la grande majorit\u00e9 de la g\u00e9n\u00e9ration du d\u00e9but des ann\u00e9es 1890, Charles de Gaulle est directement concern\u00e9 par la Premi\u00e8re Guerre mondiale. N\u00e9 \u00e0 Lille le 22 novembre 1890, le futur chef de la France Libre et fondateur de la Ve R\u00e9publique appartient \u00e0 un milieu de la petite noblesse par son p\u00e8re Henri et de la bourgeoisie du Nord par sa m\u00e8re Jeanne, n\u00e9e Maillot. Charles de Gaulle est \u00e9lev\u00e9 dans un milieu qui allie attachement nostalgique \u00e0 la monarchie, fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la foi et \u00e0 l\u2019\u00c9glise catholique, passion pour la France et son Histoire. \u00ab Mon p\u00e8re, homme de pens\u00e9e, de culture, de tradition, \u00e9tait impr\u00e9gn\u00e9 du sentiment de la dignit\u00e9 de la France. Il m\u2019en a d\u00e9couvert l\u2019Histoire. Ma m\u00e8re portait \u00e0 la patrie une passion intransigeante \u00e0 l\u2019\u00e9gal de sa pi\u00e9t\u00e9 religieuse. Mes trois fr\u00e8res, ma s\u0153ur, moi-m\u00eame avions pour seconde nature une certaine fiert\u00e9 anxieuse au sujet de notre pays \u00bb, \u00e9crit de Gaulle au d\u00e9but de ses <em>M\u00e9moires de guerre<\/em>. \u00c9l\u00e8ve des p\u00e8res j\u00e9suites qu\u2019il suit en exil en Belgique \u00e0 la suite de l\u2019expulsion des congr\u00e9gations, lecteur assidu de P\u00e9guy, Barr\u00e8s et Bergson, le jeune de Gaulle passe le concours d\u2019entr\u00e9e \u00e0 Saint Cyr o\u00f9 il entre comme \u00e9l\u00e8ve-officier en septembre 1909. Surnomm\u00e9 \u00ab Le Conn\u00e9table \u00bb par ses camarades, il est class\u00e9 13e de sa promotion sur 211. Un de ses sup\u00e9rieurs, le futur mar\u00e9chal Alphonse Juin, note : \u00ab A \u00e9t\u00e9 continuellement en progressant depuis son entr\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9cole ; a beaucoup de moyens, de l\u2019\u00e9nergie, du z\u00e8le, de l\u2019enthousiasme, du commandement et de la d\u00e9cision. Ne peut manquer de faire un excellent officier. \u00bb Nomm\u00e9 sous-lieutenant le 1er octobre 1912, il est affect\u00e9 au 33e r\u00e9giment d\u2019infanterie d\u2019Arras que commande le lieutenant-colonel P\u00e9tain. Apr\u00e8s un an de service dans cette unit\u00e9, il est promu lieutenant.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but de la guerre, le 33e RI est engag\u00e9 en Belgique. Le lieutenant de Gaulle est bless\u00e9 le 15 ao\u00fbt au p\u00e9ron\u00e9, sur le pont de Dinant, \u00e0 proximit\u00e9 de Charleroi. Soign\u00e9 \u00e0 Paris, il rejoint son unit\u00e9 stationn\u00e9e dans l\u2019Aisne en octobre, puis en d\u00e9cembre pr\u00e8s de Ch\u00e2lons-sur-Marne. Croix de guerre le 18 janvier 1915, il est nomm\u00e9 capitaine \u00e0 titre temporaire le 10 f\u00e9vrier et \u00e0 titre d\u00e9finitif le 3 septembre. Bless\u00e9 \u00e0 la main gauche le 10 mars, la plaie s\u2019infecte ce qui n\u00e9cessite une \u00e9vacuation. Il retrouve son r\u00e9giment en juin, devient un des officiers adjoints du colonel \u00c9mile Boud\u2019hors et prend le commandement de la 10e compagnie. Le capitaine de Gaulle est envoy\u00e9 avec son r\u00e9giment \u00e0 Verdun le 28 f\u00e9vrier 1916, alors que les Allemands ont entam\u00e9 leur grande offensive une semaine plus t\u00f4t. Le 2 mars, il est bless\u00e9 d\u2019un coup de ba\u00efonnette \u00e0 Douaumont. Fait prisonnier, il est soign\u00e9 \u00e0 Mayence avant d\u2019\u00eatre intern\u00e9 au camp d\u2019Osnabr\u00fcck en Westphalie, puis \u00e0 Neisse en Sil\u00e9sie et \u00e0 Sczuczyn en Lituanie. En octobre, il est transf\u00e9r\u00e9 au fort d\u2019Ingolstadt en Bavi\u00e8re, puis au camp de Rosenberg en Franconie en juillet 1917 et \u00e0 nouveau \u00e0 Ingolstadt en novembre. Il est \u00e0 nouveau transf\u00e9r\u00e9 en mai 1918 \u00e0 W\u00fclzburg en Bavi\u00e8re avant de terminer la guerre aux prisons de Tassau et de Magdebourg. Il est vrai que le capitaine de Gaulle n\u2019est pas un prisonnier facile. Il tente cinq fois de s\u2019\u00e9vader mais sa tr\u00e8s grande taille ne facilite pas le passage inaper\u00e7u. Au total, Charles de Gaulle est puni de 120 jours d\u2019arr\u00eat de rigueur pour ses diverses tentatives d\u2019\u00e9vasion. Lib\u00e9r\u00e9 \u00e0 la fin du conflit, il rejoint les siens d\u00e9but d\u00e9cembre 1918.<\/p>\n<p>Charles de Gaulle a un int\u00e9r\u00eat pour l\u2019historien de la Grande Guerre, non pas tant par sa carri\u00e8re durant les combats qui est comparable \u00e0 bien des officiers fran\u00e7ais, que pour les t\u00e9moignages et r\u00e9flexions qu\u2019il a laiss\u00e9s. Gr\u00e2ce aux \u00e9crits du jeune officier, nous pouvons suivre son \u00e9tat d\u2019esprit, ses sentiments, ses occupations en particulier lors de sa captivit\u00e9. Du d\u00e9but des hostilit\u00e9s au 16 ao\u00fbt, il tient un carnet de bord. Entr\u00e9 en Belgique le 13 ao\u00fbt, de Gaulle note : \u00ab Accueil enthousiaste des Belges. On nous re\u00e7oit comme des lib\u00e9rateurs. \u00bb Le surlendemain, c\u2019est l\u2019\u00e9preuve du feu : \u00ab \u00c0 six heures du matin, boum ! Boum ! La danse commence, l\u2019ennemi bombarde Dinant avec fureur. Ce sont les premiers coups que nous recevons de la campagne. Quelle impression sur moi ? Pourquoi ne pas le dire ? Deux secondes d\u2019\u00e9motion physique : gorge serr\u00e9e. Et puis c\u2019est tout. Je dois m\u00eame dire qu\u2019une grosse satisfaction s\u2019empare de moi. Enfin ! On va les voir ? \u00bb Un peu plus loin, il t\u00e9moigne de sa premi\u00e8re blessure. \u00ab J\u2019ai \u00e0 peine franchi la vingtaine de m\u00e8tres qui nous s\u00e9parent de l\u2019entr\u00e9e du pont que je re\u00e7ois au genou comme un coup de fouet qui me fait manquer le pied. Les quatre premiers qui sont avec moi sont \u00e9galement fauch\u00e9s en un clin d\u2019\u0153il. Je tombe, et le sergent Debout tombe sur moi, raide mort. Alors c\u2019est pendant une demi-minute une gr\u00eale \u00e9pouvantable de balles autour de moi. \u00bb Il reprend les notes d\u2019un carnet personnel le 15 octobre 1914. Le 20 novembre, Charles de Gaulle \u00e9crit : \u00ab Un shrapnell \u00e9clate juste sur notre t\u00eate. Il nous est \u00e9videmment destin\u00e9. Mais nous voici partis au trot vers le bois, non sans en recevoir encore un autre. Nous entrons dans un abri. Il \u00e9tait temps, une d\u00e9gel\u00e9e de 105 s\u2019abat sur la lisi\u00e8re. Ce qui m\u2019ennuie c\u2019est qu\u2019ils ont bless\u00e9 mon adjudant Dubois. \u00bb<\/p>\n<p>Dans le courrier adress\u00e9 \u00e0 ses parents, il arrive \u00e0 Charles de Gaulle d\u2019analyser la situation g\u00e9n\u00e9rale avec une certaine lucidit\u00e9, en particulier sur les effets d\u2019une propagande quelque peu exag\u00e9r\u00e9e. Ainsi dans une lettre du 14 d\u00e9cembre 1914 adress\u00e9e \u00e0 sa m\u00e8re : \u00ab L\u2019arr\u00eat des Russes ne doit ni nous \u00e9tonner, ni nous inqui\u00e9ter. Si l\u2019on voulait d\u2019apr\u00e8s leur Histoire d\u00e9finir leur caract\u00e8re militaire, on dirait qu\u2019ils sont tr\u00e8s lents et tr\u00e8s tenaces. Encore une fois leurs ressources sont illimit\u00e9es et celles de leurs adversaires s\u2019\u00e9puisent peu \u00e0 peu. Je vous accorde qu\u2019on s\u2019est trop h\u00e2t\u00e9 de c\u00e9l\u00e9brer leur triomphe : cela a caus\u00e9 \u00e0 l\u2019opinion publique une d\u00e9sillusion inutile. De m\u00eame que l\u2019on a le plus grand tort de parler de l\u2019h\u00e9ro\u00efsme des Belges, des millions d\u2019hommes que l\u2019Angleterre met soi-disant sous les armes et de la famine imminente en Allemagne. \u00bb Il lui arrive \u00e9galement de d\u00e9crire les conditions de la vie quotidienne dans les tranch\u00e9es. Ainsi dans une nouvelle lettre \u00e0 sa m\u00e8re le 11 janvier 1915 : \u00ab Nous sommes ici dans une mer de boue, aussi y a-t-il pas mal de malades. \u00bb Le 24 f\u00e9vrier 1916, alors que les Allemands ont attaqu\u00e9 le front fran\u00e7ais dans le secteur de Verdun trois jours auparavant, de Gaulle \u00e9crit \u00e0 sa m\u00e8re son sentiment sur la bataille qui d\u00e9bute. \u00ab Ma conviction, au d\u00e9but de la furieuse bataille qui s\u2019engage, est que l\u2019ennemi va y \u00e9prouver une ruineuse et retentissante d\u00e9faite. Sans doute, il nous prendra des tranch\u00e9es et des positions un peu partout, quitte \u00e0 les perdre plus tard (\u2026) mais notre succ\u00e8s n\u2019est pas douteux, pour ces bonnes raisons que nous sommes bien r\u00e9solus \u00e0 vaincre, quoi qu\u2019il doive nous en co\u00fbter, et que nous en avons les moyens. \u00bb La ranc\u0153ur contre le pouvoir politique est \u00e9galement pr\u00e9sente. Elle \u00e9clate m\u00eame dans un courrier du 23 d\u00e9cembre 1915. \u00ab Le Parlement devient de plus en plus odieux et b\u00eate. Les ministres ont litt\u00e9ralement toutes leurs journ\u00e9es prises par les s\u00e9ances de la Chambre, du S\u00e9nat, ou de leurs commissions, la pr\u00e9paration des r\u00e9ponses qu\u2019ils vont avoir \u00e0 faire, la lecture des requ\u00eates ou des injonctions les plus saugrenues du premier marchand de vins venu que la politique a chang\u00e9 en d\u00e9put\u00e9. Ils ne pourraient absolument pas, m\u00eame s\u2019ils le voulaient, trouver le temps d\u2019administrer leur d\u00e9partement, ou l\u2019autorit\u00e9 voulue pour galvaniser leurs subordonn\u00e9s. Nous serons vainqueurs, d\u00e8s que nous aurons balay\u00e9 cette racaille, et il n\u2019y a pas un Fran\u00e7ais qui n\u2019en hurlerait de joie, les combattants en particulier. Du reste l\u2019id\u00e9e est en marche, et je serais fort surpris que ce r\u00e9gime survive \u00e0 la guerre. \u00bb<\/p>\n<p>Les circonstances de la capture ont \u00e9t\u00e9 racont\u00e9es par de Gaulle dans une relation \u00e9crite. \u00ab Notre feu me paraissait avoir d\u00e9gag\u00e9 de boches un vieux boyau \u00e9croul\u00e9 qui passait au sud de l\u2019\u00e9glise. N\u2019y voyant plus personne, je le suivis en rampant avec mon fourrier et deux ou trois soldats. Mais, \u00e0 peine avais-je fais dix m\u00e8tres que, dans un fond de boyau perpendiculaire, je vis des boches accroupis pour \u00e9viter les balles qui passaient. Ils m\u2019aper\u00e7urent aussit\u00f4t. L\u2019un d\u2019eux m\u2019envoya un coup de ba\u00efonnette qui traversa de part en part mon porte-cartes et me blessa \u00e0 la cuisse. Un autre tua mon fourrier \u00e0 bout portant. \u00bb Sa captivit\u00e9, entre deux tentatives d\u2019\u00e9vasion, est surtout faite d\u2019exercices physiques, de lectures, voire de conf\u00e9rences donn\u00e9es devant ses compagnons d\u2019infortune. Le 15 juillet 1916, de Gaulle pr\u00e9cise non sans humour \u00e0 son p\u00e8re : \u00ab L\u2019interdiction de sortir me d\u00e9termine \u00e0 travailler mon allemand et \u00e0 relire la plume \u00e0 la main l\u2019Histoire grecque et l\u2019Histoire romaine. \u00bb<\/p>\n<p>Dans le premier volume de ses <em>M\u00e9moires de guerre<\/em>, intitul\u00e9<em> L\u2019Appel<\/em>, Charles de Gaulle ne s\u2019attarde pas beaucoup sur la p\u00e9riode de la guerre et sa propre exp\u00e9rience. \u00ab Puis, tandis que l\u2019ouragan m\u2019emportait comme un f\u00e9tu \u00e0 travers les drames de la guerre : bapt\u00eame du feu, calvaire des tranch\u00e9es, assauts, bombardements, blessures, captivit\u00e9, je pouvais voir la France, qu\u2019une natalit\u00e9 d\u00e9ficiente, de creuses id\u00e9ologies et la n\u00e9gligence des pouvoirs avaient priv\u00e9e d\u2019une partie des moyens n\u00e9cessaires \u00e0 sa d\u00e9fense, tirer d\u2019elle-m\u00eame un incroyable effort, suppl\u00e9er par des sacrifices sans mesure \u00e0 tout ce qui lui manquait et terminer l\u2019\u00e9preuve dans la victoire. Je pouvais la voir, aux jours les plus critiques, se rassembler moralement, au d\u00e9but sous l\u2019\u00e9gide de Joffre, \u00e0 la fin sous l\u2019impulsion du Tigre. Je pouvais la voir, ensuite, \u00e9puis\u00e9e de pertes et de ruines, boulevers\u00e9e dans sa structure sociale et son \u00e9quilibre moral, reprendre d\u2019un pas vacillant sa marche vers son destin, alors que le r\u00e9gime reparaissant tel qu\u2019il \u00e9tait nagu\u00e8re et reniant Clemenceau, rejetait la grandeur et retournait \u00e0 la confusion. \u00bb Tableau de la France, critiques envers le personnel politique de la IIIe R\u00e9publique mais pas de d\u00e9tails sur les op\u00e9rations auxquelles il a particip\u00e9. Il semble d\u2019ailleurs qu\u2019il ne se soit jamais r\u00e9pandu en public comme en priv\u00e9 sur son exp\u00e9rience de la Grande Guerre. Son fils Philippe t\u00e9moigne : \u00ab Mon p\u00e8re n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 de ceux qui racontent leurs campagnes. Dans son milieu, comme dans beaucoup d\u2019autres, les hommes qui revenaient du front gardaient le silence sur les souffrances et les horreurs qu\u2019ils avaient v\u00e9cues pour ne pas choquer les femmes et les enfants. (\u2026) En ce qui concerne les combats, lorsqu\u2019il les \u00e9voquait avec ses trois fr\u00e8res Xavier, Jacques et Pierre, avec son beau-fr\u00e8re Jacques Vendroux ou quelques parent ou ami, ce n\u2019\u00e9tait souvent qu\u2019en passant sur quelques p\u00e9rip\u00e9ties op\u00e9rationnelle \u00e0 laquelle ils avaient incidemment particip\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Par contre, nous disposons d\u2019ouvrages de r\u00e9flexion historique sur la guerre de 1914-1918 \u00e9crits durant l\u2019entre-deux-guerres. Outre une conf\u00e9rence donn\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9cole de Saint Cyr en 1921 sur l\u2019ann\u00e9e 1915 qui donne l\u2019occasion \u00e0 de Gaulle de fournir une analyse militaire, g\u00e9opolitique, diplomatique et \u00e9conomique de la situation \u00e0 ce moment-l\u00e0, il y a d\u2019abord <em>La discorde chez l\u2019ennemi<\/em>, livre r\u00e9dig\u00e9 pendant l\u2019\u00e9t\u00e9 1923 et publi\u00e9 chez Plon l\u2019ann\u00e9e suivante. Il s\u2019agit d\u2019une \u00e9tude, sans doute la premi\u00e8re du genre, de l\u2019Allemagne en guerre et des raisons de sa d\u00e9faite. De Gaulle n\u2019y fait pas preuve d\u2019une animosit\u00e9 aveugle envers les Allemands. La premi\u00e8re phrase de l\u2019ouvrage est \u00e9clairante \u00e0 cet \u00e9gard : \u00ab La d\u00e9faite allemande ne saurait emp\u00eacher l\u2019opinion fran\u00e7aise de rendre \u00e0 nos ennemis l\u2019hommage qu\u2019ils ont m\u00e9rit\u00e9 par l\u2019\u00e9nergie des chefs et les efforts des ex\u00e9cutants. \u00bb Selon de Gaulle, la d\u00e9faite allemande s\u2019explique \u00e0 la fois par la progressive domination du Grand \u00c9tat-Major sur le pouvoir civil, du chancelier voire du Kaiser lui-m\u00eame. Ainsi, la d\u00e9cision de la guerre sous-marine \u00e0 outrance du 1er f\u00e9vrier 1917 est avant tout un choix des militaires qui finissent par l\u2019imposer \u00e0 un chancelier Bethmann-Hollweg peu favorable. \u00c0 la suite de la d\u00e9mission de ce dernier, la domination du duo Hindenburg-Ludendorff est totale sur le pouvoir ex\u00e9cutif et m\u00e8ne l\u2019Allemagne \u00e0 la d\u00e9faite. Autre le\u00e7on de cette \u00e9tude gaullienne sur la Grande Guerre : l\u2019art militaire n\u2019est pas une doctrine pr\u00e9\u00e9tablie. \u00ab \u00c0 la guerre, \u00e0 part quelques principes essentiels, il n\u2019y a pas de syst\u00e8me universel, mais seulement des circonstances et des personnalit\u00e9s. \u00bb<br \/>\nEnsuite, <em>Vers l\u2019arm\u00e9e de m\u00e9tier<\/em>, ouvrage publi\u00e9 chez Plon en 1934 au moment o\u00f9 l\u2019Allemagne nazie commence \u00e0 inqui\u00e9ter les plus lucides. De Gaulle y d\u00e9fend le d\u00e9veloppement d\u2019un corps m\u00e9canis\u00e9 susceptible d\u2019agir rapidement au service d\u2019une politique r\u00e9active vis-\u00e0-vis des \u00e9ventuelles initiatives allemandes et dans le cadre d\u2019un syst\u00e8me d\u2019alliances. Cette strat\u00e9gie se d\u00e9tache du mod\u00e8le de celle qui avait permis la victoire en 1918, bas\u00e9e sur une d\u00e9fensive efficace en attendant une sup\u00e9riorit\u00e9 num\u00e9rique et mat\u00e9rielle permettant d\u2019enfoncer le front ennemi en soutenant l\u2019effort de l\u2019infanterie par les chars d\u2019assaut. Charles de Gaulle pr\u00eacha dans un d\u00e9sert et seul Paul Raynaud, dans le monde politique, y pr\u00eata une oreille attentive.<br \/>\nEnfin, <em>La France et son arm\u00e9e<\/em>, livre repris d\u2019un projet jamais abouti demand\u00e9 par le mar\u00e9chal P\u00e9tain \u00e0 Charles de Gaulle en 1925 mais que le vieux soldat abandonna. Le travail, amplement remani\u00e9, est publi\u00e9 en 1938 malgr\u00e9 l\u2019opposition du prestigieux mar\u00e9chal \u00e0 qui celui qui commandait alors le 507e r\u00e9giment de chars \u00e0 Metz adresse un courrier respectueux mais ferme. \u00ab Du point de vue des id\u00e9es et du style, j\u2019\u00e9tais ignor\u00e9, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 ne plus l\u2019\u00eatre. Bref, il me manque, d\u00e9sormais, \u00e0 la fois la plasticit\u00e9 et l\u2019incognito qui seraient n\u00e9cessaires pour que je laisse inscrire au cr\u00e9dit d\u2019autrui ce que, en mati\u00e8re de lettres et d\u2019histoire, je puis avoir de talent. \u00bb Qu\u2019en termes choisis ceci est dit ! V\u00e9ritable panorama de l\u2019histoire militaire fran\u00e7aise, l\u2019ouvrage d\u00e9bute \u00e0 l\u2019\u00e9poque m\u00e9di\u00e9vale pour aboutir \u00e0 un hommage appuy\u00e9 \u00e0 la France de 1914-1918. \u00ab Tandis qu\u2019elle endurait plus cruellement qu\u2019aucun autre peuple les souffrances de la guerre et de l\u2019invasion, h\u00e9catombes de ses meilleurs fils, terre bless\u00e9e jusqu\u2019aux entrailles, foyers d\u00e9truits, amours sombr\u00e9es, plainte des enfants mutil\u00e9s, elle se forgeait un instrument de combat qui, pour finir, l\u2019emporta sur celui de tous les bellig\u00e9rants. Au total, de trois Allemands tu\u00e9s, deux l\u2019ont \u00e9t\u00e9 de nos mains. Quels canons, quels avions, quels chars, ont valu mieux que les n\u00f4tres ? Quelle strat\u00e9gie triompha, sinon celle de nos g\u00e9n\u00e9raux ? Quelle flamme anima les vainqueurs autant que l\u2019\u00e9nergie de la France ? \u00bb Sans doute, le de Gaulle de la France Libre se forgea-t-il des certitudes en r\u00e9fl\u00e9chissant \u00e0 la Grande Guerre.<br \/>\nPhilippe Foro<\/p>\n<p>Sources et bibliographie.<\/p>\n<p>-Charles de Gaulle, <em>Lettres, notes et carnets (1905-1941), <\/em>collection Bouquins, Robert Laffont, 2010 ; <em>Le fil de l\u2019\u00e9p\u00e9e et autres \u00e9crits<\/em>, Plon, 1990 (cet ouvrage rassemble les \u00e9crits de l\u2019entre-deux-guerres :<em> La discorde chez l\u2019ennemi, Le fil de l\u2019\u00e9p\u00e9e, Vers l\u2019arm\u00e9e de m\u00e9tier, la France et son arm\u00e9e<\/em>) ;  <em>M\u00e9moires de guerre<\/em>, La Pl\u00e9iade, Gallimard, 2000.<br \/>\n-Philippe de Gaulle, <em>De Gaulle, mon p\u00e8re<\/em>, entretiens avec Michel Tauriac, Plon, 2003.<br \/>\n-Jean Lacouture, <em>De Gaulle. Le rebelle (1890-1944), <\/em>Seuil, 1984.<br \/>\n-\u00c9ric Roussel, <em>Charles de Gaulle<\/em>, Gallimard, 2002.<br \/>\n&#8211;<em>Charles de Gaulle soldat (1914-1918), <\/em>album de l\u2019exposition de l\u2019Historial de P\u00e9ronne, 1999.<br \/>\n&#8211;<em>Charles de Gaulle : du militaire au politique (1920-1940), <\/em>colloque des 28 et 29 novembre 2002 \u00e0 l\u2019\u00c9cole de guerre, Institut Charles de Gaulle, 2004.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 l\u2019instar de la grande majorit\u00e9 de la g\u00e9n\u00e9ration du d\u00e9but des ann\u00e9es 1890, Charles de Gaulle est directement concern\u00e9 par la Premi\u00e8re Guerre mondiale. 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