{"id":918,"date":"2012-12-03T09:58:25","date_gmt":"2012-12-03T08:58:25","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=918"},"modified":"2021-09-14T19:32:38","modified_gmt":"2021-09-14T18:32:38","slug":"marie-cuny-nee-boucher-1884-1960-et-georges-cuny-1873-1946","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2012\/12\/03\/marie-cuny-nee-boucher-1884-1960-et-georges-cuny-1873-1946\/","title":{"rendered":"Cuny, n\u00e9e Boucher, Marie (1884-1960) et Cuny, Georges (1873-1946)"},"content":{"rendered":"<p>1. Les t\u00e9moins<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/1916-5-Mimi-019-Corrigee1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/1916-5-Mimi-019-Corrigee1-300x295.jpg\" alt=\"\" width=\"167\" height=\"181\" \/><\/a><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-923 alignright\" src=\"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/1916-1-Georges-Cuny-007-Corrigee2-138x300.jpg\" alt=\"\" width=\"138\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/1916-1-Georges-Cuny-007-Corrigee2-138x300.jpg 138w, https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/1916-1-Georges-Cuny-007-Corrigee2-472x1024.jpg 472w\" sizes=\"auto, (max-width: 138px) 100vw, 138px\" \/><br \/>\nMarie Cuny n\u00e9e Boucher<\/p>\n<p>Georges Cuny na\u00eet le 23 novembre 1873 \u00e0 G\u00e9rardmer (Vosges). Marie Val\u00e9rie, dite Mimi, Boucher est n\u00e9e quant \u00e0 elle le 19 f\u00e9vrier 1884 \u00e0 Docelles (Vosges). Tous deux sont issus de grandes familles d\u2019industriels tisserands et papetiers poss\u00e9dant plusieurs usines en Lorraine et en France. Ainsi, par mariage et cousinages, ils sont connect\u00e9s au milieu des industries papeti\u00e8res et des tissages dans tout le d\u00e9partement des Vosges et au-del\u00e0 (citons ainsi les Laroche-Joubert, Schwindenhammer, Mangin, G\u00e9ny, Perrin ou Michaut). Mari\u00e9s le 26 avril 1906, trois enfants naissent de leur union : Andr\u00e9 (1907), No\u00eblle (1909) et Robert (1910). En ao\u00fbt 1914, Georges est mobilis\u00e9 comme capitaine au 5e r\u00e9giment d\u2019artillerie de Campagne. Maurice Boucher, lieutenant au 349e RI et Georges Boucher, adjudant dans un r\u00e9giment de chasseurs \u00e0 cheval, fr\u00e8res de Marie, sont \u00e9galement mobilis\u00e9s. D\u00e8s lors, C\u00e9lina Boucher accueille chez elle Marie, sa fille et ses trois enfants ainsi que sa belle-fille Th\u00e9r\u00e8se Boucher, elle-m\u00eame m\u00e8re de 2 enfants. Ce resserrement familial pour endurer la guerre est d\u00e9monstratif de cet esprit de famille qui va teinter l\u2019\u00e9change d\u2019une correspondance assidue entre les \u00e9poux Cuny, reproduite du 4 ao\u00fbt 1914 au 29 juin 1918. Fr\u00e8res et beaux-fr\u00e8res reviennent sains et saufs de la Grande Guerre et Georges Cuny est d\u00e9mobilis\u00e9 le 14 janvier 1919. Il poursuit sa carri\u00e8re d\u2019industriel et, en 1928 acquiert les Tissages M\u00e9caniques d&rsquo;Orchamps (Jura) qu\u2019il dirige, puis la Soci\u00e9t\u00e9 Fran\u00e7aise de P\u00e2te de Bois. Il d\u00e9c\u00e8de le 8 septembre 1946 \u00e0 Cornimont (Vosges). Marie meurt \u00e0 Cornimont (Vosges) le 24 f\u00e9vrier 1960.<\/p>\n<p>2. Le t\u00e9moignage :<\/p>\n<p>Favre, Marie, <em>Reviens vite. La vie quotidienne d\u2019une famille fran\u00e7aise pendant la guerre de 14<\/em>, chez l\u2019auteur, 2012, 556 pages.<\/p>\n<p>Marie Favre, 21<sup>e <\/sup>des 28 petits-enfants de Georges et Mimie, publie une partie de la correspondance \u00e9chang\u00e9e et re\u00e7ue par les \u00e9poux (540 lettres de Marie, 350 lettres de Georges, compl\u00e9t\u00e9e d\u2019un millier de lettres re\u00e7ues de la famille) dans une \u00e9dition familiale, replac\u00e9e dans un contexte historique et sommairement annot\u00e9e.<\/p>\n<p>Le 2 ao\u00fbt 1914, Georges Cuny est mobilis\u00e9 comme capitaine au 5<sup>e<\/sup> r\u00e9giment d\u2019artillerie de Campagne dont le d\u00e9p\u00f4t est \u00e0 Besan\u00e7on. Au commandement de la 45<sup>\u00e8me <\/sup>batterie, il participe aux divers combats de ce r\u00e9giment. Il est bless\u00e9 le 31 octobre 1914 alors qu\u2019il est en batterie dans le secteur de Braine (Aisne) et est propos\u00e9 pour la L\u00e9gion d\u2019Honneur avec la citation suivante\u00a0: \u00ab\u00a0<em>A dans l\u2019attaque de nuit du 31 octobre au 1<sup>er <\/sup>novembre \u00e9nergiquement soutenu et excit\u00e9 le moral et l\u2019ardeur de ses hommes continuant \u00e0 tirer sous le feu rep\u00e9r\u00e9 d\u2019une batterie allemande. Gravement bless\u00e9 \u00e0 la fin de l\u2019action par un projectile mettant hors de combat tous les canonniers d\u2019une m\u00eame pi\u00e8ce, a demand\u00e9 avec instance qu\u2019on s\u2019occupa d\u2019abord des bless\u00e9s de sa batterie<\/em> \u00bb. Hospitalis\u00e9 \u00e0 Fleury-Meudon, il revient \u00e0 sa batterie le 6 d\u00e9cembre dans le secteur de Soissons. Le 7 mars 1917, il \u00e9crit \u00e0 Marie\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Pour te faire plaisir, je me suis laiss\u00e9 proposer pour le grade de chef d\u2019escadron <\/em>\u00bb, grade qu\u2019il atteint effectivement le 10 mai 1917. Il est alors affect\u00e9 au 1<sup>er <\/sup>groupe (puis au 2<sup>e<\/sup>) du 260<sup>e<\/sup> RAC qui stationne \u00e0 Vieil-Arcy, au sud du Chemin des Dames. En juin 1917, il part dans les secteurs de Pont-\u00e0-Mousson et de Toul, qu\u2019il qualifie de calmes. Le 4 janvier 1918, le 2<sup>e <\/sup>groupe quitte Bicqueley (Meurthe-et-Moselle) pour Verdun, secteur de Douaumont. Le 12 mars 1918, alors qu\u2019il se trouve \u00e0 son PC, il est victime d\u2019un bombardement \u00e0 gaz et l\u00e9g\u00e8rement touch\u00e9 aux yeux, ce qui l\u2019\u00e9loigne un temps du front, du fait d\u2019une courte hospitalisation \u00e0 Bordeaux, o\u00f9 sa femme vient le rejoindre. Il rejoint son groupe de batteries le 20 avril 1918 et fait plusieurs mouvements pour contrer l\u2019offensive allemande du printemps 1918 (secteur de Senlis-Villers-C\u00f4tterets) puis reviens sur l\u2019Aisne en juin. La derni\u00e8re lettre de lui reproduite est dat\u00e9e du 29, alors que son groupe appuie une attaque dans le secteur du ravin de Cutry, au sud d\u2019Ambleny (Aisne). Le reste de son parcours est alors \u00e9voqu\u00e9 par le biais du JMO de son r\u00e9giment et des grands \u00e9v\u00e8nements de l\u2019\u00e9poque, collect\u00e9s par la presse.<\/p>\n<p>Marie Cuny quant \u00e0 elle t\u00e9moigne de Docelles dans les Vosges, \u00e0 quelques kilom\u00e8tres d\u2019Epinal o\u00f9 elle a resserr\u00e9 les liens familiaux. Argent\u00e9e et libre de ses mouvements \u2013 conductrice acharn\u00e9e de sa propre voiture \u2013 elle parcourt le d\u00e9partement mais prend \u00e9galement des vacances \u00e0 Angoul\u00eame ou fait quelques visites parisiennes ou nanc\u00e9ennes, ce qui lui permet de donner des nouvelles de la grande famille industrielle.<\/p>\n<p>3. Analyse<\/p>\n<p>Pour plusieurs raisons li\u00e9es \u00e0 une correspondance incompl\u00e8te (du 15 septembre 1915 au 29 juin 1918) et censur\u00e9e (m\u00eame si Georges parvient \u00e0 tromper la censure en \u00e9crivant certains toponymes \u00e0 l\u2019envers), mais aussi par un regard industriel distanci\u00e9 du fait de son statut militaire, l\u2019analyse des courriers de Georges Cuny n\u2019atteint pas l\u2019int\u00e9r\u00eat contenu dans les lettres de son \u00e9pouse Marie. En effet, au fil des 540 lettres reproduites, la vie, l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique et les devenirs des militaires mobilis\u00e9s dans la grande famille industrielle des Cuny-Boucher sont \u00e9voqu\u00e9s dans une correspondance de Marie d\u2019une grande libert\u00e9 de ton et une censure tr\u00e8s relative. D\u00e8s lors, ce t\u00e9moignage, en forme de journal d&rsquo;une civile au statut tr\u00e8s particulier, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un d\u00e9partement concern\u00e9 par la ligne de front, devient un formidable miroir de l\u2019intimit\u00e9 d\u2019une famille d\u2019industriels vosgiens dans la Grande Guerre. En effet, dans la litt\u00e9rature testimoniale de ce d\u00e9partement, jamais la parole d\u2019une femme d\u2019industrielle n\u2019avait \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e [si l\u2019on excepte les 43 jours de guerre (ao\u00fbt et septembre 1914) \u00e0 Saint-Di\u00e9 de la comtesse Bazelaire de Lesseux publi\u00e9s dans le bulletin de la Soci\u00e9t\u00e9 Philomatique Vosgienne de 1964. Dans ce d\u00e9partement, le corpus publi\u00e9 des t\u00e9moins civils est encore lacunaire. Aussi, la publication des lettres de Marie Cuny permet d\u2019obvier \u00e0 cette sous-repr\u00e9sentation testimoniale mais aussi sociale. Si la publication du journal de guerre de Cl\u00e9mence Martin-Froment avait permis d\u2019illustrer le t\u00e9moignage d\u2019une civile pl\u00e9b\u00e9ienne dans la zone occup\u00e9e du d\u00e9partement des Vosges (voir dans ce dictionnaire sa notice in <a href=\"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2011\/09\/26\/martin-froment-clemence-1885-1960\/\">http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2011\/09\/26\/martin-froment-clemence-1885-1960\/<\/a>), la publication des lettres de Marie Cuny permet d\u2019appr\u00e9hender la vie d\u2019une industrielle de l\u2019arri\u00e8re dans ce m\u00eame d\u00e9partement. Alors est illustr\u00e9 le t\u00e9moignage d\u2019une femme en avance sur la g\u00e9n\u00e9ration de la Belle Epoque, fortun\u00e9e (elle a trois bonnes \u00e0 son service), libre et moderne, d\u2019une strate sociale qui n\u2019avait pas t\u00e9moign\u00e9 jusqu\u2019alors. Marie nous \u00e9claire ainsi sur une quantit\u00e9 de questionnements traitant \u00e0 l\u2019\u00e9chelle sociale, la vie quotidienne, l\u2019\u00e9conomie industrielle et les affres de l\u2019occupation militaire fran\u00e7aise de l\u2019arri\u00e8re-front des Vosges. La famille, poss\u00e9dant plusieurs usines dans les secteurs de la papeterie et du tissage, mamelles \u00e9conomiques du d\u00e9partement, tente de limiter les d\u00e9g\u00e2ts dans une \u00e9conomie industrielle gravement ob\u00e9r\u00e9e par la guerre. La mobilisation des ouvriers, le gel des march\u00e9s puis leur n\u00e9cessaire r\u00e9orientation vers une \u00e9conomie de guerre, les restrictions, les r\u00e9quisitions multiples (d\u00e9crites page 58), l\u2019appauvrissement des mati\u00e8res premi\u00e8res et la d\u00e9volution des \u00e9nergies aux usines travaillant directement pour la d\u00e9fense (expliqu\u00e9e page 198 et car le classement en usine de guerre donne des avantages sur les approvisionnements (page 424)) font de la gestion des entreprises une pr\u00e9occupation quotidienne. Georges, du front, ne peut g\u00e9rer correctement ses avoirs, et les \u00e9changes \u00e9pistolaires ne sont pas satisfaisant pour la marche des affaires. Il s\u2019en ouvre dans un courrier du 5 octobre 1916 : \u00ab <em>Tu serais bien gentille, ma ch\u00e9rie, de m\u2019accuser r\u00e9ception, au fur et \u00e0 mesure des lettres que tu re\u00e7ois de moi. Je t\u2019y demande quelquefois des renseignements que tu oublies de me donner et je crains qu\u2019elles ne te parviennent pas toutes. S\u2019il en \u00e9tait ainsi, j\u2019aimerais bien en \u00eatre pr\u00e9venu, afin de ne pas t\u2019\u00e9crire des choses relatives aux affaires, il est inutile que l\u2019Etat mette le nez l\u00e0-dedans. C\u2019est comme PM, il aurait pu se dispenser de m\u2019envoyer tout l\u2019inventaire. Cela peut \u00eatre excessivement dangereux par ce temps de guerre o\u00f9 on ouvre beaucoup de correspondance. En tous cas, je ne le lui renverrai pas. Un paquet de cette importance serait certainement ouvert, car on se demande quels documents si importants peut avoir \u00e0 envoyer un officier du front<\/em> \u00bb (page 313). Car la guerre n\u2019est pas propice \u00e0 la confidentialit\u00e9 qui sied \u00e0 toute gestion d\u2019entreprise\u00a0: les d\u00e9clarations de la nouvelle imposition sur le revenu mise en place en novembre 1916 en est un r\u00e9v\u00e9lateur\u00a0: \u00ab\u00a0<em>J\u2019ai re\u00e7u la feuille d\u2019avertissement pour l\u2019acquit de l\u2019imp\u00f4t sur le revenu, nous avons 160 francs \u00e0 payer, ce n\u2019est donc pas cela qui nous appauvrira beaucoup. Je vais dire au bureau de Cornimont de payer le percepteur. Mais tu vois comme la loi est b\u00eatement faite, on fait soi-disant une d\u00e9claration sous enveloppe ferm\u00e9e qu\u2019on adresse au directeur des contributions pour que personne du pays ne la connaisse, mais le percepteur vous envoie un avertissement o\u00f9 tout est nettement indiqu\u00e9, de sorte que les petits commis que les percepteurs ont souvent chez eux et qui sont du pays pourront r\u00e9pandre dans le village tout ce qu\u2019ils savent<\/em> \u00bb se plaint Marie (page 333). D\u2019autant que les Cuny, poss\u00e9dant une usine en Russie, \u00e0 Dedovo, la situation du grand alli\u00e9 pr\u00e9occupe comme leur R\u00e9volution. Le 1<sup>er<\/sup> mai 1918, Marie dit \u00e0 Georges\u00a0: \u00ab\u00a0<em>L\u00e0-bas en plus de la guerre et des Boches, il y a la r\u00e9volution qui continuera \u00e0 bouillir pendant quelque 10 ans. Peut-\u00eatre arriverons-nous \u00e0 l\u2019\u00e9viter ici\u00a0?<\/em> \u00bb (page 476). En 1919, les cartes auront d\u2019ailleurs \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement remani\u00e9es tant en terme de production que de propri\u00e9t\u00e9s industrielles. Ainsi, Marie Cuny n\u2019a aucune complaisance pour un jeune capitaine d\u2019industrie appel\u00e9 Marcel Boussac qui monte un empire et qui rach\u00e8te des usines qui vont, pour elle, immanquablement devenir des \u00ab\u00a0<em>nids \u00e0 gr\u00e8ves<\/em> \u00bb (page 358). Elle d\u00e9plore le g\u00e2chis (page 178), les saccages, et les pillages de ses usines par la troupe fran\u00e7aise, notamment en septembre 1914 (pages 37 et 41) mais aussi en novembre 1915 (page 169) et se plait aussi du comportement \u00ab\u00a0<em>des troupes du midi<\/em> \u00bb (pages 37, 42 et 129). Parfois d\u00e9moralis\u00e9e par la guerre, elle en craint les cons\u00e9quences sociales\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Grand Dieu\u00a0! Si tous les soldats reviennent aussi flemmards et buveurs apr\u00e8s la guerre, ce sera terrible. Il y aura une r\u00e9volution apr\u00e8s la guerre, car tous ces hommes (sauf ceux du vrai front, de la ligne de feu) <\/em>(\u2026)<em> depuis un an n\u2019ayant rien fait ou si peu, bien nourris, vont trouver \u00e9trange en rentrant d\u2019\u00eatre\u00a0 oblig\u00e9s de travailler pour gagner leur pain et celui de leurs femmes et enfants et les 8, dix ou douze heures de travail qu\u2019ils seront oblig\u00e9s de fournir leur sembleront bien dures et am\u00e8res <\/em>\u00bb (page 120). Ce sentiment est partag\u00e9 par Georges qui confirme l\u2019int\u00e9r\u00eat de faire r\u00e9aliser par le commandement \u00ab\u00a0<em>toutes sortes de travaux de terrassement, je pense pour occuper nos hommes, qui sans cela deviendraient de fameux paresseux. C\u2019est une tr\u00e8s bonne chose et c\u2019est essentiel car enfin la plupart de ces braves gens seront oblig\u00e9s de travailler en revenant chez eux et il ne faut pas qu\u2019ils en perdent l\u2019habitude<\/em> \u00bb (page 164). Marie ne d\u00e9clare-t-elle pas \u00e0 Georges le 17 avril 1916\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Sois tranquille, se sera encore nous qui seront forc\u00e9s de payer les frais de la guerre<\/em> \u00bb\u00a0? (page 235). Plus loin, \u00ab\u00a0<em>mais c\u2019est in\u00e9vitable que des petits jeunes gens qui ont \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9s seuls ma\u00eetres un grand moment n\u2019acceptent plus de r\u00e9primandes et deviennent de petits coqs. On aura bien du mal \u00e0 reprendre la direction. C\u2019est la m\u00eame chose avec les bonnes<\/em> \u00bb (page 289). Marie estime que la guerre est teint\u00e9e de lutte sociale\u00a0; le 11 f\u00e9vrier 1916, elle note que \u00ab\u00a0<em>les civils n\u2019ont qu\u2019\u00e0 se taire pour le moment et je crois que certains militaires sont heureux en ce moment de prendre leur revanche sur les industriels qui les \u00e9crasaient parfois de leur luxe en temps de paix<\/em> \u00bb (page 210). La guerre modifie la soci\u00e9t\u00e9 et les comportements\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Quand tu reparles du jour de notre mariage <\/em>[1906 ndr]<em> et de ta na\u00efve petite femme, mon G\u00e9ogi, c\u2019est vrai que j\u2019\u00e9tais bien loin d\u2019\u00eatre aussi savante que toutes les jeunes filles de maintenant, toutes nos cousines \u00e9lev\u00e9es \u00e0 l\u2019am\u00e9ricaine<\/em> \u00bb (page 292), m\u00e9thode qu\u2019elle va appliquer \u00e0 sa propre fille No\u00eblle. Mais avec une r\u00e9serve toutefois\u00a0: \u00ab\u00a0<em>car je veux une fille soumise, non pas comme les jeunes personnes modernes. J\u2019en ai vu encore \u00e0 Angoul\u00eame, gamine de 18 ans, qui avait si bien l\u2019air de m\u00e9priser sa m\u00e8re, d\u00e9daigner ses id\u00e9es et conseils et j\u2019ai entendu un m\u00e9nage <\/em>(\u2026) <em>dire de leur fille \u00e2g\u00e9e de 9 ans, qu\u2019elle commande dans la maison, Mademoiselle invite ses amies pour tel jour et en avertit ensuite sa m\u00e8re, et d\u2019autres petits d\u00e9tails de ce genre. Il faut de l\u2019initiative aux gar\u00e7ons, mais je d\u00e9teste l\u2019ind\u00e9pendance chez les jeunes filles et, avec l\u2019intelligence de No\u00eblle, ce serait d\u00e9sastreux <\/em>\u00bb (page 333). Cette difficult\u00e9 \u00e0 \u00e9lever les enfants semble g\u00e9n\u00e9rale\u00a0; Pauline Ringenbach \u00e9crit \u00e0 Marie, sa patronne, le 19 juillet 1917\u00a0; \u00ab\u00a0<em>Il y a passablement des mariages, qu\u2019on ne dirait pas que l\u2019on est en guerre, quoique cela devient plut\u00f4t ennuyeux de vivre depuis trois ans toujours la m\u00eame chose, les femmes en sont bien lasses, car elle ont vraiment du mal avec les enfants sans p\u00e8res depuis si longtemps<\/em> \u00bb (page 422). Un peu avant en 1916, \u00ab <em>dans toutes les banques en ce moment il faut faire joliment attention, ils n\u2019ont que des galopins de 16 ans, qui n\u2019ont pas la t\u00eate \u00e0 ce qu\u2019ils font<\/em> \u00bb (page 299). Elle-m\u00eame se prend \u00e0 dire\u00a0: \u00ab\u00a0<em>si j\u2019\u00e9tais pauvre, je serais rudement socialiste<\/em> \u00bb\u00a0! (page 315).<\/p>\n<p>La guerre lui p\u00e8se pourtant. Une femme n\u2019est-elle pas morte \u00ab\u00a0<em>dans un acc\u00e8s de neurasth\u00e9nie due \u00e0 la s\u00e9paration<\/em> \u00bb d\u2019avec son mari (page 324)\u00a0? Aussi les artifices pour faire revenir son mari, au moins pour un temps, sont multiples. Elle \u00e9crit \u00e0 Georges en 1916\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Tu sais qu\u2019on a aussi des permissions suppl\u00e9mentaires dites du berceau pour les naissances d\u2019enfants. Quel dommage que je ne sois pas assez forte, on aurait peut-\u00eatre encore eu le temps d\u2019avoir une permission de berceau avant la fin de la guerre, mon pauvre G\u00e9ogi<\/em> \u00bb (page 259). Car la dur\u00e9e de la guerre est une pr\u00e9occupation r\u00e9currente et les pronostics, finalement fantaisistes, sont sans fin, jusqu\u2019aux derniers mois du conflit (pages 58, 96, 142, 165, 278, 288, 289, 302, 390 (quand la fin de la guerre est garantie pour 1917\u00a0!) ou 424). Le 1<sup>er<\/sup> ao\u00fbt 1916, Georges dit \u00e0 Marie, \u00ab <em>il y aura demain deux ans que je suis parti pour Besan\u00e7on. Nous ne pr\u00e9voyions certes pas \u00e0 ce moment-l\u00e0 que nous resterions si longtemps s\u00e9par\u00e9s et je crois d\u2019ailleurs que, si les Fran\u00e7ais avaient pu pr\u00e9voir la longueur de la guerre, ils seraient partis avec moins d\u2019enthousiasme<\/em> \u00bb (page 288). Elle-m\u00eame revient en 1916 sur son comportement le 2 ao\u00fbt 1914, non d\u00e9tachable de son rang social : \u00ab\u00a0<em>Voir moi mari partir m\u2019oppressait \u00e0 un tel point que je n\u2019ai pas eu le courage, tu te rappelles, de t\u2019accompagner \u00e0 la gare. Ce n\u2019\u00e9tait vraiment pas chic et depuis je me le suis tant reproch\u00e9 mais je n\u2019aurais pas pu arr\u00eater mes larmes et il valait peut-\u00eatre mieux ne pas te montrer cette faiblesse, ni la faire voir au public<\/em> \u00bb (page 289).<\/p>\n<p>Georges quant \u00e0 lui, officier du rang, fait \u00e9cho \u00e0 une r\u00e9flexion re\u00e7ue de Maurice Boucher, son beau-fr\u00e8re,\u00a0qui estime en 1915 qu\u2019 \u00ab\u00a0<em>il y a autant de diff\u00e9rence entre un officier de troupe et un officier d\u2019E.-M. qu\u2019entre un ouvrier et un comptable<\/em> \u00bb (page 143) et se plaint d\u2019\u00ab\u00a0<em>une maladie aig\u00fce qui s\u00e9vit m\u00eame sur le front, et bien entendu pour les officiers de l\u2019active, c\u2019est l\u2019avancite, et cette maladie-l\u00e0 fait beaucoup de mal<\/em> (page 171) \u00bb.<\/p>\n<p>Plusieurs autres th\u00e9matiques pouvant \u00eatre d\u00e9gag\u00e9es de cette lecture, <em>Reviens vite<\/em> concourt donc \u00e0 l\u2019analyse de l\u2019histoire \u00e9conomique et sociale du d\u00e9partement des Vosges pendant la Grande Guerre, et au-del\u00e0 de la vie quotidienne d\u2019une famille industrielle \u00e0 l\u2019arri\u00e8re du front, et \u00e9rige Marie Cuny en t\u00e9moin de r\u00e9f\u00e9rence.<\/p>\n<p>La g\u00e9n\u00e9alogie de la famille Cuny-Boucher est consultable sur <a href=\"http:\/\/jh-as.favre.pagesperso-orange.fr\/site%20cuny-boucher\/genealogie%20cuny-boucher.htm\">http:\/\/jh-as.favre.pagesperso-orange.fr\/site%20cuny-boucher\/genealogie%20cuny-boucher.htm<\/a><\/p>\n<p>Yann Prouillet \u2013 d\u00e9cembre 2012<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Les t\u00e9moins Marie Cuny n\u00e9e Boucher Georges Cuny na\u00eet le 23 novembre 1873 \u00e0 G\u00e9rardmer (Vosges). Marie Val\u00e9rie, dite Mimi, Boucher est n\u00e9e quant \u00e0 elle le 19 f\u00e9vrier 1884 \u00e0 Docelles (Vosges). Tous deux sont issus de grandes familles d\u2019industriels tisserands et papetiers poss\u00e9dant plusieurs usines en Lorraine et en France. 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