{"id":897,"date":"2012-11-23T11:55:57","date_gmt":"2012-11-23T10:55:57","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=897"},"modified":"2021-09-14T19:29:15","modified_gmt":"2021-09-14T18:29:15","slug":"astier-joseph-1892-1939","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2012\/11\/23\/astier-joseph-1892-1939\/","title":{"rendered":"Astier, Joseph (1892-1939)"},"content":{"rendered":"<p>Ce cultivateur est n\u00e9 le 7 novembre 1892 \u00e0 Montceau (Is\u00e8re). C\u00e9libataire en 1914, il se marie en 1919 et meurt accidentellement le 31 ao\u00fbt 1939. Pendant ses quatre ann\u00e9es de guerre, il a r\u00e9dig\u00e9 des notes r\u00e9guli\u00e8res qui sont d\u2019abord un emploi du temps, mais qui font conna\u00eetre aussi ses r\u00e9flexions. Les mots qui reviennent sont : la soupe, le jus, le pinard, les innombrables revues (\u00ab de cheveux \u00bb, \u00ab de tout \u00bb, \u00ab de campement et de cantonnement \u00bb, \u00ab de fusil \u00bb, etc.), le nettoyage, les exercices. Le seul carnet conserv\u00e9 concerne la p\u00e9riode du 6 mars au 1er juillet 1916, au 106e RI.<br \/>\nParmi les officiers, certains sont insupportables : \u00ab J\u2019ai encore \u00e9crit avant de me coucher. J\u2019ai m\u00eame \u00e9t\u00e9 interpell\u00e9 par un officier \u00e0 cause que les bougies n\u2019\u00e9taient pas \u00e9teintes ; nous, on n\u2019avait pas le droit d\u2019avoir de la lumi\u00e8re apr\u00e8s 8 h, il n\u2019y avait que les officiers. C\u2019est terrible d\u2019\u00eatre dans un pareil bataillon et command\u00e9 ainsi. Nos officiers sont tout \u00e0 fait exigeants pour des choses qui n\u2019ont aucun sens. Vivement la fin de ce fl\u00e9au pour retrouver la libert\u00e9 ! \u00bb (5 avril). \u00ab Ils \u00bb sont tellement exigeants qu\u2019il y a \u00ab de quoi devenir anarchiste \u00bb, une expression qui revient \u00e0 plusieurs reprises, ainsi le 3 juin : \u00ab Enfin, on est pire que des for\u00e7ats dans ce bataillon. Je ne sais pas si c\u2019\u00e9tait pour nous rendre anarchiste plut\u00f4t que patriote car on n\u2019avait pas une minute de repos. \u00bb Les soldats ripostent en tirant au flanc : \u00ab Je n\u2019ai pas fait grand travail, on avait touch\u00e9 deux b\u00e2tons de chocolat que j\u2019ai mang\u00e9s et apr\u00e8s, je suis all\u00e9 me coucher dans un coin. Je n\u2019ai \u00e9t\u00e9 r\u00e9veill\u00e9 que par le lieutenant qui est venu nous voir et nous engueuler en disant qu\u2019on n\u2019avait rien fait. Il ne s\u2019\u00e9tait pas tromp\u00e9 \u00bb (7 avril). Et encore, le 30 mai, lorsque le lieutenant organise un concours sportif : \u00ab Moi j\u2019\u00e9tais malade, du moins, j\u2019avais la flemme. \u00bb Remarque int\u00e9ressante, le 1er juin, les soldats \u00e9tant consign\u00e9s, la plupart vont boire comme d\u2019habitude, et Joseph Astier note : \u00ab On prenait de l\u2019autorit\u00e9. On \u00e9tait forc\u00e9, car apr\u00e8s trois mois cons\u00e9cutifs de tranch\u00e9e, \u00eatre tenus pire que des prisonniers boches, c\u2019\u00e9tait honteux ! \u00bb L\u2019appel au patriotisme passe mal : \u00ab Apr\u00e8s cette revue, il nous a lu une d\u00e9cision, nous parlant de patriotisme \u00e0 toutes les phrases. C\u2019\u00e9tait le mot en avant. C\u2019\u00e9tait une lettre de la fille du pr\u00e9sident ainsi que le r\u00e9gime et le moral des troupes allemandes. Tout cela, c\u2019\u00e9tait pour nous donner du courage et du patriotisme, car on est tellement d\u00e9go\u00fbt\u00e9 de cette vie ! Mais \u00e7a n\u2019y fera rien \u00bb (25 mai).<br \/>\nM\u00eame le caporal peut abuser de son autorit\u00e9 : \u00ab Mon cabot m\u2019a fait faire une corv\u00e9e car on changeait de cabot aussi souvent que de chemise et celui-l\u00e0, il n\u2019\u00e9tait pas copain avec moi parce que je ne l\u2019invitais pas \u00e0 boire. Mais moi, \u00e7a m\u2019est bien \u00e9gal, je fais ce qu\u2019il me commande et voil\u00e0 tout \u00bb (9 avril). Et le 30 avril : \u00ab Je me suis couch\u00e9 apr\u00e8s avoir port\u00e9 le rapport du soir au bureau car mon caporal ne cherchait qu\u2019\u00e0 me faire faire des corv\u00e9es. Quand il y avait quelque chose, c\u2019\u00e9tait toujours mon tour. Je ne dis rien mais il arrivera un jour o\u00f9 il aura un repentir. \u00bb<br \/>\nJoseph et ses camarades boivent beaucoup : \u00abJ\u2019ai mang\u00e9 la soupe en arrivant et je suis all\u00e9 boire mon litre comme d\u2019habitude avant de me coucher \u00bb (4 avril). Ils peuvent s\u2019en trouver \u00ab \u00e9mus \u00bb, l\u00e9g\u00e8rement ou plus s\u00e9rieusement. Le 17 avril : \u00ab On est rentr\u00e9 pour la soupe et on est retourn\u00e9 boire car avant d\u2019aller aux tranch\u00e9es, il fallait boire pour tous les jours o\u00f9 on allait en \u00eatre priv\u00e9. \u00bb  L\u2019ordinaire est insuffisant et il faut compenser avec les colis familiaux. Les th\u00e8mes r\u00e9currents de la vie dans les tranch\u00e9es et au cantonnement apparaissent ici, au milieu de la boue omnipr\u00e9sente. Et le feu, dans les conditions extr\u00eames de la bataille de Verdun, tranch\u00e9e Marie pr\u00e8s du ravin de la Mort, le 14 juin : \u00ab Ils nous bombardaient avec des 201, c\u2019\u00e9tait affreux. Dans l\u2019air, ce n\u2019\u00e9tait que des d\u00e9chirements, des \u00e9clatements et des sifflements, \u00e7a n\u2019a pas d\u00e9cess\u00e9. Il y en a un qui est tomb\u00e9 dans notre tranch\u00e9e. Il y a eu mon caporal et deux de mes camarades ainsi qu\u2019un caporal du 65e d\u2019infanterie dont on a retrouv\u00e9 les bottes seulement. \u00bb Et au retour, enfin, les survivants sont \u00ab laiss\u00e9s tranquilles \u00bb : \u00ab Je n\u2019ai pas encore pu dormir, alors que je me suis lev\u00e9 pour me nettoyer un peu et pour me laver. J\u2019en avais bien besoin, surtout apr\u00e8s avoir touch\u00e9 tant de choses pendant 5 jours sans me laver, du sang et toutes sortes de choses. [\u2026] Je peux dire que cette journ\u00e9e, ils nous ont laiss\u00e9 tranquille. Ils ne nous ont rien fait faire. C\u2019\u00e9tait bien la premi\u00e8re fois. \u00bb<\/p>\n<p>RC (d\u2019apr\u00e8s les notes de Nicolas Mariot)<br \/>\n*Roland Chabert, <em>Printemps aux tranch\u00e9es. Notes de campagne de Joseph Astier, soldat de la Grande Guerre, 6 mars \u2013 1er juillet 1916<\/em>, Lyon, \u00c9lie Bellier \u00e9diteur, 1982.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce cultivateur est n\u00e9 le 7 novembre 1892 \u00e0 Montceau (Is\u00e8re). C\u00e9libataire en 1914, il se marie en 1919 et meurt accidentellement le 31 ao\u00fbt 1939. Pendant ses quatre ann\u00e9es de guerre, il a r\u00e9dig\u00e9 des notes r\u00e9guli\u00e8res qui sont d\u2019abord un emploi du temps, mais qui font conna\u00eetre aussi ses r\u00e9flexions. 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