{"id":779,"date":"2012-05-06T20:16:42","date_gmt":"2012-05-06T19:16:42","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=779"},"modified":"2021-09-13T19:35:23","modified_gmt":"2021-09-13T18:35:23","slug":"andrieu-henri-1863-1929","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2012\/05\/06\/andrieu-henri-1863-1929\/","title":{"rendered":"Andrieu, Henri (1863-1929)"},"content":{"rendered":"<p><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><br \/>\nHenri Andrieu est n\u00e9 le 17 septembre 1863 \u00e0 La Valette commune du Luc (Aveyron). Instituteur dans plusieurs communes aveyronnaises, il a effectu\u00e9 la plus grande partie de sa carri\u00e8re \u00e0 Colombi\u00e8s o\u00f9 il est mort  le 3 d\u00e9cembre 1929. Il avait quatre enfants, Emile, Emma, Edmond, et Paul. Ses trois fils ont fait la guerre : Emile est mobilis\u00e9 le 1er ao\u00fbt 1914, Edmond part le 4 juin 1915, et Paul en 1917 devan\u00e7ant l\u2019appel. Tous les trois sont revenus mais Edmond, gaz\u00e9, est mort en 1927 des suites de ses blessures.<br \/>\nHenri Andrieu, en poste \u00e0 Colombi\u00e8s quand la guerre \u00e9clate, est bien ins\u00e9r\u00e9 dans la vie locale. Il s\u2019occupe de la caisse locale du Cr\u00e9dit mutuel et d\u2019une Mutuelle Incendie. Il organise des causeries sur l\u2019histoire locale. C\u2019est un lecteur assidu de <em>La D\u00e9p\u00eache<\/em>, du <em>Courrier de l\u2019Aveyron<\/em>, de <em>L\u2019Express du Midi<\/em>.<\/p>\n<p><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><br \/>\nD\u00e8s la mobilisation, Henri Andrieu prend la plume pour relater les \u00e9v\u00e8nements dont il est t\u00e9moin et acteur dans son village. Il \u00e9crit sur des cahiers d\u2019\u00e9colier qui s\u2019\u00e9chelonnent du 1er ao\u00fbt 1914 au 27 juin 1915. Il semble avoir commenc\u00e9 spontan\u00e9ment \u00e0 \u00e9crire d\u00e8s la mobilisation, devan\u00e7ant ainsi les instructions adress\u00e9es aux recteurs d\u2019acad\u00e9mies, le 18 septembre 1914, par Albert Sarraut, ministre de l\u2018Instruction publique, circulaire recommandant \u00ab d\u2019inviter les instituteurs de leurs ressorts \u00e0 prendre des notes sur les \u00e9v\u00e8nements auxquels ils assistent pr\u00e9sentement \u00bb. Le t\u00e9moignage d\u2019Henri Andrieu est consign\u00e9 dans quatre cahiers de 32 pages chacun (aujourd\u2019hui conserv\u00e9s par la famille, mais qui pourraient \u00eatre num\u00e9ris\u00e9s par les Archives d\u00e9partementales de l\u2019Aveyron). Les cahiers ne vont pas au-del\u00e0 du 27 juin 1915, sans que l\u2019on sache si d\u2019autres cahiers ont exist\u00e9 et n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9s.<br \/>\nLe premier cahier commence le 1er ao\u00fbt 1914 et s\u2019arr\u00eate le 15 septembre 1914<br \/>\nLe second cahier            du         16 septembre         au         15 novembre 1914<br \/>\nLe troisi\u00e8me cahier        du         16 novembre          au         28 janvier 1915<br \/>\nLe quatri\u00e8me cahier       du          29 janvier              au         27 juin 1915<br \/>\nIl \u00e9crit longuement au d\u00e9but du conflit, le premier cahier couvre 46 jours mais au fil du temps,  la guerre dure, ses notes s\u2019amenuisent et le dernier cahier court sur 151 jours.<br \/>\nChaque jour, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la date, Henri Andrieu d\u00e9compte le nombre de jours \u00e9coul\u00e9s depuis la mobilisation : \u00ab 27 juin 1915, 339ejour depuis la mobilisation \u00bb. Au fil des cahiers sont agraf\u00e9s des coupures de journaux, des feuillets annon\u00e7ant les qu\u00eates, pour la Croix rouge, le v\u00eatement du soldat, la journ\u00e9e serbe ainsi que des insignes comme pour la Journ\u00e9e du 75 ou de petits drapeaux pour la Journ\u00e9e du drapeau belge, etc.<br \/>\nEsprit vif et plume sans concession, Henri Andrieu livre un t\u00e9moignage sur la guerre vue d\u2019un village \u00e9loign\u00e9 des combats, sur la p\u00e9rennit\u00e9 de la vie quotidienne et les transformations de celle-ci dues au conflit.<\/p>\n<p><strong>3. Analyse du contenu<\/strong><br \/>\nDans ses \u00e9crits quotidiens, Henri Andrieu m\u00eale les nouvelles du front, du village et de sa famille. De \u00ab l\u2019\u00e9motion poignante qui \u00e9treint tous  les c\u0153urs \u00bb le 1er jour de la mobilisation, \u00e0 ses col\u00e8res contre les embusqu\u00e9s, resquilleurs et autres profiteurs, \u00e0 ses angoisses comme celles de toutes les familles qui attendent des nouvelles du front, Henri Andrieu brosse un tableau o\u00f9 affleurent avec sinc\u00e9rit\u00e9 ses convictions et o\u00f9 il restitue l\u2019atmosph\u00e8re de son  village en cette premi\u00e8re ann\u00e9e de guerre.<br \/>\nD\u00e8s le 3 ao\u00fbt, il rel\u00e8ve les changements visibles : la hausse des prix chez les \u00e9piciers mais, ajoute-il, \u00ab leur conduite est durement qualifi\u00e9e \u00bb ; l\u2019enl\u00e8vement des plaques du bouillon Kub, sans autre commentaire ; les r\u00e9quisitions de chevaux ; les rumeurs (\u00ab on ne parle que d\u2019espions on croit en voir partout) ; mais surtout \u00ab l\u2019embarras dans lequel vont se trouver ceux qui restent pour lever les r\u00e9coltes \u00bb ( 2 ao\u00fbt 1914 ). Des m\u00e9caniciens sont mis \u00e0 la disposition des cultivateurs pour \u00ab la mise en marche et la r\u00e9paration  des machines \u00bb (5 ao\u00fbt 1914). Certains, qui poss\u00e8dent des machines, en profitent pour les louer tr\u00e8s cher : \u00ab  il  veut 5 francs de l\u2019heure, sa conduite soul\u00e8ve l\u2019indignation \u00bb (7 ao\u00fbt 1914).<br \/>\nTout au long de ses \u00e9crits Henri Andrieu s\u2019indigne souvent contre les injustices, les profits scandaleux, les passe-droits, contre l\u2019attitude des \u00e9lus qui selon lui n\u2019est pas digne en cette p\u00e9riode. Il s\u2019emporte r\u00e9guli\u00e8rement contre les \u00ab embusqu\u00e9s \u00bb. Il rapporte par exemple que M. va \u00e0 Rodez  \u00ab pour tacher moyen d\u2019embusquer T. avec le concours du conseiller de pr\u00e9fecture et son beau-fr\u00e8re commandant de recrutement \u00bb, et il fustige  \u00ab toujours ce manque de moralit\u00e9\u2026toujours l\u2019\u00e9go\u00efsme, l\u2019honneur ne compte pas \u00bb (14 octobre 1914). Le 9 d\u00e9cembre 1914, il d\u00e9nonce l\u2019attitude d\u2019un \u00ab embusqu\u00e9 \u00bb qui pense : \u00ab  il faut bousculer l\u2019ennemi hors de France mais que les autres le fassent ! \u00bb.<br \/>\nLes nouvelles du front occupent une grande place dans les deux  premiers cahiers. Il commente longuement les mouvements des troupes, leurs positions, les avanc\u00e9es, les \u00e9checs, l\u2019attitude des pays concern\u00e9s, puisant les d\u00e9tails dans la lecture de la presse et des d\u00e9p\u00eaches officielles affich\u00e9es, sans toutefois \u00eatre dupe (\u00ab on ne nous dit que la moiti\u00e9 de la v\u00e9rit\u00e9 \u00bb, 25 novembre 1914). Les habitants, au hasard des rencontres dans le village ou \u00e0 la veill\u00e9e, discutent  de la politique, de la marche de la guerre mais aussi des nouvelles qui arrivent par le courrier des soldats au front. Le mercredi 16 f\u00e9vrier 1915, Henri Andrieu apprend le d\u00e9c\u00e8s de S.B. de fi\u00e8vre typho\u00efde dans un h\u00f4pital militaire ; dans le m\u00eame temps, un camarade du d\u00e9funt \u00e9crit \u00e0 sa propre famille que \u00ab  S.B., sergent, se trouvait en premi\u00e8re ligne avec ses hommes. Attaqu\u00e9s par l\u2019ennemi, ses hommes auraient refus\u00e9 de marcher et la seconde ligne aurait ainsi beaucoup souffert. Traduits en Conseil de guerre quelques-uns de ces hommes auraient \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9s \u00e0 mort\u2026 S.B. aurait perdu ses galons de sergent\u2026 \u00bb Henri Andrieu ajoute : \u00ab la commotion  de cette affaire ne serait-elle pas la cause de sa mort ? \u00bb. Le 22 octobre 1914, pour la premi\u00e8re fois, appara\u00eet dans les cahiers le mot \u00ab tranch\u00e9e \u00bb repris d\u2019une lettre de son fils Emile qui mentionne que sa \u00ab tranch\u00e9e est \u00e0 150 m\u00e8tres de celle des Allemands \u00bb. Henri Andrieu commente : \u00ab nos troupes se maintiennent \u00bb comprenant que la guerre s\u2019enlise.<br \/>\nL\u2019angoisse grandit  au village, d\u00e8s la mi-ao\u00fbt, \u00e0 l\u2019annonce des premiers d\u00e9c\u00e8s et bless\u00e9s. Le courrier occupe alors une grande place dans les propos du p\u00e8re et dans les conversations des habitants. Il \u00e9crit : \u00ab comme on est heureux \u2026d\u2019avoir des nouvelles des siens de savoir qu\u2019ils sont parmi les vivants \u00bb (18 ao\u00fbt 1914) et le 2 septembre, avec beaucoup de pudeur : \u00ab trois cartes d\u2019Emile. Ces simples  cartes nous font beaucoup de plaisir, elles entretiennent l\u2019espoir \u00bb. Les combattants signalent dans leur courrier qu\u2019ils sont avec tel ou tel camarade de Colombi\u00e8s et les familles font circuler les nouvelles. Au fil des mois, l\u2019attente de courrier sera de plus en plus pr\u00e9occupante et angoissante. Le moral aussi a chang\u00e9. Henri Andrieu rapporte les propos d\u2019un habitant :  \u00ab l\u2019esprit des soldats a bien chang\u00e9 depuis le d\u00e9but des hostilit\u00e9s. Alors on partait \u00e0 la fronti\u00e8re avec plaisir, maintenant on ne veut plus partir \u00bb (8 d\u00e9cembre 1914).<br \/>\nA Colombi\u00e8s, loin du front, la vie continue. Henri Andrieu assiste aux conseils municipaux, il se d\u00e9place \u00e0 Rodez pour les r\u00e9unions p\u00e9dagogiques, il assure ses causeries d\u2019histoire locale. Il relate les faits divers, la vie \u00e0 l\u2019\u00e9cole, les visites de la famille, les difficult\u00e9s des cultivateurs,  les naissances, les d\u00e9c\u00e8s. Cependant les effets du conflit se font sentir au village. Les discussions devant les d\u00e9p\u00eaches sont parfois houleuses, la guerre exacerbe les dissensions, les caract\u00e8res, mais elle rapproche aussi. Henri Andrieu note :  \u00ab Je porte <em>La D\u00e9p\u00eache<\/em> \u00e0 Mr  le Cur\u00e9 &#8211; je suis bien re\u00e7u \u00bb (10 ao\u00fbt 1914). Ces civilit\u00e9s n\u2019excluent pas les prises de position de l\u2019instituteur : \u00ab Sermon de Mr le Cur\u00e9 : la France vaincra parce qu\u2019elle est catholique, parce qu\u2019elle prie. \u2013J\u2019ai plut\u00f4t confiance en notre arm\u00e9e et en ses chefs \u00bb (29 novembre 1914).<br \/>\nTr\u00e8s actif au service des soldats, il organise les qu\u00eates, tient les comptes ; il cr\u00e9e un groupe de tricoteuses qui se r\u00e9unissent dans l\u2019\u00e9cole apr\u00e8s la classe pour l\u2019\u0153uvre du v\u00eatement du soldat. Il organise aussi une collecte de v\u00eatements qu\u2019il exp\u00e9die \u00e0 son fils pour les combattants de son unit\u00e9, il fait des d\u00e9marches aupr\u00e8s de la Croix rouge pour les familles sans nouvelles, il s\u2019occupe d\u2019aider les familles n\u00e9cessiteuses pour la r\u00e9daction des demandes de subsides, il ne manque pas d\u2019adresser ses condol\u00e9ances aux familles des disparus et de prendre des nouvelles de ses anciens \u00e9l\u00e8ves.<br \/>\nNicole Dabernat-Poitevin<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin Henri Andrieu est n\u00e9 le 17 septembre 1863 \u00e0 La Valette commune du Luc (Aveyron). Instituteur dans plusieurs communes aveyronnaises, il a effectu\u00e9 la plus grande partie de sa carri\u00e8re \u00e0 Colombi\u00e8s o\u00f9 il est mort le 3 d\u00e9cembre 1929. Il avait quatre enfants, Emile, Emma, Edmond, et Paul. 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