{"id":86,"date":"2008-03-08T15:37:06","date_gmt":"2008-03-08T14:37:06","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/03\/08\/freinet-celestin-1896-1966\/"},"modified":"2021-09-09T17:07:47","modified_gmt":"2021-09-09T16:07:47","slug":"freinet-celestin-1896-1966","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/03\/08\/freinet-celestin-1896-1966\/","title":{"rendered":"Freinet, C\u00e9lestin (1896-1966)"},"content":{"rendered":"<p><strong>1) Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n<p>N\u00e9 le 15 octobre 1896 \u00e0 Gars dans les Alpes maritimes dans une famille d&rsquo;origine paysanne. Apr\u00e8s avoir \u00e9tudi\u00e9 au cours compl\u00e9mentaire de Grasse, il entre \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole normale d&rsquo;instituteurs de Nice. Freinet est mobilis\u00e9 le 10 avril 1915, \u00e0 19 ans. Le 15 ao\u00fbt, il entre \u00e0 Saint-Cyr et en ressort avec le grade d&rsquo;aspirant. Il est gri\u00e8vement bless\u00e9 le 23 octobre 1917 au lors de la bataille de la Malmaison au Chemin des Dames, dans le ravin des Gobineaux.&nbsp;Combat dans les rangs de la 2e compagnie du 140<sup>e<\/sup> R.I. (27<sup>e<\/sup> D.I.). Il re\u00e7oit, suite \u00e0 cette blessure, la Croix de guerre et la&nbsp;M\u00e9daille militaire avec la citation suivante : \u00ab\u00a0Jeune aspirant qui s&rsquo;est vaillamment comport\u00e9 au combat du 23-10-17. Tr\u00e8s gri\u00e8vement bless\u00e9 en enlevant la position ennemie \u00e0 la t\u00eate de sa section.\u00a0\u00bb Renvoy\u00e9 dans ses foyers le 9 novembre 1918.&nbsp;Il tra\u00eene, d&rsquo;h\u00f4pital en h\u00f4pital, une longue convalescence qui durera quatre ans. Atteint au poumon, il ne se remettra jamais compl\u00e8tement de ses blessures et gardera toute sa vie un souffle court. Apr\u00e8s passage devant plusieurs commissions de r\u00e9forme, il est d\u00e9clar\u00e9 invalide et re\u00e7oit une pension d&rsquo;infirmit\u00e9 \u00e9valu\u00e9e \u00e0 70%. En 1920, il est nomm\u00e9 instituteur et commence \u00e0 mener des recherches dans le domaine de la p\u00e9dagogie qui aboutiront \u00e0 l&rsquo;\u00e9laboration de la \u00ab p\u00e9dagogie Freinet \u00bb. D\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e0 Vence, le 8 octobre 1966.<\/p>\n<p><strong>2) Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n<p><em>Touch\u00e9. Souvenirs d&rsquo;un bless\u00e9 de guerre<\/em>, Atelier du Gu\u00e9, 1996, 104 p. (ISBN 2 902333 33 1) Une illustration (portrait de Freinet en 1914). Une postface pr\u00e9sentant des \u00e9l\u00e9ments biographiques succincts.<\/p>\n<p>La quatri\u00e8me de couverture pr\u00e9cise que \u00ab ce texte a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 dans le courant de l&rsquo;ann\u00e9e 1919, \u00e0 partir des notes d&rsquo;un carnet de campagne [que l&rsquo;auteur] a tenu depuis son incorporation jusqu&rsquo;au 11 novembre 1918. \u00bb<\/p>\n<p>Ce texte a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 une premi\u00e8re fois sous le m\u00eame titre en 1920 par la Maison fran\u00e7aise d&rsquo;art et d&rsquo;\u00e9dition (72 p).<\/p>\n<p><strong>3) Analyse<\/strong><\/p>\n<p>Ce t\u00e9moignage accorde tr\u00e8s peu de place aux circonstances de la blessure par balle. Il y a, chez l&rsquo;auteur, une v\u00e9ritable volont\u00e9 de minimiser la p\u00e9riode d&rsquo;engagement pour mieux mettre en valeur l&rsquo;\u00e9vocation du traitement de la blessure et de la p\u00e9riode de convalescence.La suite du r\u00e9cit privil\u00e9gie deux types d&rsquo;\u00e9vocation : celle d&rsquo;un homme face \u00e0 sa blessure (\u00ab J&rsquo;ai soif !&#8230; j&rsquo;ai soif !&#8230; (&#8230;) J&rsquo;ai froid, la poitrine nue&#8230; Personne ne peut m&rsquo;entendre. Des soldats errent &#8211; press\u00e9s. On me marche dessus&#8230; Il fait froid&#8230; Moi qui nagu\u00e8re&#8230; et cette loque \u00e0 pr\u00e9sent \u00bb, p 21) et celle d&rsquo;un bless\u00e9 dont la convalescence va \u00eatre longue et difficile. La douleur physique est v\u00e9ritablement au centre du r\u00e9cit. Elle devient rapidement le seul leitmotiv qui justifie la narration. L&rsquo;arriv\u00e9e dans un h\u00f4pital du front (non localis\u00e9) autorise l&rsquo;auteur \u00e0 d\u00e9crire toutes les souffrances que subissent les \u00e9vacu\u00e9s : transport, d\u00e9shydratation, plaintes des bless\u00e9s, lutte contre la mort&#8230; Commencent alors les premi\u00e8res interventions chirurgicales puis une premi\u00e8re convalescence. Cet h\u00f4pital &#8211; probablement un H.O.E. &#8211; est tout, except\u00e9 un lieu de repos&#8230; Les bless\u00e9s geignent, perdent la raison. Un colonel y passe, pour distribuer les m\u00e9dailles. Un infirmier y \u00e9crit une lettre sous la dict\u00e9e d&rsquo;un bless\u00e9 (pp 38-39). La nuit, on \u00e9vacue les morts. Le matin, on refait les pansements : \u00ab Ce matin, je regardais faire le pansement de mon nouveau voisin : son front a un \u00e9norme trou et un morceau de cervelle gros comme le poing d\u00e9borde du cr\u00e2ne. \u00bb (p 40) Un artilleur valide y recherche jusqu&rsquo;au petit matin son fr\u00e8re : \u00ab Au jour, il est reparti, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, rejoindre sa batterie, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 de n&rsquo;avoir pas retrouv\u00e9 son fr\u00e8re. \u00bb (p 41). Les bless\u00e9s qui craignent l&rsquo;amputation se rassurent comme ils peuvent, en t\u00e2tant leurs membres au r\u00e9veil. Les infirmiers venus relever la temp\u00e9rature des corps mentent pour ne pas aggraver le d\u00e9sespoir des patients ou demandent aux moins mal lotis de prendre en charge leurs camarades de souffrance car ils ne peuvent \u00ab pas toujours \u00eatre l\u00e0&#8230; \u00bb (p 45) Le seul instant de r\u00e9pit demeure celui des repas. Encore faut-il que la blessure n&rsquo;handicape pas trop celui qui veut s&rsquo;alimenter. La pr\u00e9sence d&rsquo;une infirmi\u00e8re r\u00e9conforte \u00e0 peine : \u00ab Quand elle m&rsquo;a fait le bandage autour de la poitrine ses cheveux m&rsquo;ont fr\u00f4l\u00e9&#8230; Elle \u00e9tait parfum\u00e9e&#8230; Et mon \u00eatre n&rsquo;a pas fr\u00e9mi ; j&rsquo;en suis encore tout triste. \u00bb (p 51) L&rsquo;h\u00f4pital demeure un lieu o\u00f9 \u00ab les minutes sont \u00e9ternelles. \u00bb (p 52) et o\u00f9 les cauchemars des bless\u00e9s demeurent hant\u00e9s par les r\u00e9centes sc\u00e8nes de combat. M\u00eame les besoins naturels du corps, lorsqu&rsquo;ils se m\u00ealent aux r\u00eaves, l&rsquo;avilissent encore un peu plus : \u00ab Quand les soeurs sont arriv\u00e9es pour faire le lit, elles ont \u00e9t\u00e9 surprises de voir des draps tremp\u00e9s et salis (&#8230;) \u00bb (p 59) Apr\u00e8s trois semaines d&rsquo;hospitalisation, le bless\u00e9 se sent mieux. D&rsquo;autant mieux qu&rsquo;autour de lui, le nombre de mourants diminue. Des parents sont d\u00e9sormais autoris\u00e9s \u00e0 venir rendre visite aux bless\u00e9s.<\/p>\n<p>Freinet ayant \u00e9t\u00e9 class\u00e9 \u00ab transportable \u00bb est \u00e9vacu\u00e9 par p\u00e9niche vers Compi\u00e8gne. D\u00e9but 1918, nouvelle hospitalisation dans un \u00ab ch\u00e2teau \u00bb l\u00e0 encore non localis\u00e9. Si la fi\u00e8vre baisse, le corps reste faible. L&rsquo;auteur parvient cependant \u00e0 retrouver une certaine autonomie. Il se r\u00e9alimente et son corps quitte progressivement sa maigreur inqui\u00e9tante : \u00ab Je d\u00e9vore, assis sur mon lit. Je ris de mon app\u00e9tit. \u00bb (p 84) Cette longue p\u00e9riode de convalescence, o\u00f9 l&rsquo;auteur r\u00e9apprend \u00e0 marcher, \u00e9voque pour lui les souvenirs de la petite enfance et doit bien s\u00fbr \u00eatre mise en relation avec le devenir de sa pens\u00e9e p\u00e9dagogique. Toutefois, la p\u00e9riode des souffrances n&rsquo;est pas compl\u00e8tement termin\u00e9e : une balle est rest\u00e9e dans l&rsquo;\u00e9paule. Il faut donc remonter sur la table d&rsquo;op\u00e9ration pour l&rsquo;extraire : \u00ab On contemple ma balle. Quelqu&rsquo;un m&rsquo;a dit : \u00ab Vous pourrez en faire une breloque. \u00bb (p 93) Durant cette deuxi\u00e8me convalescence, le r\u00e9tablissement est plus prompt et plus ais\u00e9 : \u00ab Je vais&#8230; Ma seconde enfance communie avec le printemps dont elle est l&rsquo;image, et je mordille les jeunes pousses. \u00bb (p 95) Dans cet univers de convalescence o\u00f9 la souffrance demeure, chacun se console comme il le peut, sous le regard de l&rsquo;autre : \u00ab Le manchot se sent favoris\u00e9 quand il regarde son voisin, l&rsquo;amput\u00e9 de la jambe. Celui-ci a piti\u00e9 du tr\u00e9pan\u00e9. Ce tr\u00e9pan\u00e9 est heureux de voir. Cet amput\u00e9 des deux bras a encore un moignon au bras droit &#8211; auquel un jour il a fait attacher une fourchette. Et l&rsquo;aveugle b\u00e9nit le ciel d&rsquo;\u00eatre encore en vie. \u00bb (pp 96-97) La r\u00e9gion est menac\u00e9e par l&rsquo;offensive allemande du printemps 1918, le \u00ab ch\u00e2teau \u00bb des convalescents doit donc \u00eatre \u00e9vacu\u00e9. L&rsquo;exp\u00e9rience de cette blessure ne se cicatrisera jamais tout \u00e0 fait comme le laisse clairement entendre la derni\u00e8re phrase de ce t\u00e9moignage : \u00ab Non, nous [les bless\u00e9s] ne sommes pas \u00ab glorieux \u00bb, nous sommes \u00ab pitoyables \u00bb. Elle ne reviendra plus ma jeunesse perdue. \u00bb (p 101)<\/p>\n<p><strong>4) Autres informations<\/strong><\/p>\n<p>Louis Legrand, \u00ab C\u00e9lestin Freinet (1896-1966) \u00bb, <em>Perspectives : revue trimestrielle d&rsquo;\u00e9ducation compar\u00e9e<\/em> (Paris, UNESCO : Bureau international d&rsquo;\u00e9ducation), vol. XXIII, no 1-2, mars-juin 1993, p. 407-423. Consultable \u00e0 l&rsquo;adresse suivante :<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.ibe.unesco.org\/publications\/ThinkersPdf\/freinetf.pdf\">http:\/\/www.ibe.unesco.org\/publications\/ThinkersPdf\/freinetf.pdf<\/a><\/p>\n<p>J.F. Jagielski, 8\/03\/08<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1) Le t\u00e9moin N\u00e9 le 15 octobre 1896 \u00e0 Gars dans les Alpes maritimes dans une famille d&rsquo;origine paysanne. Apr\u00e8s avoir \u00e9tudi\u00e9 au cours compl\u00e9mentaire de Grasse, il entre \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole normale d&rsquo;instituteurs de Nice. Freinet est mobilis\u00e9 le 10 avril 1915, \u00e0 19 ans. 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