{"id":986,"date":"2012-12-28T21:48:16","date_gmt":"2012-12-28T20:48:16","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=986"},"modified":"2021-09-14T19:35:20","modified_gmt":"2021-09-14T18:35:20","slug":"houard-etienne-1888-1950","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2012\/12\/28\/houard-etienne-1888-1950\/","title":{"rendered":"Houard, Etienne (1888-1950)"},"content":{"rendered":"<p>Fils de tailleur de limes, n\u00e9 le 19 juin 1888 \u00e0 Varennes-l\u00e8s-Narcy (Ni\u00e8vre), \u00c9tienne Houard a repris \u00e0 son tour le m\u00eame m\u00e9tier. Durant son service militaire effectu\u00e9 de 1909 \u00e0 1911, il a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 caporal. Mari\u00e9, ayant un fils de six mois en ao\u00fbt 1914, il habitait alors \u00e0 Sourdes et travaillait \u00e0 Saint-Hilaire, pr\u00e8s de La Charit\u00e9-sur-Loire. Pendant la guerre, il a tenu un calepin dont il a recopi\u00e9 au propre le contenu sur trois cahiers que son arri\u00e8re-petite-fille a montr\u00e9s \u00e0 son professeur d\u2019histoire de 3e. Celui-ci, J.-C. Gilquin, les a publi\u00e9s en 1982. Une br\u00e8ve mention (p. 127) indique que l\u2019ouvrier Houard \u00e9tait un homme \u00ab de gauche \u00bb, sans plus de pr\u00e9cision. Le contenu des carnets de guerre du fantassin du 4e RI d\u2019Auxerre (104 pages pour une ann\u00e9e) et de captivit\u00e9 (70 pages pour trois ans et demi) n\u2019est pas particuli\u00e8rement original, mais il rend compte des principaux aspects de l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue.<br \/>\nApr\u00e8s avoir appris \u00e0 faire la carapace avec les sacs pour se prot\u00e9ger des bombardements, exercice consid\u00e9r\u00e9 \u00e0 juste titre comme absurde, le 4e RI monte vers la Belgique, se heurte au feu des mitrailleuses qui provoque de lourdes pertes, et commence la retraite de Charleroi. \u00c9tienne Houard d\u00e9crit des spectacles macabres, et n\u2019approuve pas l\u2019assassinat d\u2019un Allemand pr\u00eat \u00e0 se rendre par une sorte de \u00ab bandit \u00bb portant en permanence un long coutelas. Le 4e RI, qui n\u2019est pourtant pas un de ces r\u00e9giments du Midi, alors stigmatis\u00e9s, a connu deux phases de \u00ab Sauve qui peut ! \u00bb. D\u00e9but septembre, Cond\u00e9-en-Barrois est le point extr\u00eame de la retraite ; d\u00e9sormais ce sont les Allemands qui reculent et qui laissent sur le terrain toutes sortes de troph\u00e9es. Mais \u00c9tienne Houard ne conserve pas le casque qu\u2019il a ramass\u00e9 car \u00ab il est trou\u00e9 d\u2019une balle, la cervelle est encore \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur \u00bb.<br \/>\nIl refuse le grade de sergent qui lui a \u00e9t\u00e9 propos\u00e9 comme r\u00e9compense de sa d\u00e9brouillardise, dont il nous donne des exemples, que ce soit pour se procurer de la nourriture (p. 54), pour placer et surveiller les sentinelles (p. 74), pour approuver la fabrication d\u2019un fourneau \u00e0 l\u2019aide de ba\u00efonnettes et de calottes d\u2019acier (p. 95). \u00c0 Vauquois, notamment au ravin des Meurissons, le 4e RI combat avec la brigade Garibaldi. Les attaques fran\u00e7aises sont clou\u00e9es au sol par les mitrailleuses allemandes ; les contre-attaques allemandes subissent le m\u00eame sort. Au repos, les fantassins ne sont \u00ab pas copains avec ces artilleurs bien nourris, bien cir\u00e9s, bien ras\u00e9s \u00bb et souhaitent qu\u2019on les envoie aux tranch\u00e9es. Une p\u00e9riode de calme, jusqu\u2019\u00e0 P\u00e2ques 1915, est suivie des pr\u00e9paratifs d\u2019attaque. Alors, la voix du lieutenant tremble, le capitaine se dit malade, un frisson parcourt le corps des soldats. \u00ab Les sections parties \u00e0 l\u2019attaque sont arr\u00eat\u00e9es net par les fils de fer barbel\u00e9s et couch\u00e9es par les mitrailleuses ennemies \u00bb ; les survivants se cachent dans des trous qu\u2019ils approfondissent ; on creuse un boyau, de nuit, pour les rejoindre. Le caporal Louis Barthas a d\u00e9crit des sc\u00e8nes identiques. \u00c0 Vauquois, la guerre de taupes se d\u00e9veloppe alors : \u00ab mines, grenades, crapouillots, fus\u00e9es ne cesseront pas, ce sera l\u2019enfer continuel \u00bb. Lorsqu\u2019une mine saute, on croirait voir l\u2019\u00e9ruption d\u2019un volcan.<br \/>\nArrive l\u2019\u00e9t\u00e9 de 1915 ; \u00c9tienne a l\u2019espoir de partir en permission pour revoir son fils qu\u2019il conna\u00eet \u00e0 peine, mais une attaque allemande, le 13 juillet, d\u00e9borde toutes les d\u00e9fenses. De nombreux Fran\u00e7ais sont captur\u00e9s ; d\u2019autres leur tirent dessus ; \u00c9tienne est captur\u00e9 \u00e0 son tour : \u00ab Un Boche me met en joue. On me fait signe de me rendre. Comme mes camarades, je suis fait prisonnier. \u00bb Le mot \u00ab Kamarades \u00bb est \u00e9galement employ\u00e9 par les Allemands pour envoyer leurs prisonniers vers l\u2019arri\u00e8re ; il faut alors \u00e9chapper au tir des 75, mais cela n\u2019emp\u00eache pas Houard de constater la sup\u00e9riorit\u00e9 du syst\u00e8me de tranch\u00e9es de l\u2019ennemi. Plus loin, le Kronprinz lui-m\u00eame vient dire en fran\u00e7ais que les prisonniers seront bien trait\u00e9s. Plus loin encore, un gamin allemand qui veut jeter une pierre contre les prisonniers fran\u00e7ais en est emp\u00each\u00e9 par sa m\u00e8re.<br \/>\nVoici les prisonniers au camp de Schneidem\u00fchl, encore en construction. Les premi\u00e8res semaines sont terribles \u00e0 cause d\u2019une nourriture \u00ab claire et infecte \u00bb. Mais bient\u00f4t arrivent lettres et colis et les choses s\u2019am\u00e9liorent. Il faut alors aller travailler hors du camp. Cela commence par un s\u00e9jour dans la grande propri\u00e9t\u00e9 d\u2019un junker o\u00f9 notre Nivernais r\u00e9colte les pommes de terre et les betteraves, et apprend \u00e0 faire la choucroute. Les relations sont plut\u00f4t bonnes avec les gardiens, de \u00ab bons amis \u00bb qui se demandent pourquoi il faut aller \u00ab s\u2019entretuer sans savoir pourquoi \u00bb. C\u2019est ensuite dans une sucrerie o\u00f9 \u00c9tienne est fascin\u00e9 par les diff\u00e9rentes op\u00e9rations qu\u2019il d\u00e9crit ; puis dans l\u2019exploitation foresti\u00e8re o\u00f9 les plaintes des prisonniers sont imm\u00e9diatement examin\u00e9es par la hi\u00e9rarchie qui leur donne raison. Houard note ensuite que les \u00e9changes de prisonniers via la Suisse favorisent syst\u00e9matiquement les nobles et les classes dirigeantes. \u00c0 la fin, il travaille seul dans une petite ferme o\u00f9 il partage les fruits de son braconnage avec ses patrons qui lui annoncent, le 11 novembre 1918 que la guerre est finie et que l\u2019Allemagne est kaput. Atteint d\u2019une maladie pulmonaire qui lui vaudra ensuite 10 % d\u2019invalidit\u00e9, \u00c9tienne est rapatri\u00e9 par bateau de Stettin \u00e0 Cherbourg.<br \/>\nR\u00e9my Cazals<br \/>\n*\u00c9tienne Houard, <em>Ma campagne de guerre 14-18<\/em>, Paris, La Pens\u00e9e universelle, 1982, 183 p.<br \/>\n*Merci \u00e0 M. Thomas Roche, directeur des Archives d\u00e9partementales de la Ni\u00e8vre pour m\u2019avoir communiqu\u00e9, avec une grande efficacit\u00e9, les documents d\u2019\u00e9tat-civil et de matricule militaire concernant l\u2019auteur de ce t\u00e9moignage.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fils de tailleur de limes, n\u00e9 le 19 juin 1888 \u00e0 Varennes-l\u00e8s-Narcy (Ni\u00e8vre), \u00c9tienne Houard a repris \u00e0 son tour le m\u00eame m\u00e9tier. Durant son service militaire effectu\u00e9 de 1909 \u00e0 1911, il a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 caporal. 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