{"id":762,"date":"2012-03-28T22:38:04","date_gmt":"2012-03-28T21:38:04","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=762"},"modified":"2021-09-13T19:34:18","modified_gmt":"2021-09-13T18:34:18","slug":"mercier-rene-1867-1945","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2012\/03\/28\/mercier-rene-1867-1945\/","title":{"rendered":"Mercier, Ren\u00e9 (1867-1945)"},"content":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin<\/p>\n<p>Victor Mercier, dit Ren\u00e9 Mercier, est n\u00e9 le 31 juillet 1867 \u00e0 Durban-Corbi\u00e8res (Aude) d\u2019un p\u00e8re mar\u00e9chal-ferrant et petit propri\u00e9taire et de Rosalie Berot, sans profession. Apr\u00e8s une licence en droit, il entre en 1892 \u00e0 <em>La D\u00e9p\u00eache de Toulouse<\/em>,<em> <\/em>le grand quotidien radical des fr\u00e8res Sarraut, qui avaient \u00e9t\u00e9 ses compagnons d&rsquo;\u00e9tudes. Il met en place le bureau de Perpignan puis est appel\u00e9 \u00e0 Toulouse pour devenir le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de <em>La D\u00e9p\u00eache<\/em>. Le 1<sup>er<\/sup> avril 1911, il devient r\u00e9dacteur en chef de <em>L\u2019Est R\u00e9publicain<\/em> (fond\u00e9 en 1889) \u00e0 Nancy jusqu\u2019en 1940, date \u00e0 laquelle <em>L\u2019Est<\/em> se saborda. R\u00e9publicain, lib\u00e9ral, partisan de l\u2019Union Sacr\u00e9e, il va contribuer pendant la Grande Guerre \u00e0 maintenir le moral de la population Nanc\u00e9ienne. Il signe bien entendu de nombreux articles sous son nom et sous le pseudonyme de Jean Durban (du nom de son village de naissance) mais aussi deux ouvrages&nbsp;sur sa ville en guerre ; <em>Nancy sauv\u00e9e. Journal d&rsquo;un bourgeois de Nancy<\/em> et <em>Nancy bombard\u00e9e<\/em>. <em>Journal d&rsquo;un bourgeois de Nancy<\/em>. Il meurt en 1945 alors qu&rsquo;il cherchait \u00e0 reprendre la direction de <em>l\u2019Est R\u00e9publicain<\/em> apr\u00e8s la Lib\u00e9ration. Son \u00e9tat-civil ne portant pas de mentions marginales, ses date et lieu de d\u00e9c\u00e8s n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9termin\u00e9s. (Merci \u00e0 Gilles Grivel, sp\u00e9cialiste de Ren\u00e9 Mercier, pour ses compl\u00e9ments biographiques).<\/p>\n<p>2. Le t\u00e9moignage<\/p>\n<p>Mercier, Ren\u00e9, <em>Nancy sauv\u00e9e. Journal d&rsquo;un bourgeois de Nancy<\/em>, Paris, Berger-Levrault, 1917, 263 pages.<\/p>\n<p>Ren\u00e9 Mercier, r\u00e9dacteur en chef de <em>L\u2019Est R\u00e9publicain<\/em>, revient \u00e0 Nancy d\u2019un s\u00e9jour \u00e0 Dinard le 28 juillet 1914. Ayant laiss\u00e9 en Bretagne sa femme et sa fille, il entreprend une correspondance journali\u00e8re dans laquelle il rapporte ses actions et ses sentiments, brossant des tableaux d\u2019ambiance de la capitale lorraine. Ses proches revenus \u00e0 Nancy, il poursuit sa correspondance avec un ami. Ses lettres couvrent ainsi la p\u00e9riode du 28 juillet au 12 septembre 1914, qu\u2019il regroupe sous trois chapitres&nbsp;: La guerre enthousiaste (28 juillet &#8211; 9 ao\u00fbt), les jours noirs (10-26 ao\u00fbt), Nancy sauv\u00e9e (17 ao\u00fbt &#8211; 12 septembre). Il pr\u00e9sente \u00e9galement quelques lettres re\u00e7ues de Falaise, Paris et Bordeaux.<\/p>\n<p>3. R\u00e9sum\u00e9 et analyse<\/p>\n<p>Ren\u00e9 Mercier annonce d\u2019embl\u00e9e dans le titre le statut de son ouvrage, comme le <em>journal d&rsquo;un bourgeois de Nancy<\/em>. Il s\u2019agit en fait de la publication d\u2019une lettre journali\u00e8re qui lui permet de t\u00e9moigner des heures tour \u00e0 tour enthousiastes, sombres, tragiques et de d\u00e9livrance dans une Nancy menac\u00e9e par la bataille des fronti\u00e8res de l\u2019\u00e9t\u00e9 1914. Son statut de directeur du plus grand journal de Lorraine, qui lui conf\u00e8re un r\u00f4le central dans l\u2019information r\u00e9gionale mais \u00e9galement quelques privil\u00e8ges relationnels (son ouvrage est pr\u00e9fac\u00e9 par le pr\u00e9fet \u00ab&nbsp;<em>de guerre<\/em> \u00bb L\u00e9on Mirman), en font un t\u00e9moin privil\u00e9gi\u00e9. Le caract\u00e8re \u00e9pistolier de son t\u00e9moignage l\u2019\u00e9loigne d\u2019une retranscription purement journalistique, soumise \u00e0 la censure et au bourrage de cr\u00e2ne dont il a conscience au sein de son journal. Il y souscrit parfois toutefois (page 64) mais reste lucide comme le d\u00e9montre un \u00e9change sur le poncif de l\u2019obus allemand n\u2019\u00e9clatant pas (page 133). D\u00e8s lors, plusieurs tableaux et nombre de ses constatations participent \u00e0 une vision non tronqu\u00e9e de l\u2019ambiance Nanc\u00e9ienne pendant la bataille des fronti\u00e8res, jusqu\u2019\u00e0 la victoire de la Marne.<\/p>\n<p>Mercier d\u00e9crit ainsi d\u00e8s le 28 juillet les premiers probl\u00e8mes \u00e9conomiques&nbsp;; disparition rapide de la monnaie&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Les \u00e9piciers ne prennent plus les billets de banque<\/em> \u00bb (page 4), \u00ab&nbsp;<em>les commer\u00e7ants n\u2019ont plus de monnaie. Les particuliers ne peuvent rien acheter, car ils arrivent avec des billets qu\u2019on n\u2019\u00e9change pas.<\/em> (\u2026) <em>Les banques sont assi\u00e9g\u00e9es<\/em> \u00bb (29 juillet, page 6), m\u00eame si \u00ab&nbsp;<em>cependant il est arriv\u00e9 \u00e0 la Banque de France deux wagons de pi\u00e8ces de cinq francs. Tout cela va \u00eatre englouti et dispara\u00eetra pour longtemps<\/em> \u00bb (29 juillet, page 7). L\u2019\u00e9motion de Nancy est palpable et Mercier en t\u00e9moigne \u00e0 plusieurs reprises&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>La ville est en proie \u00e0 un \u00e9nervement cruel<\/em> \u00bb (29 juillet, page 6) qui va baisser au fil des heures&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>On para\u00eet moins \u00e9nerv\u00e9 que ces jours derniers<\/em> \u00bb (31 juillet, page 17). Elle fait place \u00e0 la r\u00e9solution&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Pas un cri devant l\u2019affiche<\/em> \u00bb (1<sup>er<\/sup> ao\u00fbt, page 25), m\u00eame si des rumeurs&nbsp; bruissent, que l\u2019autorit\u00e9 pr\u00e9fectorale prescrit de garder les champs de pommes de terre (page 5) et que la population souscrit aussi \u00e0 l\u2019espionnite (pages 114, 219), souvent irrationnelle quand une personne est arr\u00eat\u00e9e pour ce motif car elle \u00ab&nbsp;<em>porte des lorgnons \u00e0 monture d\u2019or, et une moustache blonde et des lunettes \u00e0 monture d\u2019or<\/em> \u00bb (pages 224-225). En fait, la ville ne subira pas de p\u00e9nurie et les mara\u00eechers sont oblig\u00e9s de brader leurs l\u00e9gumes (7 ao\u00fbt, page 61). Nancy est plus calme que Paris selon une lettre re\u00e7ue&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Paris bout. Les magasins aux noms en <\/em>er<em> affichent sur leurs vitres une attestation du maire de l\u2019arrondissement pour \u00e9viter qu\u2019on ne leur fasse subir le sort des brasseries, h\u00f4tels, maisons de commission qui, en maint quartier, ont \u00e9t\u00e9 rudement secou\u00e9s<\/em> (5 ao\u00fbt, page 43). On retrouve ces sentiments antiallemands avec la rumeur que Mercier rapporte sur les publicit\u00e9 pour le bouillon Kub&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Vous rappelez-vous l\u2019horrible badigeonnage de la grande maison qui est au bout du pont de Mon-D\u00e9sert, o\u00f9, en lettres \u00e9normes et rouges, se d\u00e9tachait le mot <\/em>Kub<em> ? Cette publicit\u00e9, qui salissait presque toutes les maisons aux abords des ponts de Nancy, indiquait des points de rep\u00e8res aux a\u00e9roplanes allemands qui auraient pu ainsi, en connaissance de cause, faire sauter les voies. Il en \u00e9tait ainsi dans toutes les villes fronti\u00e8res et \u00e0 Paris. J\u2019ignore comment notre service de renseignement a connu cette destination mais, mais il l\u2019a connue, et vivement il a fait passer au goudron toutes ces dangereuses r\u00e9clames<\/em> \u00bb (5 ao\u00fbt, pages 54-55). Le 30 juillet, Ren\u00e9 Mercier effectue une visite \u00e0 la fronti\u00e8re et constate des mesures r\u00e9ciproques pour sa fermeture&nbsp;: barrage des ponts, \u00e9t\u00eatage \u00ab&nbsp;<em>dans la for\u00eat des arbres qui pourraient g\u00eaner le tir de l\u2019artillerie<\/em> \u00bb (page 12). On recense les \u00e9trangers, Italiens en majorit\u00e9, qu\u2019on invite \u00e0 quitter la France ou au moins la Lorraine (page 30) et on accueille les premiers prisonniers allemands \u00ab&nbsp;<em>sans cris, sans injures, curieusement. On les regarde et on se tait. On rend honneur au courage malheureux<\/em> \u00bb (8 ao\u00fbt, page 66). Mercier c\u00e8de-t-il \u00e0 l\u2019ang\u00e9lisme&nbsp;? Probablement quand il affirme&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>On ne sait plus ce qu\u2019est la m\u00e9chancet\u00e9. Les yeux ne refl\u00e8tent que des sentiments tr\u00e8s purs et tr\u00e8s hauts. C\u2019est une humanit\u00e9 r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9e, comme un peuple divin<\/em> \u00bb (12 ao\u00fbt, page 94). D\u2019ailleurs ce sentiment change quelques jours plus tard&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>On commence \u00e0 avoir pour les prisonniers allemands un peu moins, beaucoup moins de sympathie apitoy\u00e9e<\/em> \u00bb (17 ao\u00fbt, page 121). Il souscrit aussi \u00e0 la fascination de la guerre, certes par la procuration d\u2019un Nanc\u00e9ien bless\u00e9 qui \u00ab&nbsp;<em>fait un r\u00e9cit extr\u00eamement color\u00e9 de la bataille, sans aucune pr\u00e9tention, comme quelqu\u2019un qui, ayant assist\u00e9 \u00e0 un spectacle passionnant, le raconte avec tout le feu de son admiration<\/em> \u00bb (page 120).<\/p>\n<p>Mercier t\u00e9moigne \u00e9galement de quelques incidents, tels ce territorial devenu fou et assassin (page 61), la mort de Fortun\u00e9 Pouget, qu\u2019il signale comme \u00ab&nbsp;<em>le premier soldat fran\u00e7ais tu\u00e9 par l\u2019ennemi<\/em> \u00bb de la Grande Guerre au signal de Vittonville le 4 ao\u00fbt 1914 (page 62). Il \u00e9voque les difficult\u00e9s de communication&nbsp;; t\u00e9l\u00e9graphie priv\u00e9e suspendue, r\u00e9seau \u00e9lectrique, t\u00e9l\u00e9graphique, t\u00e9l\u00e9phonique plac\u00e9s sous l\u2019autorit\u00e9 militaire (13 ao\u00fbt, pages 99-100) et la circulation interdite des v\u00e9hicules de la Croix rouge sauf \u00e0 former \u00ab&nbsp;<em>un convoi pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d\u2019un militaire portant un pli rouge<\/em> \u00bb (2 septembre, page 214). Mercier \u00e9voque ainsi les abus de circulation automobile comme ceux constat\u00e9s dans le port des brassards&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Au d\u00e9but de la guerre, il fallait \u00eatre vraiment abandonn\u00e9 des dieux et m\u00e9pris\u00e9 des hommes pour n\u2019avoir point au moins un brassard \u00e0 \u00e9pingler sur la manche. Un homme sans brassard \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme le dernier des derniers<\/em> \u00bb (page 215).<\/p>\n<p>La guerre aux portes de Nancy modifie l\u2019ambiance du t\u00e9moignage&nbsp;; Mercier constate l\u2019exode des populations (24 ao\u00fbt, page 171), subit la censure de son journal (page 172) et retranscrit les rappels pr\u00e9fectoraux d\u2019interdiction aux civils de&nbsp;tirer sur l\u2019ennemi et de prendre part aux combats, messages qui glacent la population (pages 187-188) et d\u2019\u00e9clairer les fen\u00eatres (pages 215-216), surtout que les premi\u00e8res bombes d\u2019avion tombent sur la ville le 4 septembre (page 220), laissant place le 10 au bombardement par canons (page 239). Mercier \u00e9crit \u00e0 ce propos d\u2019ailleurs&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Nancy <\/em>(\u2026)<em> a vraiment l\u2019air d\u2019avoir re\u00e7u non pas deux bombes, mais plut\u00f4t une d\u00e9coration de guerre<\/em> \u00bb (page 222) et plus loin&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Il se d\u00e9gage ce sentiment de fiert\u00e9 assez curieux que l\u2019on est flatt\u00e9 d\u2019avoir subi un bombardement. Tout le monde ne peut pas en dire autant. Nous, civils, nous savons maintenant un peu, &#8211; pas beaucoup, un peu, &#8211; ce qu\u2019est la guerre. On a vu quelque chose et on a couru un danger. On est content d\u2019avoir vu et de n\u2019en \u00eatre pas mort<\/em> \u00bb (page 253). Il \u00e9voque enfin une \u00ab&nbsp;<em>panique dominicale qui est d\u2019une surprenante r\u00e9gularit\u00e9<\/em> \u00bb, all\u00e9gation non rencontr\u00e9e par ailleurs dans les t\u00e9moignages civils (30 ao\u00fbt, page 207).<\/p>\n<p>Ren\u00e9 Mercier a \u00e9galement publi\u00e9&nbsp;<em>Nancy Bombard\u00e9e. Journal d&rsquo;un bourgeois de Nancy<\/em>.&nbsp;Berger-Levrault,&nbsp;1918, 246 pages.<\/p>\n<p>Yann Prouillet, CRID 14-18, mars 2012<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin Victor Mercier, dit Ren\u00e9 Mercier, est n\u00e9 le 31 juillet 1867 \u00e0 Durban-Corbi\u00e8res (Aude) d\u2019un p\u00e8re mar\u00e9chal-ferrant et petit propri\u00e9taire et de Rosalie Berot, sans profession. 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