{"id":930,"date":"2012-12-06T17:27:30","date_gmt":"2012-12-06T16:27:30","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=930"},"modified":"2021-09-14T19:33:13","modified_gmt":"2021-09-14T18:33:13","slug":"martin-antoine-1885-1925","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2012\/12\/06\/martin-antoine-1885-1925\/","title":{"rendered":"Martin, Antoine (1885-1925)"},"content":{"rendered":"<p>Son p\u00e8re est adjoint au maire du village de Longefoy en Tarentaise, bras droit du cur\u00e9, instituteur des gar\u00e7ons, cultivateur et responsable d\u2019une coop\u00e9rative agricole. Antoine \u00e9tudie au petit s\u00e9minaire, mais il ne deviendra pas pr\u00eatre, tout en restant tr\u00e8s croyant. Mari\u00e9, il reprend progressivement la ferme des parents mais on y vit difficilement et il doit occuper des emplois temporaires dans la nouvelle usine chimique de La Plombi\u00e8re. Il y est embauch\u00e9 \u00e0 temps plein depuis quatre mois lorsque la guerre \u00e9clate. Signaleur \u00e0 la CHR du 62e alpin, il passe t\u00e9l\u00e9phoniste d\u00e8s septembre. Il est \u00e0 Ypres en novembre, puis dans les Vosges en f\u00e9vrier 1915. Il est bless\u00e9 en ao\u00fbt par un \u00e9clat d\u2019obus qui se loge dans son cr\u00e2ne.<br \/>\nTr\u00e8s affect\u00e9 par \u00ab la s\u00e9paration des \u00eatres qui nous sont chers \u00bb, la correspondance avec sa femme est pr\u00e9cieuse : \u00ab c\u2019est un grand plaisir pour moi de relire tes lettres \u00bb. Plusieurs des siennes insistent sur le fait que l\u2019\u00e9quipe de t\u00e9l\u00e9phonistes prend la vie du bon c\u00f4t\u00e9 : \u00ab Quand on a la sant\u00e9, il ne faut pas se faire de la bile et se laisser vivre. Si l\u2019on vous commande du travail : le faire. Si l\u2019on ne vous dit rien : rester tranquilles. Voil\u00e0 le m\u00e9tier \u00bb (7 janvier 1915). Et le 1er mars : \u00ab Il ne faut pas te faire de la bile \u00e0 mon sujet. On se plie et puis on attend la fin de la guerre en regardant la lune. \u00bb<br \/>\nLe 12 ao\u00fbt 1914, il avait annonc\u00e9 qu\u2019il ferait son devoir pour Dieu et la patrie. \u00ab Dieu exaucera nos pri\u00e8res \u00e0 tous \u00bb, ajoute-t-il le 20 d\u00e9cembre, et le 21 avril suivant : \u00ab Esp\u00e9rons que Marie ne laissera pas continuer une telle boucherie. \u00bb Lorsque sa fille meurt pendant le conflit, Antoine lit le drame comme un \u00e9change avec la protection divine. B\u00e9n\u00e9ficiant de l\u2019abri relatif des t\u00e9l\u00e9phonistes, il constate cependant que \u00ab c\u2019est tout de m\u00eame triste, dans un si\u00e8cle dit de civilisation, de voir des horreurs pareilles et de penser que dans ce moment on ne vit que pour tuer son prochain. C\u2019est une vraie chasse o\u00f9 l\u2019homme sert de gibier \u00bb (26 novembre 1914). Ou encore, le 21 avril suivant : \u00ab Voil\u00e0 o\u00f9 aboutit le progr\u00e8s : au plus haut degr\u00e9 de perfection pour tuer les hommes. Si au moins le peuple boche voyait clair et tordait le coup au p\u00e8re Guillaume. Mais je crois bien qu\u2019ils sont tous aussi b\u00eates. \u00bb Car les Allemands restent l\u2019ennemi \u00e0 abattre, et Antoine Martin se r\u00e9jouit de leurs malheurs, quelles que soient les circonstances : attaque fran\u00e7aise o\u00f9 les pertes des d\u00e9fenseurs sont dix fois plus \u00e9lev\u00e9es que celles des assaillants ; attaque allemande fauch\u00e9e par les mitrailleuses si bien que \u00ab pas un seul Allemand ne s\u2019est \u00e9chapp\u00e9. Ils tombaient comme le bl\u00e9 que l\u2019on fauche. Il y en a des tas \u00e9normes. \u00bb Et, le 1er mars 1915 dans les Vosges : \u00ab Les Boches arrivent si nombreux que malgr\u00e9 tout ce qui tombe en route, il y en a toujours qui arrivent jusqu\u2019\u00e0 nos tranch\u00e9es. Et alors, comme la ba\u00efonnette est trop longue, on se sert de tout ce que l\u2019on a sous la main. On les assomme \u00e0 coup de triques, de pelles, de pioches, et parfois, si l\u2019on a un bon couteau, on s\u2019en sert pour larder les plus maigres. \u00bb Le t\u00e9l\u00e9phoniste fut-il t\u00e9moin de telles sc\u00e8nes dont le r\u00e9cit n\u2019est pas exempt d\u2019invraisemblances ? Ce n\u2019est pas s\u00fbr.<br \/>\nMis hors de combat, Antoine Martin est rentr\u00e9 chez lui ; son d\u00e9c\u00e8s en octobre 1925 a \u00e9t\u00e9 reconnu comme suite de sa blessure de guerre et son nom figure sur le monument aux morts de sa commune.<br \/>\nR\u00e9my Cazals<br \/>\n*<em>La chasse \u00e0 l\u2019homme. Lettres de guerre et carnet journalier d\u2019Antoine Martin (1914-1915), <\/em>pr\u00e9sent\u00e9s par Richard Deschamps-Berger, Saint-Michel-de-Maurienne, Les \u00e9ditions 73 \u2013 La Croix Blanche, 1989.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Son p\u00e8re est adjoint au maire du village de Longefoy en Tarentaise, bras droit du cur\u00e9, instituteur des gar\u00e7ons, cultivateur et responsable d\u2019une coop\u00e9rative agricole. Antoine \u00e9tudie au petit s\u00e9minaire, mais il ne deviendra pas pr\u00eatre, tout en restant tr\u00e8s croyant. 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