{"id":950,"date":"2012-12-14T20:52:46","date_gmt":"2012-12-14T19:52:46","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=950"},"modified":"2021-09-14T19:33:35","modified_gmt":"2021-09-14T18:33:35","slug":"marcq-alphonse-1867-1943","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2012\/12\/14\/marcq-alphonse-1867-1943\/","title":{"rendered":"Marcq, Alphonse (1867-1943)"},"content":{"rendered":"<p>Ce mara\u00eecher de Craonne est n\u00e9 \u00e0 Ailles (Aisne) le 25 ao\u00fbt 1867. D\u2019un premier mariage, il a une fille et un fils, Jean, soldat tu\u00e9 \u00e0 Doncourt le 22 ao\u00fbt 1914, Alphonse restant dans l\u2019ignorance du sort de son fils pendant toute la dur\u00e9e de la guerre. Veuf, il s\u2019est remari\u00e9 en 1901. Il avait une instruction suffisante pour \u00eatre d\u00e9sign\u00e9 comme instituteur en septembre 1916 \u00e0 La Selve o\u00f9 il avait \u00e9t\u00e9 \u00e9vacu\u00e9. La transcription de son journal (du 1er ao\u00fbt 1914 au 15 mars 1919) est conserv\u00e9e \u00e0 la mairie de Craonne.<br \/>\nLa premi\u00e8re partie d\u00e9crit l\u2019arriv\u00e9e des Allemands au village le 2 septembre 1914, les combats tout autour au cours du m\u00eame mois, le bombardement (\u00ab c\u2019est un chass\u00e9-crois\u00e9 \u00e9pouvantable d\u2019obus \u00bb) qui oblige \u00e0 vivre dans les caves o\u00f9 on a pu cacher quelques poules, et d\u2019o\u00f9 on peut sortir \u00ab au p\u00e9ril de sa vie \u00bb pour aller r\u00e9cup\u00e9rer quelques pommes de terre dans les champs. \u00ab Les routes et les jardins sont coup\u00e9s de tranch\u00e9es dans tous les sens \u00bb, \u00e9crit-il le 29 septembre. Quelques jours apr\u00e8s, il faut \u00e9vacuer vers Sissonne, puis La Selve, o\u00f9 se manifeste une r\u00e9elle solidarit\u00e9.<br \/>\nPendant quatre ann\u00e9es, le journal d\u2019Alphonse Marcq est rythm\u00e9 par le bruit du canon. La canonnade est plus ou moins espac\u00e9e ou \u00ab dure \u00bb, comme lors de l\u2019offensive de la Somme (en octobre 1916), lors de celle du Chemin des Dames en 1917, tandis qu\u2019arrivent de nouveaux \u00e9vacu\u00e9s et que se concentrent les renforts allemands. En \u00ab pays envahi \u00bb, les Allemands imposent r\u00e9quisitions, amendes, confiscations, travail forc\u00e9, th\u00e8mes bien connus et plus largement d\u00e9crits par Albert Denisse (voir ce nom). Ici encore, on voit jusqu\u2019o\u00f9 peut aller l\u2019organisation bureaucratique tatillonne : emp\u00eacher les chevaux de manger les \u00e9pis quand on les fait pa\u00eetre (23 juillet 1916) ; interdire de jeter des bo\u00eetes de conserve vides dans les abris contre les a\u00e9ros (30 mai 1917) ; condamner au travail forc\u00e9 les personnes qui r\u00e9pondraient \u00ab j\u2019aime mieux faire de la prison que de payer une amende \u00bb\u2026 Dans cette accumulation d\u2019interdictions et de menaces, on distingue une double obsession : celle des \u00e9pid\u00e9mies ; celle de ne rien laisser perdre. Ainsi, celui que les circonstances ont fait instituteur doit-il \u00ab aller avec les enfants de l\u2019\u00e9cole glaner du seigle tous les apr\u00e8s-midi \u00bb. Les habitants \u00ab r\u00e9sistent \u00bb en cachant leur vin et leurs volailles, en produisant de la farine au moulin \u00e0 caf\u00e9, en braconnant (comme Alphonse Marcq lui-m\u00eame). Le 14 juillet 1916, \u00ab les demoiselles arborent chacune un bouquet tricolore \u00e0 la boutonni\u00e8re en revenant des champs \u00bb. Mais il est difficile d\u2019ob\u00e9ir aux avis lanc\u00e9s par avion de refuser de travailler pour l\u2019arm\u00e9e allemande lorsque des sanctions tr\u00e8s fortes sont affich\u00e9es visant ceux qui veulent \u00ab rester \u00e0 ne rien faire \u00bb (4 mars 1916).<br \/>\nCette politique g\u00e9n\u00e9rale de spoliation bien pr\u00e9cis\u00e9e, certains Allemands sont aimables (m\u00eame des Prussiens) ; ils aident les populations \u00e0 survivre ; on assiste \u00e0 des distributions gratuites de viande de cheval accident\u00e9 ; certains Allemands sont \u00ab re\u00e7us tr\u00e8s affectueusement \u00bb. Les contacts font appara\u00eetre que les soldats d\u00e9sirent le retour de la paix (16 janvier et 12 d\u00e9cembre 1916) ; un Bavarois glisse \u00e0 Alphonse : \u00ab Allez monsieur Bayern mit Frankreich \u00bb. Les soldats, autant que les populations du pays envahi, cr\u00e8vent de faim, ce qui explique leurs pillages ; il y a m\u00eame des combats entre gendarmes et soldats (1er septembre 1917) : \u00ab Les gendarmes tirent sur les maraudeurs de pommes de terre qui leur r\u00e9pondent de m\u00eame. Un soldat et un gendarme sont tu\u00e9s \u00e0 Sissonne, le soldat d\u2019abord par le gendarme qui se fait tirer ensuite par les camarades du d\u00e9funt. \u00bb<br \/>\nD\u00e8s juillet 1918, Alphonse Marcq comprend que les Allemands reculent. Bient\u00f4t il faut envisager une nouvelle \u00e9vacuation qui le porte vers les Ardennes. Il faut \u00e0 nouveau vivre dans une cave, mais pour peu de temps : les Fran\u00e7ais sont l\u00e0 le 9 novembre et l\u2019armistice survient deux jours plus tard. Tout n\u2019est pas termin\u00e9. Le 15 janvier 1919, un voyage \u00e0 Craonne est qualifi\u00e9 de \u00ab triste p\u00e8lerinage \u00bb. Le 28 janvier, le constat reste pessimiste : \u00ab Nous tra\u00eenons toujours notre malheureuse vie d\u2019affam\u00e9s. \u00bb Alphonse d\u00e9cide alors de s\u2019installer \u00e0 Montaigu, \u00e0 quelques kilom\u00e8tres au nord du village d\u00e9truit. Il y restera jusqu\u2019\u00e0 son d\u00e9c\u00e8s en avril 1943.<br \/>\nR\u00e9my Cazals<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce mara\u00eecher de Craonne est n\u00e9 \u00e0 Ailles (Aisne) le 25 ao\u00fbt 1867. D\u2019un premier mariage, il a une fille et un fils, Jean, soldat tu\u00e9 \u00e0 Doncourt le 22 ao\u00fbt 1914, Alphonse restant dans l\u2019ignorance du sort de son fils pendant toute la dur\u00e9e de la guerre. Veuf, il s\u2019est remari\u00e9 en 1901. Il &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2012\/12\/14\/marcq-alphonse-1867-1943\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Marcq, Alphonse (1867-1943)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3,12,104],"tags":[288,338,451,595,311],"class_list":["post-950","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-carnet","category-civil","category-non-publie","tag-faim","tag-occupation","tag-paix","tag-resistance","tag-ruines"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/950","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=950"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/950\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4009,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/950\/revisions\/4009"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=950"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=950"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=950"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}