{"id":95,"date":"2008-03-31T19:56:22","date_gmt":"2008-03-31T18:56:22","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/03\/31\/de-witte-frantz-1884-1971\/"},"modified":"2021-09-09T17:08:38","modified_gmt":"2021-09-09T16:08:38","slug":"de-witte-frantz-1884-1971","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/03\/31\/de-witte-frantz-1884-1971\/","title":{"rendered":"De Witte, Frantz (1884- 1971)"},"content":{"rendered":"<p><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n<p>Son p\u00e8re \u00e9tait m\u00e9canicien \u00e0 la Compagnie des Sabli\u00e8res de la Seine, la famille logeait sur une p\u00e9niche appartenant \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. N\u00e9 \u00e0 Boulogne (Seine) le 11 janvier 1884, Frantz (ou Fran\u00e7ois) est le quatri\u00e8me de six enfants. Il devient employ\u00e9 de banque, fait le service militaire en 1905-1906 puis s&rsquo;engage pour un an en 1907 dans l&rsquo;infanterie de marine et sert \u00e0 Madagascar. Mari\u00e9 le 10 juillet 1909 \u00e0 Vigneux-sur-Seine avec Ren\u00e9e Dobricourt, couturi\u00e8re. A la veille de la guerre, le couple a deux enfants. Ren\u00e9e tient un petit commerce de mercerie et confection f\u00e9minine \u00e0 Paris, rue Popincourt. Frantz se d\u00e9crit lui-m\u00eame comme un \u00ab m\u00e9cr\u00e9ant \u00bb ; il est politiquement \u00e0 gauche.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la guerre, na\u00eetront deux autres enfants. Le couple tient un h\u00f4tel-restaurant au Raincy dans les ann\u00e9es 1920 et 1930, puis divers autres commerces jusqu&rsquo;au milieu des ann\u00e9es 1950. Frantz meurt en 1971 \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 87 ans, Ren\u00e9e en 1974.<\/p>\n<p><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n<p>Les lettres adress\u00e9es par Frantz \u00e0 Ren\u00e9e, du 14 ao\u00fbt 1914 au 18 f\u00e9vrier 1917, puis du 3 octobre au 22 novembre 1918, ainsi que quelques-unes de 1909, avant le mariage, ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es par leur fils a\u00een\u00e9 Camille et publi\u00e9es par le fils de celui-ci :<\/p>\n<p>&#8211; Jack-Fran\u00e7ois de Witte, <em>Lettres d&rsquo;un m\u00e9cr\u00e9ant (1909-1918). Fran\u00e7ois de Witte<\/em>, s. l., Olympio, 2001, 148 p. Portrait de Frantz sur la couverture. L&rsquo;avant-propos et la postface du petit-fils fournissent les renseignements biographiques repris ci-dessus.<\/p>\n<p><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n<p>En 1914, Frantz de Witte est secr\u00e9taire et agent de liaison cycliste au 41<sup>e<\/sup> r\u00e9giment d&rsquo;infanterie coloniale. Le 14 ao\u00fbt il souhaite que la campagne soit br\u00e8ve ; le 22, il constate les horreurs de la guerre et en plaint les victimes, Fran\u00e7ais et Allemands. Le souci d&rsquo;\u00eatre d\u00e9livr\u00e9 du cauchemar revient fr\u00e9quemment : \u00ab Est-ce pour vivre ainsi que l&rsquo;intelligence a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e \u00e0 l&rsquo;homme ? \u00bb (24 ao\u00fbt 1915) Mais il n&rsquo;est pas d\u00e9faitiste. Ainsi, en pleine attaque allemande sur Verdun (2 mars 1916) : \u00ab Impossible de songer \u00e0 autre chose qu&rsquo;\u00e0 la grande trag\u00e9die qui se joue en ce moment, et d&rsquo;o\u00f9 peut d\u00e9pendre le destin de la France. La brutalit\u00e9 et la formidable puissance de l&rsquo;Allemagne auront-elles raison de notre r\u00e9sistance ? \u00bb<\/p>\n<p>La correspondance contient les th\u00e8mes habituels : villages en ruines (p. 84) ; les hommes transform\u00e9s en paquets de boue (p. 88) ; m\u00e9pris pour les embusqu\u00e9s ; attachement \u00e0 la famille&#8230;<\/p>\n<p>La grande originalit\u00e9 appara\u00eet \u00e0 l&rsquo;automne de 1916. Frantz semble en butte \u00e0 la haine d&rsquo;un chef. Les lettres ne sont pas explicites l\u00e0-dessus parce qu&rsquo;il a d\u00fb exposer la situation \u00e0 sa femme au cours d&rsquo;une permission. Dans sa postface, le petit-fils cherche l&rsquo;explication dans les positions politiques de son grand-p\u00e8re, mais sans donner de preuves. Frantz devient extr\u00eamement pr\u00e9cis dans une lettre \u00e0 sa femme transmise par un permissionnaire pour \u00e9chapper \u00e0 la censure. Il y d\u00e9voile dans les moindres d\u00e9tails le plan de sa d\u00e9sertion (20 d\u00e9cembre 1916) : qu&rsquo;elle vende toute la marchandise du magasin, m\u00eame \u00e0 perte, pour accumuler du num\u00e9raire ; qu&rsquo;elle lui fasse confectionner des v\u00eatements civils ; qu&rsquo;elle loue sous son nom de jeune fille une maison dans une ville loin de Paris&#8230; \u00ab Je suis poursuivi par la haine de cet homme et il me brisera si je ne me d\u00e9robe, \u00e9crit-il. Plus tard, nous gagnerons la Hollande ou tout autre pays, et nos gar\u00e7ons y gagneront de n&rsquo;\u00eatre jamais soldats. Cette d\u00e9cision est d&rsquo;une gravit\u00e9 exceptionnelle. Elle engage non seulement mon avenir mais le tien. \u00bb Le plan est mis \u00e0 ex\u00e9cution en profitant d&rsquo;une permission en f\u00e9vrier 1917. Sur le registre matricule, il est d\u00e9clar\u00e9 d\u00e9serteur le 21 mars. On n&rsquo;a \u00e9videmment plus de lettres \u00e0 partir de cette date, mais son fils a gard\u00e9 le souvenir de la p\u00e9riode o\u00f9 son p\u00e8re se cachait.<\/p>\n<p>La situation \u00e9tant devenue intenable au bout de quelques mois, Frantz de Witte se serait rendu en septembre 1917 et port\u00e9 volontaire pour le 21<sup>e<\/sup> bataillon colonial (de fait, la mention de d\u00e9sertion est barr\u00e9e sur le registre matricule). On le retrouve \u00e0 Arkhangelsk, mais seulement le 3 octobre 1918 (description int\u00e9ressante, p. 122-124). Il apprend le russe. Le 12 novembre, il s&rsquo;\u00e9crie : \u00ab Quel bonheur ! Etre l\u00e0, intact, au bout de quatre ans. \u00bb<\/p>\n<p><strong>4. Autres informations<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Le livre cit\u00e9 plus haut contient des extraits \u00ab du journal de campagne du docteur Louis Lucas \u00bb, m\u00e9decin au 41<sup>e<\/sup> RIC, sans pr\u00e9cision de l&rsquo;origine de la source. Cela pourrait \u00eatre un JMO. Si c&rsquo;est le cas, le texte a un caract\u00e8re contestataire inhabituel.<\/p>\n<p>&#8211; On peut trouver des copies de lettres originales de F. de Witte, ainsi que du registre matricule que le petit-fils a r\u00e9ussi \u00e0 se procurer (sans autre pr\u00e9cision), et des photos familiales, dans le m\u00e9moire de ma\u00eetrise de Nathalie Deh\u00e9vora, <em>Quatre combattants de 14-18<\/em>, universit\u00e9 de Toulouse Le Mirail, septembre 2005, 2 vol., 149 et 121 p. (Les trois autres combattants sont Lucien Cocordan, Jules Laffitte et Roger Martin.)<\/p>\n<p>R\u00e9my Cazals, mars 2008<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin Son p\u00e8re \u00e9tait m\u00e9canicien \u00e0 la Compagnie des Sabli\u00e8res de la Seine, la famille logeait sur une p\u00e9niche appartenant \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. N\u00e9 \u00e0 Boulogne (Seine) le 11 janvier 1884, Frantz (ou Fran\u00e7ois) est le quatri\u00e8me de six enfants. 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