De Lagarde, Joseph (1872 – 1939),

Carnets d’Allemagne 1919 – 1920

1. Le témoin

Joseph Guilhot de Lagarde est originaire d’une famille de la petite noblesse du pays Toulousain (Saint-Jean de Lherm). Saint-Cyrien et capitaine en 1908, il est à la mobilisation officier-adjoint au colonel commandant le 156e RI. Combattant avec le 20e CA en août 1914, promu commandant en octobre, il est sur l’Yser de novembre à avril 1915. Blessé au genou lors de l’offensive de mai en Artois, il alterne ensuite opérations chirurgicales et périodes de convalescence. De l’été 1916 jusqu’à 1918, il est réintégré comme commandant de Centre d’instruction divisionnaire, et il ne retrouve un commandement actif qu’en octobre 1918 au 97e RI. Après l’Armistice, son unité est en Belgique, puis participe à l’occupation de la Rhénanie.

2. Le témoignage

François de Lagarde a publié « Carnets d’Allemagne 1919 – 1920 – L’occupation de la Rhénanie vécue par un officier français» aux Éditions Entre-temps en 2015 (157 pages). Il s’agit de la retranscription commentée d’une petite partie des carnets de guerre de son grand-père Joseph de Lagarde. L’accent est mis sur la période rhénane, et les extraits, assez courts, illustrent ou motivent les explications et remarques du transcripteur. Le livre est richement illustré, avec des reproductions de documents et photographies ayant appartenu au commandant ; l’éditeur a aussi intercalé d’autres documents ayant trait au thème de l’Allemagne occupée (presse de l’époque, de l’Illustration à Simplicissimus, photographies, caricatures…).

3. Analyse

Le livre n’étant pas uniquement une publication d’archives, on le classera plutôt comme essai historique, avec comme matériau de base des carnets dans lesquels il a été puisé. François de Lagarde, ancien professeur d’Histoire-Géographie, et dont le seul nom apparaît sur la couverture, a fait un choix centré sur la période allemande (1919 et 1920) ; cela a été motivé [entretien téléphonique de février 2026], à l’occasion du Centenaire, par la volonté de présenter la période de l’occupation en Allemagne en 1919, puisque tout le monde risquait de parler un peu de la même chose pour la période de 1914 à 1918. C’est une bonne idée, car souvent les carnets s’arrêtent à novembre ou décembre 1918, et si certains rares conscrits continuent leurs mentions au début de 1919, celles-ci s’interrompent à leur démobilisation. Le choix de plan est thématique, mais en suivant aussi une trame qui recoupe globalement la chronologie, on peut ainsi suivre un officier d’active sur ses presque deux années d’occupation.

Un officier qui déteste les Allemands

Après une présentation biographique et quelques informations sur les débuts de la guerre, le livre commence vraiment avec le sous-titre  « l’ensauvagement d’un officier français » (p. 22). Si dans des trois premières années de guerre, il n’émet pas de jugement sur ses adversaires, tout change en 1917, il adopte le terme « Boche » pour la 1ère fois en mars 1917, la traversée de l’Aisne volontairement dévastée ayant semble-t-il déclenché sa haine (p. 23, avec autorisation de citation) « Il nous reste au cœur une haine implacable qui, loin de nous décourager, augmente notre force de résistance et notre désir de bouter hors de France ces hordes de sauvages (…) ». Cette évolution est intéressante, mais outre des désaccords pour certaines affirmations (« Comme partout et pour tous, l’ensauvagement fait son chemin chez le commandant. » F.d.L.), je reprendrai l’interrogation d’Erwan Le Gall dans sa recension du livre [En Envor Erwan Le Gall François de Lagarde, sans date] : avec ce choix de composition illustrée de courts extraits des carnets « on finit par ne plus savoir si les choix sont le fait du petit-fils ou du grand-père ». En effet, avec une contextualisation qui devient l’essentiel du propos, il se produit un effet de frustration pour le chercheur, on aimerait se faire son idée par soi-même, avec des sources plus abondantes. Ce travail comblera donc plus le grand public que les exégètes, mais la présentation apporte aussi des éclairages précieux, comme cet extrait sur la répression des mutineries en juin 1917 reproduit en annexe : il y aurait donc intérêt à poursuivre la publication de cette source pour la période 1914 à 1918.

1918

Les extraits reproduits montrent l’état de destruction de la Flandre reconquise et les difficiles combats du 97e RI du bataillon de Joseph de Lagarde en octobre 1918 ; la visite de Poincaré au roi des Belges à Roulers le 9 novembre est évoquée, mais l’événement qui marque le plus notre diariste est le grand défilé de Bruxelles du 3 décembre : il dure deux heures « au pas cadencé »  (p. 44) « Le défilé dans Bruxelles constitue pour moi un souvenir inoubliable, on sent que la France est en ce moment placée sur un pied d’estal [sic] de gloire ou aucun autre pays ne peut l’atteindre. Puissions-nous conserver longtemps cette auréole. » On lui fait visiter un musée à Bruxelles, et regardant les tableaux, il est frappé par un passé belge se rapportant entièrement à la « domination hispano-autrichienne. » (p. 45) « Un gardien belge, en m’expliquant les scènes et les personnages de ces tableaux, me disait : « Voyez, ce sont bien des Boches, ils ont des têtes de mangeurs de choucroute. » On éprouve un très grand plaisir à constater que le Boche est carrément disqualifié dans toute la Belgique. » Les pages suivantes regroupent une compilation d’extraits relatant des témoignages belges des souffrances vécues lors de l’occupation, avec pénuries, exactions et pillages.

1919

F. de Lagarde évoque les campagnes de presse allemandes contre la présence d’indigènes dans les troupes d’occupation, et il détaille les effectifs français par origine « L’armée française qui pénètre en Rhénanie compte à peu près 100.000 hommes dont un tiers de Maghrébins et Noirs. En 1925, toutes les troupes coloniales ont quitté les pays rhénans. » Le commandant, lui, consigne dans son journal (mais pour 1920) un meurtre lié à une histoire de femme (Juliers) et plus loin (p. 60) «Les Boches de Siegburg sont aussi peu bien disposés pour ces indigènes que ceux de Juliers. C’est à mon avis une grosse erreur de maintenir des Arabes en occupation. L’influence française en souffre énormément. » Joseph de Lagarde décrit à plusieurs reprises (p. 67) la Hohestrasse de Cologne, principale artère commerçante et rue piétonne avant l’heure, aux boutiques très achalandées, mais aux prix fort élevés (26 mars 1919) : « (…) Partout des Anglais avec les uniformes les plus variés, les Hindous, des troupes anglaises de l’inde avec des peaux de panthère sur le dos, des Écossais… les Boches regardent ces accoutrements avec une certaine curiosité, mais ils ne bronchent pas. »  À son arrivée en Allemagne, il est surpris par des villes intactes, les décrit comme en pleine activité, et il ne voit semble-t-il ni le chômage et la misère, passant aussi à côté de la faim : peut-être celle-ci est-elle moins prononcée en Rhénanie méridionale. Une prise de conscience se fait lorsque, responsable de place et de cantonnement à Grevenbroich, avec des fonctions de police, il aura à sévir contre des vols et trafics liés à la pénurie de denrées alimentaires. Chasseur, notre commandant savoure ses battues dans des réserves de chasse réquisitionnées et il note avec félicité en septembre (p. 79) : « Quelle joie on éprouve à démolir en si grande quantité le gibier de ces sales Boches ! ». Il doit aussi intervenir comme arbitre dans un conflit social à l’usine d’aluminium Erftwerk (28 mars 1919) « Journée fort pénible encore, toute la matinée a été consacrée à des consultations de directeurs et d’ouvriers ; je suis en somme livré à mes propres moyens dans ces questions d’ordre économique, où l’autorité militaire n’y entend à peu près rien. » En juin 1919, son unité est sur le pied de guerre au moment la signature du Traité, prévoyant une réaction allemande désespérée. À la nouvelle de la signature allemande, son unité sursoit à l’occupation de Düsseldorf. À la fin de 1919, il dit travailler la langue allemande une heure par jour, et commence à voir certains Allemands sous un jour moins négatif ; la période des fêtes n’est pas gaie, car les officiers n’obtiendront l’autorisation de faire venir leur famille qu’en avril 1920.

1920

Le commandant, conservateur et clérical, a été choqué en Champagne en 1918 par (p. 26) « l’indifférence religieuse navrante des villages » (…) « Que nos sales gouvernements sont donc coupables d’avoir détruit ce qui a fait l’ancienne France… » Au contraire il a été favorablement impressionné par la piété de la Rhénanie catholique, y compris dans des zones industrialisées (février 1920, p. 124) : « Aujourd’hui dimanche, je constate qu’à Troisdorf, pays ouvrier par excellence, le sentiment religieux reste profondément ancré dans la population.» Il note la forte autorité normative des curés dans les villages ; ainsi à Uedesheim (p. 128), une délégation de 28 jeunes filles vient se plaindre à lui de menaces proférées par le curé : elles risquent d’avoir les cheveux coupés après le départ des Français, et un écriteau posé sur la porte de la maison de chacune. Protestant de leur attitude réservée, elles plaident « qu’elles n’avaient rien à se reprocher de sérieux », elles sont surtout terrorisées par la menace de se voir interdire l’entrée de l’église. Joseph de Lagarde convoque le curé, et articule son exigence de changement d’attitude par des arguments basés sur les atrocités allemandes de 1914 (« j’ai dû lui dire quelques rudes vérités… »).

J. de Lagarde mentionne la faible qualité militaire de l’armée d’occupation : les conscrits lui produisent une impression médiocre, peu ont connu le régiment en opération, et il déplore une perte de motivation chez les officiers (p. 100,  exercice de liaison avec le 8e régiment de Tirailleurs) : « Bien peu d’intérêt, parce qu’on rencontre bien peu de convaincus, surtout chez les jeunes officiers actuels. » Il réussit à la fin de 1920 à rentrer en France en se faisant muter au 99e RI à Lyon.

Annexes

À la fin du livre est présenté un extrait du journal mentionnant les troubles de 1917 dans le secteur de Soissons  (77e DI, annexe II, p. 144 – 146).  À 15 heures le 19 juin, il est prévenu d’avoir à organiser quatre exécutions capitales pour le lendemain à Chacrise : « Il me semble qu’un coup de massue me jette à terre. C’est donc moi qui vais remplir ce rôle de justicier pour lequel je ne suis pas fait. » Il signale qu’après l’exécution, un homme du 97e et deux hommes du 159e RI se trouvent mal. L’ambiance est terrible car : « En quittant cet emplacement j’entends des cris effroyables, c’est un homme du 159e qui par suite de la trop forte émotion est devenu complètement fou. » À noter aussi la mention le lendemain 21 juin de civils étant allés fleurir la tombe des soldats fusillés.

Vincent Suard, septembre 2026

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Famille Quey (10 témoins)

Lovie, Jacques, Poilus savoyards (1913-1918). Chronique d’une famille de Tarentaise, Montmélian, imprimerie Arc-Isère, 1981, 247 p.

1. Les témoins

La famille Quey est composée de :
– Alexandre Quey, né le 21 juin 1867 (ou le 23 juin 1869 p. 13). Il meurt en juin 1940 à Aime (Savoie) en exode. Marie-Euphrasie Rullier, son épouse, née le 23 février 1865. Elle meurt le 25 avril 1938. Ils se marient le 16 octobre 1890 et ont 7 enfants :
– Joseph-Antoine, né le 20 janvier 1892 à Versoie, tué à Mandray (Vosges) le 10 septembre 1914 (Delphin verra son cimetière au col de Mandray le 18 juin 1915, p. 91)
– Marie-Marguerite-Aline, née à Versoie le 12 juillet 1894. Elle meurt en 1935.
– Delphin-Athanase, né à Versoie le 13 octobre 1895. Il se marie en 1924 et meurt le 20 août 1945.
– Jean-Pierre-Marius, né à Versoie le 22 mars 1897. Marié, il décède le 11 mai 1953.
– Marie-Adeline, née à Versoie le 13 mars 1900, mariée à Louis Labbé, meurt le 13 octobre 1968.
– Gaston-Emile-Roger, né à Versoie le 27 mai 1904
– Aurélie (ou Amélie)-Léa, née à Versoie le 18 (ou le 19) octobre 1905. Elle meurt le 6 mai 1937.
Sont également représentés Nazaire Rullier, frère d’Euphrasie, et Antoine-Maurice Marchand, un voisin de la famille, né à Versoie le 11 (ou le 12) avril 1884, fils de Constant Marchand et de Marie-Josephe Gaimard. Il deviendra adjoint au maire de Bourg pour le hameau de Versoie après-guerre et meurt célibataire le dimanche 23 décembre 1923, projeté contre un arbre au cours d’une avalanche.

Joseph Quey est mobilisé au 13e BCA (14e CA, 28e division, 56e brigade), caserne Curial à Chambéry. Des lettres de lui sont reproduites du 5 novembre 1913, date à laquelle commence son dressage au bataillon, au 9 septembre 1914, veille de sa mort à Mandray le 10 à 8 heures du matin. Sa fiche Mémoire des Hommes n’a toutefois pas été retrouvée. Ses 17 lettres témoignent du dressage du chasseur, du comportement des officiers, eux-mêmes dressés par le feu (p. 111), et de la relative carence nutritionnelle de l’intendance militaire, dans lesquelles lettres la faim revient souvent.

Maurice Marchand est affecté quant à lui comme muletier à la 5e puis 4e compagnie du 2e puis 1er bataillon du 97e RIA. Blessé en octobre 1914 par un éclat d’obus au bras, il avait été pensé mort par son adjudant qui s’apprêtait à envoyer un mortuaire. Il reçoit en juin 1915 un coup de pied de mulet qui le fait saigner. Il en dit : « on n’est plus dur que le fer tu sais ! – et on guérit comme le diable » (p. 88). Il sera à nouveau blessé, omoplate de l’épaule fracturée, lors d’une chute de voiture, en janvier 1916, puis il reçoit un éclat d’obus à la tête le 17 mars suivant, sous les murs du fort de Vaux. Il est trépané le 15 avril pour ôter des esquilles. Après sa blessure, il intègre le dépôt à Albertville ou Chambéry et il semble qu’il ne retournera jamais au front.

Delphin entre plus tardivement dans la guerre. Il est mobilisé peu après le 15 décembre 1914 et intègre d’abord le centre d’instruction de Bollène, dans le Vaucluse, à la 12ème escouade de la 11e compagnie du 22e BCA. Il continue sa formation dans la vallée de la Maurienne à Modane avant d’arriver sur le front de Vosges, à la Croix le Prêtre de la Cote 766, début juin 1915, avec la 22e compagnie du 62e BCA. Il fait plusieurs secteurs sur la montagne, tant sur le versant lorrain qu’alsacien. Le 14 avril 1917, il dit avoir quitté le fusil mitrailleur, « une saleté complète », et on le retrouve quelques jours plus tard colombophile à la Section Hors Rang du 62e BCA, du côté de Reims. Il est légèrement blessé le 17 janvier 1917, atteint par un éclat d’obus dans l’épaule. Delphin conseille son frère, qui ne rejoindra le front qu’à partir de 1917, d’éviter l’engagement, de ne pas craindre les punitions, de tricher voire de simuler la folie (p. 157).
La plupart des lettres émanent finalement de Maurice Marchand et de Delphin Quey.

2. Le témoignage
Au cours de travaux de réparation à la suite de l’acquisition d’une maison de la famille Quey dans le hameau des Granges à Versoye (ou Versoie) (Isère), en bordure du Torrent des Glaciers au nord de Bourg-Saint-Maurice, dans la vallée de la Tarentaise, un corpus de correspondances est découvert. Jacques Lovie présente ainsi 320 lettres de cette famille, échangées au cours de la période allant de l’été 1913 au 10 novembre 1918.

3. Analyse
Issue d’une famille rurale de montagnards alpins de la haute vallée de la Tarentaise, cette correspondance, très familiale et domestique, apporte peu d’informations à l’Historien. Les opérations militaires n’y sont pas évoquées, les lieux d’affectation sont peu décrits et le front souvent placé en filigrane. L’ouvrage présente toutefois l’intérêt d’entrer dans l’intimité d’une famille montagnarde, avec ses problématiques rurales, milieu âpre, dans la guerre.

La plupart des lettres sont écrites de manière phonétique ou usant de patois éclairant sur le niveau de langage de la famille Quey. Peu de lieux sont cités, en Alsace ou dans les Vosges, le plus souvent mal orthographiés mais heureusement rétablis par le présentateur. De fait, le corpus de correspondances révèle des échanges le plus souvent familiaux et domestiques ou la guerre est peu citée, rarement expliquée et les considérations d’opérations militaires générales absentes, démontrant que cette compréhension de l’environnement est secondaire chez les différents témoins. Par contre, la dureté de la guerre sur le « dressage » et l’aliénation du soldat, tant avant-guerre que dans celle-ci, est bien absente dans les correspondances, sur toute la continuité des lettres de Delphin Guey. Avant-guerre, Joseph évoque par exemple la réception par son capitaine de lettres anonymes dénonçant la mauvaise qualité de la nourriture des soldats et les punitions liées par exemple pour avoir mangé à la cantine (p. 30). Delphin quant à lui est puni fin 1916 de 4 jours de prison et d’1 franc d’amende pour avoir mangé une boîte de conserve tirée dans son sac (page 168). Il revient d’ailleurs souvent sur la nourriture au front, demandant à plusieurs reprises de l’argent pour pallier son impécuniosité. Le 5 février 1917, il y revient et dit : « Ils nous case bien la tête est nous prennent vraiment pour des bleus les mêmes conneries, et toujours sans trop bouffé » (p. 207), accusant même les officiers de voler la nourriture pour « faire la bombe » (p. 212). Delphin témoigne donc sans citer le terme de mutinerie, des problèmes entre les soldats et les officiers, évoquant par exemple un désaccord entre un capitaine et un médecin sur la quantité d’hommes malades (p. 213). Le 24 mars enfin, il dit : « Le patriotisme, j’en ai plein sous les talons de mes souliers il n’y a qu’une chose que je demande ses la même que je vous [vois] la fin de toute ses misères. Après cela on verra bien si on apprend des chansons » (p. 221).
L’ouvrage est correctement présenté, notamment par un appareil de notes opportun permettant de pallier à l’écriture phonétique ou patoisante, et à rétablir les toponymes, globalement rares et ne permettant pas de suivre facilement le parcours et la localisation des témoins. Il contient au début des problèmes mineurs de cohérence d’identification des personnages. En effet, les dates de naissance voire les prénoms divergent entre les pages 10 et 13 de l’introduction. Le livre est illustré de plusieurs photographies et cartes postales, reproduites malheureusement de médiocre qualité toutefois.

Renseignements tirés de l’ouvrage :
Quelques informations peuvent toutefois être dégagées de ces pages.
P. 26 : Demande un échantillon commercial de Phoscao
42 : Joseph signale avoir été un temps fait prisonnier et qu’il s’est évadé (6 septembre 1914), renseignement fourni sans autre explication
55 : Balles explosives et « défendues » employées par les allemands
: Claveler les mulets, leur mettre des crampons
: Espère un coup de sabot de mulet ; fine blessure, découragement à la guerre (vap 154)
56 : Habillement de Delphin
63 : Escrime à la baïonnette
69 : Pet de cheval musical
91 : Maurice Marchand dit : « on voit notre vie au bout du fil d’araignée »
91 : Delphin s’adonne à l’artisanat de tranchée, (bagues, porte-plumes ou coupe-papier) (vap 100, 106, 11 (prix), 116, 128, porte-plume), 161, 218 coupe-papier)
109 : Envoie des grains de blé d’Alsace
111 : Dressage des officiers par le feu
112 : Sur les embusqués
124 : Proximité des tranchées, il entend les allemands causer et se moucher
139 : Prix d’une lampe torche et deux piles neuves : 100 sous
143 : Milenn verphère pour minenwerfer
146 : Delphin espère une marraine de guerre (vap 165)
155 : Découverte de corps
166 : Delphin écrit Kaphar ou Kafar (page 178) pour cafard
191 : Ajout sur une carte postale pas, derrière « on les aura ! » refus de verser de l’or
203 : Ce qu’il mange au front le 20 janvier 1917
206 : Vin chaud
211 : Se fait blanchir les dents pour éviter le caries (vap 221 Dentol)
215 : S’offusque de voir des manœuvres d’hommes dans des champs cultivés (vap 222)
232 : Sur l’analphabétisme
: Carnet de pécule
234 : Poussière nauséabonde

Yann Prouillet, mars 2026

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Guy, Lucien (1890-1975)

1. Le témoin

Lucien Guy, cliché de studio avant la Grande Guerre

Lucien Guy naît le 10 juillet 1890 à Bonneville (Haute-Savoie) de Albert et de Dupuis Madeleine. Il est étudiant en droit quand se déclenche la Grande Guerre.  Blessé en octobre 1914 et réformé en 1915, il ne retourne pas au front. Il épouse une Suissesse, Louise Andrée Thorens (née en 1902), le 14 décembre 1925 à Collonge-Bellerive (Suisse). Après-guerre, il devient directeur de banque. Erudit, il écrit une histoire de « Bonneville et ses environs », publiée en 1922. Il décède le 28 août 1975 à Thonon-les-Bains.

2. Le témoignage

Guy, Lucien, Souvenirs de la campagne 1914. Mes 90 jours au 97e régiment d’infanterie alpine. Lucien Guy, musicien-brancardier, L’Argentière-la-Bessée, éditions du Fournel, 2007, 127 pages.

L’auteur de ce petit carnet évoquant 90 jours de campagne commence sa guerre comme musicien-brancardier au 97e RIA. La reproduction en frontispice de l’ouvrage de courriers datés de 1912 et 1913, émanant de camarades militaires, semble indiquer qu’il a choisi de faire de la musique pour échapper quelque peu aux rigueurs du dressage militaire durant son service militaire. La guerre déclarée, il suit le régiment dans son entrée en campagne en Alsace, puis son transport dans le nord du massif et du département des Vosges pour participer aux combats de La Chipotte, en août et septembre 1914. Le 15 septembre, au vu des pertes subies, la musique du 97e est dissoute. Après une courte période d’occupation des premières lignes en cours de cristallisation dans le secteur de Badonviller (Meurthe-et-Moselle), il est déplacé en Artois, où il subit de terribles épisodes de bombardements dans le secteur d’Arras. Très légèrement blessé par un mur qui s’est abattu sur lui, il obtient une journée de repos dans une ambulance du faubourg Saint-Nicolas à Arras. C’est là qu’il est gravement blessé le 23 octobre 1914 par un éclat d’obus au thorax. Déclaré inapte à poursuivre la guerre le 16 février 1915, il est réformé n°2 le 1er septembre suivant et ne retournera jamais au front.

3. Analyse

Lucien Guy est à la caserne du 97e à Chambéry quand se déclenche la guerre. Il voit une ville patriote et surexcitée, fêtant son régiment (page 25), et voit « défiler une longue caravane d’Italiens, vêtus de défroques hétéroclites, portant à la main, dans un linge, quelques hardes constituant leur unique richesse » (page 26). Sa campagne débutée, il glane des balles et des équipements allemands (page 35) et décrit un accueil des Alsaciens qu’il « libère » différent selon les générations : « Tandis que mes camarades préparent le repas dans un verger, je vais causer avec ces nouveaux compatriotes. Les vieux sont restés français et nous voient d’un bon œil. La nouvelle génération nous accueille assez froidement et semble ignorer complètement l’ancienne langue du pays » (page 36). Son baptême du feu à Flaxlanden (Haut-Rhin) est une attaque française au son de la clique (page 38). Musicien, il est aussi brancardier, assainisseur du champ de bataille et cuisinier. Suivent ainsi quelques description intéressantes de l’émotion d’une primo inhumation (page 55), de la vue du premier mort allemand (page 64), ou d’une marche de 60 kilomètres qui égraine les traînards, dont lui, ramassés par des bus (page 81). En Artois, il est pris sous un feu roulant, qu’il décrit destructeur comme une tornade, bombardement qu’il subit avec angoisse sans échappatoire possible (page 92). Sa relation de l’après combat et de l’aspect du champ de bataille est aussi impressionnante (page 96). Comme nombre de témoins, le « tableau grandiose et terrifiant ! » (page 101) d’un bombardement de nuit sur et autour d’Arras atteste du grand spectacle qu’est parfois la guerre.

Page 4 : Numérologie de caserne et conseils d’ancien de faire de la musique

24 : Vue d’une Chambéry patriote

26 : Vue d’Italiens en retour chez eux

35 : Glane des balles et des équipements allemands

36 : Sur l’accueil des Alsaciens

38 : Vue d’une attaque au son de la clique

46 : Vue d’espions

53 : Sur la lettre

54 : Enterre des morts et des détritus (vap 56, fossoyeur et nettoyeur de champs de bataille)

58 : Vue de primo inhumations

62 : Cuisson d’une tonne de viande

64 : Emotion devant un mort allemand

65 : Il se trompe de Saint-Blaise

78 : Voit des bouts du zeppelin LZ8 de La Chapelotte

81 : Vue d’une longue marche aux traînards ramassés par des bus

85 : Vue de goumiers

92 : Relation épique d’un feu roulant décrit comme une tornade qu’il subit

96 : Relation épique d’une recherche de blessés sur le champ de bataille, vue de corps

98 : Signalement de tombes allemandes avec des casques

101 : Tableau grandiose et saisissant du champ de bataille

104 : Tir ami, 2 morts

110 : Vue intérieure d’un wagon sanitaire

Yann Prouillet, février 2013

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Marchand, Maurice (1884-1923)

1. Le témoin

Né le 12 avril 1884 à Versoie (Savoie), près de Bourg-St. Maurice, vallée de la Tarentaise. Cultivateur et éleveur. Voisin de la famille Quey ; parrain de Delphin Quey (voir ce nom). Pendant la guerre, dès août 1914, il est muletier au 97e RI. Blessé à la tête en mars 1916 par « une ferraille boche ». Opéré le 15 avril : « On m’a ouvert la boîte du crâne, il y avait encore trois petits éclats et des fragments d’os ; paraît-il qu’il était temps de les enlever. » Versé dans l’auxiliaire en septembre 1916.

Après la guerre, il reprend son activité d’élevage. Il meurt sous une avalanche le 23 décembre 1923.

2. Le témoignage

Claude et Jean-François Lovie ont acheté à Versoie la maison Quey et y ont retrouvé une collection de 320 lettres reçues par la famille, parmi lesquelles 36 de Maurice Marchand, principalement adressées à son voisin et ami Alexandre Quey (8 en 1914 ; 19 en 1915 ; 8 en 1916 ; 1 en 1917). Publiées dans Poilus savoyards (1913-1918), Chronique d’une famille de Tarentaise, 320 lettres présentées et annotées par Jacques Lovie, Montmélian, « Gens de Savoie », 1981, 247 p., illustrations.

3. Analyse

Le thème principal des lettres de Maurice est « le pays » : « rien ne vaut ce pauvre Versoie ». Il donne des nouvelles des « pays » (c’est-à-dire des gars du canton). Il demande des nouvelles de la foire de Bourg, des récoltes, des prix : « Ecris-moi bien des nouvelles : parle-moi de tes bêtes ; si tu as bien des veaux ; et si chez moi ils en ont. Comment mon bétail se porte. » Il donne quelques nouvelles de ce qu’il voit à la guerre : « J’ai vu un obus tuer douze chevaux et un homme. » Il parle de la paix (30 juin 1915) : « Faites courage, la paix est proche. […] Tout de même voilà onze mois. » Et en résumé : « Plusieurs souhaitent de recevoir des coups de pied [en ferrant les mulets] pour aller en convalescence ; même mon adjudant est plus découragé que moi ; moi, toujours comme tu me connais : je me soumets avec bon cœur à ce que l’on ne peut pas empêcher. »

Rémy Cazals, mars 2008

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