{"id":888,"date":"2012-11-19T22:40:58","date_gmt":"2012-11-19T21:40:58","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=888"},"modified":"2021-09-14T19:28:42","modified_gmt":"2021-09-14T18:28:42","slug":"jacquelin-henri-1884-1918","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2012\/11\/19\/jacquelin-henri-1884-1918\/","title":{"rendered":"Jacquelin, Henri (1884-1918)"},"content":{"rendered":"<p>Son grand-p\u00e8re \u00e9tait instituteur ; son p\u00e8re, cadre dans l\u2019administration des finances ; sa m\u00e8re, catholique, baptisa ses sept enfants en cachette du p\u00e8re. N\u00e9 le 15 d\u00e9cembre 1884 \u00e0 Largenti\u00e8re (Ard\u00e8che), Henri est l\u2019a\u00een\u00e9. Il fait de solides \u00e9tudes, entre \u00e0 l\u2019ENS en 1905, est agr\u00e9g\u00e9 de lettres en 1910. Professeur au lyc\u00e9e, il est \u00e9lu maire SFIO de Quimper en 1912, mais abandonne ses fonctions en 1914 avant de s\u2019engager alors qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9form\u00e9 pour myopie (il \u00e9crit, le 10 mai 1914 qu\u2019il a \u00ab conscience d\u2019avoir fait pendant deux ans du service public en compensation du service militaire que j\u2019ai manqu\u00e9, d\u2019avoir pendant deux ans servi mes id\u00e9es, d\u2019avoir construit quelques b\u00e2tisses qui ne p\u00e9riront pas et qui seront de quelque utilit\u00e9 \u00e0 des gens mis\u00e9rables, et d\u2019emporter pour la moudre dans ma retraite une ample moisson d\u2019id\u00e9es tristes et de m\u00e9pris \u00bb). Il est alors mari\u00e9 depuis 1909 \u00e0 une enseignante \u00e0 l\u2019\u00e9cole normale de jeunes filles, et ils ont un enfant. Sa guerre est interrompue par une longue convalescence \u00e0 Quimper du 27 septembre 1914 au 19 mars 1916, pour fi\u00e8vre typho\u00efde et graves complications. Il meurt avec le grade de sous-lieutenant, le 26 septembre 1918 \u00e0 Auve (Marne).<br \/>\nAu front, il constate qu\u2019il a des maladresses d\u2019intellectuel et qu\u2019il n\u2019arrive pas \u00e0 faire respecter son autorit\u00e9 aux hommes. Il faut dire que ces Bretons sont souvent ivres, ainsi au repos, d\u00e9but ao\u00fbt 1916 : \u00ab Depuis cinq jours, tous mes h\u00e9ros sont saouls ; ils courent les villages voisins, raflent le pinard, tombent dans les foss\u00e9s [\u2026] Ils sont l\u00e0, gisants, recroquevill\u00e9s, les bras en croix, le nez dans les feuilles s\u00e8ches, poussi\u00e9reux, inertes et trois fois morts. C&rsquo;est la ros\u00e9e du matin qui les r\u00e9veille vers 3 heures, ils rentrent se coucher en marchant sur les dormeurs. Se r\u00e9veillent \u00e0 la soupe, retournent au pinard, s&rsquo;endorment, se r\u00e9veillent, boivent encore, vomissent, retombent et recommencent et continuent. \u00bb L\u2019intellectuel est heureux lorsqu\u2019il peut retrouver sa \u00ab pauvre ch\u00e8re solitude \u00bb et ses lectures s\u00e9rieuses pendant que les hommes font inlassablement la manille. Il remarque que la guerre n\u2019est glorieuse que dans la t\u00eate de certains intellectuels : \u00ab Grande douleur, ardent patriotisme, haute vertu, il y faut du g\u00e9nie. On gravit une des plus hautes pentes de l&rsquo;histoire, mais l&rsquo;homme reste toujours pr\u00e8s de sa b\u00eate : amour, vin, argent, sommeil et manille. C&rsquo;est la pauvre vie qui continue, sous le grand ciel \u00bb (19 mars 1916). Et, le m\u00eame jour : \u00ab Dans la France d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, au bout de deux ans, la guerre ne rayonne plus. Elle est devenue une tranquille habitude pour ceux qui la lisent et pour ceux qui la font. \u00bb<br \/>\n\u00ab La guerre est devenue pour tous ces hommes un m\u00e9tier qu&rsquo;ils se piquent de faire proprement. On a sa conscience de mitrailleur, on a sa conscience de canonnier. Ce n&rsquo;est pas le sentiment de la patrie qui soutient ces simples \u00e2mes, ni \u00e0 plus forte raison celui du droit ou de la justice, ni m\u00eame la haine des Allemands, \u00ab\u00a0de pauvres bonshommes qui ont la m\u00eame mis\u00e8re que nous\u00a0\u00bb, mais c&rsquo;est le souci du travail bien fait. [\u2026] Le bon soldat, c&rsquo;est un bon ouvrier et le bon chef ne brandit pas une \u00e9p\u00e9e : c&rsquo;est un bon \u00e9conome, un bon comptable, un bon entrepreneur de voirie. S&rsquo;il y joint quelque m\u00e9pris du danger, et de la bont\u00e9, il peut aspirer \u00e0 tout \u00bb (25 mars 1916). La r\u00e9flexion sur le r\u00f4le du chef se poursuit : \u00ab Causer avec les hommes, c&rsquo;est le devoir essentiel. Je ne cherche pas \u00e0 leur donner du courage : le courage est une improvisation de la bataille. Ni \u00e0 leur remonter le moral : ils n&rsquo;en ont point. Je cherche \u00e0 les tenir en ga\u00eet\u00e9. Je leur parle de leur permission, du No\u00ebl prochain. Je leur promets de la paille pour leur literie, du papier goudronn\u00e9 pour emp\u00eacher la pluie de tomber sur leur gourbi \u00e0 travers les rondins de la toiture \u00bb (25\/12\/1916). Il ne faut pas \u00ab s\u2019\u00e9terniser au bridge pendant qu&rsquo;ils piochent dans la boue et sous la pluie \u00bb, remarque le chef de section. Mais il n\u2019h\u00e9site pas, revolver au poing, \u00e0 faire le serre-file lors d\u2019une attaque (13 d\u00e9cembre 1916) : \u00ab Les obus rugissaient, assenaient leur choc formidable, \u00e9clataient \u00e0 droite, \u00e0 gauche, devant, derri\u00e8re, partout. On \u00e9tait suffoqu\u00e9s par la fum\u00e9e et le phosphore, assourdis par ce d\u00e9cha\u00eenement de  tumulte, cribl\u00e9s par les paquets de terre, \u00e9blouis par les flammes, bouscul\u00e9s par des pouss\u00e9es d&rsquo;air chaud, soulev\u00e9s, jet\u00e9s en bas, cent fois tu\u00e9s, toujours vivants. J&rsquo;allais \u00e0 travers cette fin du monde, ayant fait mon deuil et poussant toujours, mon pistolet \u00e0 la main, les moins valeureux de mes moutons. \u00bb<br \/>\nEn contraste, voici l\u2019\u00e9vocation d\u2019une permission (24 janvier 1917) : \u00ab J&rsquo;ai retrouv\u00e9 ma maison de Quimper dans l&rsquo;immobilit\u00e9 des choses heureuses. J&rsquo;ai fait avec douceur le tour de chez moi et il me semblait reprendre une vieille vie juste \u00e0 la minute o\u00f9 la guerre m&rsquo;en a arrach\u00e9. La paix verte de mon cabinet, la chambre claire qui sent l&rsquo;eau de Cologne, mes livres que je reconnais, que je salue et qui me tentent, moi qui \u00e0 la tranch\u00e9e n&rsquo;arrive plus \u00e0 terminer une revue. Sur ma table, les lettres intimes de Renan, les cahiers de Wagner sur mon pupitre, et dans mon tiroir les brins de balai pour d\u00e9boucher ma pipe. La chanterelle m\u00eame de mon violon ne s&rsquo;\u00e9tait pas rompue, mes pantoufles avaient l&rsquo;air de se moquer de mes bottes, mon feu flambait et je me laissais aller jusqu&rsquo;au fond de mon grand fauteuil, assoupli et mis au point par mes vieilles lectures. \u00bb<\/p>\n<p>RC (d\u2019apr\u00e8s les notes de Nicolas Mariot)<br \/>\n*Claire Jacquelin, <em>De la rue d\u2019Ulm au Chemin des Dames. Histoire d\u2019un fils, trajectoire d\u2019un homme, 1902-1918<\/em>, Paris, L\u2019Harmattan, 2000<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Son grand-p\u00e8re \u00e9tait instituteur ; son p\u00e8re, cadre dans l\u2019administration des finances ; sa m\u00e8re, catholique, baptisa ses sept enfants en cachette du p\u00e8re. N\u00e9 le 15 d\u00e9cembre 1884 \u00e0 Largenti\u00e8re (Ard\u00e8che), Henri est l\u2019a\u00een\u00e9. Il fait de solides \u00e9tudes, entre \u00e0 l\u2019ENS en 1905, est agr\u00e9g\u00e9 de lettres en 1910. Professeur au lyc\u00e9e, il &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2012\/11\/19\/jacquelin-henri-1884-1918\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Jacquelin, Henri (1884-1918)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[102,10,6,15],"tags":[674,673,462,394,675],"class_list":["post-888","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-1991-2000","category-combattant-infanterie","category-correspondance-unique","category-officier-infanterie","tag-guerre-comme-metier","tag-intellectuel","tag-ivresse","tag-permission","tag-serre-file"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/888","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=888"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/888\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3994,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/888\/revisions\/3994"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=888"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=888"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=888"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}