{"id":771,"date":"2012-04-07T18:07:20","date_gmt":"2012-04-07T17:07:20","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=771"},"modified":"2024-08-25T09:40:52","modified_gmt":"2024-08-25T08:40:52","slug":"leleu-louis-1892-1967","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2012\/04\/07\/leleu-louis-1892-1967\/","title":{"rendered":"Leleu, Louis (1892-1967)"},"content":{"rendered":"<p>Originaire de Beuvry, \u00a0petit village du Nord de la France, Louis Leleu s\u2019engage en mars 1913 \u00e0 21 ans au le 102<sup>e<\/sup> RI de Versailles apr\u00e8s l\u2019obtention du certificat d\u2019\u00e9tudes et une exp\u00e9rience de clerc de notaire, afin d\u2019int\u00e9grer la musique militaire, musique qu\u2019il pratique depuis l\u2019enfance. Il entre ainsi en guerre comme \u00ab musicien militaire \u00bb attach\u00e9 au poste de brancardier qu\u2019il conservera comme soldat de 2<sup>e<\/sup> classe jusqu\u2019en juillet 1919, date de sa d\u00e9mobilisation.<\/p>\n<p>Ses souvenirs, \u00e9crits tardivement apr\u00e8s l\u2019\u00e9v\u00e9nement, font montre \u00e0 la fois d\u2019un certain style et d\u2019un recul bienvenu dont il pr\u00e9vient le lecteur et qu\u2019il garde en permanence : \u00ab\u00a0Je veux seulement d\u00e9crire ce qu\u2019a vu un simple soldat dans son horizon fort restreint\u00a0\u00bb, \u00e9crit-il comme une sorte de pr\u00e9ambule. Et justement Louis Leleu s\u2019astreint \u00e0 replacer sa petite histoire dans la grande, avec le souci de bien \u00e9crire son exp\u00e9rience avec \u00ab\u00a0son\u00a0\u00bb 102e, d\u2019en faire un r\u00e9cit vivant, soulignant lorsqu\u2019il le faut, franchement les lacunes de sa m\u00e9moire. Le t\u00e9moignage de Louis Leleu est \u00e0 rapprocher de celui du musicien-brancardier L\u00e9opold Retailleau, \u00e9crit celui-ci \u00ab\u00a0sur le vif\u00a0\u00bb. M\u00eame ton, et similitudes dans les t\u00e2ches et l\u2019organisation du temps et de la sociabilit\u00e9 des musiciens-brancardiers chez les deux t\u00e9moins, qui traversent la guerre dans des groupes stables. L\u2019un, mort avant la fin de la guerre, tient un carnet non retouch\u00e9 alors que le second reprend ses souvenirs plusieurs dizaines d\u2019ann\u00e9es apr\u00e8s le conflit pour les livrer aux lecteurs.<\/p>\n<p>Evoquant ses jours de caserne d\u2019avant ao\u00fbt 1914 et l\u2019organisation de la \u00ab\u00a0carr\u00e9e\u00a0\u00bb (il confond d\u2019ailleurs alors l\u2019origine de l\u2019expression \u00ab\u00a0Sou du soldat\u00a0\u00bb), l\u2019auteur reconna\u00eet la \u00ab\u00a0na\u00efvet\u00e9\u00a0\u00bb avec laquelle il aborda le conflit, comme nombre de ses jeunes camarades soucieux de sortir de l\u2019enfermement militaire. Louis Leleu circule durant\u00a0la guerre entre la Somme, la Marne, la Champagne et le front de Verdun qui prend d\u2019entr\u00e9e un caract\u00e8re d\u2019exception. Les musiciens-brancardiers sont essentiellement charg\u00e9s de r\u00e9cup\u00e9rer les cadavres sur le champ de bataille, soulignant les\u00a0 moindres contraintes de l\u2019autorit\u00e9 en premi\u00e8re ligne, en proportion des dangers v\u00e9cus. Il raconte les combats, le quotidien et les anecdotes de guerre sans toujours bien dater les faits. Mais il tente dans ses souvenirs de s\u2019opposer une histoire mythifi\u00e9e de la guerre, d\u00e9non\u00e7ant l\u2019aveuglement des chefs, rappelant utilement \u00e0 travers la description empreinte encore de beaucoup d\u2019\u00e9motion \u00e0 plusieurs dizaines d\u2019ann\u00e9es de distance, de deux ex\u00e9cutions auxquelles assiste la Musique, que la justice militaire a s\u00e9vi pendant toute la dur\u00e9e du conflit. La premi\u00e8re se d\u00e9roule dans la Somme fin 1914\u00a0: \u00ab\u00a0La troupe, selon le rite, d\u00e9fila devant le cadavre avec notre Musique en t\u00eate\u00a0\u00bb (p. 69). La seconde, \u00e0 Verdun, est particuli\u00e8rement traumatisante (p. 126).<\/p>\n<p>Son t\u00e9moignage met en valeur l\u2019importance des rituels de socialisation, l\u2019accueil des bleus, l\u2019arrogance parfois des anciens, l\u2019\u00e9laboration enfin de diff\u00e9rentes strates de sociabilit\u00e9 dont celle du groupe de la Musique. Ce dernier trouve dans cette activit\u00e9, celle du secours aux bless\u00e9s, un solide ferment de solidarit\u00e9 d\u2019autant que la fonction particuli\u00e8re \u00ab\u00a0fait\u00a0\u00bb groupe et s\u00e9parent les musiciens-brancardiers des autres protagonistes. Ils s\u2019appellent entre eux \u00ab\u00a0les quatre mousquetaires\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0les \u00abbonshommes de la 1<sup>\u00e8re<\/sup> escouade\u00a0\u00bb (p. 66 avec photographie de groupe page suivante)\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0<em>La premi\u00e8re sera toujours la premi\u00e8re<\/em> \u00bb devient leur devise. Il souligne \u00e9galement la possibilit\u00e9 continuelle de nouvelles affectations\u00a0et ses cons\u00e9quences\u00a0: \u00ab\u00a0Quitter les copains, c\u2019\u00e9tait pour moi une catastrophe, outre que la mission n\u2019avait rien d\u2019affriolant\u00a0\u00bb (p. 134).<\/p>\n<p>La circulation des r\u00e9giments fait revenir les soldats dans les m\u00eames secteurs, retrouver les liens avec les civils, les r\u00e9giments jumeaux. Peu \u00a0sensible aux distinctions qui se multiplient, mais qui permettent surtout des occasions festives et des jours de permission en plus. L\u2019auteur fait montre d\u2019un certain talent de conteur avec quelques brins d\u2019humour\u00a0(p. 134 sur le double sens du mot \u00ab\u00a0coureur\u00a0\u00bb), rappelant les bons mots \u00e9chang\u00e9s souvent entre les hommes dans les moments les plus difficiles. Il s\u2019attarde \u00e9galement \u00e0 souligner les liens nou\u00e9s avec les jeunes filles de l\u2019arri\u00e8re, et les \u00ab\u00a0idylles\u00a0\u00bb dont il semble \u00e9crire qu\u2019elles furent nombreuses, d\u00e9bouchant parfois sur des mariages (p. 163). Les musiciens deviennent d\u2019ailleurs au dire de Leleu de fervents catholiques pratiquant uniquement pour approcher le \u00ab\u00a0c\u0153ur\u00a0\u00bb des demoiselles (p. 157).<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9dition du texte de Louis Leleu est accompagn\u00e9e de photographies de l\u2019auteur ou de l\u2019un de ses camarades, Deblander, intr\u00e9pide photographe qui risque sa vie pour des photos (p. 138) r\u00e9alis\u00e9es au front et viennent heureusement apporter\u00a0: portraits, groupes, \u00e0 des dates diff\u00e9rentes avec le nom des protagonistes.<\/p>\n<p>Originaire d\u2019un village d\u2019un d\u00e9partement situ\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a05 ou 6 kilom\u00e8tres\u00a0\u00bb de la ligne du front fin 1914, Louis Leleu \u00e9voque \u00e0 plusieurs reprises la situation de ses parents qui tiennent un commerce\u00a0: liens avec les r\u00e9giments anglais, peur des bombardements et des pillages, \u00e9vacuation en 1918 et perte de la maison familiale devant la violence des engagements. Pourtant, malgr\u00e9 cette situation, Louis Leleu \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Ma m\u00e8re avait re\u00e7u d\u2019une commission administrative une sommation de payer imm\u00e9diatement un imp\u00f4t sp\u00e9cial sur les b\u00e9n\u00e9fices de guerre\u00a0!\u00a0\u00bb (p. 167).<\/p>\n<p><em>Des Flandres aux Vosges. Un musicien-brancardier dans la Grande Guerre<\/em>, texte transcrit par Dani\u00e8le Percic, Saint-Cyr-sur-Loire, \u00c9ditions Alan Sutton, 2003, 192 p.<\/p>\n<p>Avril 2012 &#8211; Alexandre Lafon<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Originaire de Beuvry, \u00a0petit village du Nord de la France, Louis Leleu s\u2019engage en mars 1913 \u00e0 21 ans au le 102e RI de Versailles apr\u00e8s l\u2019obtention du certificat d\u2019\u00e9tudes et une exp\u00e9rience de clerc de notaire, afin d\u2019int\u00e9grer la musique militaire, musique qu\u2019il pratique depuis l\u2019enfance. 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