Belmont, Ferdinand (1890-1915)

1. Le témoin

Ferdinand Belmont est né le 13 août 1890 à Lyon de Régis et de Joséphine Marguerite Raillon. Issu d’une famille implantée à Grenoble depuis 1893, il a six frères et une sœur ; Jean, Joseph, Maxime, Paul, Émile, Jacques et Victorine, tous élevés dans la foi catholique. Son père est le neveu de monseigneur Belmont, évêque de Clermont et sa mère est l’arrière petite nièce de monseigneur Raillon (évêque de Dijon et archevêque d’Aix). Quand la guerre survient, Joseph se destine à être prêtre, Jean est en classe préparatoire à l’institut polytechnique de Grenoble alors que Ferdinand fait des études de médecine. Maxime deviendra un brillant architecte et le conservateur des antiquités et objets d’art des Hautes-Alpes. Ferdinand Belmont fait son temps militaire au 14ème BCA de 1908 à 1910, qu’il quitte comme sous-lieutenant, grade avec lequel il entre en guerre avec le 51e BCA avant d’être nommé lieutenant le 2 septembre 1914 et capitaine le 23 octobre suivant. Gravement blessé par éclat d’obus dans les environs du Hirztein, il meurt le 28 décembre 1915 à Moosch (Haut-Rhin).

2. Lé témoignage

Belmont, Ferdinand, Lettres d’un officier de chasseurs alpins. (2 août 1914 – 28 décembre 1915), Paris, Plon, 1916, 309 pages. Le texte paraît d’abord sous la forme d’extraits commentés par Henry Bordeaux dans le numéro 1216 du Correspondant du 25 septembre 1916.

Le 7 août 1914, le sous-lieutenant Belmont, du 51e BCA est en garnison à Annecy pour une période de garde à la frontière Italienne, à Macot (près de Bourg-Saint-Maurice), afin de se préserver d’un éventuel basculement de ce pays vers l’entente. Cette latence, qui ronge le patriotisme du fougueux officier s’achève enfin le 22 août avant qu’un trajet de trois jours de train dépose le 51e à Saint-Dié (Vosges). Dès lors, les choses s’accélèrent pour celui qui veut combattre à tout prix et montrer sa valeur car le baptême du feu, au hameau de Dijon (2 km à l’est de Saint-Dié) sera terrible ce 26 août 1914 et les jours suivants. Epuisé, affamé, sale et au moral atteint, Belmont a livré ses premiers combats, cerné par la mort de camarades et de ses supérieurs, à l’héroïsme inutile et sacrificiel et occasionnant au 51e des pertes sans nombres. « Du 51e, il ne reste que des débris. Je ne sais pas combien d’hommes sont tués ou blessés. Il n’y a plus de capitaines ; la moitié des lieutenants ou sous-lieutenants sont tués ou blessés ; il y a des hommes égarés qui ne nous ont pas retrouvés » (page 35). « Ainsi s’égrène le 51ème Chasseurs ! » (page 38) tant et si bien que ce bataillon est dissous et les lambeaux de compagnies restantes, exsangues, se fondent dans les effectifs du 11ème B.C.A., tout aussi terriblement éprouvé. Nous sommes le mercredi 2 septembre, date qui coïncide avec la nomination de Belmont au grade de lieutenant.

Les combats sont maintenant moins violents, ponctués par les canonnades d’artillerie avant que les défenseurs de la Haute Meurthe ne s’aperçoivent, le 11, de la retraite de l’ennemi. Saint-Dié est immédiatement réoccupé et le bataillon n’est désormais plus utile dans ce secteur. Le 15, il est transporté à Magnières (au nord de Rambervillers) puis Clermont, Fournival-l’Argillière avant Péronne où le 11e est éprouvé dans cette « Course à la mer » qui l’a amené sur la Somme. Rapidement l’enlisement s’installe et c’est désormais sous la surface du sol que vont se poursuivre les engagements durant le mois d’octobre qui verra tout de même, le 18, la reformation et le rééquipement du 51e BCA. Le 11e est aussi réorganisé et notre officier garde le commandement de la 6e compagnie avec le grade de capitaine qui suivra très vite (le 23).

Le 12 novembre, nouveau déplacement du bataillon qui va connaître les Flandres de manière tragique, puisque le train qui les emmène en gare d’Hazebrouck percute un autre convoi, occasionnant la mort de deux soldats. Là, Belmont côtoie le flegme et l’organisation britanniques mais aussi la grisaille et le malheur belges dans le village de Dickebusch (ou Dikkebus).

Les attaques et les périodes de repos se succèdent sous le froid et la boue du Nord tout le reste de l’année 1914, où le front s’est définitivement cristallisé et enterré. Le 5 janvier 1915, le bataillon est au cantonnement et au repos à Gérardmer. La ville est paisible et n’a l’aspect d’une ville en guerre que par suite de l’affluence militaire et Belmont va jouir de cette relative quiétude jusqu’au 4 février où il est commandé pour une reconnaissance en Alsace par le Rudlin et le Lac Blanc. Mais en fait, c’est une globale inactivité qui ponctue la vie de Belmont qui ne s’accommode que très mal de l’ordinaire.

Le 20 février, les combats reprennent pour l’officier dans les bois du Sattel (près de Munster) mais ils vont dès lors dépasser en horreur ce que Belmont avait juqu’alors connu. Le 11e va encore souffrir tant de l’ennemi que du froid et de la neige. Des attaques successives, inutiles, vont se suivre et se ressembler dans la violence et le sacrifice pendant toute l’année 1915 sur les hauteurs de Metzeral, au Linge, au Schratzmannele, au Reichackerkopf ou Braunkopf. Un cours répit au début de juillet, pendant lequel Ferdinand Belmont pourra embrasser une dernière fois sa famille avant de remonter vers le « tombeau des Chasseurs ».

Le 30 juillet, il attaque « sur ces fronts bardés de fer et hérissés de citadelles, défendus par des engins de plus en plus écrasants… ». Il y sera d’ailleurs légèrement blessé d’un éclat. Mais le Linge est un sommet inexpugnable et le 20 août est une hécatombe. Une attaque un temps victorieuse est contre-attaquée et reprise si vivement que Belmont refuse de proroger le massacre qui laisse le 11e en ruine, avec 70 hommes en ligne. « Je ne sais pas quand on nous relèvera ; nos poilus sont en loques, les godillots bâillent, les pantalons sont encore bien plus inquiétants. De se laver, il n’est pas question. Les hommes n’ont pas pu changer de linge depuis un mois, et quand il ne fait pas trop froid, ils se distraient en faisant la chasse à leurs poux ! »

Le 4 septembre 1915, Ferdinand Belmont bénéficie d’une nouvelle permission de quelques jours. Un court repos à Corcieux avant un autre sommet sanglant, le Schratzmannele surnommé le Schratz où également règnent le froid, la boue et le brouillard.

Le 28 décembre, à 4 heures du matin, sur les pentes inférieures de l’Hartmannsvillerkopf, au seuil de l’Alsace, Belmont, pris sous un violent bombardement, est frappé d’un éclat d’obus au bras qui se révélera mortel et c’est le lieutenant Verdant qui apprend la nouvelle à sa famille, que l’officier avait pris soin, tout au long des mois et des lettres, de préparer à cette issue qu’il acceptait en toute piété.

3. Analyse

Dans une très grande préface (54 pages) Henry Bordeaux, savoyard, ami de la famille Belmont, magnifie la valeur testimoniale exceptionnelle de qualité de l’officier de chasseurs et reprend en panégyrique la biographie de l’officier. Cette amitié avec Henry Bordeaux est également due au fait que le 11e BCA commandé par le lieutenant-colonel Bordeaux, frère de l’écrivain. Toutefois, ses envolées, par trop littéraires et mystiques, n’atteignent pas la qualité d’expression de leur sujet.

Cet ouvrage offre au lecteur un témoignage d’une grande philosophie, d’une humanité teinté au fil des pages de la plus grande piété et de la conscience du sacrifice ultime. Ferdinand Belmont rédige avec un style simple et particulièrement bien écrit, décrivant souvent avec beaucoup d’à propos les lieux, les faits et les personnes qu’il côtoie. Ce sont surtout ses sentiments qu’il dépeint en toute circonstance, conscient du rôle qui lui est dévolu et de son infinie petitesse « perdu dans cet océan d’hommes« .

Doué d’une grande clairvoyance mais aussi d’un souci très profond de l’Homme, il a semblé un chef très humain, allant jusqu’à refuser l’attaque (page 239) sans le regret de l’insubordination militaire. Belmont a conscience de son rôle d’officier, qu’il analyse opportunément (page 284). Ces lignes sont finalement admirables de style et de clairvoyance et l’on peut y trouver le rapport assez fidèle non seulement de ses faits d’arme mais aussi de son état d’esprit du moment. On peut également trouver une multitude de détails techniques dépeints par Belmont avec précision mais aussi avec franchise, souvent censurée par ailleurs. Il faut se souvenir que les lettres reproduites ont été envoyées par l’épistolier sans aucun souci de parution ultérieure et que sa plume n’est guidée que par les sentiments du moment et une très grande dévotion parentale. Ainsi, sauf le sentiment de souffrance qui est volontairement éludé pour préserver sa famille des angoisses, Belmont ne cache rien de ses sentiments et des ses perceptions et c’est intact que nous sont livrés ces éléments indispensables à l’historien. Ainsi, il a conscience de ne pas s’appartenir dans la guerre : « Je ne puis vous dire à quel point, depuis le début de cette guerre, la sensation de n’être rien par moi-même ; je ne me rends nullement compte de la part que je prends effectivement à ce que je fais, et il me semble être comme une feuille saisie dans un ouragan » (page 118).

Belmont nous décrit assez superficiellement les lieux traversés, les combats auxquels il prend part, les personnes qu’il côtoie, sans que les noms ne soient occultés. Il reste médecin, notamment quand il perçoit les effets de l’alcool sur la santé de la population savoyarde (page 12) et s’interroge sur la présence d’alcools divers mais aussi d’éther sur les soldats allemands faits prisonniers (page 154). Il décrit également une opération d’exhumation, accompagnée d’honneurs et du culte des morts (page 274). Il fait œuvre de peu de bourrage de crâne et l’espionnite (page 156) n’est que rapportée, non constatée. Faisant esprit d’analyse, il digresse parfois sur des considérations comparatives entres les esprits allemand et français (page 160) ou alsacien (page 169) et loue l’organisation allemande (page 192). Multipliant les descriptions, panoramas et anecdotes, son témoignage fourmille de détails, y compris dans les rapprochements entre belligérants (tel ces contacts entre ennemis par des échanges de boîtes à messages et de journaux lestés de pierres page 268). Il est possible ainsi de suivre l’officier chronologiquement et géographiquement de manière très précise, ce qui permet de vérifier et de confronter cette richesse d’enseignements avec les autres textes existants sur le même front. Sans conteste, les lettres de Belmont sont une référence qualitative sur les opérations des Vosges et des Hautes Vosges. Les Lettres d’un officier de chasseurs alpins sont donc à classer dans le panel très restreint des ouvrages dont l’utilisation pour l’étude est indispensable tant les enseignements sont à retirer dans l’ensemble de ce témoignage de tout premier ordre sur les opérations des Vosges.

Bibliographie complémentaire

Dussert A., Ferdinand Belmont d’après les lettres d’un officier de chasseurs alpins (2 août 1914 – 28 décembre 1915). Grenoble, Allier Frères, 1917, 41 pages.

Crenner Pierre (Col),   Les belles lettres du capitaine Belmont. Colmar, association du Mémorial du Linge, 1998, 14 pages.

Huguet (Abbé), Ferdinand, Jean, Joseph Belmont (1914-1915). Lettres de Mgr Caillot, évêque de Grenoble. Mgr Girayr, évêque de Cahors. Notices de Mr le chanoine Martel, Supérieur. Insérées dans le Livre d’Or du Rondeau-Montfleury. Slnd.

Bulletin de l’Académie Delphinale, Abbé A. Dussert,  Grenoble 1917.

Bulletin de la Société d’Histoire du Canton de Lapoutroie – Val d’Orbey, Jecker L. 1995.

Huguet G., Livre d’or du Rondeau. Anciens maîtres et élèves tombés au champ d’honneur pendant la guerre 1914-1919. Imprimerie Guirimand (Grenoble), 1921, 520 pages. La notice sur Ferdinand Belmont figure en page 62.

Lien Internet utiles

http://hwk68.free.fr/belmont_177.htm

http://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Ferdinand_Belmont

Autres témoignages rattachables à de cette unité :

COUDRAY, Honoré, Mémoires d’un troupier. Un cavalier du 9ème Hussards chez les chasseurs alpins du 11ème B.C.A. Bordeaux, Coudray A., 1986, 228 pages.

ALLIER, Roger, Roger Allier. 13 juillet – 30 août 1914. Cahors, Imprimerie Coueslant, 1916, 319 pages.

BOBIER Louis, Il avait 20 ans en 1913. Louis Bobier un Poilu de Bourbon dans la Grande Tourmente. Bourbon, L’Echoppe, 2003,  447 pages.

JOLINON, Joseph, Les revenants dans la boutique. Paris, Rieder F., 1930, 286 pages (roman).

Yann Prouillet – 10 janvier 2011

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Christian-Frogé, René (1880-1958)

1. Le témoin

Christian Pierre René Frogé, dit Christian-Frogé est né le 17 avril 1880 à Vernoil-le-Fourrier dans le Maine-et-Loire. Après une carrière littéraire débutée dès 1908 dans la poésie, il multiplie les publications et fait partie avant guerre du cercle des Loups. Le 19 mai 1911, il défraie la chronique à cause d’une échauffourée avec Gabriel Tristan-Franconi (qui mourra dans la Somme le 23 juillet 1918) lors d’une réunion littéraire (« Hurle-aux-Loups »). La Grande Guerre lui offre la possibilité de témoigner de son parcours militaire. Membre fondateur en février 1919, et secrétaire général de l’Association des Ecrivains combattants, il dirige ainsi plusieurs publications dont « La Grande Guerre, vécue, racontée, illustrée par les combattants » chez Quillet en 1922. Après guerre, il prend le parti de son frère, l’intendant-adjoint Georges Frogé, accusé d’espionnage à Belfort, en janvier 1933. Il meurt en 1958.

Norton-Cru précise son parcours de guerre. Mobilisé le 3 août 1914 comme caporal au 43e colonial, il arrive au front le 10 et passe sergent dès le 7 septembre. Blessé le 27 à Chuignolles, dans la Somme, il est évacué pendant 3 moi. Il revient au front avec le grade de sous-lieutenant le 11 mars 1915. Blessé le 27 septembre près de Souchez, il est attaché au cabinet du Ministre de la Guerre mais, bien qu’inapte au service armé, retourne « au front », à l’état-major du 1er corps colonial le 3 novembre 1916. Intoxiqué par les gaz, il quitte cette fois-ci définitivement le front pour la Section d’Information du Ministère de la Guerre avec le grade de capitaine.

2. Le témoignage

Christian-Frogé, R. Morhange et les marsouins en Lorraine, Nancy, Berger-Levrault, 1916, 220 pages

L’auteur, caporal à la 14e compagnie de 43e RI Colonial (les Marsouins) du 20e corps d’armée, créé le 2 août 1914, raconte ses impressions de guerre durant la période 11 août au 25 septembre 1914. Ce 20ème Corps est celui, héroïque, de la défense du Grand Couronné et de la bataille de Morhange. Ainsi, nous allons pouvoir cheminer avec l’auteur quand il parcours le front tant dans les combats que dans les cantonnements et suivre pas à pas les petits et les grands évènements dont il est le témoin direct ou indirect. Parti de Nancy le 11 août, il va gagner Laître-sur-Amance, au nord et se trouver en réserve de Corps et « renvoyé de brigade en brigade » avant de passer la frontière pour le village de Chicourt, en terre Lorraine annexée. La bataille de Morhange fait rage mais nos marsouins ne sont pas à l’honneur. Mal engagée la bataille de Morhange se fera pour la 14e compagnie au sud de cette commune, aux alentours d’Oron et de Château-Bréhain. Malheureusement, la position devient très vite intenable et les troupes sont hachées sous la mitraille. Elles doivent tenir trois heures, elles en tiendront six ! Mais sous le nombre, les marsouins plient et le 20e Corps retraite. Ce qui reste des unités repasse la frontière et laisse derrière elle son charnier et ses blessés. Reformé vers Saint-Nicolas-de-Port, la fin du mois d’août va consacrer les marsouins à compléter le rempart que les Français opposent à l’investissement de Nancy par les troupes allemandes. Le 28 août, la compagnie de Christian-Frogé se trouve en réserve d’artillerie qui doit elle-même « tenir jusqu’à la mort, mais barrer à l’ennemi la route de Lunéville à Nancy » près de la colline de Friscaty, adossée à la tragique forêt de Vitrimont. En effet, dans ce bois vont se concentrer les foudres de l’artillerie ennemie qui va occasionner aux défenseurs de lourdes pertes. Début septembre, la bataille se poursuit vers Saint-Nicolas-de-Port et Varangéville et se sont toujours d’homériques combats d’artilleries de tous calibres mais petit à petit, cette fois, l’ennemi rebrousse, Lunéville est repris et le Grand Couronné est définitivement dégagé. La besogne héroïque accomplie, le 20e Corps est relevé 15 septembre de ses positions où il a laissé tant des siens. Il descend sur Toul pour s’embarquer pour gagner Rouvrel (au sud d’Amiens) et se trouver engager, dès le 25 et après une marche de nuit de 45 kilomètres, à Chuignolles (à l’ouest de Péronne) où la bataille fait rage. C’est là que Christian-Frogé termine la courte anthologie.

Commentaires sur l’ouvrage :

Un journal de guerre très personnel, empli de tableaux successifs tour à tour poétiques ou tragiques. Par les yeux de l’auteur se révèlent donc de multiples facettes des combats d’août/septembre 1914 en Lorraine – l’ouvrage n’est pas victime de la censure toponymique – et sa vision fournit au lecteur outre quelques renseignements historiques de nombreuses anecdotes ou scénettes qui rendent cet ouvrage vivant mais d’une historicité douteuse, relevée à juste titre par Norton Cru. Bien entendu, de nombreuses exactions ennemies, toujours vues par procuration, comme ce hussard mutilé, nez et oreilles coupées (page 92) ou ces enfants masquant les Allemands (page 93) sont aussi présentes que l’espionnite (page 22) restent attachées aux ouvrages publiés pendant le conflit. Quelques visions de combats de jour (page 61) ou d’une marche de nuit (pages 179 à 187) fournissent quelques belles lignes descriptives.

Sources biographiques complémentaires

Ouvrages de Réne Christian-Frogé

Morhange et les Marsouins en Lorraine. Berger-Levrault, 1916, 220 pages.

Sous les rafales. Eugène Figuière, 1916.

Les Diables Noirs. De Maricourt à Souchez. Souvenirs des batailles d’Artois. Berger-Levrault, 1917. (Ouvrage annoncé mais jamais publié selon une communication de Jean-Louis Pailhès (Service d’information des bibliothécaires à distance (SINDBAD), Département de recherche bibliographique de la Bibliothèque nationale de France) à monsieur Alain Chaupin, que nous remercions pour cette précision).

Les captifs. Berger-Levrault, 1918, 207 pages.

La géhenne. (Extrait de l’ouvrage « Les Captifs« ). Berger-Levrault, 1920, 31 pages.

La Grande Guerre, vécue, racontée, illustrée par les combattants. (Deux tomes). Quillet, 1922, 259 pages.

Les croix de guerre. Librairie de France, 1936, 246 pages.

Autres ouvrages de Réne Christian-Frogé

Trois fresques, Angers, André Bruel, 1924. 32 pages. ?Ces trois fresques sont constitués par trois poèmes sur des thèmes antiques : Les Jardins de Magdeleine, Héliogabale, La mort du Sphinx, précédés d’un poème de l’auteur en hommage à son Anjou natal.

Au Jardin des Roses mourantes, Sansot, 1908, 177 pages.

L’affaire Frogé, Nouvelles Editions Latines, 1919, 332 pages.

Yann Prouillet, 9 janvier 2011

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Michelin, Pierre (1876-1952)

1. Le témoin

Né le 19 novembre 1876 à Commenailles (Jura) d’un père exploitant forestier, Pierre Michelin est issu d’un milieu modeste. Son certificat d’études obtenu et après avoir parfait son éducation auprès d’un prêtre précepteur, il s’engage à 19 ans au 27ème régiment d’infanterie (Dijon) dans lequel il passe caporal puis sergent avant d’entrer à Saint-Maixent en 1899. Sorti 3ème/307 de sa promotion (Transvaal) il rejoint le 2ème régiment de tirailleurs algériens d’Oran. Son autodidactisme arabe lui servira dès la déclaration de guerre quand il chiffre en arabe le message de mobilisation (page 10). Il reste quatre ans en Afrique où il combat aux côtés de Lyautey. Il atteint le grade capitaine en 1912 et est fait chevalier de la Légion d’Honneur en 1913. De retour en métropole, il sert dans les Alpes et c’est à ce grade que la guerre le trouve à la tête de la 7e compagnie du 157e R. I. de Gap-Barcelonnette. Nommé commandant à titre temporaire à l’issue des combats de la Chipotte dans les Vosges, il l‘est à titre définitif après la Somme en 1916 mais il quitte alors son régiment pour commander le 43e BCP (Langres). En 1918, il commande le 31e BCP (Sélestat) puis c’est à nouveau l’Afrique en 1923 où, au Maroc, il retrouve Lyautey et participe aux combats du Rif avec le 13e RTA. Rentré en France en 1926, il commande le 46e RI (Fontainebleau) puis quatre ans plus tard il revient à Saint-Maixent comme général (brigadier) commandant l’école. En 1935, promu divisionnaire, il commande la 23e division d’infanterie à Limoges et en 1936, ayant reçu sa quatrième étoile, il est placé à la tête de la 5e région militaire à Orléans. Admis  à la retraite en 1938, il est rappelé au service à la mobilisation de 1939 et prend le commandement de la 5e région territoriale (Orléans). Il s’éteint à Limoges en 1952 à l’âge de 76 ans et repose au cimetière de Commenailles.

2. Le témoignage

Michelin, Pierre, (Cdt), 1914-1918, Présents ! Union Latine d’Edition, 1932, 204 pages, (réed. Lavauzelle, 1937, 178 pages).

Michelin, Pierre, (Cdt), Carnets de campagne. 1914-1918. Paris, Payot, 1935, 176 pages, collection mémoires, études et documents pour servir à l’histoire de la guerre mondiale.

Bien qu’il l’ait annoncé en frontispice de cet ouvrage, témoignant a minima de son parcours dans la Grande Guerre (page 10), Michelin fournit un témoignage étique, aveugle de son propre rôle militaire et des actions menées malgré quelques fronts particulièrement difficiles tenus. En effet, ses unités sont tragiquement absentes, presque moins citées que ses propres permissions. Quand il se mue historiographe, il multiplie les lieux communs dans un journal discontinu, à la chronologie hachée, comportant de nombreux passages de silence, parfois de plusieurs mois dont certains sont certes dus à des évacuations pour blessures (du 31 décembre 1914 au 3 avril 1915 (page 43). De même pour l’année 1915, entre les dates du 7 octobre 1914 et 16 février 1916, qui est à deviner dans les quelques cinq pages reproduites. Ainsi, peu de personnes sont citées et l’auteur se borne à l’itinéraire dont l’adjonction de cartes vient encore appuyer l’absence de descriptions d’opérations.

Seul le récit, haletant des combats de la Chipotte et quelques rares belles lignes sur l’avance belge peuvent rehausser ce carnet manqué qui peut alimenter le sentiment de Norton Cru qui seul voit en le soldat, jusqu’au grade de capitaine, le vrai témoin combattant. Pour le reste, il est blessé – comment ? où ? – devant Verdun et l’autre seule blessure est une chute de cheval devant Reims.

Donc l’Historien n’apprend presque rien dans un ouvrage qui mélange souvenirs et notes issues d’un carnet de route, parfois délaissé pour des raisons stratégiques. En effet, il déclare (page 160) : « J’ouvre un carnet de fortune, l’interdiction étant formelle de garder sur soi tout document en période d’attaque ». L’auteur disserte sur le monde politique et militaire global en guerre, dialogue avec lui-même, fait de la littérature ou de la doctrine militaire dans un style parfois télégraphique (voir page 21 sur « l’ascendant moral ») qui polluent la relation attendue de son parcours de guerre.

2. Résumé et analyse

1900 : Alors qu’il est sous-lieutenant, le (futur) général Michelin ouvre un carnet d’impressions. A la veille de la « Grande revanche », il le rouvre « en limitant [s]es observations aux évènements officiels, au journal de [ses] déplacement, à quelques impressions ». Ainsi, du 2 août 1914 au 11 novembre 1918, on suit l’officier dans ses périples et ses impressions de guerre. Après une courte garde à la frontière, où il assiste à un exode bigarré et au minage des routes (p. 11), il arrive en Alsace le 18 août, décrivant le sentiment et les attitudes alsaciens (pages 18 et 20). Il y voit aussi des avions (Taube) allemands mitrailler des colonnes d’exode le 25 août 1914 ! (page 22). Il tient Aspach avant d’être débarqué à Saint-Dié à la veille de la bataille de la Meurthe. Il est en grand’garde dans la vallée de la Fave et se replie sur Raon-l’Etape où il va participer aux âpres combats de la Chipotte. Il y avoue ses premiers morts et blessés. La bataille gagnée, le reflux allemand l’amène dans la vallée de la Plaine, sur ce front qui va devenir le lieu emblématique de la guerre des mines : la Chapelotte. Le 157ème ne le verra pas, parti au début de la cristallisation dans la Meuse à l’est d’Apremont. Là, son carnet de guerre se fait lacunaire et l’on devine une année 1915 passée entièrement dans ce secteur. Il décrit toutefois une distorsion d’échelle du front dans la guerre de tranchée ou l’environnement immédiat apparaît plus grand qu’en réalité (page 68) et confirme l’axiome de Norton Cru : « C’est qu’en ligne, l’observation par le créneau, le regard furtif jeté au ras du parapet, ne laissent saisir à la fois qu’un détail« . Il évoque également les fraternisations, réprimées ou non. Ainsi, page 74, des Allemands « qui voulaient causer » sont abattus alors qu’ailleurs surviennent des accommodements dans les bombardements : « Par un accord tacite, des deux côtés de la barricade on ménage les gens et les demeures ». Il revient sur ce point page 104 à propose de trêves tacites et de coups de main.

On retrouve l’officier à Verdun le 17 février 1916. Il avait délaissé son carnet mais, à la veille de la grande bataille, nous fait à nouveau part de la fébrilité de l’activité de son bataillon de terrassiers. En juin, il vient au repos dans une vallée de Celles qu’il connaît déjà et, le 11, il est « nommé d’office au commandement du 43ème bataillon de chasseurs ». Il quitte alors son régiment et arrive en Alsace, dans sa nouvelle unité : « Excellente moyenne d’officiers ; troupe solide (…) hommes faits, calmes, appliqués et prêts ». C’est avec ces hommes qu’il arrive fin août 1916 sur la Somme. Très certainement victime de fortes pertes, le 43ème est au repos complet en Normandie et revient à Belfort pour la campagne d’hiver. En avril 1917, le bataillon participe à l’affaire du Chemin des Dames jusqu’en octobre. Il y évoque très sommairement les mutineries (pages 88 : « 11 juin – L’impatience, l’inquiétude des hommes ont fait éclat : quelques meneurs isolés, des malheureux détournés de leur devoir, ont manifesté. D’où des traductions assez nombreuses devant le Conseil de guerre ; quelques exécutions » et 92, sur l’assagissement des troupes). On sent à ce moment que la guerre dure : le 20 août 1917, il ne voit la solution qu’en 1919 (page 95), sentiment qui sera le même en octobre 1918 ! (page 164). Il avait déjà déclaré à ce sujet le 17 février 1916 : « La guerre accapare, sa longueur réédite indéfiniment les mêmes situations » (page 44).

Il revient à Verdun, où l’on continue de mourir après la mort de masse, puis dans le secteur de Lunéville où il prend contact avec les premiers officiers américains (qu’il décrit pages 115 et 116), tout de « curiosité cordiale ». Il décrit avec émotion les premières croix de guerre qui leur sont remises (page 117). Il reste une longue période en Lorraine puis, devant l’offensive allemande de 1918, est appelé en secteur devant Beauvais. Il commande quelques jours le 152ème R. I. en l’absence du colonel. C’est ensuite Nanteuil-sur-Marne ; la Fère-en-Tardenois et la poursuite, inexorable, en Belgique qu’il délivre en profondeur. Un moment de retour sur soi lui décrire l’attaque comme « un trouble particulier, comme une vague griserie qui appréhende et qu’il n’est pas possible de surmonter dans l’instant ». Il évoque les drames dans la libération et le minage (à retardement des tranchées page 166 et même des paillasses  ! page 168), mais aussi la cocasserie de femmes belges balayant la rue sous les obus ! (page 169). Il reste également lucide sur la propagande en croisant, le 29 septembre 1918, en Belgique, un convoi de prisonniers allemands qu’il décrit : « La masse est en très bonne forme physique ; les privations sur le front sont bien l’une de ces affirmations sujettes à caution ». L’Armistice le trouve à Audenarde, en Flandre orientale, sur les rives de l’Escaut. Il est déçu de n’avoir pas porté le fléau de la guerre en terre allemande et « garde pour l’envahisseur les sentiments que cinquante et un mois et onze jours de guerre ancraient au plus profond de [s]on être » (page 176).

Quelques renseignements utiles à des études spécifiques sur l’hygiénisme peuvent encore être collectés ; page 125, liste des mesures contre l’Ypérite, page 130, son bataillon immobilisé par les oreillons, page 140, la grippe espagnole est nommée grippe des Flandres (décrite aussi page 172). Ou encore sur le ravitaillement par avion : « On les ravitaille par avion ; et la pluie de boules de pain, de boîtes de conserve (…) qui éclatent au sol mais dont les débris sont bons, déclenchent une gaîté folle… » (page 162).

4. Autres informations

Lieux cités (date – page) :

1914 : Barcelonnette (25 juillet – 1er août – 10), Alpes, Gleizolles, Larche, Chatelard (2-17 août – 11-15), Alsace Morvillars, Dannemarie, Grosne, Walheim, Illfurt, Bréchaumont, Belfort (18-21 août – 16-20), Vosges, Saint-Dié, Remémont, Coinches, Saint-Benoît, Brû, la Chipotte, (22 août – 12 septembre – 21-32), Raon-l’Etape, vallée de Celles, Rambervillers (12-22 septembre – 33-34), Pagny, Raulecourt, Rupt-de-Mad (26 septembre – 7 octobre – 34-38), Bouconville, Hautes-Charrières, Géréchamp, Vargévaux, Xivray, Flirey, bois d’Ailly (7 octobre – 15 décembre – 39-43).

1915 : Apremont-Loupmont (3 avril – 43).

1916 : Liouville, Rambucourt, Commercy, Pont-sur-Meuse (17 février – 16 mars – 44-52), Behonne, Pretz (Argonne), Ippécourt, Dombasle-en-Argonne, bois de Fouchères, ferme de Verrières, bois de Malancourt, forêt de Hesse, ouvrage 12, réduit d’Avocourt (16 mars – 18 avril – 52-56), Vosges, Laveline, Neuné, Saint-Michel-sur-Meurthe, la Trouche, Pierre-Percée, la Chapelotte (27 avril – 13 juin – 56-58), Alsace, Belfort, Montreux, Dannemarie, bois du Schonholtz, Hangenbach (14 juin – 12 août – 59-62), Vosges, camp d’Arches (13-24 août – 62-63), la Somme, Maurepas, le Forest, Rancourt, la Ferme Rouge (30 août – 10 octobre – 63-70), Normandie, Belfort (11 octobre 1916 – 6 janvier 1917 – 70-76).

1917 : Alsace, Schonholtz, camp de Villersexel (7 janvier – 3 avril – 77-81), Chemin des Dames, Villers-Cotterets, Pierrefonds, Saint-Etienne, Silly-la-Poterie, Neuilly-Saint-Front, Grisolles, Fismes, Baslieu-les-Fismes (4 avril – 9 mai – 82-86), Hurtebise, Craonne, plateau de Vauclerc, Glennes, Maizy, Saint-Brice, Cavaliers de Courcy, (10 mai – 30 octobre – 86-100), Hautvilliers, Rémicourt, fort de Vaux, ravin du Loup, bois des Caurières, marais d’Hassoule, Bezonvaux, Maratz (31 octobre – 28 décembre – 101-110).

1918 : Saffais, forêt de Parroy, Croismare, Laneuveville, Vigneulles (près de Rosières-aux-Salines), Ferrières (29 décembre 1917 – 20 mai – 111-130), la Place (15 km nord de Beauvais), Cuy-Saint-Fiacre, Formerie, Aumale, Montmarquet, Neuilly-Saint-Front, Brény, Rocourt, Nanteuil-sur-Marne, la Bordette, Crotigny, Brumetz, Priez, la Grange-aux-Bois, bois des Préaux, ferme de la Folie, Villers-sur-Fère, Saint-Quentin, la Ferté-Milon, Bazoches, Pont-d’Arcy, Loupeigne, Beuvardes, Thiollet, ferme de la Cense, Citry-sur-Marne (21 mai – 21 septembre – 131-156), Belgique, Amiens, Calais, la Chaussée, Saint-Georges, Gravelines, Killem, Ostyleteren, Langemarck, Hooglède, Wildeman Cabaret, de Wincke, Ouckene, Pandeers, Katelberg, Kalberg, Beveren, Waereghem, Meerlaren, Winkeloek, Audenarde (22 septembre – 11 novembre – 156-176).

Sources biographiques complémentaires

Source http://commenailles.pagesperso-orange.fr/gen_michelin.htm

Yann Prouillet, 4 janvier 2011

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