{"id":908,"date":"2012-11-27T12:18:53","date_gmt":"2012-11-27T11:18:53","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=908"},"modified":"2021-09-14T19:31:21","modified_gmt":"2021-09-14T18:31:21","slug":"magnan-louis-1875-1944","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2012\/11\/27\/magnan-louis-1875-1944\/","title":{"rendered":"Magnan, Louis (1875-1944) et Augustine"},"content":{"rendered":"<p>Il travaillait aux Basaltes d\u2019Aubignas (Ard\u00e8che), tandis que sa femme Augustine tenait une \u00e9picerie-mercerie \u00e0 Mont\u00e9limar. Le couple avait deux fillettes. Louis \u00e9tait \u00e2g\u00e9 de 39 ans en 1914. Il fit huit mois de campagne avant d\u2019\u00eatre \u00e9vacu\u00e9 pour bronchite \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1915. Il occupa ensuite des emplois d\u2019arri\u00e8re-front : boulanger, magasinier, manutentionnaire. Conserv\u00e9es par la famille, les lettres de Louis et d\u2019Augustine se r\u00e9pondent sur le th\u00e8me de la r\u00e9volte, comme le montrent les extraits suivants.<br \/>\nLouis (10 juillet 1915) : \u00ab Enfin, tout ceci est bien long. Assur\u00e9ment qu\u2019il vaudrait mieux la paix. Mais je ne la vois pas encore, tant que ces Boches sont si forts et, surtout, si abrutis \u00e0 \u00e9couter leur Kaiser. Quel mis\u00e9rable peuple ! Qu\u2019il faut qu\u2019il soit b\u00eate, encore bien plus que nous ! Je n\u2019aurais jamais cru qu\u2019ils aient un pareil culot. Enfin, esp\u00e9rons toujours en un meilleur avenir. Mais sera-t-il plus beau apr\u00e8s la paix ? D\u2019apr\u00e8s ce que je vois, on a gu\u00e8re bien d\u2019espoir. \u00bb<br \/>\nAugustine (6 janvier 1916) : \u00ab Vous tenir comme on vous tient, et vous laisser mourir de faim. Et cependant il se gaspille assez d\u2019argent ; les officiers qui sont pay\u00e9s double : il y aurait bien de quoi vous nourrir. [\u2026] Et personne ne dit rien : \u00e7a vous r\u00e9volte. Mais que puis-je faire, moi seule ? Il faut que j\u2019en souffre en attendant que cela passe ; mais quand ? \u00bb<br \/>\nLouis (28 juin 1917) : \u00ab Il faut s\u2019armer du sang-froid n\u00e9cessaire pour y passer encore une ann\u00e9e. Et je crois qu\u2019il faudra encore tout ce temps pour amener les peuples \u00e0 comprendre o\u00f9 sont leurs bourreaux, les responsables. Je crois pourtant que la v\u00e9rit\u00e9 est en marche. Je crois que les peuples, r\u00e9veill\u00e9s par leur mis\u00e8re, leur vue s\u2019\u00e9clairera. Attendons. Ayons espoir. [\u2026] Dans tous les cas, que tout le monde en go\u00fbte un peu, cela leur enl\u00e8ve leurs id\u00e9es de patriotisme. Je te dis : ayons espoir. Nous aurons la revanche des injustices. \u00bb<br \/>\nAugustine (9 ao\u00fbt 1917) : \u00ab Combien va-t-on vous tenir encore sous ce joug si puissant qui vous prive de toutes vos libert\u00e9s et de l\u2019affection de vos ch\u00e8res familles ? C\u2019est abominable, pourquoi les peuples sont-ils si patients et si soumis ? Ils voient bien que c\u2019est pour leur malheur : alors qu\u2019attendent-ils ? \u00bb<br \/>\nLouis (19 ao\u00fbt 1917) : \u00ab Quand viendra-t-il ce temps o\u00f9 on pourra \u00eatre avec sa famille ? En attendant, il faut subir cet absurde supplice. Et dire que nous sommes au XXe si\u00e8cle, o\u00f9 on aurait dit que le monde \u00e9tait instruit, \u00e0 savoir comprendre sa vie. \u00bb<br \/>\nLouis (24 ao\u00fbt 1917) : \u00ab C\u2019est la guerre ! Voil\u00e0 le dicton qui est presque dans toutes les bouches. Et il y a trois ann\u00e9es pass\u00e9es que c\u2019est la guerre. Et dire qu\u2019elle ne nous a rien appris : nous sommes toujours les m\u00eames moutons. [\u2026] Moi, j\u2019en souffre puisque je suis mouton comme les autres. \u00bb<br \/>\nEt, dans une lettre du 21 mai 1918, adress\u00e9e \u00e0 sa fille Raymonde : \u00ab Comme tu me dis, combien sommes-nous heureux en famille ! Et si la vie n\u2019est pas toujours remplie de bonheur, tous ensemble on le surmonte comme on en prend les plaisirs. Au plus je pense \u00e0 ces choses, au plus la haine me vient contre les bandits qui sont responsables de notre malheur. \u00bb En 1920, Louis Magnan choisit le parti communiste ; sous Vichy et l\u2019Occupation, il cacha dans sa maison le drapeau de la section locale de Mont\u00e9limar du PCF.<br \/>\nRC<br \/>\n*<em>Je suis mouton comme les autres\u2026, <\/em>2002, p. 249-267.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il travaillait aux Basaltes d\u2019Aubignas (Ard\u00e8che), tandis que sa femme Augustine tenait une \u00e9picerie-mercerie \u00e0 Mont\u00e9limar. Le couple avait deux fillettes. Louis \u00e9tait \u00e2g\u00e9 de 39 ans en 1914. Il fit huit mois de campagne avant d\u2019\u00eatre \u00e9vacu\u00e9 pour bronchite \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1915. Il occupa ensuite des emplois d\u2019arri\u00e8re-front : boulanger, magasinier, manutentionnaire. 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