{"id":805,"date":"2012-06-05T17:38:02","date_gmt":"2012-06-05T16:38:02","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=805"},"modified":"2021-09-13T19:37:45","modified_gmt":"2021-09-13T18:37:45","slug":"hitler-adolf-1889-1945","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2012\/06\/05\/hitler-adolf-1889-1945\/","title":{"rendered":"Hitler, Adolf (1889-1945)"},"content":{"rendered":"<p>Les \u00e9ditions Perrin viennent de publier la traduction fran\u00e7aise (par Michel Bessi\u00e8res) du livre de Thomas Weber, <em>La Premi\u00e8re Guerre d\u2019Hitler <\/em>(518 p., illust.), qui revisite le \u00ab t\u00e9moignage \u00bb d\u2019Adolf Hitler sur sa participation \u00e0 la Premi\u00e8re Guerre mondiale et le r\u00f4le fondateur qu\u2019elle aurait eu dans l\u2019\u00e9laboration du nazisme. Le texte de<em> Mein Kampf <\/em>a \u00e9t\u00e9 construit en fonction des id\u00e9es d\u2019Hitler en 1923-24 et de l\u2019utilit\u00e9 politique de se pr\u00e9senter comme combattant des tranch\u00e9es, forg\u00e9 par son exp\u00e9rience de guerre et la camaraderie du front au sein de son r\u00e9giment. Cette version a \u00e9t\u00e9 ensuite relay\u00e9e par la propagande nazie, par les \u00ab t\u00e9moins \u00bb choisis pour d\u00e9fendre la version Hitler dans des proc\u00e8s contre ceux qui tentaient d\u2019apporter des informations divergentes. Apr\u00e8s la prise du pouvoir, les nazis firent dispara\u00eetre des t\u00e9moignages et des t\u00e9moins g\u00eanants et exag\u00e9r\u00e8rent encore la l\u00e9gende des \u00e9tats de service exceptionnels et des risques affront\u00e9s par le futur F\u00fchrer. Un article du <em>V\u00f6lkischer Beobachter <\/em>du 14 ao\u00fbt 1934, par exemple, consacr\u00e9 au \u00ab soldat de premi\u00e8re ligne Hitler \u00bb, exalte la camaraderie des tranch\u00e9es qui a \u00ab engendr\u00e9 l\u2019aspiration \u00e0 un socialisme allemand \u00bb et affirme que \u00ab le sang et la mort sacrificielle de nos camarades sont apparus comme la preuve de la saintet\u00e9 de nos convictions \u00bb. Sans aller jusqu\u2019\u00e0 ces outrances, les historiens ont accept\u00e9 l\u2019id\u00e9e que l\u2019exp\u00e9rience de guerre dans le r\u00e9giment List avait engendr\u00e9 Hitler. Thomas Weber, professeur \u00e0 l\u2019universit\u00e9 d\u2019Aberdeen, prouve dans son livre que ce n\u2019est ni la guerre de 14-18, ni la camaraderie au sein du r\u00e9giment qui ont produit Hitler. L\u2019auteur n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 critiquer certains historiens du nazisme bien \u00ab \u00e9tablis \u00bb. Plus largement, il r\u00e9cuse les th\u00e9ories culturalistes sur la brutalisation, privil\u00e9giant toujours les explications par le concret. Ce qui le lui permet, c\u2019est l\u2019\u00e9norme travail de recherche documentaire accompli dans de multiples d\u00e9p\u00f4ts d\u2019archives, en particulier en Bavi\u00e8re, mais encore aux Etats-Unis et aux Archives d\u00e9partementales du Nord, tandis que de nombreux fonds priv\u00e9s lui ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 ouverts. Thomas Weber peut conclure (p. 428) : \u00ab Une fois assembl\u00e9es, \u00e9l\u00e9ment apr\u00e8s \u00e9l\u00e9ment, toutes les donn\u00e9es subsistantes, a \u00e9merg\u00e9 une image nette : celle d\u2019un homme [Hitler] tenu \u00e0 distance par la grande majorit\u00e9 des soldats de premi\u00e8re ligne et consid\u00e9r\u00e9 par eux comme un \u00ab\u00a0cochon de l\u2019arri\u00e8re\u00a0\u00bb, celle d\u2019un personnage encore plong\u00e9 dans la confusion id\u00e9ologique, en 1918, au moment o\u00f9 la guerre s\u2019achevait. Le r\u00e9giment List figur\u00e9 comme un groupe solidaire dont Hitler aurait \u00e9t\u00e9 le h\u00e9ros est une \u0153uvre de la propagande nazie et n\u2019a aucun fondement. La Premi\u00e8re Guerre mondiale n\u2019a pas \u00ab\u00a0fait\u00a0\u00bb Hitler.[\u2026] Le constat vaut aussi pour les hommes de son r\u00e9giment. Dans leur majorit\u00e9, ils n\u2019ont pas suivi la pente d\u2019une brutalisation et d\u2019une radicalisation politique. De retour dans leur ville, leur village, leur hameau, ils ont renou\u00e9 avec les attaches politiques et la vision du monde qui \u00e9taient les leurs avant la guerre. \u00bb<br \/>\nCertes, Hitler est rest\u00e9 dans un r\u00e9giment du front d\u2019ao\u00fbt 1914 \u00e0 novembre 1918, en tenant compte, \u00e9videmment, des p\u00e9riodes de permissions, de soins, de stage. Mais, lors du bapt\u00eame du feu du r\u00e9giment List, lorsque celui-ci conna\u00eet de lourdes pertes, Hitler sert dans une compagnie peu \u00e9prouv\u00e9e. D\u00e8s le 9 novembre 1914, il devient estafette de r\u00e9giment, vivant \u00e0 proximit\u00e9 du QG, en arri\u00e8re, et charg\u00e9 de porter des messages aux commandants de bataillons sans avoir \u00e0 se rendre en premi\u00e8re ligne. \u00ab La r\u00e9alit\u00e9 de la vie dans les tranch\u00e9es comme la camaraderie du front lui \u00e9taient \u00e9trang\u00e8res \u00bb, \u00e9crit Thomas Weber. Plus tard, le r\u00e9giment \u00e9chappe \u00e0 Verdun et Hitler lui-m\u00eame aux journ\u00e9es les plus dures de la Somme puisque, le 5 octobre 1916, il est bless\u00e9 \u00e0 la cuisse par l\u2019\u00e9clat d\u2019un obus qui est tomb\u00e9 sur l\u2019abri des estafettes : ce n\u2019est ni une blessure au visage, ni dans un abri de premi\u00e8re ligne. Au tournant de la guerre en 1918, il se trouve en stage du 21 ao\u00fbt au 27 septembre, puis il est atteint par les gaz, le 14 octobre, ce qui justifie son \u00e9vacuation. Mais, des t\u00e9moignages et des rapports m\u00e9dicaux, Thomas Weber conclut \u00e0 une c\u00e9cit\u00e9 psychosomatique. Hitler avait craqu\u00e9 et fut soign\u00e9 pour sympt\u00f4mes hyst\u00e9riques.<br \/>\nLe soldat de premi\u00e8re classe Hitler (car \u00ab Gefreiter \u00bb ne peut se traduire par \u00ab caporal \u00bb) n\u2019exer\u00e7a pas le moindre commandement. Refusant toute promotion qui aurait pu le rapprocher des tranch\u00e9es, il \u00ab tenait \u00e0 ne pas quitter la relative s\u00e9curit\u00e9 que lui procurait son affectation au quartier g\u00e9n\u00e9ral \u00bb. Celui-ci constituait \u00e9galement pour lui \u00ab une famille de substitution \u00bb. L\u2019attribution de la croix de fer de 2e classe refl\u00e9tait les relations entretenues avec les officiers du QG devant lesquels, d\u2019apr\u00e8s les t\u00e9moins fiables, Hitler se montrait d\u2019une d\u00e9f\u00e9rence ostensible. Plus rare pour un soldat du rang, la croix de fer de premi\u00e8re classe refl\u00e9tait \u00ab moins son courage que sa situation particuli\u00e8re et la long\u00e9vit\u00e9 de son service au quartier g\u00e9n\u00e9ral du r\u00e9giment \u00bb. Il est utile de remarquer que l\u2019intervention d\u00e9cisive pour la lui faire obtenir fut celle d\u2019un officier juif, ce qui laisse entendre qu\u2019Hitler ne se r\u00e9pandait pas alors en propos antis\u00e9mites, et qui permet de comprendre que l\u2019auteur de <em>Mein Kampf <\/em>ne se soit pas \u00e9tendu sur ce fait. La guerre finie, Hitler chercha \u00e0 rester dans la \u00ab famille \u00bb du QG, mais elle se dispersa et il en d\u00e9couvrit une nouvelle, le Parti ouvrier allemand, auquel il adh\u00e9ra le 12 septembre 1919 avant d\u2019en changer le nom en NSDAP.<br \/>\nMais que fit Hitler entre l\u2019armistice et cette adh\u00e9sion ? Ses id\u00e9es \u00e9taient encore loin d\u2019\u00eatre fix\u00e9es ; \u00ab sa r\u00e9flexion, encore confuse, s\u2019appuyait sur des \u00e9l\u00e9ments h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes susceptibles de se combiner de diff\u00e9rentes mani\u00e8res \u00bb. Dans ce parcours incoh\u00e9rent, il y eut m\u00eame une proximit\u00e9 avec la r\u00e9publique des Conseils de Munich, ce que le chef nazi occulta dans <em>Mein Kampf <\/em>et dont il essaya de faire dispara\u00eetre toute trace. Thomas Weber remarque : \u00ab Au sein du Parti ouvrier allemand, Hitler trouva un nouveau foyer \u00bb et : \u00ab A l\u2019\u00e9vidence, la strat\u00e9gie de survie la plus payante pour quiconque avait \u00e9t\u00e9 li\u00e9 \u00e0 la r\u00e9publique des Conseils consistait \u00e0 s\u2019afficher aux c\u00f4t\u00e9s de ses opposants les plus d\u00e9termin\u00e9s. \u00bb<br \/>\nLes archives bavaroises et les r\u00e9cits des t\u00e9moins fiables montrent le vrai r\u00e9giment de List tr\u00e8s diff\u00e9rent de sa repr\u00e9sentation par Hitler et les nazis. D\u2019abord il ne s\u2019agit pas d\u2019un r\u00e9giment de volontaires ; ceux-ci ne furent qu\u2019une minorit\u00e9. Ensuite, le r\u00e9giment \u00e9tait mal consid\u00e9r\u00e9, mal \u00e9quip\u00e9, mal entra\u00een\u00e9. Un aum\u00f4nier remarquait d\u00e8s d\u00e9cembre 1914 que \u00ab tout le monde \u00bb souhaitait la paix. Le refuge dans la religion, important au d\u00e9but, \u00e9volua : d\u2019une part, on ne comprenait pas que Dieu ait voulu ces horreurs ; d\u2019autre part on ne supportait pas que les aum\u00f4niers fassent de la propagande patriotique. En p\u00e9riode chaude, les automutilations, les refus d\u2019ob\u00e9issance et m\u00eame les d\u00e9sertions se multipliaient, ces derni\u00e8res ayant la complicit\u00e9 des autres soldats. Vis \u00e0 vis de l\u2019ennemi, principalement britannique, alternaient les actes de brutalit\u00e9 et de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9. Le r\u00e9giment de List participa \u00e0 la tr\u00eave de No\u00ebl 1914 ; il pratiqua, lorsque c\u2019\u00e9tait possible, le \u00ab vivre et laisser vivre \u00bb. Si la tr\u00eave de No\u00ebl 1915 eut moins d\u2019ampleur, ce n\u2019est pas du fait d\u2019une hypoth\u00e9tique brutalisation des combattants, d\u2019une diabolisation de l\u2019ennemi, c\u2019est que les hi\u00e9rarchies, des deux c\u00f4t\u00e9s, avaient tout fait pour l\u2019emp\u00eacher. Avec les populations occup\u00e9es, les relations \u00e9taient complexes [comme l\u2019ont montr\u00e9 de nombreux t\u00e9moignages, c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais]. Certes, il y eut des viols. Mais il n\u2019est pas n\u00e9cessaire de th\u00e9oriser sur la volont\u00e9 d\u2019humilier les femmes ennemies : \u00ab Tel qu\u2019il a exist\u00e9, le ph\u00e9nom\u00e8ne ne refl\u00e8te pas une brutalisation des conduites, sp\u00e9cifique \u00e0 la Grande Guerre. Le viol est, h\u00e9las, un crime r\u00e9current dans le cadre d\u2019un conflit. \u00bb A l\u2019int\u00e9rieur du r\u00e9giment bavarois, m\u00eame si l\u2019\u00e9go\u00efsme l\u2019emportait souvent sur la camaraderie , il n\u2019y avait pas d\u2019hostilit\u00e9 entre communaut\u00e9s religieuses, catholiques, protestants, juifs. Il y avait plut\u00f4t des sentiments antiprussiens  qu\u2019Hitler ne pouvait pas conna\u00eetre puisqu\u2019il ne fr\u00e9quentait gu\u00e8re les premi\u00e8res lignes. Enfin, apr\u00e8s 1918, la grande majorit\u00e9 des hommes du r\u00e9giment d\u2019Hitler n\u2019eurent pas d\u2019engagements extr\u00e9mistes. Comme l\u2019avait montr\u00e9 Benjamin Ziemann , ils aspiraient \u00e0 la paix et \u00e0 vivre tranquillement de leur travail dans leur famille. Peu d\u2019entre eux adh\u00e9r\u00e8rent au parti nazi. Non, le r\u00e9giment de List n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 le creuset de l\u2019hitl\u00e9risme.<br \/>\nPlus largement, le livre de Thomas Weber montre que l\u2019histoire de l\u2019Allemagne ne la pr\u00e9destinait pas \u00e0 la victoire du nazisme et que la brutalit\u00e9 sp\u00e9cifique au temps de guerre n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9e sur le plan int\u00e9rieur. On ne rappellera jamais assez que le parti nazi avait moins de 3 % des voix aux \u00e9lections de 1928, et que la r\u00e9publique de Weimar a \u00e9t\u00e9 emport\u00e9e par la crise de 1929.<br \/>\nR\u00e9my Cazals<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les \u00e9ditions Perrin viennent de publier la traduction fran\u00e7aise (par Michel Bessi\u00e8res) du livre de Thomas Weber, La Premi\u00e8re Guerre d\u2019Hitler (518 p., illust.), qui revisite le \u00ab t\u00e9moignage \u00bb d\u2019Adolf Hitler sur sa participation \u00e0 la Premi\u00e8re Guerre mondiale et le r\u00f4le fondateur qu\u2019elle aurait eu dans l\u2019\u00e9laboration du nazisme. 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