{"id":787,"date":"2012-05-20T16:27:10","date_gmt":"2012-05-20T15:27:10","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=787"},"modified":"2022-04-12T16:57:21","modified_gmt":"2022-04-12T15:57:21","slug":"sic-desire-1883-1972","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2012\/05\/20\/sic-desire-1883-1972\/","title":{"rendered":"Sic, D\u00e9sir\u00e9 (1883-1972)"},"content":{"rendered":"\n<p>N\u00e9 en 1883 \u00e0 Entrevaux (Basses-Alpes) dans une famille modeste, D\u00e9sir\u00e9 Sic d\u2019abord apprenti menuisier est appel\u00e9 pour effectuer son service militaire en novembre 1904 au 7<sup>e<\/sup> r\u00e9giment du g\u00e9nie \u00e0 Nice comme sapeur\u2013mineur de deuxi\u00e8me classe. En 1909, il se rengage au 7<sup>e<\/sup> r\u00e9giment de G\u00e9nie \u00e0 Nice, et commence sa carri\u00e8re militaire. Sergent, il part pour le Maroc en guerre en ao\u00fbt 1912. Il y s\u00e9journe jusqu\u2019en ao\u00fbt 1914.<\/p>\n\n\n\n<p>A la mobilisation g\u00e9n\u00e9rale, il rejoint la France avec son unit\u00e9, la compagnie 19\/2 du g\u00e9nie, rattach\u00e9e \u00e0 la Division marocaine. Il laisse de sa campagne plusieurs t\u00e9moignages : un journal de guerre, quelques comptes-rendus pour ses sup\u00e9rieurs et d\u2019autres pi\u00e8ces administratives parfois originales, mais surtout un volumineux fonds photographique qui permet de suivre les hommes et les travaux effectu\u00e9s par le G\u00e9nie entre le front et l\u2019arri\u00e8re-front entre 1915 et 1917, et notamment la pr\u00e9paration logistique de l\u2019offensive du Chemin des Dames.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis M\u00e9zi\u00e8res dans les Ardennes, il participe \u00e0 la retraite puis \u00e0 la bataille de la Marne dans le secteur des marais de Saint-Gond (combats au ch\u00e2teau de Mondement). Apr\u00e8s la stabilisation du front, son unit\u00e9 occupe un secteur \u00e0 l&rsquo;est de Reims, o\u00f9 elle r\u00e9alise des travaux de protection (fort de la Pompelle, bois des Zouaves, ferme de l\u2019Esp\u00e9rance,\u2026) et participe \u00e0 la guerre de mines. En janvier 1915, l&rsquo;adjudant Sic re\u00e7oit la m\u00e9daille militaire \u00e0 Verzenay (Marne), suite \u00e0 son comportement lors d&rsquo;une attaque contre les lignes ennemies. Il est nomm\u00e9 sous-lieutenant le mois suivant. En mai 1915, sa compagnie est affect\u00e9e dans la Somme, et participe \u00e0 une attaque dans le secteur d\u2019Acq-Mont-Saint Eloy. Elle y r\u00e9alise des travaux de construction d&rsquo;abris et de sapes. Elle participe de nouveau \u00e0 une attaque dans le secteur de Carency et Souchez (bois de Berthonval) en juin 1915.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s une p\u00e9riode de retrait du front dans les Vosges, D\u00e9sir\u00e9 Sic prend part \u00e0 la deuxi\u00e8me bataille de Champagne, et participe aux attaques des 25 septembre et 6 octobre (butte de Souain). Fin octobre, son unit\u00e9 est mise au repos et \u00e0 l&rsquo;instruction \u00e0 Verberie, pr\u00e8s de Pont-Sainte-Maxence (Oise). Promu lieutenant en d\u00e9cembre, il est affect\u00e9 \u00e0 la compagnie 7\/63 du g\u00e9nie. Il s\u00e9journe ensuite de la mi\u2013f\u00e9vrier jusqu\u2019en ao\u00fbt 1916 \u00e0 Tilloloy (Somme) et Boulogne la Grasse (Oise) o\u00f9 il contribue \u00e0 fortifier le parc du ch\u00e2teau et le bois attenant. Il s\u00e9journe ensuite dans la Somme et dans l\u2019Oise. D\u00e9but 1917, sa compagnie transite pour arriver dans l\u2019Aisne le 15 janvier (Coulonge, Courville,\u2026), puis elle oeuvre d\u00e8s mi\u2013f\u00e9vrier dans le secteur du Chemin des Dames (Oeuilly, Pargnan, Cuissy, Moulins,\u2026). Affect\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tat major de l\u2019Arm\u00e9e, le lieutenant Sic dirige alors des travaux de construction de pistes et d\u2019am\u00e9nagement d\u2019abris ou cavernes (creutes de Verdun, grottes de Jumigny, de Vassogne,\u2026). Autant ces clich\u00e9s t\u00e9moignent de la formidable pr\u00e9paration de l\u2019offensive dite Nivelle, autant ses quelques comptes-rendus des premi\u00e8res heures de l\u2019attaque en souligne l\u2019\u00e9chec imm\u00e9diat.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s la rel\u00e8ve de son unit\u00e9 en mai, le lieutenant Sic re\u00e7oit son ordre de d\u00e9part pour le Maroc. Il d\u00e9barque \u00e0 Casablanca le 17 juin 1917 avec sa femme et son jeune fils, puis gagne Mekn\u00e8s le 8 juillet. Le 30 septembre, trois mois \u00e0 peine apr\u00e8s son arriv\u00e9e, son enfant meurt de maladie \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;un an, et son journal est interrompu.<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019instar du t\u00e9moignage publi\u00e9 du sapeur Gaston Mourlot, \u00ab&nbsp;l\u2019\u0153il en guerre&nbsp;\u00bb du sous-officier puis officier D\u00e9sir\u00e9 Sic, compl\u00e9t\u00e9 par ses \u00e9crits, offre ainsi de pouvoir \u00e9tudier le travail du G\u00e9nie dans la Grande Guerre.<\/p>\n\n\n\n<p>Bibliographie : Alexandre Lafon &amp; Colin Mi\u00e8ge, <em>Une guerre d&rsquo;hommes et de machines, D\u00e9sir\u00e9 Sic, Un photographe du G\u00e9nie 1914-1918<\/em>, Toulouse, Privat, 2014. Colin Mi\u00e8ge, <em>La Grande Guerre vue par un officier du G\u00e9nie<\/em>, Paris, E-T-A-I, 2014. Voir \u00e9galement le hors-s\u00e9rie n\u00b0 6 de la <em>Lettre du Chemin des Dames<\/em>, 2012, enti\u00e8rement consacr\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0D\u00e9sir\u00e9 Sic, officier du G\u00e9nie et photographe au Chemin des Dames\u00a0\u00bb, 32 pages.<\/p>\n\n\n\n<p>Alexandre Lafon<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>Compl\u00e9ment (R\u00e9my Cazals, avril 2022)<\/strong><\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Vient de para\u00eetre\u00a0:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Colin Mi\u00e8ge, <em>\u00ab\u00a0Je te promets, je serai femme de soldat\u2026\u00a0\u00bb, Correspondance de guerre (ao\u00fbt 1914-mai 1917)<\/em>, Paris, L\u2019Harmattan, 2022, 592 pages<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Colin Mi\u00e8ge figure parmi les \u00ab&nbsp;passeurs&nbsp;\u00bb de la m\u00e9moire de la Grande Guerre, comme je l\u2019ai montr\u00e9 dans ma chronique \u00ab&nbsp;\u00c9crire\u2026 Publier\u2026 R\u00e9flexions sur les t\u00e9moignages de 1914-1918&nbsp;\u00bb sur ce m\u00eame site du CRID 14-18. Le fonds qu\u2019il met en valeur est celui qu\u2019a laiss\u00e9 son grand-p\u00e8re D\u00e9sir\u00e9 Sic. Il avait commenc\u00e9 en 2014 en coop\u00e9ration avec Alexandre Lafon pour le premier titre de la collection \u00ab&nbsp;Destins de la Grande Guerre&nbsp;\u00bb des \u00e9ditions Privat \u00e0 Toulouse. Ce livre de 2022 est le sixi\u00e8me issu du fonds. Il reprend cette fois la correspondance entre le sous-officier, puis officier, du g\u00e9nie et son \u00e9pouse Fernande, commenc\u00e9e d\u00e8s la mobilisation et arr\u00eat\u00e9e lorsque la nomination de D\u00e9sir\u00e9 au Maroc lui permet de se faire accompagner de sa femme. Les lettres manquantes sont tr\u00e8s rares. S\u2019il y a seulement 300 lettres de D\u00e9sir\u00e9 pour 1000 de Fernande, c\u2019est parce que celle-ci \u00e9crivait tous les jours, tandis que le soldat prenait plus rarement la plume. Les aspects attendus sont pr\u00e9sents&nbsp;: lenteur du courrier, censure, envois par des permissionnaires pouvant utiliser la poste civile, codage par points sous les lettres pour former le nom du secteur o\u00f9 l\u2019on se trouve.<\/p>\n\n\n\n<p>Tr\u00e8s \u00e9pais, le livre nous fait p\u00e9n\u00e9trer dans la vie d\u2019un couple de nouveaux mari\u00e9s pendant trois ans de s\u00e9paration&nbsp;: l\u2019amour, la souffrance, la jalousie, l\u2019adult\u00e8re (rarement assum\u00e9 ailleurs), les nouvelles de la famille, les d\u00e9c\u00e8s, la naissance d\u2019un fils. Quelques th\u00e8mes sont r\u00e9currents. Au d\u00e9but, Fernande ne cesse de se plaindre de recevoir si peu de courrier, et D\u00e9sir\u00e9 lui r\u00e9pond&nbsp;: sois femme de soldat, laisse-nous nous battre sans j\u00e9r\u00e9miades. Vient le temps o\u00f9 D\u00e9sir\u00e9 a achet\u00e9 deux appareils photographiques et o\u00f9 les questions des prises de vue et des tirages occupent une tr\u00e8s large place. D\u00e9sir\u00e9 avait pratiqu\u00e9 la photo au Maroc avant 1914. Autre th\u00e8me&nbsp;: la longueur de la s\u00e9paration fait appara\u00eetre quantit\u00e9 d\u2019allusions \u00e9rotiques.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9sir\u00e9 Sic est fier de monter en grade, de recevoir des d\u00e9corations, d\u2019\u00eatre remarqu\u00e9 par la revue <em>L\u2019Illustration<\/em>. Il en est de m\u00eame pour Fernande. Le grad\u00e9 fait collection de souvenirs de guerre, fusils, casques allemands, qui s\u2019ajoutent \u00e0 une collection d\u00e9j\u00e0 constitu\u00e9e au Maroc. Le patriotisme du couple est affirm\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises&nbsp;: il est question de chasser les Boches, de gagner la guerre. Sur plusieurs pages, le lieutenant Sic exprime sa certitude du succ\u00e8s de l\u2019offensive Nivelle du printemps 1917. Une lettre annonce qu\u2019il sera \u00e0 Laon, puis il est oblig\u00e9 d\u2019admettre qu\u2019il se faisait des illusions. Le 1<sup>er<\/sup> janvier 1916, il avait cependant lanc\u00e9 le cri \u00ab&nbsp;Vivement la fin de cette guerre&nbsp;!&nbsp;\u00bb Le 29 septembre de la m\u00eame ann\u00e9e, Fernande \u00e9crit \u00e0 son tour&nbsp;: \u00ab&nbsp;On se demande quand finira ce carnage.&nbsp;\u00bb Elle avait envisag\u00e9, si son enfant \u00e9tait une fille, de l\u2019appeler Joffrette, mais D\u00e9sir\u00e9 manquait d\u2019enthousiasme pour ce pr\u00e9nom qui aurait \u00e9t\u00e9 difficile \u00e0 porter. Le couple \u00e9changeait des critiques des \u00ab&nbsp;embusqu\u00e9s&nbsp;\u00bb restant au Maroc ou obtenant de s\u2019y faire nommer&nbsp;; cependant D\u00e9sir\u00e9 faisait d\u00e8s la fin de 1915 des d\u00e9marches dans le m\u00eame sens. D\u00e9marches couronn\u00e9es de succ\u00e8s, mais la mort de leur fils victime de fi\u00e8vres mal soign\u00e9es allait culpabiliser durablement les parents.<\/p>\n\n\n\n<p>Les informations sur la guerre apparaissent rarement, mais on en d\u00e9couvre dans la masse de la correspondance. D\u00e9sir\u00e9 d\u00e9crit certains travaux effectu\u00e9s par le g\u00e9nie&nbsp;: fortifier les tranch\u00e9es&nbsp;; \u00e9tablir une ligne t\u00e9l\u00e9phonique&nbsp;; construire un abri&nbsp;; couper les fils de fer lors d\u2019une attaque&nbsp;; creuser des mines sous les tranch\u00e9es ennemies. Les officiers ont une cantine (et non un sac \u00e0 dos), un cheval, une ordonnance. \u00c0 No\u00ebl en 1914, les soldats de la l\u00e9gion \u00e9trang\u00e8re chantent en plusieurs langues. De son c\u00f4t\u00e9, Fernande note qu\u2019il y a des prisonniers allemands au Maroc d\u2019abord, plus tard \u00e0 Entrevaux. Des r\u00e9fugi\u00e9s belges sont all\u00e9s jusqu\u2019en Alg\u00e9rie. Elle signale les p\u00e8lerinages \u00e0 Notre-Dame d\u2019Afrique \u00e0 Alger, et d\u2019autres \u00e0 Entrevaux, tandis que, dans les parages, en quelques jours du mois de mai 1916, Jeanne d\u2019Arc est apparue \u00e0 un petit berger, et la Vierge Marie \u00e0 une petite berg\u00e8re. Fernande ne montre aucune cr\u00e9dulit\u00e9, et D\u00e9sir\u00e9 exprime son scepticisme.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>N\u00e9 en 1883 \u00e0 Entrevaux (Basses-Alpes) dans une famille modeste, D\u00e9sir\u00e9 Sic d\u2019abord apprenti menuisier est appel\u00e9 pour effectuer son service militaire en novembre 1904 au 7e r\u00e9giment du g\u00e9nie \u00e0 Nice comme sapeur\u2013mineur de deuxi\u00e8me classe. En 1909, il se rengage au 7e r\u00e9giment de G\u00e9nie \u00e0 Nice, et commence sa carri\u00e8re militaire. Sergent, &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2012\/05\/20\/sic-desire-1883-1972\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Sic, D\u00e9sir\u00e9 (1883-1972)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[202,240,3,40],"tags":[459,319],"class_list":["post-787","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-202","category-7e-genie","category-carnet","category-photos","tag-construction","tag-mines"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/787","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=787"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/787\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4268,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/787\/revisions\/4268"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=787"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=787"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=787"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}