{"id":833,"date":"2012-07-13T10:07:52","date_gmt":"2012-07-13T09:07:52","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=833"},"modified":"2021-09-13T19:39:27","modified_gmt":"2021-09-13T18:39:27","slug":"vonet-bertrand-1895-19","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2012\/07\/13\/vonet-bertrand-1895-19\/","title":{"rendered":"Vonet, Bertrand (1895-1976)"},"content":{"rendered":"<p>Ce jeune homme qui arrive sur le front \u00e0 20 ans en 1915, au 412e RI, est n\u00e9 \u00e0 C\u00e9r\u00e9-la-Ronde (Indre-et-Loire) le 5 juillet 1895 dans une famille de vignerons. On a retrouv\u00e9 les lettres qu\u2019il adressait \u00e0 sa s\u0153ur et \u00e0 son beau-fr\u00e8re, horticulteurs \u00e0 Montrichard (Loir-et-Cher). Elles contiennent les aspects qui reviennent habituellement dans les correspondances des fantassins non-grad\u00e9s : la boue et les marches \u00e9puisantes ; les rats et les poux ; les exercices stupides \u00e0 faire au \u00ab repos \u00bb ; la nourriture qui laisse parfois \u00e0 d\u00e9sirer (\u00ab je suis bien s\u00fbr que les cochons chez nous mangent des meilleures pommes de terre \u00bb). Il d\u00e9teste les embusqu\u00e9s, et les discours patriotiques lui donnent le cafard : \u00ab Vous pouvez dire au voisin Masset qui est si patriote qu\u2019il y a de la place pour lui, car depuis deux jours, il a d\u00fb en tomber quelques-uns. \u00bb Il \u00e9voque \u00ab la bonne blessure \u00bb et la \u00ab tranquillit\u00e9 \u00bb de ceux qui sont morts : \u00ab On s\u2019aper\u00e7oit que ceux morts sont bien tranquilles, puisqu\u2019il faut y passer tous les uns apr\u00e8s les autres, il vaut mieux de suite que plus tard ; moi je n\u2019ai espoir qu\u2019\u00e0 une bonne blessure pour pouvoir tirer quelques mois \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. \u00bb Le rapport au \u00ab pays \u00bb reste fort : \u00ab il faudra que vous me disiez si les vignes sont belles \u00bb (6 juillet 1915) ; et cette \u00e9vocation m\u00eame fait grincer des dents : \u00ab Et au pays, que se passe-t-il ? Les vignes doivent commencer \u00e0 pousser ; t\u00e2chez de nous faire du pinard un peu meilleur que celui qu\u2019ils nous donnent en ce moment, je ne sais pas o\u00f9 ils le fabriquent mais il est presque imbuvable \u00bb (28 avril 1917).<br \/>\n<strong>On les aura !<\/strong><br \/>\nDans ce registre de la r\u00e9volte, Bertrand Vonet a des expressions originales. D\u00e8s octobre 1915, il pense que le manque de pain va peut-\u00eatre entra\u00eener la fin de la guerre et il s\u2019en r\u00e9jouit. Le 15 f\u00e9vrier 1916, il f\u00e9licite ses correspondants de la naissance d\u2019une nouvelle petite ni\u00e8ce : \u00ab Heureusement que c\u2019est une fille, au moins comme \u00e7a on ne pourra pas l\u2019envoyer \u00e0 la Boucherie quand elle aura 20 ans. \u00bb En juin 1917, il signale qu\u2019il lit de \u00ab petits bouquins n\u00e9o-malthusiens \u00bb que son lieutenant lui conseille de cacher : \u00ab comme il vient souvent des officiers sup\u00e9rieurs, c\u2019est pas la peine qu\u2019ils nous jugent mal. \u00bb Il emploie syst\u00e9matiquement le pronom \u00ab ils \u00bb pour d\u00e9signer ceux qui commandent : \u00ab De la fa\u00e7on que \u00e7a va, ils veulent faire tuer tout le monde. Car, vous savez, \u00e0 pr\u00e9sent pour gagner 2 \u00e0 3 km de terrain c\u2019est la perte de plusieurs milliers d\u2019hommes ; il y a que celui qui le voit tous les jours qui peut s\u2019en rendre compte. \u00bb Ce comportement est une v\u00e9ritable trahison : \u00ab Depuis le d\u00e9but, il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 un seul jour o\u00f9 nous avons pas \u00e9t\u00e9 trahis. On nous a fait massacrer comme des mouches pour l\u2019avancement de nos grands officiers sup\u00e9rieurs, et encore en ce moment [26 novembre 1917] plus un g\u00e9n\u00e9ral fait zigouiller de Poilus, plus il a de succ\u00e8s. Si tous les sacrifices que nous avons faits depuis le d\u00e9but avaient \u00e9t\u00e9 bien exploit\u00e9s, les Boches ne seraient plus chez nous, mais tout au contraire quand l\u2019on voyait qu\u2019ils voulaient fl\u00e9chir, on s\u2019empressait bien vite de ne pas leur faire trop de mal car on a beau dire, les Boches sont des hommes comme d\u2019autres et il a \u00e9t\u00e9 un certain moment qu\u2019on aurait bien pu les trouer d\u2019un c\u00f4t\u00e9 ou de l\u2019autre. \u00bb Il joue \u00e0 plusieurs reprises sur l\u2019expression \u00ab On les aura \u00bb. Le classique \u00ab On les aura\u2026 les pieds gel\u00e9s \u00bb (20 f\u00e9vrier 1916) est suivi de \u00ab On les aura\u2026 les poux dans la chemise \u00bb (25 f\u00e9vrier), \u00ab On les aura\u2026 les jambes coup\u00e9es \u00bb (4 juillet), \u00ab On les aura ? mais si c\u2019est quand tout le monde aura la gueule cass\u00e9e, ce n\u2019est pas la peine \u00bb (16 juillet), etc. En mars 1917, Bertrand envoie le texte de la \u00ab chanson du 412e d\u2019infanterie \u00bb, qui a pour titre \u00ab On en a marre \u00bb et qui r\u00e9clame \u00ab vivement la paix \u00bb apr\u00e8s avoir critiqu\u00e9 \u00ab les embusqu\u00e9s de l\u2019arri\u00e8re \u00bb qui \u00ab n\u2019ont pas peur de faire la guerre \u00bb : \u00ab Ils n\u2019ram\u00e8nent pas leur sale gueule au cr\u00e9neau \/ Ils n\u2019font pas les corv\u00e9es dans tous ces sales boyaux. \u00bb<br \/>\nSi la r\u00e9volte est l\u2019aspect dominant de ce t\u00e9moignage, il est \u00e9galement riche de notations diverses. On peut dire ce que l\u2019on veut de la frugalit\u00e9 et de l\u2019endurance du monde paysan d\u2019avant 1914, mais c\u2019est \u00e0 la guerre que plusieurs ont d\u00e9couvert la faim : \u00ab On est souvent oblig\u00e9 de se mettre une belle ceinture. Je ne croyais jamais venir \u00e0 20 ans et \u00eatre oblig\u00e9 bien souvent d\u2019aller me coucher avec la faim \u00bb (13 octobre 1915). L\u2019information sur les divers secteurs circule d\u2019un r\u00e9giment \u00e0 l\u2019autre. Au moment de partir pour la cote 304, le 22 mai 1916 [voir aussi Louis Barthas], les poilus du 412 savaient \u00ab qu\u2019il n\u2019y avait plus de tranch\u00e9es, tout \u00e9tait d\u00e9moli par le bombardement et que l\u2019on \u00e9tait oblig\u00e9 de se fourrer dans les trous d\u2019obus \u00bb. Et les survivants allaient pouvoir, \u00e0 leur tour, transmettre le renseignement : \u00ab C\u2019est avec un grand soulagement que je vous fais ces deux mots aujourd\u2019hui [16 juin 1916] car vraiment je viens d\u2019une fournaise o\u00f9 je ne croyais pas en sortir. [\u2026] Nous sommes revenus morts de fatigue. Nous avons fait 7 jours de 1\u00e8re ligne sous la pluie, et comme tout est retourn\u00e9 par les obus il fallait \u00eatre du matin au soir allong\u00e9s dans la boue. \u00bb Mais il peut y avoir aussi quelques \u00ab filons \u00bb, ainsi fin 1916, lorsqu\u2019il devient \u00ab tampon \u00bb d\u2019un lieutenant, et surtout lorsque celui-ci, d\u00e9sign\u00e9 pour suivre un stage, l\u2019emm\u00e8ne avec lui : \u00ab O\u00f9 je suis, j\u2019y tiendrais jusqu\u2019\u00e0 la fin de la guerre \u00bb (28 avril 1917). Au repos, en ao\u00fbt 1917, il rencontre des Am\u00e9ricains \u00ab qui arrivent avec les poches pleines de pognon [et] sont bien vus partout \u00bb.<br \/>\nIl reste que l\u2019exp\u00e9rience de la guerre fut terrible pour Bertrand Vonet, et que sa r\u00e9flexion le conduisit \u00e0 s\u2019int\u00e9resser au journal <em>L\u2019Humanit\u00e9<\/em> et aux r\u00e9unions syndicales, l\u2019ann\u00e9e de sa d\u00e9mobilisation (lettres des 29 juin et 18 juillet 1919). Mari\u00e9 en avril 1920 avec une couturi\u00e8re, fille de cultivateurs, il eut deux filles qui ne particip\u00e8rent donc pas aux combats de 1940. Il est mort dans son village natal le 3 mai 1976.<br \/>\nRC<br \/>\n*Lettres conserv\u00e9es par Jacques Moriceau.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce jeune homme qui arrive sur le front \u00e0 20 ans en 1915, au 412e RI, est n\u00e9 \u00e0 C\u00e9r\u00e9-la-Ronde (Indre-et-Loire) le 5 juillet 1895 dans une famille de vignerons. 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