{"id":905,"date":"2012-11-27T12:13:09","date_gmt":"2012-11-27T11:13:09","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=905"},"modified":"2021-09-14T19:31:11","modified_gmt":"2021-09-14T18:31:11","slug":"girard-adrien-1884-1922","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2012\/11\/27\/girard-adrien-1884-1922\/","title":{"rendered":"Girard, Adrien (1884-1922)"},"content":{"rendered":"<p>Les Girard, catholiques pratiquants, sont p\u00e2tissiers de p\u00e8re en fils \u00e0 Buis-les-Baronnies (Dr\u00f4me) o\u00f9 Adrien na\u00eet le 30 avril 1884. En 1914, il est mari\u00e9 et p\u00e8re d\u2019un petit gar\u00e7on. Mais la plupart de ses lettres conserv\u00e9es sont celles qu\u2019il adressait \u00e0 sa s\u0153ur Henriette. En octobre 1914, il fait partie \u00ab d\u2019une division de brancardiers [\u2026] qui ont des brancards et un pousse-pousse (voitures o\u00f9 on suspend les brancards) et qui vont dans les tranch\u00e9es, ou la nuit sur le lieu du combat, chercher les bless\u00e9s ou malades. Ces brancardiers am\u00e8nent les bless\u00e9s au poste de secours o\u00f9 nous sommes, avec nos voitures et nos tringlots. Nous transportons ces bless\u00e9s aux ambulances de corps, \u00e0 7 ou 8 km en arri\u00e8re. Tu vois par l\u00e0 que nous formons un premier \u00e9chelon, celui qui est dans la ligne de feu. Nous sommes \u00e0 2 km de nos tranch\u00e9es qui sont \u00e0 500 m\u00e8tres de l\u2019ennemi. \u00bb<br \/>\nT\u00e9moignages directs ou indirects<br \/>\nDu fait de cet \u00e9loignement relatif, les r\u00e9cits de corps \u00e0 corps, d\u2019ex\u00e9cution \u00e0 la ba\u00efonnette, d\u2019officier boche saign\u00e9 comme un cochon, qu\u2019il reproduit, sont de seconde main. Par contre, il a connu directement les bombardements dont il d\u00e9crit les effets : \u00ab Je t\u2019assure que quand \u00e7a crache et que tu es l\u00e0, au milieu, tu sens tes nerfs se crisper \u00bb (8 juin 1915). Un d\u00e9tail (18 juin) : les chevaux blancs, qui se verraient de trop loin, sont peints pour leur donner \u00ab une teinte isabelle \u00bb. Surtout, ses fonctions lui permettent des remarques sur la chirurgie de guerre : \u00ab J\u2019ai vu plus de pratique que ce que peut voir un jeune docteur en 4 ans d\u2019\u00e9tudes. [\u2026] Les blessures de guerre sont infinies de vari\u00e9t\u00e9s, et toutes plus atroces les unes que les autres. Et si les docteurs s\u2019en tenaient aux principes de la vieille m\u00e9decine, il y aurait la moiti\u00e9 plus de mal. [Ainsi s\u2019il faut tr\u00e9paner] on ouvre imm\u00e9diatement la t\u00eate de l\u2019individu. C\u2019est vite fait, et il faut r\u00e9ellement que le bless\u00e9 soit bien touch\u00e9 pour qu\u2019on ne le gu\u00e9risse pas. [\u2026] Pour couper une jambe ou un bras, c\u2019est vite fait : il faut 10 minutes. Et l\u2019on a constat\u00e9 que la mortalit\u00e9, chez les officiers, \u00e9tait en proportion plus forte que pour la troupe. En effet, pour conserver un bras ou une jambe \u00e0 un officier, on le soigne en ne pas la lui coupant, et pour trop bien le soigner il meurt quinze jours apr\u00e8s de la gangr\u00e8ne. Aux simples soldats, on ne leur demande pas leur avis : c\u2019est coup\u00e9 de suite, et ils sont sauv\u00e9s. [\u2026] Et les blessures les moins gu\u00e9rissables sont les intestins. Car tu vas comprendre qu\u2019une balle qui traverse le paquet de boyaux fait de nombreux trous, et que les mati\u00e8res sont une infection qui ne peut pas se combattre. \u00bb<br \/>\nCritiques de surface et de fond<br \/>\nAdrien Girard se d\u00e9foule en de nombreuses critiques ponctuelles. Les gens de l\u2019Est sont \u00e9go\u00efstes ; les femmes sont \u00ab toutes des grandes blondes, grosses [\u2026] toutes plus mal accoutr\u00e9es les unes que les autres \u00bb. Les officiers de l\u2019arri\u00e8re ach\u00e8tent aux combattants des souvenirs avec lesquels ils pourront \u00ab mystifier du monde \u00bb. Les d\u00e9corations ne sont pas donn\u00e9es \u00e0 ceux qui les m\u00e9ritent, mais \u00e0 des \u00ab fils \u00e0 papa bons pour rien \u00bb.  \u00ab Je n\u2019ai aucune confiance \u00e0 l\u2019Italie \u00bb, \u00e9crit-il le 2 mars 1915, et le 16 avril il pr\u00e9cise qu\u2019il n\u2019en veut pas au peuple italien, mais \u00e0 son gouvernement qui s\u2019est livr\u00e9 \u00ab \u00e0 toutes sortes de bas marchandages avec l\u2019Allemagne d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et les Alli\u00e9s de l\u2019autre \u00bb. \u00ab Le collaborateur de ce journal est un menteur \u00bb, affirme-t-il en mai 1915 \u00e0 propos d\u2019un article du <em>Petit Parisien<\/em>. Il n\u2019y a pas de justice dans le tour des permissions : le syst\u00e8me D l\u2019emporte sur le patriotisme (4 d\u00e9cembre 1915). Les chefs font \u00ab \u00e9reinter les hommes et les chevaux pour rien \u00bb (23 d\u00e9cembre). De passage \u00e0 Lyon lors d\u2019une permission, il est scandalis\u00e9 par ce qu\u2019il voit : \u00ab les th\u00e9\u00e2tres fonctionnent, des cin\u00e9mas \u00e0 chaque coin de rues, les brasseries pleines de monde qui fait la noce \u00bb (19 janvier 1916).<br \/>\nMais la r\u00e9flexion va parfois plus loin. L\u2019enthousiasme inculqu\u00e9 aux jeunes conscrits \u00ab est un masque qu\u2019on leur a mis devant les yeux pour les conduire \u00e0 l\u2019abattoir. [\u2026] Cette guerre, c\u2019est ce qu\u2019il y a de plus honteux depuis la cr\u00e9ation du monde \u00bb (2 mars 1915). Le 18 juin 1915 : \u00ab Je ne crois plus qu\u2019\u00e0 un miracle pour nous d\u00e9livrer. J\u2019esp\u00e8re qu\u2019il se produira. Il faudrait le chol\u00e9ra pour les arm\u00e9es ; et alors peut-\u00eatre que cela finirait faute de combattants. [\u2026] Les vies humaines sont sacrifi\u00e9es, les orphelins, les veuves augmentent tous les jours, et les milliards qu\u2019il faudra sortir plus tard de la sueur des peuples continuent de s\u2019envoler en fum\u00e9e de poudre. \u00bb Le 15 novembre, apr\u00e8s une permission : \u00ab Au Buis, j\u2019ai remarqu\u00e9 que l\u2019on se rendait bien mal compte de ce qu\u2019est la guerre. [Les gens] vous trouvent trop gras, trop de bonne humeur [\u2026] Entendre dire, comme je l\u2019ai entendu dire par quelques-uns, que l\u2019affaire de Champagne n\u2019est rien et que les r\u00e9sultats ne sont pas brillants, c\u2019est affreux. \u00bb<br \/>\nDieu seul pourrait mettre un terme \u00ab \u00e0 cette tuerie et \u00e0 ces abominations \u00bb, mais Adrien cherche une porte de sortie personnelle car, \u00e9crit-il le 19 janvier 1916, \u00ab je voyais qu\u2019au GBD j\u2019\u00e9tais forc\u00e9 d\u2019y passer un moment \u00e0 l\u2019autre ; le p\u00e9ril \u00e9tait trop grand, et c\u2019\u00e9tait fatal. Sur trois brigadiers, il n\u2019y avait plus que moi : l\u2019un tu\u00e9 et l\u2019autre une jambe coup\u00e9e. Alors mon compte \u00e9tait fait ainsi. \u00bb Il r\u00e9ussit \u00e0 devenir chauffeur de camions dans l\u2019artillerie, et conclut : \u00ab Et ce sera peut-\u00eatre pour mon bien. \u00bb<br \/>\nRC<br \/>\n*<em>Je suis mouton comme les autres\u2026, <\/em>2002, p. 341-363.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Girard, catholiques pratiquants, sont p\u00e2tissiers de p\u00e8re en fils \u00e0 Buis-les-Baronnies (Dr\u00f4me) o\u00f9 Adrien na\u00eet le 30 avril 1884. En 1914, il est mari\u00e9 et p\u00e8re d\u2019un petit gar\u00e7on. Mais la plupart de ses lettres conserv\u00e9es sont celles qu\u2019il adressait \u00e0 sa s\u0153ur Henriette. 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