{"id":903,"date":"2012-11-26T21:52:32","date_gmt":"2012-11-26T20:52:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=903"},"modified":"2021-09-14T19:29:48","modified_gmt":"2021-09-14T18:29:48","slug":"jurquet-albert-1865-1925","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2012\/11\/26\/jurquet-albert-1865-1925\/","title":{"rendered":"Jurquet, Albert (1865-1925)"},"content":{"rendered":"<p>Albert Jurquet est n\u00e9 \u00e0 Mende le 6 mai 1865. Son p\u00e8re, Paul Jurquet, est ma\u00e7on ; sa m\u00e8re, Rose Borie, est sans profession. En 1885, le conseil de r\u00e9vision le d\u00e9crit ainsi : cheveux blonds, yeux bleus, taille 1 m 69. Profession : instituteur. Il est incorpor\u00e9 dans le 122e de ligne le 6 d\u00e9cembre 1886. Il est lib\u00e9r\u00e9 le 18 mai 1889, avec le grade de sergent fourrier. Revenu \u00e0 la vie civile, il effectue des p\u00e9riodes, en particulier dans les 123e et 142e r\u00e9giments territoriaux d\u2019infanterie. Il est lib\u00e9r\u00e9 du service militaire le 1er novembre 1911, avec le grade de lieutenant.<br \/>\nLe 4 juin 1899, Albert Jurquet \u00e9pouse Eva Bilanges, institutrice suppl\u00e9ante. Lui-m\u00eame est devenu \u00ab employ\u00e9 de pr\u00e9fecture \u00bb. Le couple aura trois enfants, deux filles et un gar\u00e7on : Rose, n\u00e9e en 1901, qui sera institutrice \u00e0 Fontainebleau ; Marguerite, n\u00e9e en 1904, qui sera professeur de lettres dans un grand lyc\u00e9e parisien ; Albert, n\u00e9 en 1906, qui fera carri\u00e8re aux PTT. Albert Jurquet est mort \u00e0 Mende en 1925.<\/p>\n<p>Albert Jurquet a 49 ans lorsqu\u2019\u00e9clate la Premi\u00e8re Guerre mondiale. Il est chef de division \u00e0 la pr\u00e9fecture de Mende, charg\u00e9 du dossier des r\u00e9fugi\u00e9s. D\u00e8s le 26 juillet 1914, il jette quelques mots sur une feuille de papier. Il poursuivra cette t\u00e2che jusqu\u2019au 31 d\u00e9cembre 1918. Ce \u00ab journal de l\u2019arri\u00e8re \u00bb se pr\u00e9sente sous forme de feuillets s\u00e9par\u00e9s, toujours dat\u00e9s, r\u00e9dig\u00e9s \u00e0 l\u2019encre noire d\u2019une petite \u00e9criture soign\u00e9e, parfois difficilement lisible, et tr\u00e8s souvent sign\u00e9s. Ces feuillets sont conserv\u00e9s dans des chemises administratives de l\u2019Assistance aux familles nombreuses, r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es \u00e0 la pr\u00e9fecture, sur la couverture desquelles il \u00e9crit au crayon bleu une sorte de table des mati\u00e8res. Le journal compte 53 dossiers un pour chaque mois. En plus des feuillets du journal proprement dit, on y trouve quantit\u00e9 de documents. Des journaux locaux : la collection \u00e0 peu pr\u00e8s compl\u00e8te du <em>Moniteur de la Loz\u00e8re<\/em>, un quotidien d\u2019une page imprim\u00e9e au d\u00e9but sur un seul recto, puis recto verso, avant de passer \u00e0 quatre pages et de devenir hebdomadaire vers la fin (restrictions de papier). On y trouve aussi de fa\u00e7on irr\u00e9guli\u00e8re <em>Le Courrier de la Loz\u00e8re<\/em>, journal catholique, <em>La D\u00e9p\u00eache <\/em>de Toulouse, <em>L\u2019\u00c9clair<\/em> de Montpellier ; puis des journaux nationaux, <em>Le Petit Parisien<\/em>, <em>La libre parole <\/em>de Drumont (un seul num\u00e9ro), ou internationaux <em>La Gazette de Lausanne <\/em>que, si l\u2019on en croit ses notes \u2013 surtout au d\u00e9but \u2013 il lit r\u00e9guli\u00e8rement.<br \/>\nOn trouve aussi dans ces dossiers :<br \/>\n-Des affiches gouvernementales envoy\u00e9es dans les pr\u00e9fectures pour qu\u2019elles soient appos\u00e9es dans toutes les communes. Il en garde parfois un exemplaire qu\u2019il consid\u00e8re sans doute comme \u00ab historique \u00bb.<br \/>\n-Des enveloppes contenant des insignes vendus au public au profit des orphelins de guerre.<br \/>\n-Un volume, <em>Lettres \u00e0 tous les Fran\u00e7ais <\/em>(\u00e0 la date du 15 septembre 1916). Il s\u2019agit des 12 lettres \u00e9crites par des intellectuels \u00e9minents et des militaires fran\u00e7ais qui se donnent comme t\u00e2che de maintenir le moral des Fran\u00e7ais.<br \/>\n-La nombreuse correspondance qu\u2019il re\u00e7oit r\u00e9guli\u00e8rement du front, ainsi que des lettres de sa famille ou d\u2019hommes politiques de Loz\u00e8re. Il y conserve en particulier les lettres et cartes envoy\u00e9es du front par son neveu, mobilis\u00e9 en 1914 et gri\u00e8vement bless\u00e9 \u00e0 Verdun en 1917.<br \/>\nCes 53 \u00e9pais dossiers forment un t\u00e9moignage direct sur la Premi\u00e8re Guerre mondiale v\u00e9cue au jour le jour dans une petite ville\u00a0 loin du front, \u00ab l\u2019arri\u00e8re \u00bb, dont le moral \u00e9tait un des \u00e9l\u00e9ments de la victoire dans la propagande officielle. Ce journal est aussi une sorte de parall\u00e8le aux correspondances d\u00e9chirantes des poilus que l\u2019on a largement publi\u00e9es ces derni\u00e8res ann\u00e9es.<br \/>\nAlbert Jurquet a deux ennemis principaux : les cl\u00e9ricaux et les Anglais. En digne fils de la R\u00e9volution et de l\u2019\u00e9cole la\u00efque, c\u2019est avant tout un r\u00e9publicain. Ceux qu\u2019il appelle les cl\u00e9ricaux (les catholiques-monarchistes) ne trouvent aucune gr\u00e2ce \u00e0 ses yeux. Dans son journal, il r\u00e9v\u00e8le ainsi la lutte politique tr\u00e8s vive qui oppose r\u00e9publicains et catholiques dans le d\u00e9partement. L\u2019autre ennemi, ce sont les Anglais. Il les soup\u00e7onne syst\u00e9matiquement de ne penser qu\u2019\u00e0 leurs propres int\u00e9r\u00eats dans la conduite de la guerre, que ce soit sur le front fran\u00e7ais ou en Orient, opinion largement partag\u00e9e si l\u2019on en croit son journal. Il est persuad\u00e9 que si nos arm\u00e9es pi\u00e9tinent, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y a pas de commandement unique de toutes les forces engag\u00e9es. Cela, bien s\u00fbr, \u00e0 cause de l\u2019Angleterre qui veut rester ma\u00eetresse de ses troupes et de sa strat\u00e9gie. Il va m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 \u00e9crire : \u00ab Nous sommes envahis par l\u2019Allemagne et l\u2019Angleterre. \u00bb<br \/>\nAlbert Jurquet se plaint aussi de la d\u00e9t\u00e9rioration des m\u0153urs. Par deux fois, il \u00e9crit sur l\u2019adult\u00e8re des femmes dont le mari est au front ou prisonnier en Allemagne. Ses conceptions de la sexualit\u00e9 des femmes et des hommes semblent dater d\u2019une \u00e9poque lointaine. Parall\u00e8lement, les journaux rendent compte des s\u00e9ances de la Cour d\u2019Assises qui juge de nombreux infanticides.<br \/>\nAlbert Jurquet lit, interroge, discute, r\u00e9fl\u00e9chit, condamne. En un mot, il cherche \u00e0 savoir et \u00e0 comprendre avec \u00e0 sa disposition un pauvre mat\u00e9riau. Il exprime des r\u00e9flexions, des hypoth\u00e8ses, des th\u00e9ories changeantes selon l\u2019\u00e9volution des combats, et des strat\u00e9gies d\u2019une g\u00e9opolitique aussi hasardeuse que les r\u00eaves de Picrochole \u00e0 la conqu\u00eate du monde. (Il imagine que le Japon, traversant la Sib\u00e9rie pourrait venir remplacer les troupes russes d\u00e9faillantes sur le front de l\u2019est.) Ce devait \u00eatre l\u2019attitude g\u00e9n\u00e9rale des Fran\u00e7ais. Mais tout change quand, comme Albert Jurquet, on \u00e9crit en secret ses doutes, ses inqui\u00e9tudes, ses col\u00e8res, ses indignations, ses r\u00e9voltes et ses propres hypoth\u00e8ses. Au fil des jours et des mois, se d\u00e9gage de ses \u00e9crits une vision de la guerre et de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise. Avec toutes ses insuffisances mais aussi avec toute sa sinc\u00e9rit\u00e9. L\u2019auteur devient t\u00e9moin de son temps, d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 provinciale aujourd\u2019hui disparue. L\u2019int\u00e9r\u00eat du texte d\u2019Albert Jurquet r\u00e9side justement dans cette expression personnelle, reflet de ce que pensaient ceux qui l\u2019entourent et t\u00e9moin de l\u2019opinion publique de l\u2019arri\u00e8re, ballott\u00e9e entre l\u2019annonce de victoires futures, de d\u00e9sastres \u00e9vit\u00e9s, et tous ces bless\u00e9s qui arrivent par trains entiers dans les h\u00f4pitaux militaires (9 \u00e0 Mende), ainsi que le nombre des morts dont on a connaissance dans la ville et dans le d\u00e9partement, mais aussi parmi ses coll\u00e8gues et ses amis.<\/p>\n<p>Il est \u00e9vident que le journal d\u2019Albert Jurquet restera secret parce que, dans cette p\u00e9riode de censure militaire tr\u00e8s stricte, un fonctionnaire pr\u00e9fectoral ne peut absolument pas exprimer publiquement, non seulement ce qu\u2019il pense des \u00e9v\u00e9nements dont il est le t\u00e9moin, les conversations dans la rue, ce qu\u2019il entend autour de lui \u00e0 la pr\u00e9fecture, mais aussi ce qu\u2019il pense du gouvernement, des g\u00e9n\u00e9raux, ainsi que des personnalit\u00e9s et des \u00e9lus loz\u00e9riens, d\u00e9put\u00e9s, s\u00e9nateurs, maire, \u00e9v\u00eaque, etc. Dans son journal, Albert Jurquet exprime en toute libert\u00e9 ses opinions politiques, religieuses, morales, en fonction des \u00e9v\u00e9nements locaux, nationaux et internationaux.<br \/>\nUn journal anim\u00e9 par la col\u00e8re, l\u2019indignation et l\u2019engagement politique ; ouvert aussi \u00e0 la marche du monde par le biais d\u2019hypoth\u00e8ses parfois na\u00efves mais qui montrent une conscience des enjeux diplomatiques et strat\u00e9giques mondiaux. Le journal d\u2019Albert Jurquet restera secret pendant un si\u00e8cle.<br \/>\nJean Guiloineau<br \/>\nVoir Jean Guiloineau, <em>Guerre \u00e0 Mende, Journal de l&rsquo;arri\u00e8re, 1914-1918, Albert Jurquet<\/em>, Toulouse, Privat, 2014.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Albert Jurquet est n\u00e9 \u00e0 Mende le 6 mai 1865. Son p\u00e8re, Paul Jurquet, est ma\u00e7on ; sa m\u00e8re, Rose Borie, est sans profession. En 1885, le conseil de r\u00e9vision le d\u00e9crit ainsi : cheveux blonds, yeux bleus, taille 1 m 69. Profession : instituteur. 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