{"id":911,"date":"2012-12-01T16:50:03","date_gmt":"2012-12-01T15:50:03","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=911"},"modified":"2021-09-14T19:31:30","modified_gmt":"2021-09-14T18:31:30","slug":"charpin-andre-1880-1960","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2012\/12\/01\/charpin-andre-1880-1960\/","title":{"rendered":"Charpin, Andr\u00e9 (1880-1960)"},"content":{"rendered":"<p>1.\tLes t\u00e9moins<br \/>\nAndr\u00e9 Charpin est n\u00e9 en 1880 \u00e0 Y\u00e8vre-la-Ville (Loiret). Ses parents, Flavien Charpin et L\u00e9ocadie Poirier, sont de petits cultivateurs. Sa formation intellectuelle s\u2019arr\u00eate \u00e0 l\u2019\u00e9cole du village mais est entretenue par les groupes de r\u00e9flexion anim\u00e9s par le cur\u00e9. Il \u00e9pouse C\u00e9leste Chassinat (voir ce nom) en 1905 et leur exploitation s\u2019accro\u00eet peu \u00e0 peu. Lors de la mobilisation, Andr\u00e9 Charpin a trois enfants, bient\u00f4t quatre. Il est incorpor\u00e9 au 369e R\u00e9giment d\u2019Infanterie, en garnison \u00e0 Montargis. Nomm\u00e9 caporal contre son gr\u00e9 en septembre 1914, il rentre dans le rang, \u00e0 sa demande, en novembre suivant. En janvier 1915, il est envoy\u00e9 sur le front de l\u2019Argonne avec le 4e R\u00e9giment d\u2019Infanterie. Il est captur\u00e9 lors de la grande offensive allemande du 13 juillet 1915, dans les bois de la Haute Chevauch\u00e9e, au lieudit \u00ab Le R\u00e9duit \u00bb. Achemin\u00e9 jusqu\u2019au \u00ab camp mixte \u00bb de K\u00f6nigsbr\u00fcck, en Saxe, qui restera son camp de rattachement, il travaille quelques mois dans diff\u00e9rentes usines avant d\u2019\u00eatre envoy\u00e9 en avril 1916 dans une exploitation agricole entre Leipzig et Dresde. Il y restera jusqu\u2019au 31 d\u00e9cembre 1918.<br \/>\nDe retour \u00e0 Y\u00e8vre-la-Ville en janvier 1919, il reprend sa place dans l\u2019exploitation que sa femme a maintenue \u00e0 flot pendant le conflit. Sa famille s\u2019agrandit mais C\u00e9leste meurt en octobre 1922. Il se remarie, est veuf \u00e0 nouveau. Il est rest\u00e9 toute sa vie cultivateur \u00e0 Y\u00e8vre-la-Ville o\u00f9 il meurt en 1960.<br \/>\n2.\tLe t\u00e9moignage<br \/>\nD\u00e8s le premier jour de sa captivit\u00e9, conscient de vivre des \u00e9v\u00e9nements exceptionnels, Andr\u00e9 Charpin r\u00e9dige au jour le jour, sur cinq petits carnets, les \u00ab Faits et impressions de [s]a captivit\u00e9 en Allemagne \u00bb. L\u2019ensemble est tr\u00e8s dense, d\u2019une \u00e9criture fine, tant\u00f4t au crayon, tant\u00f4t \u00e0 l\u2019encre, dans un style ais\u00e9 et une bonne orthographe, avec quelques rares expressions de parler local.<br \/>\nPendant les loisirs forc\u00e9s du camp, il a aussi r\u00e9dig\u00e9 un Carnet de pri\u00e8res dans lequel il a recopi\u00e9 les pri\u00e8res qu\u2019il disait le plus souvent, notamment un \u00ab acte d\u2019acceptation volontaire de la mort que je disais chaque jour dans les tranch\u00e9es \u00bb, pr\u00e9cise-t-il. Il y a ajout\u00e9 le croquis du monument aux prisonniers fran\u00e7ais morts au camp de K\u00f6nigsbr\u00fcck, ainsi que le discours d\u2019inauguration de ce monument en 1915.<br \/>\nAvec les Carnets ont \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9s une autorisation allemande de se rendre \u00e0 la messe, deux lettres re\u00e7ues de la famille allemande en 1920 et 1921 et un courrier du Minist\u00e8re de la Guerre, dat\u00e9 de 1920 et relatif au remboursement de l\u2019argent rapport\u00e9 d\u2019Allemagne.<br \/>\nAndr\u00e9 Charpin a aussi envoy\u00e9 plus de 400 lettres \u00e0 sa famille. Ces missives, presque quotidiennes pendant la garnison \u00e0 Montargis et autant que possible sur le front, sont tr\u00e8s contingent\u00e9es d\u00e8s qu\u2019il est prisonnier mais elles couvrent tout le conflit d\u2019ao\u00fbt 1914 \u00e0 janvier 1919.<br \/>\nUne partie des lettres de C\u00e9leste Chassinat, sa femme, a \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9e, d\u2019ao\u00fbt 1914 \u00e0 janvier 1915.<br \/>\nCes t\u00e9moignages ont \u00e9t\u00e9 int\u00e9gralement transcrits par sa petite-fille, Fran\u00e7oise Moyen, en trois volumes. Dans chacun (lettres de l\u2019un et de l\u2019autre, Carnets), le texte int\u00e9gral, \u00e9clair\u00e9 par des notes, est suivi d\u2019une lecture th\u00e9matique qui \u00e0 partir des mots m\u00eames de C\u00e9leste et d\u2019Andr\u00e9, classe et concentre tous les aspects de la guerre v\u00e9cue par cette famille de paysans.<br \/>\n3.\tAnalyse<br \/>\nLes Carnets de captivit\u00e9 consacrent beaucoup de place aux \u00e9changes avec le \u00ab pays \u00bb, lettres re\u00e7ues et envoy\u00e9es, colis pleins des saveurs du village. Mais ils racontent aussi tout ce qui est diff\u00e9rent, la nourriture, les m\u0153urs, tous les petits tracas du prisonnier, la sentinelle, les mesquineries de l\u2019administration, la r\u00e9glementation tatillonne du courrier, la r\u00e9volte \u00e0 l\u2019usine o\u00f9 il a pass\u00e9 quelques mois avant d\u2019\u00eatre envoy\u00e9 en \u00ab kommando \u00bb dans une exploitation agricole. On le voit prendre sa place dans la famille allemande, ayant sa chambre \u00e0 lui, \u00ab nourri comme les patrons \u00bb, recevant un sapin d\u00e9cor\u00e9 \u00e0 No\u00ebl, fraternel avec la servante, la \u00ab petite Agn\u00e8s \u00bb qui porte le m\u00eame pr\u00e9nom que l\u2019enfant n\u00e9e en son absence et qui lui manque tant. Catholique fervent mais d\u00e9racin\u00e9 Andr\u00e9 Charpin lutte pour ne rien c\u00e9der dans ce milieu protestant, pour trouver quelques offices, pour ch\u00f4mer les jours de f\u00eates catholiques en bravant le r\u00e8glement. Paysan parmi des paysans, il pourrait oublier qu\u2019il est en position d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 la petite soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise reconstitu\u00e9e : il n\u2019y a pas moins de vingt-quatre prisonniers fran\u00e7ais dans les exploitations environnantes, on se rencontre dans la journ\u00e9e, on lit les journaux fran\u00e7ais et allemands, on suit avec angoisse, puis avec scepticisme, le projet toujours renouvel\u00e9 de l\u2019\u00e9change de prisonniers entre les bellig\u00e9rants. On f\u00eate le 14 juillet par un festin bien fran\u00e7ais \u2026 mais tout de m\u00eame tenu \u00e0 l\u2019\u00e9cart, en plein champ. \u00c0 l\u2019automne 1918 il voit la soci\u00e9t\u00e9 allemande se d\u00e9liter autour de lui, la grippe espagnole faire des ravages alors qu\u2019il la surmonte ais\u00e9ment gr\u00e2ce aux trop nombreux colis que C\u00e9leste lui envoie presque malgr\u00e9 lui.<br \/>\nAndr\u00e9 Charpin avoue \u00ab qu\u2019il n\u2019est pas \u00e0 plaindre \u00bb, au moins sur le plan mat\u00e9riel. C\u2019est sans doute ce que pensaient les milliers de prisonniers-paysans dont les t\u00e9moignages ne nous sont pas parvenus. C\u2019est la s\u00e9paration qui lui est insupportable, penser \u00e0 sa femme qui travaille comme un for\u00e7at sur leurs terres, aux enfants qui grandissent sans lui, \u00e0 celle qu\u2019il ne conna\u00eetra qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de quatre ans, \u00e0 son \u00ab cher pays de Y\u00e8vre-la-Ville \u00bb. S\u2019il tient bon, c\u2019est qu\u2019il est convaincu d\u2019\u00eatre \u00e0 la place que la Providence lui a assign\u00e9e et que la soumission \u00e0 son sort aura sa r\u00e9compense.<br \/>\nLes Lettres d\u2019Andr\u00e9 Charpin refl\u00e8tent trois p\u00e9riodes diff\u00e9rentes :<br \/>\n\u2022\tD\u2019ao\u00fbt 1914 \u00e0 janvier 1915, Andr\u00e9 Charpin est en garnison \u00e0 Montargis. Toutes ses lettres sont travers\u00e9es par l\u2019esp\u00e9rance que son \u00e2ge et la naissance prochaine de son quatri\u00e8me enfant lui \u00e9viteront d\u2019\u00eatre envoy\u00e9 sur le front. De jour en jour il voit la garnison se restreindre, les m\u00e9decins militaires devenir de plus en plus s\u00e9v\u00e8res. Il est mal \u00e0 l\u2019aise, \u00e0 la fois loin du village o\u00f9 les travaux agricoles pressent tant mais loin du front o\u00f9 les morts s\u2019accumulent. Les visites de sa femme et les rares permissions sont attendues impatiemment.<br \/>\n\u2022\tC\u2019est presque avec soulagement qu\u2019il part vers l\u2019Argonne en janvier 1915. Les lettres du front racontent la vie harassante des tranch\u00e9es, corv\u00e9es de barbel\u00e9s, corv\u00e9e de mines, d\u00e9placements nocturnes, manque de sommeil, manque de nourriture, manque d\u2019hygi\u00e8ne. Les grad\u00e9s, m\u00eame sous-officiers, sont totalement absents de ces r\u00e9cits, la politique, la strat\u00e9gie aussi : c\u2019est une vie v\u00e9cue au ras du sol. Une fois de plus la religion est son refuge et la pens\u00e9e de la famille son soutien. Andr\u00e9 Charpin a subi quatre grandes attaques mais semble n\u2019avoir jamais fait partie d\u2019une vague d\u2019assaut. Il passe un mois \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de Chaumont pour une dysenterie : l\u00e0, il revit, s\u2019int\u00e9resse \u00e0 nouveau aux travaux agricoles qui se font sans lui. Peu apr\u00e8s son retour au front il est captur\u00e9 le 13 juillet 1915, d\u00e8s la premi\u00e8re heure de la violente attaque sur la Haute Chevauch\u00e9e. Sur le coup, c\u2019est un soulagement : \u00ab Apr\u00e8s la guerre, vous me reverrez \u00bb.<br \/>\n\u2022\tDurant la captivit\u00e9, les lettres, plus rares de sa part, mal achemin\u00e9es dans les deux sens, vont devenir l\u2019essentiel de la vie du prisonnier. Par comparaison avec les Carnets tenus durant la m\u00eame p\u00e9riode, on voit qu\u2019il raconte peu l\u2019Allemagne mais questionne beaucoup sur la famille et le village, cherche \u00e0 gommer l\u2019absence.<br \/>\nLes Lettres de C\u00e9leste Chassinat. Celle qui raconte bien sa vie, c\u2019est son \u00e9pouse. Seules 72 lettres ont \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9es, d\u2019ao\u00fbt 1914 \u00e0 janvier 1915, plus quelques-unes \u00e0 l\u2019automne 1918. Dans un style vif et intimiste, elle dit les travaux harassants des champs, les difficult\u00e9s d\u2019assurer la rel\u00e8ve au plus fort de la moisson alors que toutes les solidarit\u00e9s villageoises sont d\u00e9sorganis\u00e9es par le d\u00e9part des hommes. Comment trouver assez de monde pour la batterie, assez de main d\u2019\u0153uvre pour arracher les betteraves et les pommes de terre ? On partage son d\u00e9couragement \u00e0 l\u2019annonce de la r\u00e9quisition des chevaux par l\u2019arm\u00e9e, sa joie lorsque le sien lui est rendu. On voit les Anciens, les femmes, les enfants, se mettre \u00e0 la t\u00e2che, chacun faisant \u00ab plus qu\u2019il n\u2019en peut \u00bb. Elle dit l\u2019angoisse quotidienne pour les soldats, le d\u00e9sespoir de sa maman dont le fils n\u2019\u00e9crit plus. Joseph Chassinat, le petit fr\u00e8re bien-aim\u00e9, a disparu d\u00e9finitivement en septembre 1914, C\u00e9leste d\u00e9crit toutes les d\u00e9marches entreprises pour le retrouver, officielles ou non, tout en soutenant le moral de sa maman au-del\u00e0 du raisonnable. Dans les lettres sauvegard\u00e9es de 1918, on voit la grippe espagnole frapper une population \u00e9puis\u00e9e. Pourtant elle est fi\u00e8re d\u2019avoir men\u00e9 la t\u00e2che \u00e0 bon terme : lorsqu\u2019il rentrera, Andr\u00e9 \u00ab ne trouvera pas la cave et le grenier vides. \u00bb<\/p>\n<p>Fran\u00e7oise Moyen<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Les t\u00e9moins Andr\u00e9 Charpin est n\u00e9 en 1880 \u00e0 Y\u00e8vre-la-Ville (Loiret). Ses parents, Flavien Charpin et L\u00e9ocadie Poirier, sont de petits cultivateurs. Sa formation intellectuelle s\u2019arr\u00eate \u00e0 l\u2019\u00e9cole du village mais est entretenue par les groupes de r\u00e9flexion anim\u00e9s par le cur\u00e9. 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