{"id":93,"date":"2008-03-26T14:02:39","date_gmt":"2008-03-26T13:02:39","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/03\/26\/faleur-georges-1876-1935\/"},"modified":"2021-09-09T17:08:21","modified_gmt":"2021-09-09T16:08:21","slug":"faleur-georges-1876-1935","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/03\/26\/faleur-georges-1876-1935\/","title":{"rendered":"Faleur, Georges (1876-1935)"},"content":{"rendered":"<p><strong>1. &nbsp; Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n<p>N\u00e9 le 1<sup>er<\/sup> juin 1876 \u00e0 Hirson (Aisne). Famille bourgeoise. Etudes de m\u00e9decine \u00e0 la Facult\u00e9 de Paris, dipl\u00f4m\u00e9 le 26 novembre 1903. Epouse le 15 novembre 1904 L\u00e9onie Vieillard, fille d&rsquo;un m\u00e9decin g\u00e9n\u00e9raliste \u00e0 Ribemont. Le couple s&rsquo;y installe.<\/p>\n<p>Mobilis\u00e9 le 5<sup>e<\/sup> jour de la guerre en tant que m\u00e9decin aide-major de 2<sup>e<\/sup> classe \u00e0 l&rsquo;ambulance n\u00b01 de la 52<sup>e<\/sup> division d&rsquo;infanterie de r\u00e9serve apr\u00e8s un court s\u00e9jour au d\u00e9p\u00f4t d&rsquo;Amiens (Reims&nbsp;; Ville-Dommange du 18 mars au 14 mai 1915&nbsp;; Sacy du 14 mai au 3 octobre 1915&nbsp;; Ludes).<\/p>\n<p>Mut\u00e9 en janvier 1916 \u00e0 l&rsquo;ambulance 1\/155&nbsp;; relev\u00e9 en mai 1916 pour travailler dans un centre de r\u00e9\u00e9ducation de Berck.<\/p>\n<p>No\u00ebl 1914, m\u00e9decin aide-major de 1<sup>\u00e8re<\/sup> classe. Citation \u00e0 l&rsquo;ordre du jour du Service de Sant\u00e9&nbsp;; Croix de guerre&nbsp;; L\u00e9gion d&rsquo;honneur.<\/p>\n<p>Retour \u00e0 la vie civile en tant que m\u00e9decin en association avec son fils devenu \u00e9galement m\u00e9decin. Membre du Conseil g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;Aisne pendant huit ans. Actif militant de la Mutualit\u00e9 combattante dans la section de Ribemont. Membre de l&rsquo;UNC. Re\u00e7oit sa m\u00e9daille du m\u00e9rite pour son d\u00e9vouement. D\u00e9c\u00e8de le 15 d\u00e9cembre 1935 \u00e0 Ribemont (59 ans).<\/p>\n<p><strong>2. &nbsp; Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n<p>Le docteur Fran\u00e7ois Faleur, petit-fils de Georges a confi\u00e9 les 9 carnets de son grand-p\u00e8re \u00e0 l&rsquo;historien Fran\u00e7ois Cochet&nbsp;(2 ao\u00fbt-3 sept. 1914&nbsp;; 4 sept.-4 oct. 1914&nbsp;; 5 oct.-30 nov. 1914&nbsp;; 1<sup>er<\/sup> d\u00e9c.-20 f\u00e9v. 1915&nbsp;; 21 f\u00e9v.-30 avril 1915&nbsp;; 1<sup>er<\/sup> mai-5 ao\u00fbt 1915&nbsp;; 6 ao\u00fbt-27 oct. 1915&nbsp;; 29 oct.-29 f\u00e9v. 1916&nbsp;; 1<sup>er<\/sup> mars 1916-2 mars 1917); l&rsquo;\u00e9dition critique a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e par La\u00ebtitia Leick,&nbsp;<em>Journal de guerre de Georges Faleur<\/em>, pr\u00e9face de Fran\u00e7ois Cochet, Centre R\u00e9gional Universitaire lorrain d&rsquo;histoire, site de Metz, 2007, 358 p.<\/p>\n<p>N.B. Les pr\u00e9cisions biographiques sont emprunt\u00e9es au travail de La\u00ebtitia Leick.<\/p>\n<p><strong>3. &nbsp; Analyse<\/strong><\/p>\n<p>Pour situer le t\u00e9moin et son t\u00e9moignage, il convient de ne pas perdre de vue qu&rsquo;il est originaire des r\u00e9gions envahies o\u00f9 est rest\u00e9e une partie de sa famille, sa m\u00e8re notamment (elle d\u00e9c\u00e8de en 1915, ce qui affecte Faleur). Le r\u00e9dacteur est en outre officier et m\u00e9decin d&rsquo;une ambulance situ\u00e9e en permanence \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re-front. Enfin, c&rsquo;est un homme \u00e0 principes&nbsp;et un croyant.<\/p>\n<p>6 ao\u00fbt&nbsp;1914&nbsp;: d\u00e9part&nbsp;; tristesse de la s\u00e9paration&nbsp;;&nbsp;expression de son sens du devoir \u00ab&nbsp;[&#8230;] il faut savoir faire des sacrifices pour l&rsquo;honneur du nom fran\u00e7ais. Et puis, les mauvais jours que nous allons passer assureront la tranquillit\u00e9 de nos enfants&#8230;&nbsp;\u00bb&nbsp;; le 21 ao\u00fbt 1914, alors que la guerre fait rage, son ambulance est en r\u00e9serve \u00e0 Etion (Ardennes, pr\u00e8s de Charleville-M\u00e9zi\u00e8res), loin des combats. Durant la bataille de la Marne, Faleur subit la retraite&nbsp;jusqu&rsquo;aux environs d&rsquo;Arcy-sur-Aube (Aube)&nbsp;; \u00e0 partir du 23 ao\u00fbt, les indices d&rsquo;une d\u00e9gradation croissante de la situation militaire se multiplient&nbsp;: recul&nbsp;de troupes harass\u00e9es, exode des civils, d\u00e9sordre. Puis c&rsquo;est la reprise de la marche en avant \u00e0 partir du 10 septembre. Secteur de F\u00e8re-Champenoise. Relevons que malgr\u00e9 l&rsquo;extr\u00eame violence des combats, l&rsquo;ambulance soigne les bless\u00e9s ennemis&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;(10 sept.) Un des bless\u00e9s allemands que j&rsquo;ai pans\u00e9 et \u00e9vacu\u00e9 m&rsquo;a demand\u00e9 mon adresse pour me remercier plus tard&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>L&rsquo;ambulance s&rsquo;installe \u00e0 Reims&nbsp;; les bombardements allemands&nbsp;sont incessants. Le 19 sept., Faleur assiste \u00e0 l&#8217;embrasement de la cath\u00e9drale de Reims&nbsp;qui scandalise&nbsp;tous les t\u00e9moins&nbsp;: \u00ab&nbsp;le g\u00e9nie de la d\u00e9vastation est inn\u00e9 chez les barbares&nbsp;\u00bb&nbsp;; \u00ab&nbsp;Les esprits en tout cas sont tr\u00e8s mont\u00e9s contre les barbares qui renouvellent les exploits des Huns br\u00fblant tout sur leur passage&nbsp;\u00bb. Malgr\u00e9 tout, l&rsquo;ambulance continue \u00e0 recevoir des bless\u00e9s allemands (21 septembre 1914). Lorsque le 13 oct., Faleur apprend par la presse le bombardement a\u00e9rien de Notre Dame de Paris, il retrouve des accents vengeurs&nbsp;: \u00ab&nbsp;Quel peuple de Vandales que ce peuple allemand qui ne respecte rien&nbsp;\u00bb. On note le premier usage du terme \u00ab&nbsp;ennemi&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;il n&rsquo;est pas impossible qu&rsquo;avec le temps on n&rsquo;arrive pas \u00e0 flanquer la pile aux <em>ennemis<\/em> \u00bb. Mais ces acc\u00e8s sont rares.<\/p>\n<p>Ces carnets documentent les bombardements de <strong>Reims<\/strong> : 3-5 nov. 1914, Bombardement et affolement des civils&nbsp;; 22 nov.&nbsp;1914, 5 militaires tu\u00e9s&nbsp;; 21 f\u00e9v. 1915, tr\u00e8s violent bombardement nocturne&#8230; (Voir Fran\u00e7ois Cochet, <em>1914-1918. R\u00e9mois en guerre. L&rsquo;h\u00e9ro\u00efsation au quotidien<\/em>, Nancy, P.U.N., 1993.)<\/p>\n<p>Toutefois, et en d\u00e9pit des risques (r\u00e9els) inh\u00e9rents aux bombardements, la guerre de Georges Faleur \u00e9quivaut g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 une vie de garnison. 20 oct.&nbsp;: \u00ab&nbsp;Vie toujours calme, deux ou trois bless\u00e9s simplement dans la journ\u00e9e. Par contre, le nombre des malades augmente et on voit chaque jour q.ques cas de typho\u00efde&nbsp;\u00bb. 21 oct.&nbsp;: \u00ab&nbsp;Journ\u00e9e comme les pr\u00e9c\u00e9dentes pass\u00e9e en jouant au billard, aux cartes, aux quilles, en faisant un peu de photographie&nbsp;\u00bb. 23 d\u00e9c.&nbsp;1914&nbsp;: \u00ab&nbsp;Rien de particulier dans la matin\u00e9e, l&rsquo;apr\u00e8s-midi, nous avons pr\u00e9par\u00e9 les lots de l&rsquo;arbre de No\u00ebl&#8230;&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Faleur souffre particuli\u00e8rement de la s\u00e9paration d&rsquo;avec sa famille. 1<sup>er<\/sup> janv. 1915&nbsp;: \u00ab&nbsp;[&#8230;] Quelle tristesse qu&rsquo;une guerre n\u00e9faste dont on n&rsquo;entrevoit d&rsquo;ailleurs pas la fin s\u00e9pare ainsi les familles&nbsp;! Ceux qui ont tous les leurs en s\u00e9curit\u00e9 ne peuvent pas se douter de ce qui se passe en un pareil jour dans le c\u0153ur de ceux qui ont quelqu&rsquo;un des leurs en pays envahis. Enfin j&rsquo;offre ce gros sacrifice de la s\u00e9paration pour la victoire finale et prochaine&#8230;&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Toutefois, notons que lorsqu&rsquo;un confr\u00e8re lui propose de permuter avec lui vers un poste de l&rsquo;int\u00e9rieur, s&rsquo;il refuse, ce n&rsquo;est pas uniquement par sens du devoir&nbsp;: \u00ab&nbsp;(26 janv. 1915) J&rsquo;ai beaucoup r\u00e9fl\u00e9chi jusque ce soir et je consid\u00e8re maintenant que mon devoir est de rester [&#8230;]. Et puis, je connais et je partage l&rsquo;opinion de mes camarades sur ceux d&rsquo;entre nous, aux ambulances qui demandent \u00e0 aller \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re. Ils sont consid\u00e9r\u00e9s comme des l\u00e2ches, surtout ceux des pays envahis. Ils donnent en effet un d\u00e9plorable exemple aux combattants qui risquent beaucoup plus que nous et pourraient \u00e9galement demander \u00e0 assurer un service dans un d\u00e9p\u00f4t (il en faut l\u00e0 aussi des officiers). Et surtout ce qui me d\u00e9termina, c&rsquo;est qu&rsquo;on pourrait croire que je pars pour ne pas risquer d&rsquo;\u00eatre fait prisonnier. Mon grade a voulu que je sois d\u00e9sign\u00e9 pour ne pas abandonner les bless\u00e9s. Je ne reculerai pas devant ce devoir, mais combien j&rsquo;aurais pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 que rien ne me soit propos\u00e9&nbsp;\u00bb. Nouvel exemple de ce qu&rsquo;une d\u00e9cision peut r\u00e9pondre \u00e0 plusieurs motivations.<\/p>\n<p>Quelques mois apr\u00e8s, le patriotisme&nbsp;du docteur Faleur semble intact&nbsp;; il se dit choqu\u00e9 des opinions bien peu patriotiques de son cousin (19 mai 1915). Et malgr\u00e9 la longueur inattendue de la guerre, l&rsquo;espoir en la victoire demeure&nbsp;: \u00ab&nbsp;(6 ao\u00fbt 1915) C&rsquo;est aujourd&rsquo;hui l&rsquo;anniversaire de mon d\u00e9part de Ribemont [&#8230;]. Mon moral \u00e9tait bon il y a un an, il est encore bon maintenant. L&rsquo;espoir de la victoire que j&rsquo;avais \u00e0 ce moment-l\u00e0 s&rsquo;est chang\u00e9 en certitude, mais quand arriverons-nous au but&nbsp;? On ne peut pas encore le dire alors que nous pensions partir pour quelques semaines, quelques mois au plus&#8230; Et que d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements depuis cette date du 6 ao\u00fbt 1914 qu&rsquo;on n&rsquo;avait pu pr\u00e9voir&nbsp;! La fuite loin de nos pays, l&rsquo;abandon de nos foyers, et les N\u00f4tres rest\u00e9s l\u00e0-bas sans que jamais on puisse avoir de leur nouvelles&nbsp;! quelle terrible chose que la guerre&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Le 18 mars 1915, Reims s&rsquo;av\u00e9rant trop expos\u00e9e sous le bombardement allemand, l&rsquo;ambulance de Faleur est transf\u00e9r\u00e9e \u00e0 Ville-Dommange. Le 3 mai 1915,&nbsp;Faleur re\u00e7oit \u00e0 Epernay, la visite de&#8230; sa femme L\u00e9onie et de leur fils Paul, et de son p\u00e8re. Privil\u00e8ge d&rsquo;officier stationn\u00e9 \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re-front. Faleur mentionne de nombreux autres cas de ce genre de faveurs.<\/p>\n<p>Le 14 mai 1915, l&rsquo;ambulance est transf\u00e9r\u00e9e \u00e0 Sacy. Le 5 juin 1915, Faleur effectue un premier tour dans les tranch\u00e9es, \u00e0 Reims (secteur de Neuvillette)&nbsp;: \u00ab&nbsp;J&rsquo;ai pris pas mal de clich\u00e9s que je viens de d\u00e9velopper et qui sont tr\u00e8s bien. A 4 h \u00bd nous avons pris cong\u00e9 des officiers et sommes revenus enchant\u00e9s des 5 heures pass\u00e9es l\u00e0 bas. [&#8230;] Je suis fatigu\u00e9 mais rudement content de ma journ\u00e9e&#8230;&nbsp;\u00bb. Bien peu de notes prennent en consid\u00e9ration la situation sp\u00e9cifique des poilus&nbsp;: \u00ab&nbsp;(3 d\u00e9cembre 1915).&nbsp;[&#8230;] il a fait toute la journ\u00e9e un temps de chien, pluie diluvienne qui doit bien incommoder les malheureux qui sont dans les tranch\u00e9es&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>Parmi les autres distractions du m\u00e9decin, relevons l&rsquo;importance de la photographie qui alterne avec les jeux de cartes et les repas entre officiers.<\/p>\n<p>Le 11 septembre 1915&nbsp;survient la premi\u00e8re permission. Au retour d&rsquo;une seconde permission (17-23 d\u00e9cembre 1915) il est mut\u00e9 \u00e0 Louvois \u00e0 la 1\/155, toujours \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re-front.<\/p>\n<p>Les notes des carnets deviennent peu \u00e0 peu plus laconiques&nbsp;; \u00e0 partir de mi-janvier 1916, de nombreuses dates apparaissent sans autre note que \u00ab&nbsp;rien de particulier&nbsp;; rien de nouveau&#8230;&nbsp;\u00bb Cette \u00e9volution peut sans doute est mise au compte du manque d&rsquo;int\u00e9r\u00eat, de la monotonie de la vie d&rsquo;une ambulance de l&rsquo;arri\u00e8re-front. Mais, peut-\u00eatre aussi peut-on y voir un signe de lassitude, et de d\u00e9pression li\u00e9e \u00e0 une s\u00e9paration de plus en plus mal v\u00e9cue. Aussi, lorsque le 11 mai 1916 intervient l&rsquo;ordre de rel\u00e8ve&nbsp;(r\u00e9glementaire), Faleur ne le rejette pas&nbsp;; au contraire, il saisit l&rsquo;occasion qui lui est offerte et demande un poste \u00e0 Dieppe, o\u00f9 se trouve sa famille&nbsp;; il n&rsquo;a sans doute rien abandonn\u00e9 de son patriotisme&nbsp;; mais il estime tout simplement avoir suffisamment donn\u00e9&nbsp;; et il obtient, \u00e0 Berck, l&rsquo;h\u00f4pital 102. Il fait imm\u00e9diatement venir sa femme et son fils aupr\u00e8s de lui. Le 14 juillet 1916, il est affect\u00e9 \u00e0 \u00ab&nbsp;maritime&nbsp;\u00bb (h\u00f4pital b\u00e9n\u00e9vole 21 bis). Comme si le docteur Faleur avait conscience d&rsquo;avoir termin\u00e9 <em>sa<\/em> guerre, le 9<sup>e<\/sup> carnet se referme sur quelques dates&nbsp;\u00e9parses&nbsp;: 8 octobre 1916, d\u00e9part en permission&nbsp;; 17-18 janvier, permission&nbsp;; enfin, 2 mars 1917&nbsp;: \u00ab&nbsp;je m&rsquo;occupe depuis une douzaine de jours de la fabrication d&rsquo;un centre de r\u00e9\u00e9ducation agricole, et je suis charg\u00e9 des jardins potagers de la place&nbsp;!&nbsp;\u00bb&#8230;<\/p>\n<p>Ces carnets d&rsquo;un homme profond\u00e9ment croyant fournissent \u00e9galement quelques \u00e9l\u00e9ments sur le <strong>sentiment religieux<\/strong>, les pratiques religieuses, les relations entre l&rsquo;Arm\u00e9e et l&rsquo;Eglise&nbsp;: 6 nov.&nbsp;Visite du g\u00e9n. Rouquerol&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il commandait je crois le R\u00e9giment d&rsquo;Artillerie de Laon au moment de l&rsquo;affaire des officiers de Laon poursuivis si je me rappelle bien pour avoir assist\u00e9 \u00e0 une conf\u00e9rence \u00e0 la Cath\u00e9drale&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>8 nov. Obs\u00e8ques du <strong>col. des Salins<\/strong>. \u00ab&nbsp;Apr\u00e8s l&rsquo;absoute, la nombreuse assistance a accompagn\u00e9 le d\u00e9funt jusqu&rsquo;au cimeti\u00e8re de Tinqueux. [&#8230;] Chacun a asperg\u00e9 le cercueil d&rsquo;eau b\u00e9nite, en se signant sans ombre de respect humain. Mouchards, vous aviez l\u00e0 une belle occasion de faire des rapports&nbsp;\u00bb&nbsp;; \u00ab&nbsp;(21 nov. 1914) [&#8230;] J&rsquo;ai assist\u00e9 tant\u00f4t \u00e0 4 h au chapelet et au salut \u00e0 l&rsquo;Eglise Ste Genevi\u00e8ve. Il y avait foule et j&rsquo;ai d\u00fb attendre longtemps mon tour au confessionnal&nbsp;\u00bb. Dimanche 22&nbsp;nov.: \u00ab&nbsp;Je suis all\u00e9 ce matin \u00e0 7 h \u00e0 la messe de communion, il y avait beaucoup de militaires. A 9 h je suis all\u00e9 \u00e0 une seconde messe \u00e0 laquelle devait pr\u00eacher Mansart, notre sergent infirmier vicaire \u00e0 Amiens. Il a pr\u00each\u00e9 avec beaucoup de coeur disant pourquoi et pour qui il fallait prier&#8230;&nbsp;\u00bb&nbsp;; 22 janv. 1915, visite de Mgr Lu\u00e7on \u00e0 l&rsquo;ambulance. Dimanche 4 juillet 1915&nbsp;: \u00ab&nbsp;J&rsquo;ai assist\u00e9 \u00e0 11h \u00e0 la messe de V. Dommange. Au front le cur\u00e9 a fait gaffes sur gaffes \u00e0 propos de l&rsquo;interview du Pape et il a heurt\u00e9 les sentiments patriotiques de toute l&rsquo;assistance. Beaucoup d&rsquo;officiers ont failli sortir imm\u00e9diatement en mani\u00e8re de protestation&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>S&rsquo;il ne faut pas s&rsquo;\u00e9tonner du peu d&rsquo;informations relatives aux combattants, certaines notes m\u00e9ritent toutefois d&rsquo;\u00eatre relev\u00e9es, comme celle-ci&nbsp;:&nbsp;&nbsp;\u00ab&nbsp;(17 nov. 1914) Les Allemands noircissent la craie de leurs tranch\u00e9es avec du terreau&nbsp;\u00bb. Pour l&rsquo;essentiel, les autres notations permettent surtout d&rsquo;entrevoir comment le combat et la marche \u00e0 la mort des troupes combattantes ont pu \u00eatre per\u00e7ues depuis l&rsquo;arri\u00e8re-front&nbsp;: \u00ab&nbsp;(8 janv. 1915) Hier soir \u00e0 22 h \u00bd on a fait sauter une mine&nbsp;au Linguet. Nous avons gagn\u00e9 200 m de tranch\u00e9es que nous avons conserv\u00e9 jusque ce matin \u00e0 6 h. C&rsquo;est seulement \u00e0 leur 4<sup>e<\/sup> contre attaque que les Boches ont repris leur position (nos officiers \u00e9taient bless\u00e9s). Il y a eu une cinquantaine de tu\u00e9s, une quarantaine de bless\u00e9s et environ 60 \u00e0 70 prisonniers. Ce sont les 23<sup>e<\/sup> et 24<sup>e<\/sup> Cies du 347 qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e9prouv\u00e9es. [&#8230;] Il para\u00eet qu&rsquo;hier soir le spectacle \u00e9tait f\u00e9erique. [&#8230;] Je regrette de n&rsquo;avoir pas vu ce spectacle merveilleux, para\u00eet-il.&nbsp;Nous avons soign\u00e9 aujourd&rsquo;hui une trentaine de bless\u00e9s de l&rsquo;affaire du Linguet, entre autres le jeune s\/lieutenant Bellot qui a eu le poignet gauche travers\u00e9 par une balle au moment o\u00f9 il allait br\u00fbler la cervelle d&rsquo;un soldat qui criait \u00ab&nbsp;sauve qui peut&nbsp;\u00bb. Bellot a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cor\u00e9 de la l\u00e9gion d&rsquo;honneur, note encore le docteur&#8230;<\/p>\n<p>17 avril 1915&nbsp;: \u00ab&nbsp;Une compagnie du 411<sup>e<\/sup> est partie ce soir aux tranch\u00e9es. Ils paraissent avoir une rude appr\u00e9hension les pauvres bleus, et leurs officiers n&rsquo;ont pas l&rsquo;air des plus cr\u00e2nes, il y en a beaucoup parmi eux qui \u00e9taient jusqu&rsquo;alors embusqu\u00e9s&nbsp;!&nbsp;\u00bb&#8230; (Voir Charles Ridel, <em>Les embusqu\u00e9s<\/em>, Paris, Armand Colin, 2007). Ce que sait ou croit savoir le docteur provient de la lecture des journaux et des bavardages tenus \u00e0 sa table d&rsquo;h\u00f4tes&nbsp;: \u00ab&nbsp;(29 septembre 1915) Nos succ\u00e8s continuent disent les journaux [bataille de Champagne] [&#8230;]. Pendant le d\u00eener, Bienfait [col.] est venu nous apporter la nouvelle officielle de ce qu&rsquo;il nous avait dit l&rsquo;apr\u00e8s-midi. Il venait en m\u00eame temps nous faire ses adieux car l&rsquo;ordre venait de leur arriver de se tenir pr\u00eats \u00e0 partir au combat dans la nuit. La joie des hommes \u00e9tait d\u00e9lirante, ils dansaient, chantaient la Marseillaise, le chant du d\u00e9part, etc&#8230; Comment avoir la moindre appr\u00e9hension avec de telles troupes&nbsp;! La figure de Bienfait rayonnait, il \u00e9tait heureux et c&rsquo;est sans la moindre \u00e9motion apparente qu&rsquo;il a recommand\u00e9 sa famille \u00e0 de la Grandi\u00e8re au cas o\u00f9 il ne reviendrait pas. Nous avons pass\u00e9 l\u00e0 un moment bien \u00e9motionnant, et malgr\u00e9 nous, nous pensions au \u00ab&nbsp;Morituri te salutant&nbsp;\u00bb. Nous avons vid\u00e9 une fl\u00fbte de Champagne&nbsp; [&#8230;]. O\u00f9 va partir le 245<sup>e <\/sup>?&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Faleur d\u00e9crit \u00e9galement les pr\u00e9paratifs de son ambulance avant l&rsquo;offensive annonc\u00e9e&nbsp;: \u00ab&nbsp;(17 septembre 1915) [&#8230;] nos infirmiers ont construit 107 lits et on install\u00e9 l&rsquo;ambulance&nbsp;\u00bb&nbsp;;&nbsp;18 septembre 1915&nbsp;: \u00ab&nbsp;[&#8230;] nous avons environ 150 lits mont\u00e9s dans les salles, dans les chambres, dans la chapelle, sous la tente Tortoise, dans des hangars&nbsp;!&nbsp;\u00bb. Malgr\u00e9 les pr\u00e9paratifs, l&rsquo;ambulance de Faleur n&rsquo;est pas sollicit\u00e9e. Survient alors la nouvelle de l&rsquo;arr\u00eat de l&rsquo;offensive qui est durement ressenti&nbsp;: \u00ab&nbsp;(6 octobre 1915) J&rsquo;ai eu aujourd&rsquo;hui un cafard monstre. C&rsquo;est que la d\u00e9sillusion est grande pour moi, j&rsquo;esp\u00e9rais bien que nos pays allaient \u00eatre d\u00e9barrass\u00e9s par une offensive g\u00e9n\u00e9rale qui ne s&rsquo;est pas produite. A quoi faut-il attribuer cette non-ex\u00e9cution du programme&nbsp;? Est-ce l&rsquo;\u00e9tat de tension aux Balkans qui nous engage \u00e0 m\u00e9nager nos munitions d&rsquo;artillerie&nbsp;? Il y a en tout cas quelque chose d&rsquo;absolument [in]compr\u00e9hensible, car c&rsquo;est un succ\u00e8s que nous avons remport\u00e9 en Champagne, bien qu&rsquo;il nous ait co\u00fbt\u00e9 excessivement cher.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Sont encore mentionn\u00e9es l&rsquo;ex\u00e9cution&nbsp;d&rsquo;un soldat, assassin et d\u00e9trousseur de bless\u00e9s fran\u00e7ais&nbsp;(2 d\u00e9cembre 1914)&nbsp;; la censure de la correspondance&nbsp;(4 et 11 ao\u00fbt 1915)&nbsp;; une virulente attaque allemande aux gaz&nbsp;(19-20-21 octobre 1915). Faleur d\u00e9crit alors avec force d\u00e9tails le fonctionnement de l&rsquo;ambulance, l&rsquo;accueil, le traitement, et l&rsquo;\u00e9vacuation des soldats intoxiqu\u00e9s. Et fournit une pr\u00e9cieuse description des sympt\u00f4mes rencontr\u00e9s. Les relations parfois tendues avec les m\u00e9decins de l&rsquo;active sont \u00e9galement document\u00e9es&nbsp; (11 novembre, 11 d\u00e9cembre 1915).<\/p>\n<p>Fr\u00e9d\u00e9ric Rousseau, 25\/03\/2008<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. &nbsp; Le t\u00e9moin N\u00e9 le 1er juin 1876 \u00e0 Hirson (Aisne). Famille bourgeoise. Etudes de m\u00e9decine \u00e0 la Facult\u00e9 de Paris, dipl\u00f4m\u00e9 le 26 novembre 1903. Epouse le 15 novembre 1904 L\u00e9onie Vieillard, fille d&rsquo;un m\u00e9decin g\u00e9n\u00e9raliste \u00e0 Ribemont. Le couple s&rsquo;y installe. 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