{"id":878,"date":"2012-11-19T18:28:34","date_gmt":"2012-11-19T17:28:34","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=878"},"modified":"2021-09-14T19:28:29","modified_gmt":"2021-09-14T18:28:29","slug":"simonet-benjamin-1872-1964","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2012\/11\/19\/simonet-benjamin-1872-1964\/","title":{"rendered":"Simonet, Benjamin (1872-1964)"},"content":{"rendered":"<p>Treizi\u00e8me enfant d\u2019une famille d\u2019\u00e9piciers, il est n\u00e9 le 30 octobre 1872 \u00e0 Nancy. Apr\u00e8s de bonnes \u00e9tudes dans les \u00e9tablissements catholiques de sa ville natale, il s\u2019engage au 101e RI. Admis \u00e0 l\u2019\u00e9cole d\u2019infanterie de Saint-Maixent, il est sous-lieutenant en 1897. Il sert en Cochinchine puis \u00e0 Madagascar entre 1900 et 1909. Capitaine au 142e RI de Lod\u00e8ve en 1914, \u00e0 42 ans. Mari\u00e9 en 1903, il a quatre enfants. Il est mort \u00e0 Nancy le 8 mai 1964.<br \/>\nPendant la guerre, les lettres \u00e0 sa femme sont riches de pr\u00e9cisions quotidiennes, avec une missive particuli\u00e8rement longue, du 19 octobre 1914, dans laquelle il reprend le r\u00e9cit d\u00e9taill\u00e9 des premi\u00e8res semaines de la campagne en Lorraine, l\u2019enfer du 18 ao\u00fbt, la retraite dans \u00ab une confusion inextricable \u00bb jusqu\u2019\u00e0 Bayon o\u00f9 \u00ab le r\u00e9giment \u00e9tait r\u00e9duit \u00e0 une cohue. Plus d\u2019officiers, plus de sous-officiers, pr\u00e8s de la moiti\u00e9 des hommes disparus ! \u00bb<br \/>\nOfficier, il vit cependant pr\u00e8s de ses hommes : \u00ab Si tu savais quel fardeau ces trois jours de veille en premi\u00e8re ligne ! L&rsquo;esprit toujours tendu vers le moindre incident ; le corps dans l&rsquo;immobilit\u00e9 presque absolue ; car impossible de faire un pas au-dehors dans la journ\u00e9e sans recevoir balle ou obus. On g\u00eet sous terre, \u00e0 la lueur d&rsquo;une bougie, nuit et jour, en soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;un soldat t\u00e9l\u00e9phoniste, d&rsquo;un agent de liaison, de mon ordonnance. Pense \u00e0 la longueur des jours et des nuits ! \u00e0 ce degr\u00e9 d&rsquo;\u00e9nervement et de fatigue d&rsquo;esprit auquel on atteint : et ceci n&rsquo;est rien, tant qu&rsquo;il ne se passe rien d&rsquo;anormal. Mais d\u00e8s le moindre incident \u2013 et il y en a toujours \u2013 c&rsquo;est l&rsquo;angoisse ! Cette guerre est vraiment affreuse, plus p\u00e9nible que celle de plein air, du mouvement \u00bb (5 janvier 1915). Il veut faire conna\u00eetre le sort de ses hommes : \u00ab Songe aux souffrances qu\u2019endurent nos malheureux soldats dans les tranch\u00e9es. Je me demande comment ils r\u00e9sistent \u00bb (22 novembre 1914). Il les encourage \u00e0 sa fa\u00e7on : \u00ab Nous allons donc retrouver nos tranch\u00e9es et les Boches. Il pleut, naturellement ; la boue devient chaque jour plus \u00e9paisse, et cela va \u00eatre trois jours de mis\u00e8re ajout\u00e9s aux pr\u00e9c\u00e9dents. C&rsquo;est pour la France, c&rsquo;est pour nos femmes, nos enfants ; je viens de le dire \u00e0 mes hommes. Il faut patienter, souffrir jusqu&rsquo;au bout, sans se plaindre. C&rsquo;est \u00e0 ce prix que nous vaincrons les Boches, et, leur ai-je dit, le plus vite possible, car nous en avons, tous, plein le dos. Ils m&rsquo;ont promis de tenir \u00bb (3 janvier 1915).<br \/>\nCe capitaine n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 critiquer les officiers qui ne veulent pas quitter le d\u00e9p\u00f4t pour revenir au combat (19 novembre 1914), et l\u2019arri\u00e8re trop cr\u00e9dule : \u00ab Vous qui lisez les journaux remplis de balivernes \u00bb (12 f\u00e9vrier 1915). Surtout, il s\u2019en prend au haut commandement : \u00ab Aucun renseignement ; nous ignorons tout de notre situation et de celle de l&rsquo;ennemi ; on nous conduit comme des moutons et nous marchons \u00bb (22 octobre 1914). Et, le 19 d\u00e9cembre : \u00ab Nous n&rsquo;avons pu nous installer que tr\u00e8s tard au cantonnement car, comme d&rsquo;habitude, l&rsquo;\u00e9tat-major n&rsquo;avait rien fait pour l&rsquo;assurer. Depuis le d\u00e9but de la guerre, je constate de plus en plus que nous sommes faits pour nous faire tuer, rien de plus. On nous jette \u00e0 la boucherie avec autant de d\u00e9sinvolture qu&rsquo;on se moque de nous procurer, non pas le bien-\u00eatre, mais le minimum de garantie n\u00e9cessaire \u00e0 la sant\u00e9 des hommes. [\u2026] Je suis de plus en plus furieux. Nos hommes m\u00e9ritent mieux que cela. \u00bb L\u2019expression \u00ab chair \u00e0 canon \u00bb est employ\u00e9e le 12 f\u00e9vrier suivant.<\/p>\n<p>RC (d\u2019apr\u00e8s les notes de Nicolas Mariot)<\/p>\n<p>*Benjamin Simonet, <em>Franchise militaire. De la bataille des fronti\u00e8res aux combats de Champagne, 1914-1915<\/em>, Paris, Gallimard, 1986.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Treizi\u00e8me enfant d\u2019une famille d\u2019\u00e9piciers, il est n\u00e9 le 30 octobre 1872 \u00e0 Nancy. Apr\u00e8s de bonnes \u00e9tudes dans les \u00e9tablissements catholiques de sa ville natale, il s\u2019engage au 101e RI. Admis \u00e0 l\u2019\u00e9cole d\u2019infanterie de Saint-Maixent, il est sous-lieutenant en 1897. Il sert en Cochinchine puis \u00e0 Madagascar entre 1900 et 1909. 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