{"id":747,"date":"2012-02-19T11:29:07","date_gmt":"2012-02-19T10:29:07","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=747"},"modified":"2021-09-13T19:33:19","modified_gmt":"2021-09-13T18:33:19","slug":"pergaud-louis-1882-1915","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2012\/02\/19\/pergaud-louis-1882-1915\/","title":{"rendered":"Pergaud, Louis (1882-1915)"},"content":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0\u00c7a continue, je l\u00e2che le crayon et vive la France\u00a0!\u00a0\u00bb (8 octobre 1914). Ce passage\u00a0illustre\u00a0\u00e0 lui seul l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit dans lequel l\u2019\u00e9crivain Louis Pergaud, prix Goncourt 1910 avec <em>La Guerre des boutons, <\/em>a r\u00e9dig\u00e9 son carnet de guerre.\u00a0Ce dernier \u00a0t\u00e9moigne en tout cas, \u00e0 travers une \u00e9criture directe, et gr\u00e2ce \u00e0 la pr\u00e9sentation critique de son \u00e9dition par Fran\u00e7oise Maury, de l\u2019exp\u00e9rience d\u2019un homme de lettres appel\u00e9 par la conscription au combat, soucieux de noter fid\u00e8lement sur son petit carnet marron ce qu\u2019il vit, avec un certain talent de narrateur. Mobilis\u00e9 d\u00e8s l\u2019entr\u00e9e en guerre d\u2019ao\u00fbt 1914 au 166<sup>e<\/sup> RI cantonn\u00e9 \u00e0 Verdun, il restera avec son unit\u00e9 dans le secteur au Sud-Est de cette ville jusqu\u2019\u00e0 sa disparition en avril 1915.<\/p>\n<p>Pergaud retient d\u2019abord l\u2019incorporation et l\u2019int\u00e9gration au groupe des camarades de l\u2019escouade du peloton des futurs sous-officiers, et \u00e0 celles encore plus restreintes des camarades choisis (\u00ab\u00a0la vie \u00e0 trois s\u2019organise\u00a0\u00bb) \u00e0 la caserne, mais qui partent \u00e0 tour de r\u00f4le dans des directions diff\u00e9rentes. St\u00e9r\u00e9otypes \u00e9nonc\u00e9s envers les M\u00e9ridionaux, \u00e9chos des\u00a0\u00ab\u00a0atrocit\u00e9s allemandes\u00a0\u00bb et des \u00ab\u00a0batailles\u00a0\u00bb se succ\u00e8dent dans les notes de l\u2019\u00e9crivain jusqu\u2019au d\u00e9part au front en octobre 1914 apr\u00e8s une courte formation. D\u2019embl\u00e9e, les \u00ab\u00a0mots\u00a0\u00bb de guerre de Louis Pergaud montrent un soldat investi dans son r\u00f4le de cadre combattant et une adaptation vitale aux conditions de vie et de combat. Il nous rappelle la violence des engagements de l\u2019automne, ici autour de Verdun, chacun des deux arm\u00e9es ayant encore la perspective de prendre rapidement l\u2019avantage.<\/p>\n<p>L\u2019intellectuel entre en contact avec toutes les composantes sociales et r\u00e9gionales de la soci\u00e9t\u00e9, int\u00e9grant l\u2019argot de caserne et des tranch\u00e9es qui s\u2019installent avec la fixation de la ligne de front et en parall\u00e8le, le brassage et de la mobilit\u00e9 des hommes de secteurs en secteurs. Arriv\u00e9 dans les tranch\u00e9es, Louis Pergaud conserve son \u00ab\u00a0m\u00e9tier\u00a0\u00bb d\u2019\u00e9crivain et r\u00e9dige la pr\u00e9face du journal de son capitaine de compagnie, tout en s\u2019incorporant au groupe des sous-officiers dont il narre le quotidien. Le r\u00f4le du sous-officier d\u2019infanterie para\u00eet difficile puisqu\u2019il s\u2019agit de r\u00e9gler en guerre la vie en communaut\u00e9, sous les ordres d\u2019officiers parfois peu altruistes : distribuer \u00e9quitablement abris, postes et nourriture, surveiller et punir, r\u00e9gler les litiges entre les hommes et avec les civils, et sermonner les \u00ab\u00a0poilus\u00a0\u00bb qui \u00ab\u00a0pissent\u00a0\u00bb litt\u00e9ralement sur leurs camarades endormis (9 novembre). La guerre racont\u00e9e par Pergaud est donc celle \u00ab\u00a0au ras du sol\u00a0\u00bb, qui \u00e9vite les grandes tirades et les r\u00e9flexions panoramiques, pour s\u2019attacher aux d\u00e9tails signifiants. Il trouve dans son nouveau \u00ab\u00a0m\u00e9tier\u00a0\u00bb \u00e0 la fois une communaut\u00e9, celle des sous-officiers \u00ab\u00a0dans la tranch\u00e9e\u00a0\u00bb avec qui il partage les t\u00e2ches, les corv\u00e9es, les colis. C\u2019est pour lui le cadre de la camaraderie masculine construite aussi par l\u2019autorit\u00e9 militaire (appel des morts de la compagnie \u2013 31 d\u00e9cembre 1914) qui ne va pas d\u2019ailleurs toujours de soi, tant le camarade militaire peut \u00eatre un \u00ab\u00a0puant individu\u00a0\u00bb, ou porteur d\u2019une identit\u00e9 de \u00ab\u00a0caste\u00a0\u00bb (p. 70).<\/p>\n<p>La sanction positive devient un des horizons d\u2019attente\u00a0: devenir adjudant et coudre l\u2019\u00e9cusson du grade ou acheter apr\u00e8s cette nomination sa gaine de revolver\u00a0; \u00eatre propos\u00e9 sous-lieutenant, autant de perspectives not\u00e9es avec r\u00e9gularit\u00e9 dans le carnet de Pergaud qui t\u00e9moigne de la force d\u2019attraction de la hi\u00e9rarchie\u00a0: il s\u2019agit aussi de briller et se rapprocher du monde des d\u00e9cideurs.<\/p>\n<p>En f\u00e9vrier 1915, Pergaud n\u2019a pas perdu son coup de plume et t\u00e9moigne des \u00e9chos de la bataille des Eparges. Les 18 et 19 mars, il conna\u00eet la violence d\u00e9cupl\u00e9e des assauts devant March\u00e9ville-en-Wo\u00ebvre qui monte d\u2019un cran, avec l\u2019\u00e9crasement des hommes pr\u00e9sent\u00e9s comme spectateurs. L\u2019\u00e9crivain n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 noter l\u2019horreur de la situation\u00a0: \u00ab\u00a0Le soir, la 1<sup>\u00e8re<\/sup> compagnie seule doit recommencer l\u2019op\u00e9ration. C\u2019est ridicule et odieux\u00a0! Et le 75 nous a tap\u00e9 dessus achevant les bless\u00e9s de P3\u00a0\u00bb\u00a0; \u00ab\u00a0Danvin manque de se noyer dans un trou plein de boue, de sang, de pissat et de merde.\u00a0\u00bb Il semble que Louis Pergaud ait \u00e9t\u00e9 bless\u00e9 dans la nuit du 7 au 8 avril 1915, pulv\u00e9ris\u00e9 ensuite sur le champ de bataille par les m\u00eames tirs des canons fran\u00e7ais.<\/p>\n<p><em>Bibliographie <\/em>:<\/p>\n<p>. Pergaud Louis<em>, Carnet de Guerre<\/em>, Paris, Mercure de France, 2011, 158 p.<\/p>\n<p><em>. Les Tranch\u00e9es de Louis Pergaud<\/em>, Connaissance de la Meuse, 2006.<\/p>\n<p>Alexandre Lafon, f\u00e9vrier 2012<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0\u00c7a continue, je l\u00e2che le crayon et vive la France\u00a0!\u00a0\u00bb (8 octobre 1914). 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