Prévost, Marcel, D’un poste de commandement. Bataille de l’Ailette 23 Octobre – 2 Novembre, Paris, Flammarion, 1918, 248 pages
Résumé de l’ouvrage
Marcel Prévost obtient dans ses fonctions de rédacteur au Bulletin aux Armées l’autorisation de suivre la bataille de l’Ailette, dans l’Aisne, qui se développe au nord de Pinon et de Chavignon, du 23 octobre au 2 novembre 1917. À la manière d’un journaliste, il décrit les lieux comme le poste de commandement qui l’accueille, le G.Q.G. du 21ème Corps d’Armée à Condé-sur-Aisne. Il y suit la bataille, vit la fourmilière active des officiers qui suivent le développement et l’avancée des combats. La victoire acquise, il se rend sur les lieux reconquis, lunaires et glorieux, et en décrit ambiance et héroïsme déployé.
L’auteur
Eugène Marcel Prévost est né le 1er mai 1862 à Paris, de Eugène François, employé au ministère des Finances, et de Eugénie Elisabeth Boudin, sans profession. Après des études au petit séminaire d’Orléans, de Châtellerault et au collège Saint-Joseph de Tivoli à Bordeaux, puis chez les Jésuites à Paris, il intègre à 20 ans l’Ecole Polytechnique. À sa sortie, il devient ingénieur, occupe plusieurs postes industriels (à Lille ou Tonneins), avant d’entrer au ministère des Finances à Paris. Parallèlement et dès 1881, il commence une carrière littéraire et connaît un succès dès son 2ème roman, ainsi qu’au théâtre, ce qui lui vaut d’être élu à l’Académie Française le 27 mai 1909. Le 29 octobre 1902, il épouse à Ville-d’Avray Jeanne Anne Louise Richaud de Servoules, qui décèdera en 1948. Après la guerre, il fonde en 1921 et dirige la Revue de France et préside également la Société des Gens de lettres. Fait chevalier de Légion d’Honneur en 1894, décoré de la Croix de guerre, il se retire à Vianne (Lot-et-Garonne) et décède subitement le 8 avril 1941.
Mobilisé dès août 1914 comme capitaine d’artillerie de Réserve, il occupe le poste de chef adjoint à l’école d’instruction des chemins de fer. En mai 1917, il est promu lieutenant-colonel et chef du service de l’information pour rendre compte des opérations militaires ; à ce titre il rédige le Bulletin aux Armées.
Analyse
L’intérêt de l’ouvrage réside dans le témoignage journalistique d’un intellectuel, officier supérieur non-combattant, hagiographe d’une victoire vue d’un état-major, forcément actif, probe et besogneux. Quelques tableaux d’intérêt toutefois malgré la complaisance, réhabilitant l’État-Major, sur le front-arrière et les territoires reconquis. Bien écrit évidemment, l’ouvrage est à considérer avec mesure, compte-tenu du statut d’académicien et de littérateur de son auteur.
Sur le son du canon, il décrit « Voilà au son de quel orchestre grouille le mouvement ininterrompu des routes, parmi l’inattention sereine des hommes et même des bêtes… » (page 77), artillerie servie par « un peuple d’artilleurs » qui servent « les engins mystérieux » (page 33). Il se met à la place des « Boches » sous le bombardement, « haletant, assourdis et affamés », bien entendu ! Il convoque Barbusse mais aussi Edgar Allan Poe pour « cette sublimité dans la terreur », et avance que « pour détruire un seul être humain pantelant dans sa cavité de glaise, plusieurs centaines de mille francs d’usinage et de matière souvent dépensés, et un effort d’organisation qui assurerait pendant des années la sécurité d’une province » (page 85). Il fustige, dès 1918, la, déjà, désaffection, pour le témoignage publié : « C’est une mode honteuse à l’arrière ; maintenant, de n’en plus vouloir, de ces témoignages d’héroïsme universel, tant de fois publiés, tant de fois lus ; on les juge trop publiés, trop lus !… Dégoûtante lassitude des satisfaits, qui se fatiguent de l’héroïsme avant les héros eux-mêmes » (pages 104-105). Bien entendu, l’allemand n’y est pas dépeint sans outrance ; si le poilu boit un café « corsé d’un peu d’eau-de-vie » (…) « aux Boches le procédé honteux du « dopage » à l’éther ; jamais fantassin de France n’en a usé » (page 124). Et Prévost de se demander devant tant d’acharnement et d’éradication de ce que fut le Chemin des Dames : « S’imagine-t-on la tâche de l’historien, qui, vingt-cinq ou cinquante ans après la guerre actuelle, pénètrera dans ce dédale ? Aura-t-il la joie de l’avare maniant à pleins doigts les trésors d’un souterrain, – ou fera-t-il purement et simplement faillite devant une multitude de documents dépassant les possibilités d’enquête et de coordination d’un cerveau humain ? C’est le secret de l’avenir. » (page 184). En tous cas, il annonce et prêche l’honnêteté de son « rapport » : « Tout cela, je l’ai vu, il est vrai, d’un coin étroit du front, le secteur d’un corps d’armée. Je ne peux parler, je ne veux parler que de ce que j’ai vu » (page 201). Ces quelques réserves dues au statut de ce témoin particulier effectuées, l’ouvrage reste toutefois référentiel sur la bataille de l’Ailette. Un appendice est intitulé : « La Bataille de l’Ailette vue par les Allemands » (pages 231à 247) donne la liste d’unités allemandes (page 236) et des pertes françaises en tués, blessés et prisonniers (page 237).
Renseignements tirés de l’ouvrage :
Page 30 : Bruit de départ et d’arrivée des obus (vap 31 et 77)
33 : Peuple des artilleurs
44 : Sur sa vision d’un État-Major qu’il réhabilite
48 : Cite Barbusse
57 : Sur les cartes d’État-Major aux tranchées rouges et bleues
60 : Importante du renseignement qu’il nomme « guerre des pattes d’épaules »
62 : Le coup de main, son rôle (fin 66), (vap 67 sur le cran)
78 : Fascination, féérie du front de nuit
81 : Il se met « dans la peau du Boche » sous le bombardement.
84 : Stahlhelm appelé « pot-en-tête de bronze »
85 : Tout un régiment allemand enterré dans une creute à Moronvillers, 1000 cadavres déterrés
: Sur la ténacité des deux adversaires
93 : Définition et description du boyau
95 : Gutta, gaine des fils de cuivre
100 : Tranchée de bord de plateau « on croirait marcher dans un chéneau, au bord d’un toit »
104 : Sur la lettre et comment on l’écrit
126 : « Fracas amical » du canon
127 : L’assaut, c’est « être envahi par l’âme collective, par l’âme unanime qui en fera des héros véritables… »
141 : Fantomas
150 : Tank dépanneur
152 : Chaos d’arbres, « comme si les arbres s’étaient affrontés et démolis, d’une lèvre de ravin à l’autre »
154 : Sur l’aspect lunaire du champ de bataille (fin 158)
156 : Boulets ramés (attachés entres eux par une barre) pour détruire les barbelés
160 : Hymne au paysan
162 : Boissons allemandes Hocheimer et Piesporter
165 : Vue des carrières Montparnasse, appelées par les allemands Barbarossa Hœhle (vap 168)
173 : Bruit de crécelle des mitrailleuses et tactique
174 : Ce qu’est devenu le Chemin des Dames, diparu
188 : Visite avec le commandant Henry Bordeaux, du même service que Prévost
201 : « …Nous abattrons le monstre »
202 : Utilise tran-tran pour train-train
207 : Sur l’alcool, il assène : « L’armée française peut être fière, entre autres, de cette spécialité qu’on y voit jamais d’officier ivre » !
244 : Lieutenant allemand déféquant dans un abri de peur de sortir
Yann Prouillet, novembre 2026