{"id":974,"date":"2012-12-21T11:19:54","date_gmt":"2012-12-21T10:19:54","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=974"},"modified":"2021-09-14T19:34:43","modified_gmt":"2021-09-14T18:34:43","slug":"teilhard-de-chardin-pierre-1881-1955","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2012\/12\/21\/teilhard-de-chardin-pierre-1881-1955\/","title":{"rendered":"Teilhard de Chardin, Pierre (1881-1955)"},"content":{"rendered":"<p>Le futur th\u00e9ologien, g\u00e9ologue et pal\u00e9ontologue est n\u00e9 \u00e0 Orcines (Puy-de-D\u00f4me) le 1er mai 1881, quatri\u00e8me de onze enfants, dans une vieille famille auvergnate de magistrats. Devenu j\u00e9suite, il est mobilis\u00e9 en 1914 comme infirmier brancardier \u00e0 Clermont-Ferrand et il part pour le front le 20 janvier 1915 au 8e r\u00e9giment de tirailleurs marocains, devenu en juin le 4e mixte de zouaves et tirailleurs (caporal en mai). Son t\u00e9moignage de guerre repose principalement sur les lettres adress\u00e9es \u00e0 sa cousine Marguerite Teilhard, dite Claude Aragonn\u00e8s en litt\u00e9rature (1880-1959), agr\u00e9g\u00e9e lettres-philosophie en 1904, qui dirige un institut priv\u00e9 rue ND des Champs.<br \/>\nLe brancardier constate tout de suite la diff\u00e9rence de statut entre ceux qui font les attaques et les autres, ainsi \u00e9crit-il, le 7 octobre 1915, en Artois : \u00ab Il reste que le fantassin sortant des tranch\u00e9es pour l\u2019attaque est un homme \u00e0 part, qui a v\u00e9cu une minute que les autres ne soup\u00e7onnent pas. J\u2019ai honte, croirais-tu, de penser que je suis rest\u00e9 dans les boyaux pendant que mes amis partaient se faire tuer. Tant, parmi eux, ne sont pas revenus, \u00e0 commencer par mon meilleur ami au r\u00e9giment et le plus admirable soldat que j\u2019aie connu, ce pauvre commandant Lefebvre qui, pour \u00eatre s\u00fbr que ses Africains le suivent, est sorti le premier, levant son k\u00e9pi et criant \u00ab\u00a0En avant, mes amis, c\u2019est pour la France !\u00a0\u00bb, et est tomb\u00e9 vingt pas plus loin, en faisant le signe de croix. Personnellement, je n\u2019ai couru que les risques ordinaires au  bombardement des boyaux, o\u00f9 on est \u00e0 l\u2019abri jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019un obus tombe en plein dedans, ce qui arrive fr\u00e9quemment. C\u2019est le danger b\u00eate, passif, qui fond sur vous \u00e0 l\u2019improviste, au moment o\u00f9 on y pense le moins \u2013 tel ce soir o\u00f9, revenant paisiblement \u00e0 ma casemate, je n\u2019\u00e9vitai que d\u2019une dizaine de pas la chute d\u2019un projectile exactement sur moi. \u00bb Le j\u00e9suite est \u00e9galement conscient du travail que les hommes des tranch\u00e9es doivent accomplir : \u00ab Tu ne te figures pas l\u2019effort que demande aux hommes, dans ces conditions, une vulgaire corv\u00e9e de soupe : faire 1800 m\u00e8tres de boyaux, marmite en main, en enfon\u00e7ant dans la boue et l\u2019eau jusqu\u2019aux genoux, avec trop souvent des \u00e9clatements d\u2019obus tout aupr\u00e8s des parapets \u00e9croul\u00e9s, repr\u00e9sente une v\u00e9ritable peine. Les soldats s\u2019y plient, comme \u00e0 une chose toute naturelle ; si seulement ils savaient endurer leur labeur avec une pleine conscience chr\u00e9tienne ! \u00bb (11 d\u00e9cembre 1915). Car, pour lui, l\u00e0 est le probl\u00e8me : \u00ab En songeant hier, vendredi saint, au petit nombre de poilus, parmi la fourmili\u00e8re qui travaille ici, qui songeaient \u00e0 offrir \u00e0 Dieu leurs multiples souffrances, souffrance de la boue, souffrance du danger, souffrance de l\u2019inconnu et des blessures\u2026, je me suis dit que Dieu peut-\u00eatre, pour que toute cette masse soit sanctifi\u00e9e et utilis\u00e9e, se contente de l\u2019offrande et du sacrifice conscients de quelques \u00e2mes plus \u00e9clair\u00e9es, par lesquelles tout fermente. Prie bien pour que je sois de celles-l\u00e0, autant que NS le veut \u00bb (5 avril 1917).<br \/>\nLe savant est fort d\u00e9\u00e7u de son contact avec \u00ab la masse \u00bb : \u00ab Je suis en tout cas de plus en plus convaincu que l\u2019humanit\u00e9 n\u2019est pas m\u00fbre (si jamais !) pour \u00eatre conduite par la raison, et que la masse a besoin d\u2019\u00eatre, longtemps encore, tenue en lisi\u00e8re \u00bb (10 juillet 1916). Les hommes ont besoin de distractions, mais pas n\u2019importe lesquelles. Il propose des livres qui \u00ab fassent penser et tonifient l\u2019esprit \u00bb. Il r\u00e9prouve les jeux de cartes et demande \u00e0 sa cousine de lui envoyer, ce qu\u2019elle fera, \u00ab un ballon de football (association, non rugby, c\u2019est-\u00e0-dire sph\u00e9rique, non ovo\u00efde). Cet article n\u2019est \u00e9videmment pas en r\u00e9serve \u00e0 l\u2019Institut, mais tu trouveras peut-\u00eatre, autour de toi, la main g\u00e9n\u00e9reuse qui donnera la quinzaine de francs moyennant lesquels on occupera au 8e tirailleurs, les apr\u00e8s-midi, durant la p\u00e9riode de repos prolong\u00e9 (trop) que nous traversons \u00bb (9 f\u00e9vrier 1915). Il est tent\u00e9 de se retirer dans un \u00ab pensoir \u00bb pour analyser pr\u00e9cis\u00e9ment ses sentiments, pour \u00e9crire divers ouvrages, notamment <em>La nostalgie du Front<\/em>, paru en novembre 1917, annonc\u00e9 par cette lettre \u00e0 sa cousine, le 25 septembre : \u00ab L\u2019id\u00e9e dont je te parlais dans ma derni\u00e8re lettre se pr\u00e9cise et vaudrait, je crois, que je la mette en quelques pages, br\u00e8ves du reste. J\u2019intitulerais cela \u00ab\u00a0La nostalgie du Front\u00a0\u00bb. Le sentiment existe, sans doute possible. Je voudrais le d\u00e9crire sommairement, et en donner quelques raisons. Ces raisons, me semble-t-il, se ram\u00e8nent \u00e0 ceci : le Front attire invinciblement parce qu\u2019il est, pour une part, l\u2019extr\u00eame limite de ce qui se sent et de ce qui se fait. Non seulement on y voit autour de soi des choses qui ne s\u2019exp\u00e9rimentent nulle part ailleurs, mais on y voit affleurer, en soi, un fond de lucidit\u00e9, d\u2019\u00e9nergie, de libert\u00e9 qui ne se manifeste gu\u00e8re ailleurs, dans la vie commune \u2013 et cette forme nouvelle que r\u00e9v\u00e8le alors l\u2019\u00e2me, c\u2019est celle de l\u2019individu vivant de la Vie quasi-collective des hommes, remplissant une fonction bien sup\u00e9rieure \u00e0 celle de l\u2019individu et prenant conscience de cette situation nouvelle. Notoirement, on n\u2019appr\u00e9cie plus les choses de la m\u00eame mani\u00e8re au front qu\u2019\u00e0 l\u2019arri\u00e8re : autrement la vie et le spectacle seraient intenables. \u2013 Cette \u00e9l\u00e9vation ne se fait pas sans douleur. Mais elle est une \u00e9l\u00e9vation quand m\u00eame. Et voil\u00e0 pourquoi on aime malgr\u00e9 tout le front, et on le regrette. \u00bb De tels propos faisaient bondir son ami Jean Boussac dans sa tranch\u00e9e (voir notice).<br \/>\nJustement, il s\u2019agit de son ami dans la lettre du 10 juillet 1916 : \u00ab Je pense, comme toi, et je le disais \u00e0 Boussac pour dissiper ses sombres pronostics : ce qui nous fera \u00e9viter une r\u00e9volution et une lutte de classes (au moins imm\u00e9diate), c\u2019est la joie dans laquelle les poilus se retrouveront dans le cadre des travaux familiers, et la ferveur nouvelle avec laquelle la majorit\u00e9 d\u2019entre eux s\u2019y livreront. \u00bb De nombreux t\u00e9moignages de survivants, \u00e0 commencer par celui de Louis Barthas, montrent qu\u2019ils ont su go\u00fbter \u00ab la joie de vivre, de revivre plut\u00f4t \u00bb, et ils auraient approuv\u00e9 cette derni\u00e8re remarque-l\u00e0 de l\u2019intellectuel j\u00e9suite. Et sans doute moins celles sur l\u2019\u00e2me, l\u2019\u00e9l\u00e9vation, la Vie du Front (avec les majuscules)\u2026 Quant \u00e0 la suivante, datant de 1918, elle traduit l\u2019exp\u00e9rience des quatre ann\u00e9es de guerre du grand savant : \u00ab Toute la difficult\u00e9 (et le secret) de la vraie d\u00e9mocratie est de favoriser le renouvellement, et le recrutement, et l\u2019accession aussi universelle que possible de tous, \u00e0 l\u2019\u00e9lite. Mais en soi, la masse est profond\u00e9ment inf\u00e9rieure et ha\u00efssable. Ne trouves-tu pas ? \u00bb<br \/>\nR\u00e9my Cazals (d\u2019apr\u00e8s les notes de Nicolas Mariot)<br \/>\n*Pierre Teilhard de Chardin, <em>Gen\u00e8se d\u2019une pens\u00e9e. Lettres (1914-1919)<\/em>, Paris, Grasset, 1961, 404 p.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le futur th\u00e9ologien, g\u00e9ologue et pal\u00e9ontologue est n\u00e9 \u00e0 Orcines (Puy-de-D\u00f4me) le 1er mai 1881, quatri\u00e8me de onze enfants, dans une vieille famille auvergnate de magistrats. 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