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Recension: Christian Delporte, "Images d'un monstre: le Boche"

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DELPORTE Christian, « Images d’un monstre : « le Boche ». Grande Guerre et mobilisation visuelle », dans DELPORTE Christian, Image et politique en France au XXe siècle,Paris, Nouveau Monde éditions, 2007, pp.125-163.


L’ouvrage de Christian Delporte a le premier mérite de vouloir présenter l’image, décidément objet d’histoire en vogue, non comme simple illustration venant renforcer une démonstration appuyée sur les textes, mais comme sources à part entière de l’historien, en démontrant qu’il est possible d’éviter l’écueil de se noyer dans la « masse » des images produites au XXe siècle. Il s’agit alors de dépasser la fragmentation des études, souvent rangées dans des niches de spécialistes proclamés, pour s’interroger sur l’image produite, diffusée, reçue et l’appréhender comme support des valeurs, des sensibilités, et des « comportement collectifs » des sociétés qui les ont produites. Programme fort intéressant, mais qui pour la Grande Guerre, focalise encore une fois l’attention sur les productions d’images soit officielles (SPAS puis SCPA) soit de presse (même s’il l’ont sait que certains clichés publiés ont été réalisés au front par des combattants), à partir d’un seul axe de recherche : la présentation de l’Allemand comme l’ennemi héréditaire, dont les atrocités commises et présentées, comme preuves, à travers les images, renverraient à une bestialité originelle, qui justifierait la guerre et sa poursuite. Même si quelques nuances sont apportées (la prise en compte notamment de la chronologie du conflit dans la fluctuation de l’importance des images négatives de l’ennemi), et l’analyse intéressante, il n’en reste pas moins que l’étude des images produites pendant la guerre ne devraient pas uniquement reposer sur les deux seuls canaux mentionnés plus haut, d’autant plus qu’une histoire comparée des conflits viendrait sans doute démontrer que le rabaissement de l’ennemi n’est pas une nouveauté propre à 1914-1918. D’autre part, le support de la carte postale, parfois cité, comme « instrument » de propagande, sa production, sa diffusion et sa réception, attend toujours une étude précise et profonde. D’une manière générale, et pour souligner l’enjeu d’une telle étude, il semble que la réception des images souffrent toujours d’un manque cruelle d’analyse : comment l’arrière a-t-il perçu les images produites et diffusées ? A-t-il adhéré en masse, sans aucun esprit critique, avec « naïveté » ? D’autre part, on aurait aimé un mot sur les photographies produites par les combattants eux-mêmes et diffusées dans le cadre de leurs groupes formés au front, et de leurs familles, même si le titre de l’ouvrage implique une focalisation sur le rapport entre l’image et la vie de la « cité », à laquelle appartenaient pourtant les combattants. L’auteur termine son propos en notant le lien entre la Grande Guerre et l’idée de propagande de masse par l’image, en notant que l’excès de propagande a pu engendrer le rejet et le refus du « bourrage de crâne ». Sans que la société d’alors n’ait encore compris réellement que l’image photographique n’était pas « le reflet du réel »… Ce qui laisse en suspens la question essentielle de la réception effective de l’image par la dite société.


Lafon Alexandre

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