{"id":799,"date":"2012-05-22T09:43:35","date_gmt":"2012-05-22T08:43:35","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=799"},"modified":"2021-09-13T19:37:28","modified_gmt":"2021-09-13T18:37:28","slug":"payen-maurice-1885-apres-1948","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2012\/05\/22\/payen-maurice-1885-apres-1948\/","title":{"rendered":"Payen, Maurice (1885-1964)"},"content":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin<br \/>\nN\u00e9 \u00e0 M\u00e9ricourt-Corons (Pas-de-Calais) en 1885 dans une famille de mineurs. Assiste \u00e0 onze ans aux \u00e9v\u00e9nements qui accompagnent la catastrophe de Courri\u00e8res (10 mars 1906, 1099 morts). A treize ans, il est galibot puis chargeur, et \u00e0 dix-sept \u00e0 la veine. Il fuit l\u2019arriv\u00e9e des Allemands dans la r\u00e9gion de Lens en octobre 1914 et est incorpor\u00e9 (classe 15) au 127e r\u00e9giment d\u2019infanterie (Gu\u00e9ret) en d\u00e9cembre 1914. Entra\u00een\u00e9 au camp de la Courtine (Creuse), il monte au front avec le 409e RI en avril 1915 et occupe des secteurs calmes dans l\u2019Oise. Malade, il est hospitalis\u00e9 \u00e0 Montdidier en d\u00e9cembre 1915. Premi\u00e8re permission et retour (janvier 1916). Pr\u00eat\u00e9 au 2e G\u00e9nie (mineur volontaire) pour la guerre de mines dans la Somme. D\u00e9part pour Verdun et mont\u00e9e en ligne le 28 f\u00e9vrier 1916, rel\u00e8ve le 9 mars. Repos dans l\u2019Oise puis r\u00e9serve dans l\u2019Aisne, puis secteur Berry-au-bac. De fin ao\u00fbt \u00e0 octobre 1916 dans la Somme (Soy\u00e9court \/Ablaincourt) avec attaques. Compagnie hors-rang pour des travaux de pionnier jusqu\u2019en juin 1917. Volontaire pour l\u2019Arm\u00e9e d\u2019Orient, vers\u00e9 au 2e puis 4e R\u00e9giment de zouaves. Gr\u00e8ce \u2013 Serbie \u2013 Bulgarie d\u2019ao\u00fbt 1917 \u00e0 mars 1919. D\u00e9mobilis\u00e9 en ao\u00fbt 1919.<\/p>\n<p>2. Le t\u00e9moignage<br \/>\nMaurice Payen,<em> Mille-feuille, carnets in\u00e9dits d\u2019un poilu du Nord<\/em>, Bouvignies, les Editions du Nord Avril, 2007.<br \/>\nLe texte est un r\u00e9cit de vie (\u00ab Mille-feuille de souvenirs \u00bb) depuis sa naissance jusqu\u2019\u00e0 son exp\u00e9rience de la Grande Guerre. Constitu\u00e9 de carnets racontant le quotidien et les \u00e9v\u00e9nements marquants de sa guerre, l\u2019ensemble est publi\u00e9 par son petit-fils Bernard L\u00e9onard-Payen ; il contient des carnets manuscrits, r\u00e9dig\u00e9s avec soin, illustr\u00e9s de croquis et des lettres envoy\u00e9es du front. Le r\u00e9cit se termine en 1920.<br \/>\nLa r\u00e9daction des carnets, post\u00e9rieure au conflit, est pr\u00e9cise sur les lieux et les dates. Le r\u00e9cit se compose de sc\u00e8nes classiques (tranch\u00e9e, bombardement, rel\u00e8ve, repos\u2026), mais aussi d\u2019\u00e9l\u00e9ments plus rares dans les t\u00e9moignages courants, avec par exemple l\u2019\u00e9vocation de vols, d\u2019Allemands achev\u00e9s ou de la sexualit\u00e9 des infirmi\u00e8res de l\u2019h\u00f4pital militaire de Gumendz\u00e9 (Mac\u00e9doine grecque) ; ainsi ce r\u00e9cit parfois picaresque pose la question de la r\u00e9\u00e9criture : la narration des faits dans le texte d\u00e9finitif diverge parfois de ce qui est donn\u00e9 dans les lettres \u00e0 la famille, envoy\u00e9es imm\u00e9diatement apr\u00e8s ces \u00e9v\u00e9nements. Outre la v\u00e9racit\u00e9 de certains faits (exag\u00e9ration ? enjolivement?), le texte, non publi\u00e9 du vivant de l\u2019auteur, est parfois d\u2019une tonalit\u00e9 qui nous m\u00e8ne plus vers J. N. Cru (traquer les tartarinades) que par exemple vers l\u2019auto-minoration de la violence du t\u00e9moin. Si d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9 le r\u00e9cit est tenu pour vrai, il est tout aussi int\u00e9ressant.<br \/>\nLe t\u00e9moignage est aussi utile car il \u00e9voque le destin d\u2019un homme jeune (\u00ab ses ennemis lui avaient sabot\u00e9 sa jeunesse \u00bb [introduction]) avec la mentalit\u00e9 et la culture ouvri\u00e8re qui est la sienne : il nous montre un soldat qui a pass\u00e9 presque 5 ans sous les drapeaux, qui a fait la guerre des mines, Verdun et la Somme, vu une mutinerie en 1917 et eu une exp\u00e9rience du front d\u2019Orient, lui le mineur qui n\u2019avait jamais voyag\u00e9.<\/p>\n<p>3. Analyse<br \/>\nMaurice Payen est un jeune homme (classe 1915) mais son exp\u00e9rience de mineur de fond, m\u00e9tier commenc\u00e9 \u00e0 treize ans, en fait un soldat d\u00e9brouillard. Courageux mais turbulent, bless\u00e9, il est cit\u00e9 mais aussi puni de prison (\u00ab notre lieutenant de compagnie ne me gobait pas parce que j\u2019\u00e9tais rousp\u00e9teur \u00bb p. 185), c\u2019est le t\u00e9moignage d\u2019un soldat du genre \u00ab loustic \u00bb, tr\u00e8s attach\u00e9 \u00e0 sa famille et aux camarades de la r\u00e9gion de Lens qu\u2019il se fait pendant le conflit.<br \/>\nM. Payen d\u00e9teste les Allemands (\u00ab cette bande d\u2019assassins \u00bb p. 80, \u00ab ces sales boches \u00bb p. 78) et ne semble pas politis\u00e9 : p. 151 \u00ab un jour de la fin avril en 1917, nous f\u00fbmes appel\u00e9s pour r\u00e9primer un d\u00e9but de r\u00e9volte que les 107e et 172e RI avaient foment\u00e9e. C\u2019\u00e9tait, disait-on, une r\u00e9percussion de la r\u00e9volution russe. Il n\u2019y a eu aucun coup de feu et tout rentra dans le calme apr\u00e8s plusieurs heures de pourparlers. \u00bb<\/p>\n<p>Payen \u00e9voque des tensions graves avec les mineurs \u00e9trangers ressortissants de l\u2019Alliance du bassin de Lens lors de la d\u00e9claration de guerre (fin juillet-d\u00e9but ao\u00fbt 1914)<br \/>\np. 42 \u00ab \u00c0 M\u00e9ricourt &#8211; Corons, les joyeuses agitations des \u00e9trangers devinrent inqui\u00e9tantes. Ils nous provoquaient en se promenant dans nos rues, en chantant avec des accord\u00e9ons. Notre indignation fut prompte et une d\u00e9cision rapide fut prise. (\u2026) Le 2 ao\u00fbt, tous les hommes valides se formaient par groupes et une battue monstre \u00e9tait organis\u00e9e pour arr\u00eater tous les \u00e9trangers. La chasse \u00e0 l\u2019homme commen\u00e7ait. Tous les \u00e9trangers \u00e9taient arr\u00eat\u00e9s chez eux ou dans les rues, mis en lieu s\u00fbr, puis incarc\u00e9r\u00e9s \u00e0 Saint-Etienne. Deux Autrichiens r\u00e9calcitrants, arm\u00e9s de haches, \u00e9taient attrap\u00e9s \u00e0 la fosse 3, au moment o\u00f9 ils voulaient couper les c\u00e2bles de chanvre des cages de la fosse. L\u2019un d\u2019eux fut tu\u00e9 \u00e0 coups de pav\u00e9s en gr\u00e8s sur la t\u00eate, sous les yeux de sa femme et de ses enfants. L\u2019autre \u00e9tait tr\u00e8s malmen\u00e9 et recevait bon nombre de coups. \u00bb<\/p>\n<p>Ag\u00e9 de 19 ans, Payen est r\u00e9fugi\u00e9 en octobre 1914 \u00e0 Saint-Val\u00e9ry-sur-Somme, il est convoqu\u00e9 (classe 15) et \u00e9voque le conseil de r\u00e9vision en temps de guerre \u2013 novembre 1914. Pour ces jeunes gens, l\u2019ambiance fait encore penser au temps de paix<br \/>\np. 49 \u00ab Quel triste conseil, pour nous, qu\u2019aucun parent n\u2019accompagnait. J\u2019avais eu un bien gros c\u0153ur de voir les jeunes gens du pays s\u2019amuser, chanter et danser en compagnie des leurs. J\u2019\u00e9tais reconnu \u00ab bon \u00bb pour le service arm\u00e9, ainsi que mes compagnons d\u2019infortune, sauf Ch. Landas qui \u00e9tait ajourn\u00e9 et qui pleurait de m\u00e9contentement de ne pouvoir nous suivre dans les p\u00e9r\u00e9grinations qui nous attendaient. \u00bb<\/p>\n<p>Au front (Oise 1915), les relations avec les Allemands sont parfois verbales (et hostiles)<br \/>\np. 59 \u00ab On entend une vive fusillade qui semble durer tr\u00e8s longtemps, entre les \u00ab boches \u00bb et les Fran\u00e7ais. Lorsque la fusillade s\u2019arr\u00eate, on saisit des cris de part et d\u2019autre. C\u2019\u00e9tait des injures que chaque camp s\u2019envoyait. \u00bb ou<br \/>\np. 80 \u00ab Un soir, vers cinq heures, les boches se sont mis \u00e0 crier et toutes les voix faisaient un vacarme \u00e9pouvantable. On nous alerte\u2026 Et nous voici tous \u00e0 nos postes de combat. Nous \u00e9coutons\u2026 Quelques boches nous insultent en langue fran\u00e7aise. Certains disent les pires b\u00eatises. Nous sommes oblig\u00e9s de croire qu\u2019ils savent qu\u2019ils ont en face d\u2019eux un r\u00e9giment de \u00ab gars du Nord \u00bb, puisque toutes leurs sottises ne s\u2019adressent qu\u2019\u00e0 ceux de chez nous. Nos chefs nous d\u00e9fendent de r\u00e9pondre, mais c\u2019en est trop. Nous les insultons par les mots les plus grossiers que nous trouvons afin de blesser leur amour propre. \u00bb<\/p>\n<p>Les relations avec les civils peuvent \u00eatre mauvaises (novembre 1915, Ressons-sur-Matz)<br \/>\np. 82 \u00ab Ce village n\u2019est pas hospitalier. Les gens ne sont gu\u00e8re aimables envers nous. Avant que nous arrivions, les cordes des puits avaient \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9es par les habitants pour nous emp\u00eacher de boire.<br \/>\nEt<br \/>\np. 83 \u00ab Je demande un jour, d\u2019une fa\u00e7on aimable, \u00e0 une femme qui est sur le seuil de sa porte, si elle veut me donner un chou pour faire de la soupe !? Elle me r\u00e9pond qu\u2019elle aimerait mieux donner ses choux aux boches plut\u00f4t que de m\u2019en vendre un\u2026 Que nous sommes une bande de brigands\u2026et bien d\u2019autres ! J\u2019ignore pourquoi\u2026 Et je l\u2019ignore encore. Mais ce qu\u2019il y a de certain, c\u2019est que le lendemain, la bonne femme n\u2019avait plus de choux dans son jardin\u2026Oh ! Quelle trombine, elle faisait ! \u00bb<\/p>\n<p>Evocation de l\u2019hygi\u00e8ne corporelle<br \/>\np. 86 le soldat H\u00e9rault est d\u00e9nonc\u00e9 avec une tunique sur laquelle \u00ab il y avait plus d\u2019un millier de poux, \u00e0 l\u2019envers comme \u00e0 l\u2019endroit \u00bb. Sa tunique est br\u00fbl\u00e9e et il est conduit aux bains douche \u00e0 l\u2019infirmerie. \u00ab Il gelait et la neige tombait. H\u00e9rault revenait alors au cantonnement habill\u00e9 \u00e0 neuf. Personne ne voulait le laisser entrer: &#8211; Va camper tout seul et ailleurs qu\u2019avec nous ! lui disait-on. Il n\u2019avait le droit d\u2019entrer que pour manger la soupe pr\u00e8s de la porte. Quinze jours apr\u00e8s, il \u00e9tait encore plein de poux.<br \/>\nOn l\u2019appelait \u00ab le pou\u00efeu \u00bb (pouilleux). Il se laissait aller et ne se nettoyait pas assez. \u00bb<\/p>\n<p>Chapardage cruel \u2013 au cantonnement \u2013 des comportements de \u00ab garnements \u00bb ?<br \/>\np. 107 \u00ab Un matin, mon camarade Gheyssens venait m\u2019aviser qu\u2019il avait attrap\u00e9 le chat du cur\u00e9 et qu\u2019il allait le tuer pour am\u00e9liorer notre ordinaire. J\u2019assistais en spectateur \u00e0 cette mise \u00e0 mort qui avait lieu sous un hangar. \u00bb le chat est pendu, \u00ab gigote en se baladant dans tous les sens \u00bb, est achev\u00e9 \u00e0 la pelle-b\u00eache mais la corde casse \u00ab le chat, bless\u00e9 \u00e0 mort, fit des bonds formidables et dans toutes les directions\u2026 tant que tous, nous nous sauv\u00e2mes. \u00bb le chat est enfin mort \u00ab Je m\u2019en suis bien r\u00e9gal\u00e9 et, en temps de crise, j\u2019assure que le chat remplace avantageusement le lapin. M\u00eame s\u2019il ne se tue pas de la m\u00eame fa\u00e7on. \u00bb<\/p>\n<p>Guerre de mine, Payen est \u00ab pr\u00eat\u00e9 \u00bb comme mineur volontaire aux travaux de sape<br \/>\np. 107 extrait d\u2019une lettre \u00e0 ses parents 24 janvier 1916 \u00ab C\u2019\u00e9tait les boches qui avaient fait \u00ab buquer \u00bb une mine contre nous. (\u2026) Nous savions qu\u2019ils allaient faire sauter \u00e0 cet endroit, alors personne n\u2019y travaillait. Nous avions bourr\u00e9 la voie avec des sacs de terre, de sorte que la mine, au lieu d\u2019esquinter notre galerie, elle en fit un canon et en ab\u00eema la leur. Il faut leur faire voir que les mineurs du Nord et du Pas-de-Calais sont aussi malins que les mineurs de Westphalie. Votre fils Maurice. \u00bb<\/p>\n<p>comportement lorsque les Allemands font sauter la mine<br \/>\np. 108 \u00ab Dans notre affolement, on culbutait les vieux \u00ab p\u00e8res \u00bb territoriaux, et on passait dessus pour nous sauver plus vite. Ils avaient leurs raisons de nous appeler \u00ab sauvages \u00bb. Il fallait de bonnes jambes pour s\u2019\u00e9loigner d\u2019un lieu d\u2019asphyxie, expos\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 sauter d\u2019une seconde \u00e0 l\u2019autre. Mais malheureusement, les territoriaux y mettaient une lenteur qui ne nous plaisait gu\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>conditions de travail des sapeurs-mineurs<br \/>\np. 108 \u00ab Le lendemain, je vais travailler au chantier pour r\u00e9fectionner les fronts de la galerie \u00e9boul\u00e9e. Au bout de cinq minutes, on remonte Lecomte \u00e0 moiti\u00e9 asphyxi\u00e9\u2026 Cinq minutes apr\u00e8s, c\u2019est mon tour d\u2019\u00eatre tir\u00e9 par une corde attach\u00e9e \u00e0 la ceinture et ainsi de suite\u2026 A tour de r\u00f4le ! Et sit\u00f4t revenus \u00e0 nos sens, on recommence.\u00bb<\/p>\n<p>Verdun<br \/>\nLe r\u00e9cit montre les traces du tout d\u00e9but de la bataille<br \/>\np. 117 \u00ab Nous arrivons enfin dans le village (Vaux 28 f\u00e9vrier). Il \u00e9tait encore habit\u00e9 civilement lorsque l\u2019offensive allemande se d\u00e9clencha. Aussi, certains civils avaient trouv\u00e9 la mort chez eux. Au lendemain de notre arriv\u00e9e, j\u2019ai vu, allong\u00e9e au milieu de la route, une femme tu\u00e9e en face d\u2019une \u00e9picerie, pr\u00e8s d\u2019un trou d\u2019obus de gros calibre qui devait \u00eatre l\u2019effet d\u2019un 380 ou 420. J\u2019ai vu \u00e9galement une grand-m\u00e8re, morte dans son fauteuil aupr\u00e8s de la chemin\u00e9e. C\u2019est dire que les habitants avaient \u00e9t\u00e9 surpris par l\u2019attaque brusque et d\u00e9clench\u00e9e avec violence par les Allemands.<\/p>\n<p>Une anecdote qui suscite la perplexit\u00e9, mais qui a pleinement sa place dans l\u2019univers narratif du poilu de Verdun (cf tranch\u00e9e des ba\u00efonnettes)<br \/>\np. 122 Tout \u00e0 coup, un 420 \u00e9clate plus pr\u00e8s ; je l\u2019avais entendu venir et j\u2019\u00e9tais rentr\u00e9 dans la redoute. Au moment o\u00f9 je ressortais pour voir o\u00f9 il avait \u00e9clat\u00e9, un soldat arrive du ciel\u2026 mort\u2026 Il tombe \u00e0 mes pieds\u2026 Un culot d\u2019obus d\u2019un diam\u00e8tre de z\u00e9ro m\u00e8tre quarante-deux vient doucement rouler sur la plate bande pour s\u2019arr\u00eater \u00e0 la porte.<br \/>\nCe soldat\u2026 mort \u00e9tait du 233e R\u00e9giment d\u2019infanterie. Il avait un habillement de temps de paix : k\u00e9pi rouge et pantalon rouge, capote bleue. Il n\u2019\u00e9tait aucunement d\u00e9figur\u00e9 et avait m\u00eame encore les joues rouges. Cette chose nous fut incompr\u00e9hensible !<br \/>\nNotre capitaine nous expliqua que ce soldat, sans doute garde-voie\u2026 territorial, avait d\u00fb \u00eatre enterr\u00e9 depuis le d\u00e9but de l\u2019offensive. Admirablement conserv\u00e9, il fut projet\u00e9 par l\u2019obus de 420. Il nous donna l\u2019ordre d\u2019aller le mettre en terre.<\/p>\n<p>Payen r\u00e9ussit \u00e0 \u00e9chapper \u00e0 la mort ou la captivit\u00e9- Lettre \u00e0 ses parents, 15 mars 1916<br \/>\np. 132 \u00ab Enfin, ne vous troublez plus pour moi. Je suis rescap\u00e9 de la bataille de Verdun. Pour la premi\u00e8re fois que le 409e va aux attaques, il est bien re\u00e7u par les boches. De ma compagnie, nous restons \u00e0 117 sur 250. \u00bb<\/p>\n<p>La Somme<br \/>\nmont\u00e9e en ligne fin ao\u00fbt 1916 \u00e0 Soy\u00e9court fac\u00e9tie macabre dans les ruines du village, montrant un humour particulier, mais ne pourrait-on pas le transposer dans la guerre du Pacifique (P. Fussel) ou au Vietnam, voire en Afghanistan ?<br \/>\np. 139 \u00ab Nous avons creus\u00e9 une tranch\u00e9e dans ces ruines, l\u2019occasion de retrouver le cadavre d\u2019un boche en d\u00e9composition ; apr\u00e8s lui avoir d\u00e9capit\u00e9 la t\u00eate avec une pelle b\u00eache, je l\u2019empalais sur un pieu et, muni d\u2019une tenaille, je lui arrachais les dents pour me faire une renomm\u00e9e de dentiste amateur, au grand amusement g\u00e9n\u00e9ral de mes camarades. \u00bb<\/p>\n<p>Offensive du 10 septembre 1916 Ablaincourt, le 409e attaque apr\u00e8s deux jours de pr\u00e9paration, le succ\u00e8s se traduit par une avanc\u00e9e de plus d\u2019un kilom\u00e8tre.<br \/>\np.141 \u00ab Les poilus courent vers les tranch\u00e9es ennemies. Je saute dans l\u2019une d\u2019elle. L\u00e0 je trouve deux Allemands assis, fumant une cigarette et qui aussit\u00f4t me font : \u00ab &#8211; Camarade!\u00bb Je les fais monter sur le parapet de la tranch\u00e9e. Lorsqu\u2019ils y sont, je fais feu. Ils tombent tous les deux. Nous avons re\u00e7u l\u2019ordre de ne pas faire de prisonniers.<br \/>\nJe me rends compte quelque temps apr\u00e8s que seulement l\u2019un d\u2019eux a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9. Le second fait le mort. Je le fais d\u00e9guerpir vers l\u2019arri\u00e8re o\u00f9 il est zigouill\u00e9 par un adjudant, d\u2019un coup de r\u00e9volver \u00e0 la gorge. Un peu plus loin dans la tranch\u00e9e, je trouve deux boches ensevelis jusqu\u2019\u00e0 la poitrine, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e d\u2019un abri \u00e9boul\u00e9. Une balle, tir\u00e9e \u00e0 bout portant dans la poitrine, les lib\u00e8re de la vie. \u00bb<br \/>\nL\u2019\u00e9dition de \u00ab Mille-Feuille \u00bb propose aussi ensuite la reproduction d\u2019une lettre de Payen \u00e0 ses parents (dat\u00e9e du 13 octobre) qui narre les m\u00eames \u00e9v\u00e9nements (orthographe d\u2019origine conserv\u00e9e)<br \/>\np. 143 \u00ab Mes Chers Parents, (\u2026) d\u00e9but de l\u2019attaque (\u2026) Ceux qui accourent vers moi en levant les bras, malheureusement pour eux, nous ne faisons pas de prisonniers. On les tue \u00e0 bout portant. Arriv\u00e9s dans les tranch\u00e9es allemandes, \u00e0 coup de fusils, nous tuons les occupants qui criaient \u00ab -Kam\u00e9rat !! \u00bb Et \u00e0 coup de grenades, nous nettoyons les abris qui sont maintenant encombr\u00e9s de cadavres B\u00f4ches ! Suivis de deux copains, je cours dans la tranch\u00e9e. Je trouve deux b\u00f4ches assis et fumant une cigarette. D\u2019un coup de fusil, j\u2019en tue un. Et un de mes copains, tue l\u2019autre.<br \/>\nNous continuons notre course, nous voyons deux b\u00f4ches \u00e0 moiti\u00e9 ensevelis ; nous approchons. Ils nous tendent les mains pour les tirer de l\u00e0, mais deux balles bien plac\u00e9es les firent rester sur place.<br \/>\nNous \u00e9tions fou, par l\u2019alcool que nous avions bu, et par l\u2019odeur de la poudre. \u00bb<br \/>\nLa lettre aux parents est un t\u00e9moignage bien ant\u00e9rieur \u00e0 la r\u00e9daction d\u00e9finitive des carnets ; Les courriers, d\u2019ordinaire, sont volontiers elliptiques pour ne pas inqui\u00e9ter les proches. Ce type de r\u00e9cit est d\u2019autre part interdit par la censure. La lettre montre que le r\u00e9cit se reconstitue avec ce courrier qui viendrait aider la m\u00e9moire pour la r\u00e9daction ; des changements apparaissent : le copain qui tue l\u2019un des \u00ab b\u00f4ches \u00bb fumant une cigarette, devient un adjudant, avec un revolver. La question de la v\u00e9racit\u00e9 est \u00e9galement pos\u00e9e, avec l\u2019authenticit\u00e9 de : \u00ab nous ne faisons pas de prisonniers \u00bb qui devient \u00ab nous avons re\u00e7u l\u2019ordre de ne pas faire de prisonniers \u00bb : cette ordre a-t-il exist\u00e9 ?<\/p>\n<p>Une autre aventure, dot\u00e9e de deux versions, alimente cette probl\u00e9matique<br \/>\np. 147 lendemain \u00ab Soudain, \u00e0 vingt m\u00e8tres en avant de moi, je vois un boche, puis deux, trois, quatre\u2026 cinq, mont\u00e9s sur la tranch\u00e9e : \u00ab &#8211; Camarades ! \u00bb font-ils, les bras lev\u00e9s en l\u2019air. Mon fusil en mains, je monte sur le parapet de la tranch\u00e9e et leur fais signe de venir. Les boches se d\u00e9cident, d\u2019abord lentement. J\u2019avance \u00e9galement. Mais bient\u00f4t, ils sont douze \u00e0 courir vers moi. Je les arr\u00eate pour les rassembler et les fais descendre dans notre tranch\u00e9e. Apr\u00e8s les avoir fouill\u00e9s, je les conduis au poste du colonel en \u00e9vitant les tranch\u00e9es toujours bombard\u00e9es, \u00e0 d\u00e9couvert et au pas de gymnastique. En cours de route, quatre d\u2019entre eux sont charg\u00e9s de porter une toile de tente dans laquelle est enroul\u00e9e un des leurs couvert d\u2019\u00e9clats d\u2019obus. Sa figure est cribl\u00e9e de shrapnells, ses yeux crev\u00e9s. Tous ses membres sont atteints.<br \/>\nCertes, c\u2019est une lourde charge. Les artilleurs boches nous envoient une rafale d\u2019obus. Soudain, mes prisonniers d\u00e9laissent leur fardeau pour se sauver. J\u2019arr\u00eate la troupe et tous se couchent en entendant le sifflement d\u2019un gros obus qui semble venir vers nous. Seul, debout, je nargue les artilleurs boches en leur montrant le poing et en les insultant \u2013 comme s\u2019ils me voyaient et m\u2019entendaient ! \u2013 et le gros noir explose \u00e0 dix m\u00e8tres en avant de moi. Je n\u2019eus absolument rien.<br \/>\nHeureusement, les boches n\u2019ont pas continu\u00e9 \u00e0 tirer. J\u2019ai achev\u00e9 sur place le moribond qui fut d\u00e9livr\u00e9 de ses souffrances par une balle dans la tempe. Ensuite, j\u2019arrivai au P.C. du colonel, o\u00f9 je me fis engueuler parce que je ramenais douze prisonniers !<br \/>\nLe Colonel me demanda ce qu\u2019il allait faire de cette capture ? Qu\u2019il allait les occuper comme brancardiers pour ramasser les bless\u00e9s fran\u00e7ais. Et si besoin \u00e9tait, leur flanquer une balle dans le dos. \u00bb<br \/>\nEn reprenant la fin du courrier \u00e9voqu\u00e9 plus haut, on trouve, pour le m\u00eame fait :<br \/>\np. 144 \u00ab Le soir, ma rage \u00e9tait apais\u00e9e. Six b\u00f4ches se rendaient \u00e0 moi. Je les ai recueillis avec un copain et les ai emmen\u00e9s en arri\u00e8re, chez le colonel. \u00bb<br \/>\nLes Allemands sont pass\u00e9s de six \u00e0 douze, ils laissent achever leur bless\u00e9 sous leur yeux, et Payen dispose d\u2019une grande autonomie, sans passer par des grad\u00e9s : pas de sergent, pas d\u2019officier, pas de P.C. de bataillon\u2026 \u00bb ; ici on t\u00e9moignera simplement d\u2019une certaine perplexit\u00e9 dans un r\u00e9cit qui fait plus penser \u00e0\u00a0<em>Gaspard<\/em> qu\u2019au<em> Feu<\/em>.<\/p>\n<p>En juin 1917, Payen se porte volontaire pour l\u2019Arm\u00e9e d\u2019Orient. Vers\u00e9 au 2e R\u00e9giment de Zouaves, le trajet de Lyon jusqu\u2019aux tranch\u00e9es en Serbie (rive gauche du lac Doiran) dure du 30 juillet au 19 septembre 1917.<br \/>\nPayen est occup\u00e9 \u00e0 faire des travaux dans un camp retranch\u00e9, et son r\u00e9cit parle peu des ennemis ; il travaille, accueille dans son abri un \u00ab Bat\u2019 d\u2019Aff \u00bb condamn\u00e9 \u00e0 dix ans de \u00ab Biribi \u00bb, en libert\u00e9 provisoire pour la dur\u00e9e de la guerre :<br \/>\np. 174 \u00ab En bon camarade, il ne me l\u00e2cha plus. Ses compagnons d\u2019infortune (le m\u00eame convoi qui vient des bagnes d\u2019Afrique) m\u2019ont f\u00e9licit\u00e9 du beau geste que j\u2019avais eu envers lui. Ils me prot\u00e8geraient contre les violences de n\u2019importe qui. \u00bb<br \/>\nIl remonte en ligne en mars 1918 sur le Vardar. Les pr\u00e9occupations tournent autour du moral fluctuant, des conditions mat\u00e9rielles, des nouvelles de la famille et de sa fianc\u00e9e..<br \/>\np . 183 \u00ab le 27 avril 1918. Relev\u00e9s et mis en r\u00e9serve du Bataillon, au ravin de l\u2019a\u00e9roplane. Cantonn\u00e9s dans un abri souterrain, individuel. L\u00e0, j\u2019ai fait ma provision d\u2019un litre de gn\u00f4le d\u2019avance. Nous touchions journellement une bonne ration de cette gn\u00f4le, tous les matins. Et plusieurs copains me la donnaient. \u00bb<br \/>\nL\u00e9g\u00e8rement bless\u00e9 le 14 juin 1918 face aux Bulgares et \u00e9vacu\u00e9 \u00e0 l\u2019Ambulance transform\u00e9e en h\u00f4pital temporaire, \u00e0 Gumendz\u00e9. Fin juin, il quitte l\u2019h\u00f4pital pour servir en ville, comme ordonnance des infirmi\u00e8res.<br \/>\np. 189 Lettre Mes chers Parents, Ma sant\u00e9 est excellente, mes blessures sont presque gu\u00e9ries. Hier, l\u2019infirmi\u00e8re major, une dame de la croix Rouge, m\u2019a fait appeler et m\u2019a demand\u00e9 si je voulais faire l\u2019ordonnance des dames de l\u2019h\u00f4pital. Alors, naturellement, j\u2019ai accept\u00e9 avec beaucoup de politesse ; (\u2026) Il n\u2019y a qu\u2019\u00e0 arranger leurs chambres, faire la vaisselle et leur servir \u00e0 manger \u00e0 table. Et nous serions deux pour faire ce petit boulot. Elle m\u2019a aussi dit que je pourrai rester trois mois, six mois, m\u00eame plus. Si seulement je pouvais choper ce filon ! C\u2019est bien mon tour de pouvoir \u00eatre embusqu\u00e9 \u00e0 l\u2019arri\u00e8re. \u00bb<br \/>\nIl re\u00e7oit l\u2019autorisation du m\u00e9decin major et s\u2019occupe alors en ville des neuf chambres des infirmi\u00e8res: il appr\u00e9cie cette situation prot\u00e9g\u00e9e. \u00ab Le temps se passait mieux qu\u2019aux tranch\u00e9es \u00bb Il \u00e9voque aussi de fa\u00e7on particuli\u00e8re ce monde f\u00e9minin :<br \/>\np. 190 \u00ab Comme consigne, on m\u2019avait dit : Vous \u00eates aveugle et sourd. J\u2019avais compris. Et puisque je n\u2019ai pas le droit de vous raconter quelque chose, sachez seulement que pour des femmes honorables, elles \u00e9taient tomb\u00e9es bien bas ! Mademoiselle Matignon \u00e9tait une ancienne fille soumise d\u2019une maison de tol\u00e9rance de Marseille. Mademoiselle Delaporte \u00e9galement car elle sortait d\u2019une bo\u00eete de Boulogne-sur-Mer. Elles partaient souvent en auto, en compagnie d\u2019officiers. On les ramenait le matin vers les quatre heures : c\u2019est moi qui leur ouvrais ! Curieusement, il \u00e9voque plus loin une autre infirmi\u00e8re d\u2019un tout autre milieu, et on peut supposer que la proximit\u00e9 avec d\u2019anciennes prostitu\u00e9es ne va pas de soi :<br \/>\np . 190 \u00ab Parmi les infirmi\u00e8res, il y avait Madame Giraud. Son mari \u00e9tait commandant \u00e0 l\u2019Etat Major. Son fils \u00e9tait lieutenant aviateur et venait journellement survoler l\u2019h\u00f4pital de Gumendz\u00e9-ville. \u00bb Payen r\u00e9\u00e9voque une des infirmi\u00e8res cit\u00e9es, lorsqu\u2019un copain lui demande \u00ab (p . 195) comment il ferait bien pour avoir le plaisir de parler \u00e0 une infirmi\u00e8re qui lui plaisait beaucoup. \u2013 Qui ? lui demandais-je. \u2013 mademoiselle Matignon ! C\u2019est alors que je l\u2019informais sur ce qu\u2019\u00e9tait r\u00e9ellement la demoiselle en question : une ancienne fille soumise dans une maison de tol\u00e9rance \u00e0 Marseille, ma\u00eetresse de tous ceux qui lui plaisaient, m\u00eame S\u00e9n\u00e9galais \u00e0 peau d\u2019\u00e9b\u00e8ne !!! (\u2026) C\u2019est elle qui visitait tous les bless\u00e9s l\u00e9gers et leur faisait les pansements dans son bureau et \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur duquel se trouvait un divan lit d\u2019une personne. Chacun d\u2019eux, m\u00eame \u00e0 une main, devait se d\u00e9shabiller nu comme un ver de terre ! C\u2019est ainsi qu\u2019elle assouvissait ses d\u00e9sirs sexuels parmi les blancs et les noirs. \u00bb et plus loin (p .197) l\u2019auteur, tout en nous donnant un indice sur l\u2019\u00e9poque de la r\u00e9daction d\u00e9finitive de ses carnets, tire les enseignements de son exp\u00e9rience \u00ab \u2026Mes infirmi\u00e8res !! Elles avaient toutes le b\u00e9guin envers les officiers. Quoiqu\u2019il en soit, j\u2019ai toujours d\u00e9conseill\u00e9 \u00e0 mes filles de faire un tel m\u00e9tier, m\u00eame dans le civil.<br \/>\nS\u2019agit-il ici de fantasme ? L\u2019\u00e9vocation en elle-m\u00eame est pr\u00e9cieuse car les poilus \u00e9voquent tr\u00e8s peu le sexe dans leurs t\u00e9moignages (J. Y. Le Naour) ; on ne sait rien de l\u2019attitude de Payen lui-m\u00eame, sinon qu\u2019il se montre tr\u00e8s \u00e9pris dans ses courriers \u00e0 sa fianc\u00e9e (p. 164 \u00abje suis pour toujours ton Maurice qui t\u2019aime. 1000 bons b\u00e9cots. Ma langue dans ta bouche. \u00bb) A un autre moment, il \u00e9voque une jeune tzigane de dix-neuf ans qui faisait la lessive et le repassage pour les infirmi\u00e8res :<br \/>\np. 199 Catarina \u00e9tait une fille tr\u00e8s s\u00e9rieuse et ob\u00e9issait, comme toutes les femmes en g\u00e9n\u00e9ral, aux m\u0153urs de son pays si diff\u00e9rentes des n\u00f4tres. J\u2019ai vu un jour un capitaine de cavalerie qui voulait l\u2019attirer en lui faisant miroiter une grosse liasse de billets de banque. Cela eut lieu malgr\u00e9 ma pr\u00e9sence. D\u2019ailleurs ce vulgaire salopard ne cachait pas l\u2019immoralit\u00e9 de son geste. Elle le repoussa alors d\u00e9daigneusement en le priant de s\u2019en aller s\u2019il ne voulait pas avoir des ennuis. En Gr\u00e8ce comme en Mac\u00e9doine, le respect des femmes est sacr\u00e9. Il y eut peut-\u00eatre de rares exceptions, mais je n\u2019en ai jamais connues. \u00bb<br \/>\nL\u2019auteur n\u2019\u00e9voque pas de liaison personnelle et sous-entend une certaine chastet\u00e9 par ailleurs :<br \/>\np. 199 \u00ab Il existait dans ce pays comme partout ailleurs, des maisons de tol\u00e9rance tenues par une ou deux femmes, parfois plus, et qui ouvraient de telle heure \u00e0 telle heure. Il y faisait queue plus de deux cent poilus de toute race : grecs, serbes, albanais, mont\u00e9n\u00e9grins, fran\u00e7ais, anglais, chinois, s\u00e9n\u00e9galais\u2026 Ceux qui voulaient revenir en bonne sant\u00e9 en France s\u2019abstenaient de cette r\u00e9pugnance. \u00bb<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019armistice, Payen passe en Serbie puis en Bulgarie, est \u00e0 Sofia en d\u00e9cembre 1918. Le 9 f\u00e9vrier 1919, c\u2019est le rapatriement vers la France o\u00f9 il arrive le 11 mars ; il est d\u00e9mobilis\u00e9 le 24 ao\u00fbt 1919.<\/p>\n<p>Vincent Suard 10\/05\/2012<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin N\u00e9 \u00e0 M\u00e9ricourt-Corons (Pas-de-Calais) en 1885 dans une famille de mineurs. Assiste \u00e0 onze ans aux \u00e9v\u00e9nements qui accompagnent la catastrophe de Courri\u00e8res (10 mars 1906, 1099 morts). A treize ans, il est galibot puis chargeur, et \u00e0 dix-sept \u00e0 la veine. 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