{"id":97,"date":"2008-04-10T17:50:21","date_gmt":"2008-04-10T16:50:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/04\/10\/granger-ladislas-1885-1972\/"},"modified":"2021-09-09T17:08:52","modified_gmt":"2021-09-09T16:08:52","slug":"granger-ladislas-1885-1972","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/04\/10\/granger-ladislas-1885-1972\/","title":{"rendered":"Granger, Ladislas (1885-1972)"},"content":{"rendered":"<p><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n<p>N\u00e9 le 28 janvier 1885 au village de Lanc\u00f4me pr\u00e8s de Blois, dans une famille de petits cultivateurs. Apr\u00e8s des \u00e9tudes primaires, obtint le certificat d&rsquo;\u00e9tudes. Devient horticulteur, travaille chez des mara\u00eechers et chez des ch\u00e2telains \u00e0 l&rsquo;entretien de parcs.<\/p>\n<p>Service militaire du 1<sup>er<\/sup> octobre 1906 au 30 septembre 1908 au 113<sup>e<\/sup> R.I. \u00e0 la caserne Maurice Saxe de Blois ; nomm\u00e9 caporal au bout d&rsquo;un an.<\/p>\n<p>\u00c0 la sortie de son service militaire, s&rsquo;installe dans l&rsquo;Eure, comme jardinier. Il y \u00e9pouse Lucie Rochard, cuisini\u00e8re de ch\u00e2teau ; le 18 avril 1914 na\u00eet leur premier et seul enfant, Bernard.<\/p>\n<p>Ladislas Granger est mobilis\u00e9 \u00e0 Blois au 313<sup>e<\/sup> R.I. le 4 ao\u00fbt 1914. Il a 29 ans.<\/p>\n<p>Il sert \u00e0 la 18<sup>e<\/sup> compagnie du 5<sup>e<\/sup> bataillon du 313<sup>e<\/sup> R.I. d&rsquo;ao\u00fbt 1914 \u00e0 d\u00e9cembre 1917. Il est alors vers\u00e9 au 4<sup>e<\/sup> Mixte de zouaves et de tirailleurs ; bless\u00e9, gaz\u00e9 en juin 1918 ; h\u00f4pital du Puy, puis convalescence jusqu&rsquo;\u00e0 fin octobre.<\/p>\n<p>Au retour, apr\u00e8s sa d\u00e9mobilisation le 20 mars 1919, il devient m\u00e9tayer, jardinier et r\u00e9gisseur du ch\u00e2teau de Fonthaute, \u00e0 Cazoul\u00e8s en Dordogne. Il meurt en 1972.<\/p>\n<p>Note extraite de l&rsquo;introduction : \u00ab Malgr\u00e9 le service de trois ans instaur\u00e9 en 1913 les r\u00e9giments d&rsquo;active n&rsquo;\u00e9taient pas \u00e0 effectif plein mais \u00e0 la mobilisation les deux ou trois plus jeunes classes de r\u00e9servistes suffisaient \u00e0 les mettre sur pied de guerre et ils partaient aussit\u00f4t vers la fronti\u00e8re. Ensuite on \u00ab d\u00e9rivait \u00bb de chaque r\u00e9giment d&rsquo;active un r\u00e9giment \u00ab bis \u00bb dont le num\u00e9ro \u00e9tait \u00e9gal au sien augment\u00e9 de 200, d&rsquo;o\u00f9 le 313<sup>e<\/sup>. Ces r\u00e9giments incorporaient les r\u00e9servistes plus anciens, jusqu&rsquo;\u00e0 la classe 1900 (et m\u00eame 1899 en octobre 1914). [&#8230;] on constate jusqu&rsquo;\u00e0 la fin que la majorit\u00e9 des soldats du 313<sup>e<\/sup> approchent de la trentaine ou souvent de la quarantaine, qu&rsquo;ils sont pour la plupart mari\u00e9s et p\u00e8res de famille. Il faudra s&rsquo;en souvenir pour comprendre l&rsquo;ambiance du r\u00e9giment. (p. 20-21)\u00bb<\/p>\n<p>Les 2 245 soldats du 313<sup>e<\/sup> R.I. embarquent \u00e0 la gare de Blois dans la nuit du 8 au 9 ao\u00fbt 1914. Granger arrive \u00e0 Saint-Mihiel dans la Meuse le 10 ao\u00fbt. Concentration \u00e0 G\u00e9nicourt sur les bords de la Meuse entre Saint-Mihiel et Verdun. 21 ao\u00fbt, Longuyon ; bapt\u00eame du feu le 22, \u00e0 Saint-Pancr\u00e9 pr\u00e8s du Luxembourg belge.<\/p>\n<p>D\u00e8s le 29 ao\u00fbt, la retraite a conduit le 313<sup>e<\/sup> \u00e0 Montfaucon ; le 2 septembre \u00e0 Varennes. Apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9vacuation de l&rsquo;Argonne, le r\u00e9giment est \u00e0 Villotte-devant-Louppy, au sud du massif. Une semaine plus tard, c&rsquo;est au tour des Allemands d&rsquo;\u00e9vacuer l&rsquo;Argonne ; le 313<sup>e<\/sup> reprend Clermont-en-Argonne, Vauquois et Varennes ; puis s&rsquo;installe pour deux longues ann\u00e9es dans cette r\u00e9gion foresti\u00e8re (jusqu&rsquo;en septembre 1916). L&rsquo;Argonne fut, avec celui des Eparges, l&rsquo;un des secteurs du front le plus touch\u00e9 par la guerre des mines et celle des gaz.<\/p>\n<p>Sergent le 8 mars 1915, au retour de la bataille de Vauquois.<\/p>\n<p>Secteur de Verdun : d&rsquo;octobre \u00e0 d\u00e9cembre 1916.<\/p>\n<p>Chemin des Dames janvier-novembre 1917.<\/p>\n<p>En novembre, les camarades de Granger sont envoy\u00e9s en Italie pendant que celui-ci est en permission. Croix de guerre le 23 novembre 1917 (p. 194). Le 10 d\u00e9cembre 1917, le 313<sup>e<\/sup> R.I. est dissous ; Granger est vers\u00e9 au 4<sup>e<\/sup> Mixte de zouaves et de tirailleurs.<\/p>\n<p><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n<p>Ces carnets ont \u00e9t\u00e9 confi\u00e9s par l&rsquo;arri\u00e8re petit-fils de Ladislas Granger \u00e0 un enseignant en \u00e9cho \u00e0 une le\u00e7on consacr\u00e9e \u00e0 la Grande Guerre. Il s&rsquo;agit de trois agendas 1915, 1916, 1917, remplis au jour le jour ; sont malheureusement port\u00e9s manquants les agendas 1914 et 1918 ; \u00e0 noter que ces carnets n&rsquo;ont jamais \u00e9t\u00e9 retouch\u00e9s et probablement rarement, voire jamais, relus, ni par Granger, ni par ses proches.<\/p>\n<p>Ces carnets ont fait l&rsquo;objet d&rsquo;une publication int\u00e9grale sous le titre : <em>Carnets de guerre du sergent Granger 1915-1917, La Grande Guerre v\u00e9cue et racont\u00e9e au jour le jour par un paysan de France<\/em>, pr\u00e9sent\u00e9s par Roger Girard, pr\u00e9face de Jules Maurin, Montpellier, E.S.I.D., U.M.R. 5609 du C.N.R.S., Universit\u00e9 Paul Val\u00e9ry, 1997.<\/p>\n<p>Les lacunes peuvent \u00eatre en partie combl\u00e9es par les journaux de marche et d&rsquo;op\u00e9rations du 313<sup>e<\/sup> R.I. et du 4<sup>e<\/sup> R\u00e9giment mixte de zouaves et de tirailleurs.<\/p>\n<p>En convalescence de juillet \u00e0 octobre 1918. N&rsquo;a pas particip\u00e9 aux offensives de la victoire.<\/p>\n<p><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n<p><strong>Combats <\/strong>:<\/p>\n<p>\u00c0 partir du 2 mars 1915, pr\u00e8s de <strong>Vauquois <\/strong>(Argonne) : \u00ab 3 mars. Toute la nuit debout \u00e0 veiller aux cr\u00e9neaux, nous sommes attaqu\u00e9s, mais soutenus par notre artillerie nous repoussons l&rsquo;attaque, toute la journ\u00e9e, fusillade intense, p\u00e9tard \u00e0 main, grenade et crapouillots, c&rsquo;est un vacarme \u00e9pouvantable qui vous rend nerveux. Nous sommes bien approvisionn\u00e9s, mais rien de chaud. Gniole en quantit\u00e9. 4 mars. Toute la nuit en \u00e9veil et dans la journ\u00e9e nous attaquons apr\u00e8s un terrible bombardement de notre artillerie ; un corps est projet\u00e9 \u00e0 30 m\u00e8tres de hauteur par un obus. Nous nous engageons dans un terrible corps \u00e0 corps, mais nous revenons \u00e0 nos positions, le terrain est couvert de cadavres. Quel terrifiant spectacle (page 35)\u00bb ; il s&rsquo;agit du jour le plus meurtrier avec le 16 avril 1917.<\/p>\n<p>Secteur de <strong>Verdun<\/strong>, octobre-d\u00e9cembre 1916. Janvier 1917, Champagne ; Hermonville pr\u00e8s de Reims (3 janvier 1917) : ce s\u00e9jour se distingue par sa tranquillit\u00e9 ; une note pr\u00e9cise que le 313<sup>e<\/sup> bien qu&rsquo;en ligne, n&rsquo;a aucun tu\u00e9 du 1<sup>er<\/sup> janvier au 7 avril 1917 (p. 143). Voir le paragraphe sur l&rsquo;offensive Nivelle.<\/p>\n<p>\u00c0 aucun moment, Granger n&rsquo;exprime de haine pour l&rsquo;ennemi ; bien que lisant r\u00e9guli\u00e8rement les journaux, ce paysan ne c\u00e8de pas \u00e0 l&rsquo;hyst\u00e9rie vengeresse ; au contraire il plaint souvent ses vis-\u00e0-vis : \u00ab 5 avril 1915 : [&#8230;] Nouvelle canonnade aussi intense qu&rsquo;hier et les Boches ne doivent pas rire des 75 qui leur sifflent pr\u00e8s des oreilles&#8230; (p. 41) \u00bb ; \u00ab 5 mai 1915. En premi\u00e8re ligne, nous sommes assez tranquilles toute la journ\u00e9e, car les crapouillots ne voyagent pas, il est arriv\u00e9 sans doute un accident chez les Boches, car il se produit une explosion et on entend des cris&#8230; (p. 45) \u00bb ; id. le 21 novembre 1915 (p. 75), le 22 d\u00e9cembre 1915 (p. 134) et le 9 f\u00e9vrier 1916 (p. 87) ; \u00ab 26 octobre 1916. [&#8230;] Quel triste d\u00e9fil\u00e9 de bless\u00e9s que les brancardiers ont tant de mal \u00e0 transporter \u00e0 travers ce bourbier et ce terrain boulevers\u00e9 par nos obus, les brancardiers boches volontaires aident les n\u00f4tres et se serrent la main apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9chauffour\u00e9e pass\u00e9e ; quelle contradiction, c&rsquo;est ainsi que la guerre dure puisque les prisonniers font la guerre encore (p. 130) \u00bb ; 29 octobre 1916 ;<\/p>\n<p>Pas de grands mots non plus dans les notes quotidiennes : la patrie, la nation, la France, sont absents des carnets ; mais pas la famille pour laquelle l&rsquo;attachement est si fort (p. 61, 85).<\/p>\n<p>Homme de la terre, Granger est particuli\u00e8rement sensible \u00e0 la vie de la nature, aux ravages de la guerre port\u00e9s aux arbres, aux paysages (p. 43) ; \u00ab 11 mai 1915. [&#8230;] ces arbres si beaux ont p\u00e9ri silencieusement, le c\u0153ur travers\u00e9 par la mitraille, sont rest\u00e9s insensibles au r\u00e9veil du printemps (p. 48) \u00bb.<\/p>\n<p>Comme beaucoup d&rsquo;autres poilus, il vit la guerre comme un m\u00e9tier ; mais cela ne l&#8217;emp\u00eache pas d&rsquo;\u00eatre profond\u00e9ment traumatis\u00e9 par les spectacles d&rsquo;horreur auxquels il est expos\u00e9 : \u00ab 2 mai 1915 : [&#8230;] j&rsquo;ai vu des travaux de terrassement formidables qui d\u00e9passent l&rsquo;imagination, puis un Boche accroch\u00e9 dans un ch\u00eane, projet\u00e9 et d\u00e9chiquet\u00e9 par l&rsquo;explosion d&rsquo;une mine, quel spectacle effrayant. (p. 44) \u00bb ; \u00ab 16 octobre 1916. [secteur de Verdun] [&#8230;] Quel travail nous avons aujourd&rsquo;hui ; il faut creuser un boyau au milieu des cadavres, c&rsquo;est une infection. Quel charnier \u00e9pouvantable, ce sont des morts couvert la terre, enterr\u00e9s et d\u00e9terr\u00e9s successivement par les obus, l&rsquo;air en est empoisonn\u00e9. (p.129) \u00bb<\/p>\n<p><strong>Moral <\/strong>:<\/p>\n<p>Une premi\u00e8re notation n\u00e9gative \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des chefs appara\u00eet d\u00e9but 1916, indice d&rsquo;une baisse du moral : \u00ab 3 janvier 1916. Aujourd&rsquo;hui nous allons dans le ravin de 263 pour faire un r\u00e9seau de fil de fer le long du ruisseau ; nous sommes pr\u00e8s des Boches et ils nous envoient quelques coups de fusils ; il serait plus prudent d&rsquo;y venir le matin ; mais nos chefs ne se rendent pas compte du danger car ils n&rsquo;y viennent pas (p. 81-82) \u00bb. Plus largement, les notes quotidiennes permettent de suivre les ondulations du moral. Ainsi, avec les offensives de Champagne, grand est l&rsquo;espoir d&rsquo;en finir : \u00ab 22 septembre 1915. [&#8230;] Nous sommes constamment en tenue d&rsquo;alerte pr\u00eat \u00e0 partir car la Grande Offensive est d\u00e9clench\u00e9e et nous esp\u00e9rons \u00eatre de la poursuite d&rsquo;ici peu et nous irons de bon coeur ; quel soulagement de quitter l&rsquo;Argonne. (p. 66-67) \u00bb ; mais tr\u00e8s vite, le moral retombe : \u00ab 17 d\u00e9cembre 1915. [&#8230;] toujours les m\u00eames occupations, les canonnades de jour et de nuit, et je me demande si \u00e7a finira un jour (p. 133) ; \u00ab 3 mars 1916. [&#8230;] Journ\u00e9e sale et triste comme les cons\u00e9quences de cette affreuse guerre&#8230; (p. 91) \u00bb ; \u00ab 29 avril 1916. [&#8230;] le temps est beau et chaud et de nombreux a\u00e9ros circulent en tous sens. Quel malheur de faire la guerre et de se tuer de ce beau temps, il ferait pourtant si bon vivre au pays pr\u00e8s de ceux \u00e0 qui nous pensons si souvent (p. 102) \u00bb ; \u00ab 11 juin 1916. [&#8230;] Les musiques de tous les r\u00e9giments viennent jouer pr\u00e8s des lignes pour f\u00eater la Victoire russe [en Galicie, Pologne autrichienne], quelle sc\u00e8ne r\u00e9confortante, quel hourah dans la for\u00eat (p. 109) \u00bb ; \u00ab 26 juin 1916. Le calme est revenu du c\u00f4t\u00e9 de Verdun, mais hier toute la journ\u00e9e et surtout cette nuit, quelle canonnade, je ne me souviens pas avoir entendu pareil roulement ; quel acharnement, quelle boucherie se continue dans un acharnement sans nom&#8230; (p. 111) \u00bb ; \u00ab 7 d\u00e9cembre 1916. [&#8230;] Les prisonniers boches de Douaumont travaillent avec nous \u00e0 la r\u00e9fection des routes, et nous songeons aux n\u00f4tres qui sont dans les m\u00eames conditions sous nos obus. Quelle cruelle et abominable guerre ; que d&rsquo;atrocit\u00e9s (p. 136) \u00bb ; \u00ab 8 d\u00e9cembre 1916. [&#8230;] Un obus tombe sur les Boches cantonn\u00e9s dans les environs ; tu\u00e9s par leurs fr\u00e8res ; quelle guerre pleine d&rsquo;horreurs (p. 137) \u00bb ; \u00ab 11 d\u00e9cembre 1916. [&#8230;] Nous travaillons parmi les Boches \u00e0 la r\u00e9fection des routes, ils sont plus heureux que nous, mais c&rsquo;est malheureux quand m\u00eame d&rsquo;\u00eatre oblig\u00e9 de faire la guerre m\u00eame \u00e9tant prisonnier, il en est de m\u00eame de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 (p 137) \u00bb ; \u00ab 14 d\u00e9cembre 1916. Nous sommes toujours terr\u00e9s dans notre tranch\u00e9e, les obus tombent et nous sommes enterr\u00e9s plusieurs fois. C&rsquo;est effrayant, et nous aspirons plus que jamais \u00e0 la fin de cette guerre, de cette calamit\u00e9 sans nom. (p. 137) \u00bb ; \u00ab 18 d\u00e9cembre 1916. C&rsquo;est toujours la m\u00eame vie, nous faisons comme chaque nuit la corv\u00e9e de ravitaillement des 1\u00e8res lignes et nous sommes bombard\u00e9s chaque fois, des victimes \u00e0 chaque instant. Quand finira cette terrible guerre qui dure depuis si longtemps, les 1\u00e8res atteintes de l&rsquo;hiver nous font fr\u00e9mir en songeant \u00e0 celles qui suivront. (p. 138) \u00bb ; \u00ab 13 mai 1917. Apr\u00e8s avoir attendu avec une grande impatience une partie de la nuit, nous sommes enfin relev\u00e9s et venons jusqu&rsquo;\u00e0 Roucy o\u00f9 nous passons 24 heures, nous sommes ext\u00e9nu\u00e9s de fatigues et nous dormons une partie du temps apr\u00e8s avoir contempl\u00e9 l&rsquo;oeuvre de la nature, du printemps qui nous r\u00e9jouit, nous \u00e9gaye de sa verdure et de ses fleurs printani\u00e8res ; quel dommage de faire la guerre, nous serions si heureux pr\u00e8s des n\u00f4tres ; (p. 163-164) \u00bb. <strong>OB\u00c9IR N&rsquo;EST PAS CONSENT<\/strong>IR.<\/p>\n<p>La mauvaise humeur \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des artilleurs s&rsquo;exprime \u00e0 plusieurs reprises : \u00ab 28 mars 1916. [&#8230;] les artilleurs ont trouv\u00e9 un nouveau tir par rafales qu&rsquo;ils appellent \u00ab tir de surprise \u00bb lesquels de ces tirs qui sont les meilleurs, en tous cas ils commencent \u00e0 nous \u00e9nerver avec leurs tirs, on est \u00e0 moiti\u00e9 abruti, on va le devenir tout \u00e0 fait.. (p. 97-98) \u00bb ; \u00ab 18 juillet 1916. [&#8230;] Le soir un nouveau bombardement d\u00e9molit nos tranch\u00e9es \u00e0 nouveau ; nous travaillons toute la nuit, nos artilleurs emm&#8230; les Boches sans rel\u00e2ches aussi ils se mettent en col\u00e8re et nous envoient des gros calibres (p. 114.) \u00bb<\/p>\n<p><strong>Alcool<\/strong> : pour tenir dans les tranch\u00e9es ; pour les oublier quand on est au repos ; \u00ab 4 avril 1916. [&#8230;] Bonne sant\u00e9, bon app\u00e9tit ; nous avons du pinard achet\u00e9 dans un pays \u00e0 c\u00f4t\u00e9 \u00e0 1.20 ; il y a quelques loustics ayant bu un quart de vin qui font le chahut (p 99) \u00bb ; 13 janvier 1917 : la gniole est supprim\u00e9e aux arm\u00e9es ; approvisionnement par les permissionnaires. Cela n&#8217;emp\u00eache pas les so\u00fbleries ; voir ci-dessous le paragraphe consacr\u00e9 aux mutineries au lendemain de l&rsquo;offensive Nivelle.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;offensive Nivelle<\/strong> :<\/p>\n<p>Un secret bien gard\u00e9 ( !): plus de dix jours avant le 16, l&rsquo;offensive fait l&rsquo;objet de toutes les conversations ; \u00ab 12 avril 1916. Alerte \u00e0 4 heures, la Cie prend position dans les parall\u00e8les pour entreprendre en m\u00eame temps que les autres compagnies une reconnaissance dans les lignes ennemies ; le r\u00e9giment fait 40 prisonniers, mais les Boches nous en ramassent plus de 100. L&rsquo;avantage est bien petit car ces prisonniers vont donner des renseignements sur nos projets d&rsquo;attaque (p. 155) \u00bb ;<\/p>\n<p>Le moral avant la bataille n&rsquo;est pas aussi bon qu&rsquo;on le lit souvent : \u00ab 7 avril 1917. [&#8230;] quelques-uns ont des id\u00e9es noires, d&rsquo;autres se r\u00e9signent \u00e0 leur sort (p. 154) \u00bb ; \u00ab 11 avril 1917. Nous restons l\u00e0 jusqu&rsquo;au soir puis \u00e0 la nuit nous changeons d&#8217;emplacement et appuyons sur la droite ; la section est en r\u00e9serve dans des sapes au fond desquels il y a 30 cm d&rsquo;eau, il y fait un froid terrible ; c&rsquo;est bien malheureux de vivre ainsi sous terre pendant qu&rsquo;il fait un beau soleil dehors ; que d&rsquo;id\u00e9es noires nous passent dans la t\u00eate ; et nous maudissons la guerre de tout notre coeur, quelle affreuse et cruelle chose (p. 155) \u00bb ;<\/p>\n<p>L&rsquo;attaque du 16 avril se d\u00e9roule entre Craonne et Berry-au-Bac ; 17 avril, reprise de l&rsquo;attaque au Bois des boches, for\u00eat de Ville-aux-Bois ; attitude typique des prisonniers qui ont le sentiment d&rsquo;avoir termin\u00e9 leur guerre : \u00ab 17 avril 1917. [&#8230;] les prisonniers \u00e9taient heureux de se d\u00e9biner ; ils disaient : guerre finie pour nous et ils nous donnaient des poign\u00e9es de main en disant \u00ab Kamarad \u00bb Fran\u00e7auss bon soldat ; ils donnaient ce qu&rsquo;ils avaient sur eux, tabac, couteaux, etc. (p. 159) \u00bb ;<\/p>\n<p><strong>Lendemains d&rsquo;offensive<\/strong> : rel\u00e8ve le 19 avril ; repos ( ?) au camp de Bourgogne : nourriture insuffisante ; exercices ridicules ; d\u00e9gradation rapide du moral (p. 159-160) ; et expression de propos d\u00e9faitistes : \u00ab 28 avril 1917. Pour une fois nous avons un jour de vrai repos ; seulement une revue en armes et rapport quotidien \u00e0 13 :30. Toilette ; correspondance ; lecture du journal qui n&rsquo;est gu\u00e8re int\u00e9ressant ; cette grande offensive est rat\u00e9e, pourtant que d&rsquo;espoirs elle avait fait na\u00eetre. Aussi la confiance s&rsquo;en va avec cette crainte qu&rsquo;il en sera toujours ainsi et que nous ne les aurons pas par les armes (p. 160-161) \u00bb ;<\/p>\n<p>1<sup>er<\/sup> mai, retour en ligne, dans la plaine en face de Juvincourt ; rel\u00e8ve le 13 mai ; repos \u00e0 Roucy puis \u00e0 Brouillet ; citation du 313<sup>e<\/sup> \u00e0 l&rsquo;ordre de la Division (25 mai 1917, p. 165). <strong>Mutinerie <\/strong>: quelques lignes seulement sur ces \u00e9v\u00e9nements dans lesquels le 313<sup>e<\/sup> a \u00e9t\u00e9 fortement impliqu\u00e9 : \u00ab 26 mai 1917. A la suite de la revue repos pour le R\u00e9gt et toutes les punitions sont lev\u00e9es. C&rsquo;est toujours la vie de cantonnement de repos, bonne table, forts coups de pinard, c&rsquo;est la libert\u00e9 illusoire et bienfaisante ; [&#8230;] 27 mai. Grasse matin\u00e9e, d\u00e9jeuner, toilette, messe. C&rsquo;est la bonne vie ici, qui \u00e0 notre regret touche \u00e0 sa fin bonne sant\u00e9 ; chaleur tropicale. 28 mai. Le matin exercice de cadre pour le R\u00e9gt ; puis brusquement on nous apprend notre d\u00e9part pour demain matin ; tout le reste de la journ\u00e9e, pr\u00e9paratifs de d\u00e9part, distributions de vivres et de cartouches, revues ; il faut se coucher de bonne heure car demain matin r\u00e9veil \u00e0 3 heures. Manifestations par quelques poilus agissant sous l&rsquo;influence du pinard ; nuit mouvement\u00e9e, tout se calme avec un maigre r\u00e9sultat pour les auteurs de ce d\u00e9sordre ; ils s&rsquo;en repentiront \u00e0 bref d\u00e9lai. 29 mai. D\u00e9part de Brouillet \u00e0 4 heures, arriv\u00e9s \u00e0 la ferme de l&rsquo;Orme pr\u00e8s de Montigny \u00e0 11 heures, nous avons eu la chance d&rsquo;avoir un temps couvert et favorable pour la marche, nous sommes pourtant contents d&rsquo;\u00eatre arriv\u00e9s et de rattraper le sommeil perdu la nuit derni\u00e8re ; nous sommes dans des baraquements. Des mesures sont prises pour que le d\u00e9sordre d&rsquo;hier ne se reproduise pas, et les auteurs sont traduits imm\u00e9diatement devant le conseil de guerre ; tout est calme, service de quart la nuit (p. 168)\u00bb [Le soldat Henri Valembras est condamn\u00e9 \u00e0 mort et ex\u00e9cut\u00e9 le 13 juin, \u00e0 Roucy ; de la classe 8, cultivateur, c\u00e9libataire, il a frapp\u00e9 un capitaine \u00e0 coups de pieds et de poings] ; retour en ligne au Bois-des-Boches. Voir Denis Rolland, <em>La Gr\u00e8ve des tranch\u00e9es. Les mutineries de 1917<\/em>, postface de Nicolas Offenstadt, Paris, Imago, 2005, p. 100-101.<\/p>\n<p>Surveillance des trains de permissionnaires (p. 173)<\/p>\n<p><strong>Filons <\/strong>:<\/p>\n<p>Quitter la tranch\u00e9e le temps d&rsquo;un stage d&rsquo;instruction est ressenti comme une aubaine : \u00ab 25 novembre 1915. Je suis d\u00e9sign\u00e9 pour une quinzaine comme instructeur aux bombardiers de Loch\u00e8res ce qui me fait bien plaisir. [&#8230;] c&rsquo;est un filon et quinze jours \u00e0 \u00eatre tranquille et \u00e0 l&rsquo;abri&#8230;. (p. 75) \u00bb.<\/p>\n<p>Cours de signalisation \u00e0 Nogent-l&rsquo;Hartault du 17 septembre au 10 octobre 1917 : \u00ab 17 septembre 1917. [&#8230;] apr\u00e8s avoir rempli les formalit\u00e9s, je reconnais le logement et me couche content d&rsquo;une 1<sup>\u00e8re<\/sup> journ\u00e9e de filon (p. 185) \u00bb ; \u00ab 19 septembre 1917. Toute la dur\u00e9e du cours nous faisons de la signalisation et des signaux \u00e0 tour de bras. [&#8230;] C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9cole des Sp\u00e9cialit\u00e9s de la Xe Arm\u00e9e. La guerre ici n&rsquo;est pas dure, il y a tout ce qu&rsquo;il faut pour la continuer et pour tenir. (p. 185)\u00bb ; \u00ab 22 septembre 1917. [&#8230;] Comme il fait bon la guerre dans ces conditions&#8230; (p. 187) \u00bb ; retour en ligne le 12 octobre dans les sapes occup\u00e9es \u00e0 la veille du 16 avril : \u00ab 13 octobre 1917. [&#8230;] Quel dur m\u00e9tier ; quelle abominable chose que la guerre ; et je me couche en maudissant ceux qui l&rsquo;ont d\u00e9cha\u00een\u00e9e (p. 189)\u00bb<\/p>\n<p>Autres notations utiles :<\/p>\n<p>Premi\u00e8re mention des gaz et des moyens rudimentaires pour s&rsquo;en prot\u00e9ger, le 14 mai 1915 (p. 48) ; \u00e9vasion d&rsquo;un homme conduit au Conseil de guerre de Damery (mars 1917, p. 150-151). Bordel militaire : 28 d\u00e9cembre 1917 \u00e0 Mourmelon (p. 199)<\/p>\n<p>Pour l&rsquo;Argonne, ce t\u00e9moignage est \u00e0 croiser avec celui d&rsquo;Andr\u00e9 P\u00e9zard, <em>Nous autres \u00e0 Vauquois<\/em>, Paris, La Renaissance du livre, 1918 ; r\u00e9\u00e9dition, Nancy, P.U.N.<em> <\/em>; P\u00e9zard arrive dans le secteur de Granger en janvier 1915.<\/p>\n<p>Fr\u00e9d\u00e9ric Rousseau, mars 2008.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin N\u00e9 le 28 janvier 1885 au village de Lanc\u00f4me pr\u00e8s de Blois, dans une famille de petits cultivateurs. Apr\u00e8s des \u00e9tudes primaires, obtint le certificat d&rsquo;\u00e9tudes. Devient horticulteur, travaille chez des mara\u00eechers et chez des ch\u00e2telains \u00e0 l&rsquo;entretien de parcs. Service militaire du 1er octobre 1906 au 30 septembre 1908 au 113e &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/04\/10\/granger-ladislas-1885-1972\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Granger, Ladislas (1885-1972)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[102,131,34,3,10],"tags":[820,588,844,567,931,305],"class_list":["post-97","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-1991-2000","category-313e-ri","category-4e-zouaves","category-carnet","category-combattant-infanterie","tag-alcool","tag-cadavres","tag-filon","tag-mutineries","tag-obeissance","tag-prisonniers"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/97","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=97"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/97\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3731,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/97\/revisions\/3731"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=97"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=97"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=97"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}