{"id":959,"date":"2012-12-16T23:05:40","date_gmt":"2012-12-16T22:05:40","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=959"},"modified":"2021-09-14T19:33:57","modified_gmt":"2021-09-14T18:33:57","slug":"grelet-louis-1885-1965","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2012\/12\/16\/grelet-louis-1885-1965\/","title":{"rendered":"Grelet, Louis (1885-1965)"},"content":{"rendered":"<p>Ce th\u00e9ologien, philosophe et \u00e9gyptologue autodidacte, fut \u00e9galement marqu\u00e9 dans sa vie par la guerre de 1914-1918. Il \u00e9tait n\u00e9 le 14 mai 1885 au Louverot (Jura), avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9form\u00e9 en 1905, mais reconnu apte en 1914. Apr\u00e8s une instruction rapide \u00e0 Besan\u00e7on, il se retrouve sur le front en mai 1915 en Artois, au 158e RI, se demandant : \u00ab Pourquoi cette guerre, Grand Dieu ! Pourquoi ce massacre d\u2019hommes qui ne demandent qu\u2019\u00e0 vivre, qui ont des projets d\u2019avenir, et qui brutalement, contre-nature, disparaissent de la surface de la terre ? \u00bb Il est surpris de voir que la population continue \u00e0 vaquer \u00e0 ses occupations pr\u00e8s de la ligne de feu, dans les mines et les champs. Quant aux soldats : \u00ab Il me semble tels \u00e9taient ces hommes dans la vie civile, tels ils demeurent dans la vie militaire. Ils ne s\u2019int\u00e9ressent que tr\u00e8s peu \u00e0 la guerre elle-m\u00eame ; ils songent surtout aux occupations qu\u2019ils avaient dans le civil, et leurs conversations roulent principalement sur ces deux seuls sujets : l\u2019amour et le vin. \u00bb Il d\u00e9couvre la boue, le d\u00e9dale des boyaux, les cadavres, l\u2019odeur et les grosses mouches bleues : \u00ab Ce qu\u2019est la guerre actuelle, personne ne peut se l\u2019imaginer s\u2019il n\u2019en a pas \u00e9t\u00e9 le t\u00e9moin. Les mots sont impuissants \u00e0 faire voir ce qu\u2019elle est ; les photographies elles-m\u00eames sont des choses mortes ; il faudrait le cin\u00e9matographe, et encore il y manquerait un \u00e9l\u00e9ment essentiel : le son. [\u2026] Ce n\u2019est pas de l\u2019h\u00e9ro\u00efsme qu\u2019on nous demande \u00e0 nous autres soldats, c\u2019est du surhumain ; et on peut en dire autant des soldats allemands. \u00bb On vit sous les obus, on ne tire presque pas de coups de fusil et, au 8 juillet, Louis Grelet \u00e9crit qu\u2019il n\u2019a pas encore vu le moindre Allemand. Les soldats critiquent les chefs et les communiqu\u00e9s officiels : \u00ab En les lisant, on ne se rend pas compte du travail \u00e9norme qui se fait dans toutes les parties du front. Dans les boyaux qui conduisent aux tranch\u00e9es de premi\u00e8re ligne, c\u2019est, pendant toutes les nuits, un va et vient perp\u00e9tuel. L\u00e0 on ne peut employer ni voiture, ni automobile, ni chemin de fer. On ne peut employer que l\u2019homme. Et il faut porter \u00e0 dos des sacs de grenades, des sacs de cartouches, du fil de fer, des piquets, de l\u2019eau, des vivres, descendre les bless\u00e9s et les morts. C\u2019est un travail fantastique. \u00bb<br \/>\nSeptembre 1915, l\u2019offensive se pr\u00e9pare. Pour Louis Grelet, le mot \u00ab offensive \u00bb signifie \u00ab grand massacre \u00bb. Et il aura raison. Le 12 octobre, il note : \u00ab Nous apercevons \u00e0 trente m\u00e8tres devant nous un bras qui se l\u00e8ve tenant un b\u00e9ret cercl\u00e9 de rouge. C\u2019est un bless\u00e9 allemand qui s\u2019est tra\u00een\u00e9 jusque l\u00e0. Le sergent Lavier va le chercher et le ram\u00e8ne sur son dos, puis des brancardiers viennent et l\u2019emportent. \u00bb En d\u00e9cembre, comme l\u2019ont montr\u00e9 Louis Barthas et tant d\u2019autres, l\u2019ennemi est la pluie avec sa cons\u00e9quence, la boue dans laquelle on s\u2019enlise. Les tranch\u00e9es sont inond\u00e9es, le travail ressemble \u00e0 celui des Dana\u00efdes. Une entente tacite s\u2019instaure, on se montre \u00e0 d\u00e9couvert, on \u00e9change des cigares et de la nourriture, et des paroles de sympathie. En m\u00eame temps, on se m\u00e9fie, mais un geste prouve la sinc\u00e9rit\u00e9 des Allemands : pour marquer la fin de la tr\u00eave, une mitrailleuse allemande tire en l\u2019air au lieu de faucher une compagnie effectuant une rel\u00e8ve \u00e0 d\u00e9couvert. Le g\u00e9n\u00e9ral de division fait lire une note qui signale le passage \u00e0 l\u2019ennemi de deux sergents, deux caporaux et douze hommes. Le d\u00e9serteur connu de Barthas n\u2019\u00e9tait donc pas le seul.<br \/>\nEn f\u00e9vrier 1916, c\u2019est Verdun o\u00f9 Louis Grelet assiste \u00e0 un premier bombardement a\u00e9rien, et o\u00f9 \u00ab les 305 tombent comme ailleurs les 77 \u00bb. La marche sur le verglas provoque de nombreuses chutes, \u00ab heureusement ou malheureusement sans me faire de mal \u00bb, remarque notre soldat. Et il faut continuer sous les obus et parmi les cadavres. Les hommes sont \u00e9puis\u00e9s, mais ne sentent plus leur fatigue lorsqu\u2019ils sont relev\u00e9s, tant ils sont contents de s\u2019\u00e9loigner \u00ab de ces lieux maudits \u00bb. Mais il faut y retourner. Sergent le 22 mars, Louis est bless\u00e9 le 31 par une balle qui lui traverse le sein droit, et captur\u00e9 par les Allemands qui le soignent bien : \u00ab Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, une ambulance attel\u00e9e de deux chevaux vient prendre les bless\u00e9s qui attendent au poste de secours. On installe \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur sur des brancards les plus gravement atteints ; puis un infirmier me fait monter sur le si\u00e8ge du conducteur et, entre le conducteur et moi, il fait asseoir un de ses compatriotes qui a les deux yeux crev\u00e9s, du moins meurtris et clos. Ce dernier demande qui est \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui. Son camarade lui r\u00e9pond : \u00ab Franzose. \u00bb L\u2019aveugle a un mouvement de recul, mais sur quelques mots de son camarade, il se tient tranquille. Je passe m\u00eame mon bras sous le sien pour nous soutenir mutuellement et, nous agrippant \u00e0 l\u2019\u00e9troite banquette, nous partons \u00e0 travers champs. Car, de ce c\u00f4t\u00e9-ci comme du n\u00f4tre, les routes sont constamment balay\u00e9es par l\u2019artillerie. \u00bb Si le r\u00e9cit de la capture est d\u00e9taill\u00e9 (comme celui de Fernand Tailhades, par exemple), les notes sur la vie en Allemagne sont tr\u00e8s br\u00e8ves et limit\u00e9es \u00e0 quelques jours de novembre 1918 avec des allusions \u00e0 la r\u00e9volution. On aurait aim\u00e9 l\u00e0-dessus de longs d\u00e9veloppements, mais le prisonnier pensait vraiment \u00e0 autre chose, \u00e0 son retour en France, et on est bien oblig\u00e9 de dire qu\u2019on le comprend.<br \/>\nR\u00e9my Cazals<br \/>\n*Texte transcrit par Denis Chatelain et publi\u00e9 \u00e0 Paris, \u00e9ditions La Bruy\u00e8re, sous le titre<em> Dix mois de front (juin 1915-mars 1916), <\/em>2008, 104 p.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce th\u00e9ologien, philosophe et \u00e9gyptologue autodidacte, fut \u00e9galement marqu\u00e9 dans sa vie par la guerre de 1914-1918. Il \u00e9tait n\u00e9 le 14 mai 1885 au Louverot (Jura), avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9form\u00e9 en 1905, mais reconnu apte en 1914. 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