Pasquié (ou Pasquier), Louis (1886-1932)

Né à Rignac, près de Gramat (Lot), le 11 mars 1886, d’un père forgeron, dans une région marquée par une grande hostilité entre groupes politiques et religieux. Ses années à l’école catholique le font devenir anticlérical, et il sera connu comme « Pasquié le mécréant ». Ses deux années de service militaire au 10e Dragons de Montauban le font devenir antimilitariste. L’intervention de l’armée dans les grèves le rapproche du socialisme. Marié à Paris en 1912, il s’y installe comme serrurier et électricien. Après la guerre, il revient dans le Lot, à Alvignac comme artisan en travaux hydrauliques. Très dynamique, il monte une auberge sur la route touristique de Rocamadour et de Padirac. Il meurt à 46 ans en 1932.

Ses deux carnets de guerre sont dédiés à sa femme et veulent être les substituts d’une conversation. Ils ont été retrouvés par son petit-fils Michel Georges dans le cadre d’une recherche généalogique, retranscrits, et un exemplaire du texte a été déposé en 2021 aux Archives départementales du Lot. La présentation par M. Georges occupe 37 pages sur les 76 de l’ensemble.

Le récit se divise en deux parties distinctes. Louis Pasquié est d’abord mobilisé au 220e RI où ses talents de cuisinier et sa débrouillardise sont très appréciés des officiers. Il décrit leurs exigences, les pillages, le gaspillage généralisé. Un moment attaché au service téléphonique, il est frappé par la stupidité des demandes que les chefs font passer par cette voie. Il s’en prend aussi aux aumôniers. Il signale les ravages causés sur l’infanterie par des « tirs amis » (par le canon de 75), le bourrage de crâne des journaux, l’artisanat des tranchées, les permissionnaires remontant en pleurant. Autant de situations déjà bien connues. Mais, plus original, il est un des rares témoins à évoquer clairement l’homosexualité.

Le 16 août 1915, son savoir-faire professionnel reconnu, il est envoyé comme affecté spécial aux établissements Dulac à Lyon, usine métallurgique. Il y retrouve un même niveau de gaspillage, l’arrogance des petits chefs, sous la menace permanente du retour au front en cas de contestation. Il décrit le travail des enfants, les mauvaises conditions de la vie ouvrière (logement, cherté, restrictions alimentaires), le syndicalisme et les grèves. Lui-même reconnait que ses notes ne peuvent être que superficielles. Un passage concerne les fêtes de la victoire à Lyon ; un autre les ravages de la grippe espagnole.

Rémy Cazals, février 2021

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Bascoul, Paul (1893-1915)

Témoignage disponible aux archives départementales de l’Hérault. Original : ADH 1 J 1719 (archives personnelles et familiales) et 1 J 1720 (correspondance) consultables en ligne.

Etudiant en mathématiques, soldat puis caporal dans le 122e RI.

1. Le témoin

Paul Benjamin Charles Bascoul est né le 16 janvier 1893 à Béziers de Benjamin Bascoul, négociant en bois et charbon, décédé d’un cancer de la bouche, et de Marcelle Cros, institutrice. Il est le second d’une fratrie de quatre enfants. Interne au collège d’Agde, bachelier de l’enseignement secondaire en 1910, il poursuit des études en classe préparatoire scientifique au Lycée Joffre de Montpellier, et réussit le concours d’entrée à Polytechnique. En juillet 1914, il est reçu aux certificats de licence de mathématiques à l’université de sciences de Montpellier. Il est également maître-répétiteur au collège de Clermont-l’Hérault. Classe matricule 1404 au centre de recrutement de Béziers, Paul est d’abord « sursitaire 21 », puis incorporé le 11 août 1914 dans le 122e régiment d’infanterie de Rodez qui fait partie de la 31e DI et du 16e corps d’armée. Soldat, il passe caporal fin novembre 1914. Il est tué à Beauséjour en Champagne le 17 mars 1915.

2. Le témoignage

Il fait partie des centaines de documents et témoignages mis en ligne par les archives départementales de l’Hérault – entrée 14-18, mot clef « Paul Bascoul » – à l’occasion du Centenaire.

Le lot est constitué d’une centaine de souvent longues lettres et de cartes quasi quotidiennes, adressées entre le 12 août 1914 et le 15 mars 1915 par Paul à sa mère surtout, mais aussi à sa sœur ainée Juliette, surnommée « Youyou »,née en 1890, institutrice à Murviel-les-Béziers à ses deux frères, Etienne et Henri, à des parents et amis dont particulièrement Emile Rouvière, médecin, et Marguerite Triolle. Les deux premières lettres sont datées des mercredi 12 et jeudi 13 juillet mais ces chiffres correspondent en réalité aux jours du mois d’août. Le lot comprend encore un cahier des transcriptions de la correspondance de son fils effectuées par Marcelle Bascoul, de quatre lettres revenues du Front avec la mention « le destinataire n’a pu être atteint » (16 mars – 3 avril 1915). S’y trouvent également des lettres de condoléances reçues de parents, de proches et de relations ainsi qu’un portrait photographique de Paul, son diplôme de baccalauréat et enfin des coupures de presse annonçant son décès (16 avril – 9 juillet 1915)

Sous leur formé numérisée, les lettres sont présentées dans leur intégralité et le parcours militaire de Paul a été retracé en annexe par les agents des archives. Le témoignage a traversé le siècle par le biais de sa sœur puis du fils adoptif de celle-ci. Les lettres croisées ouvrent de larges fenêtres sur l’importance des envois entre les fronts, la pression sociale et affective exercée en toute bonne fois de l’arrière, la violence des premières batailles, le rythme spécifique de la guerre sur le front mais aussi sur les premiers émois amoureux d’un jeune homme, fils et frère aimant, bon élève obéissant, enserré progressivement dans une somme d’injonctions contradictoires sous la violence des tirs d’artillerie dans les Flandres et la Marne. Il appartient par bien des éléments à cette catégorie d’intellectuels qui sont au cœur du corpus des « 42 » de Nicolas Mariot. La confrontation entre les imaginaires de la guerre et sa réalité s’avère sans surprise douloureux.

3. L’itinéraire militaire

L’arrivée à la caserne de Rodez le 12 août douche rapidement son enthousiasme ; il met 17 heures de train pour relier Béziers à Rodez et à son arrivée on lui refuse « neuf fois » l’entrée faute de place, attendant « (…) le départ du 322e RI dans 9 jours. Chaque jour, il arrive des hommes, la caserne en contient deux fois comme elle ne peut en contenir (…)» et conclut par cette sentence le 15 août « (…) en vérité en vérité je vous le dis, l’état de siège c’est l’anarchie (…) » Hébergé en ville, il reste optimiste ; « « J’ai rencontré des étudiants dans mon cas avec lesquels je passerai du bon temps je crois » mais rapidement à cours d’argent, il insiste pour coucher à la caserne y compris sur la paille. Finalement, une fois encaserné et habillé, la rencontre avec les autres soldats, des territoriaux, est difficile ; « (…) J’ai essayé de lire un peu ce soir. Impossible. Les odeurs de pieds de mon voisin m’incommodaient à tel point que j’ai du fuir à travers les salles et y vadrouiller sans but comme le juif errant (…) ». L’altérité a ses exigences ; il a du mal avec « ces vieux grognards fraichement descendus de la montagne et qui sentent l’écurie à plein nez ». Le 24 août il envoie à Juliette une réponse lyrique qui révèle son exaltation ;

« Tu me dis bien heureux de ne pas être comme les camarades du même âge à la frontière ? Tu me connais mal. Je préfèrerais le sacrifice utile du sommeil et de ma subsistance aux privations que je subissais ici inutilement à cause du désordre qui régnait. Je préfèrerais les fatigues de la marche forcée à la rencontre de l’ennemi, les affres des nuits passées à la belle étoile sous la menace des boches l’allemand que l’inaction où je suis réduit ici et la vie oisive et inutile que je mène à la caserne. Il m’est pour moi très pénible de songer justement que tandis que tous les jeunes de ma génération se battent, moi je reste en arrière inutile. Je brule du désir de faire la campagne à leurs cotés. Et maintenant qu’à l’habit militaire je me suis fait, maintenant qu’auprès de vous aucun sentimentalisme ne me retient plus, maintenant que je sais maman guérie et que j’ai l’esprit plus tranquille, j’ai demandé à partir avec les premiers partants. Mais rassurez-vous ce ne sera pas encore ».

Les premiers portraits de gradés ne sont pas flatteurs ;

« (…) La vie de caserne va commencer pour nous dans toute son horreur sous l’autorité paternelle de notre commandant Souligne dit « Soubise » une brute alcoolique et bougonne, jurant et tempêtant comme un officier prussien. Un effet de sa tendre sollicitude a été de nous supprimer la liberté de 11 heures à 3 heures. Ca va barder comme nous disons »

Marc Souligne, commandant major au 122e RI est tué à Beauséjour lui aussi le 2 avril 1915. Il est présent dans le témoignage de Pierre Bellet (CRID, 96e RI). Mais finalement, Paul fait état de sa surprise face à l’absence d’encadrement et de formation militaire ; « (…) à peine un lieutenant durant 10 minutes (…) ». A ce moment-là, il pense qu’il va rester trois ans à la caserne pour y être formé. Il continue de toucher son traitement de 30 francs par mois comme maître-répétiteur mais demande assez régulièrement de l’argent.

Le 20 septembre, c’est le départ, soit un mois à peine après son arrivée à la caserne, et le 22 septembre, il envoie sa première carte du front de Lorraine (Toul). Le choc est rapide, le ton tente pourtant d’être rassurant ;

« (…) Immédiatement après la descente du train nous nous sommes mis en marche vers la ligne de feu. Nous y arrivons ce soir après 20 kms de marche. Notre régiment se bat à 200 mètres en avant. Tout ce soir nous avons entendu rouler la canonnade. Elle vient à peine de cesser à la tombée de la nuit. Demain nous irons peut-être au feu. Je ne peux vous donner beaucoup de détails ma carte serait retenue. Sachez seulement que tout va bien. Je me porte à merveille. Je ne suis nullement fatigué du voyage ni de la marche que nous avons faites. »

Le 24 ; « (…) La canonnade est furieuse J’ai fait mes débuts dans une tranchée. Nous n’avons pas tiré un seul coup de fusil (…) ». Le 26, il écrit sa première carte à son ami Emile Rouvière mobilisé comme médecin dans le 5e DEF ; « « (…) les obus pleuvent mais ils n’ont fait aucun mal dans nos rangs. Le seul casque à pointe que j’ai encore vu est celui qu’une de nos patrouilles a trouvé hier dans une tranchée (…) ». Mais dès le 28, il écrit à sa mère ; « Il me tarde que la guerre soit finie. La canonnade est furieuse ; nous n’avons pas encore tiré un coup de fusil ; nous assistons à un duel d’artillerie ou nous sommes vraisemblablement supérieurs car nous avançons. Je supporte très bien les fatigues de la campagne (…) ».

A partir du 3 octobre, il est au repos à Nancy. Dans ses longues lettres, il se plaint de l’absence de courrier, explique le roulement des compagnies en ligne. Il demande un colis « de chocolat, de saucisson, des cartes géographiques, des cigarettes, des gants fourrés et des caleçons ». Les premières lettres lui parviennent au bout de 3 semaines, tandis que lui manque régulièrement de papier. Le 12 octobre, il précise déjà qu’ « « à peine quelques obus tombant sur les vitrages où nous sommes cantonnés ont-ils tué quelques hommes. A l’abattement des premiers jours a succédé une résignation sereine qui raffermit l’espoir de vous revoir ». Ses demandes soulignent qu’il n’envisage pas une guerre longue ; « Tu pourrais m’envoyer une centaine de francs j’en aurais assez jusqu’à la fin de la campagne » (20 octobre). Les exercices militaires se succèdent à l’abri « (…) Jeudi 22 octobre : il y a longtemps que nous nous sommes battus nous effectuons de bonnes marches le long du front je suis content de voir que je tombe les kilomètres sans plus de fatigue que les plus endurcis des troupiers. La marche de 35 kilomètres n’a pas entamé ma belle humeur. (…) ».

Dans les Flandres belges : Fin octobre, c’est l’arrivée dans les Flandres belges dans la terrible bataille d’Ypres ; « (…) 27 octobre nous approchons du front maintenant. Ici la guerre déploie tout son art meurtrier et toute sa formidable industrie. Engins de toute sorte, Anglais, Boers et Belges des Hindous, des prisonniers allemands démoralisés (…) ». La correspondance devient une puissante élégie, les pieds dans la boue et la tête sous les obus. Il envisage sa propre disparition et s’en ouvre à plusieurs reprises, d’abord à sa sœur ;

« (…) Ah ma chérie ! on sent mieux le prix l’affection lorsqu’on risque de la perdre. Le plus grand sacrifice que je ferai à la Patrie, si je dois tomber, sera celui de votre amour. Mais il ne faut pas penser à cela. Il y a près de 20 jours que je ne suis pas allé au feu. Et si par hasard je ne devais pas revenir, il ne faudrait ni me plaindre ni me pleurer (…) »

Rapidement il fait état de son état d’esprit désabusé  :

« (…) J’ai trouvé cette nuit dans une tranchée abandonnée une carte où un boche disait à un combattant de sa nationalité «  C’est dommage que tu ne sois pas encore à Paris. Vise bien pour qu’il en soit bientôt fini de tous ces pantalons rouges » Je n’ai pu m’empêcher de me rappeler le mot d’Henri «  Zigouille le plus de boches que tu pourras et gare-toi ». Tout ça c’est pas facile à faire (…) ».

Après sa sœur, il prépare sa mère à sa disparition (Marcelle a souligné les dernières volontés sur son cahier) ;

« (…) Tu dois te résigner à mon absence maman chérie et si je ne revenais par hasard, ne me pleure pas, que mon souvenir te soit léger, aimable, et souriant. Ne me plains pas ; j’accepte le sacrifice et je serai content de faire mon devoir. Je t’embrasse maman chérie aussi tendrement que je t’aime. Ton Paul chéri ».

Dans les tranchées, Paul exprime un sentiment de déshumanisation de façon récurrente à partir du 4 novembre ; « Le temps dans les tranchées se passe à se terrer comme les lapins dans des trous que nous creusons pour se mettre à l’abri des obus ». Souffrant de solitude, il se rapproche d’un camarade biterrois avec lequel les relations sont parfois difficiles dont le portrait n’est pas toujours flatteur ; «(…) L’ami Clément a été ce blessé ce matin à l’épaule droite très légèrement. La gravité est celle d’un rhume de cerveau (…) ».

Fin novembre il écrit à sa sœur :

« Je ne voudrais pas que vous ayez trop de foi en mon retour, Certes nous devons le souhaiter et pour ma part je le désire ardemment, mais ma chérie vous devez vous préparer à la pire fatalité. Si je ne reviens pas ma volonté est que vous ne fassiez pas rechercher mon corps comme j’ai vu certaines familles le faire, je voudrais que mon souvenir vous soit léger agréable et non pas obsédant et triste. Aussi je voudrais que ma mémoire ne vous soit pas une obsession douloureuse mais un souvenir souriant où se mêlera votre fierté de mère et de sœur de me savoir tombé au champ d’honneur en faisant mon devoir. Hélas le champ d’honneur ! n’est souvent qu’un champ de betteraves, morne et froid où la mort est lente et dure. Peu importe vous ne devez penser qu’à l’auréole dont s’entoure la mémoire des héros et qui doit rejaillir sur vous. Malgré tout ce que je peux dire j’espère bien vous revoir. Vous pouvez être assurées que je serai prudent je prends de plus en plus l’expérience de la guerre, je ne serai ni téméraire, ni fanfaron (…) » 

A partir du 7 décembre, nouveau répit ; il bénéficie d’une formation en arrière du front dans le seul quartier d’Ypres qui ne soit pas encore bombardé, pour apprendre à construire des tranchées modèles, il est finalement à l’abri durant presque un mois. A son retour, le nombre élevé de camarades morts pendant son absence le laisse très déprimé et il fait le récit à sa mère de l’extrême violence aux tranchées ;

« Dans tous les cas il est possible qu’un grand nombre de nous restera sur le champ. La guerre prend un caractère de sauvagerie outrée. En divers points les boches ont achevé dans les tranchées les blessés tombés entre leurs lignes. Quand ils montent à l’assaut, ils ont coutume de pousser devant eux les prisonniers en criant de ne pas tirer. Aussi la consigne est de ne pas faire de prisonniers et de tirer sur tout homme qui se rend ».

Ces écrits rejoignent les récits de Benjamin Simonet ou Pierre Bellet qui appartiennent à la même D.I. Nostalgie de la famille, du pays se lisent le 6 janvier 1915 lorsqu’il reçoit un paquet de sa sœur qui le rend lyrique ;

« Quelle touchante idée ma chère petite sœur de m’envoyer des raisins, des fruits par excellence de mon pays, ma terre de prédilection. Chaque grain tenait enfermé un peu du soleil de là-bas qui brille si joyeux et dont je suis ici si privé. Que le ciel est triste sur ce coin déshérité de la terre. Il semble que le ciel se soit voilé devant les horreurs commises par les hommes et que derrière son voile humide, il pleuvra une pesante larme avec chaque goutte de pluie. Au dessus des hommes qui ont l’air d’être des jouets, Je fais mon devoir sans haine aveuglément le cœur ulcéré des souffrances que je fais naître mais sans laisser faiblir mon bras. Je ne vis que pour vous qui pansez les plaies. »

Le 7 janvier, dès son retour en 1ere ligne il a du enterrer son meilleur ami sous les balles, se retrouve tâché de sang et c’est une ballade allemande qui lui vient sur les lèvres ;«  Oh comme les morts vont vite ! Oh comme les morts sont lourds ! ». L’épisode est relaté plusieurs fois dans les lettres de diverses façons selon la ou le destinataire.

Sur l’arrière front, avant la Champagne, il retrouve un peu d’énergie pour féliciter son frère Étienne de sa blessure à la bouche « tu peux être fier de ta glorieuse cicatrice qui t’a laissé la lumière ». Même s’il se plaint ; « Depuis que nous avons quitté la tranchée on nous ennuie de toutes les façons. Ou bien nous faisons des marches, des exercices » Il peut dormir dans un lit, faire deux repas, se laver, se reposer, écrire, lire, autant de compensations essentielles à sa ténacité. Il entame encore le 26 janvier avec Marguerite Triolle, un début d’un flirt épistolaire et échange sur la musique classique et la poésie en usant largement de son capital symbolique pour user de rhétorique convenue :

«  Nous autres, les petits soldats de la belle France si nous sommes contents de nous battre pour nos foyers, pour nos maman, pour nos sœurs, nous sommes fiers aussi de savoir que les yeux des belles filles nous regardent. Mais combien contraire à notre tempérament, combien répugnante à notre esprit cette guerre de tranchées que no6us impose le Teuton ! et que ne donnerait-on pas pour rencontrer une fois pour toute le boche en rase campagne »

Mais, au même moment, à son frère Étienne mobilisé comme lui, il envoie son testament; « L’un de nous ne peut espérer revenir » et lui demande de consoler sa mère, de payer ses dettes (100 francs à 4 camarades) de devenir le chef de famille et lui lègue sa montre en or. La philosophie devient un ressource mentale qu’il exprime à sa mère ;

«  Nous sommes partis des enfants nous vous reviendrons des hommes. Pendant les longues heures d’angoisse dans la tranchée, heures pendant lesquelles s’ajoute la pensée torturée, on revoit le passé, le cœur gonflé de toutes les larmes qu’on ne pleure pas. Pour avoir étanché le sang, pansé les plaies, on se sent plus compatissant ; pour avoir vu la haine aveugle meurtrir injustement, on devient plus tolérant et plus conciliant. On se sent grandi par toutes les souffrances. Rien ne nous rend si grand qu’une grande douleur. Ceux qui reviendront seront de doux philosophes, ils auront appris à aimer la vie en côtoyant la mort »

Sur le front de Beauséjour, les lettres quotidiennes sont très brèves : 15 mars 1915, « 4e jour sur le front ». Son régiment combat en première ligne dans la commune de Minaucourt (Marne), au fortin de Beauséjour, théâtre de violents affrontements (février – mars 1915). Le 17 mars 1915, il est tué. Commence pour la famille un long travail de deuil sans corps, jamais identifié, ni retrouvé. Aucun de ces frères et sœur n’aura d’enfant. Seule Juliette adopte tardivement un petit garçon.

Christine Delpous – février 2021

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Tissot, Henri (1888-1950)

Agé de 27 ans au moment de la déclaration de guerre, Henri Tissot, juriste de formation, est d’abord mobilisé au 18e dragons de Dole avec le grade de brigadier puis passe au 11e dragons en janvier 1915. Après deux ans de pérégrination sur le front (Artois, Marne, Meuse et Meurthe-et-Moselle) et plusieurs engagements sérieux, Henri Tissot devient sous-lieutenant d’infanterie affecté au 14e RI de Toulouse à partir d’août 1916. Il participe encore aux combats d’avril-mai 1917 à l’est du Chemin des Dames autour du massif de Moronvilliers, ainsi qu’à la deuxième bataille de la Somme en 1918. Son récit montre combien cette période renoue avec la guerre de mouvement (p. 217 et 220 : « tout est provisoire »), la violence des combats et l’importance du volume des pertes. Il faut attendre le mois de juin pour voir chez notre témoin « le moral » se raffermir. Il est gazé en août de cette même année et évacué. Il revient à son poste dans les Vosges quelques jours avant l’armistice, attendu avec impatience. Le 11 novembre, devant l’affiche annonçant la fin des combats : « Pas de cris, par de manifestation, une joie calme et contenue. » Puis à 11h, et aux bruits des cloches : « (…) de toutes les poitrines s’élève un hurrah triomphal, où passent en tempête, la joie, la souffrance, les rancœurs. » (p. 267-268). Henri Tissot entre en Alsace quelques jours plus tard avec son régiment.

De cette longue expérience de guerre, Henri Tissot a laissé un récit de plus de 500 pages et conservé environ 150 photographies bien légendées. L’ensemble a été retrouvé par la famille bien après la mort de l’auteur, sans que l’on sache à quelle date exacte Henri Tissot a mis au propre les notes qu’il a prises au front (comme en témoigne plusieurs passages de son carnet cf. p. 100). Une partie seulement de l’ensemble de ce témoignage a été publié sous le titre La guerre est déclarée. Journal du sous-lieutenant Henri Tissot pendant la Grande Guerre par Sophie Arnaud en 2014 (304 p.). Un ensemble d’annexes (biographie, synthèse du parcours du combattant, index des personnages cités) permet de prendre connaissance de l’identité de l’auteur et facilite la lecture du texte.

Henri Tissot s’inscrit dans cette classe moyenne des tranchées, soucieuse de conserver la mémoire de son expérience, marquée par la guerre et sa mise à l’épreuve dans le cadre de l’impôt du sang. Il justifie d’emblée son souci de mettre au propre ses souvenirs : «  En les mettant au net, je n’ai eu d’autre but que de revivre les heures les plus passionnantes et les plus remplies de mon existence. Peut-être les liens et quelques amis trouveront-ils plus tard quelque intérêt à parcourir ces pages. »  (p. 9) L’expérience de la guerre n’a pas été pour lui que violence et deuil, mais a été aussi marquée par des « heures douces » et surtout la camaraderie, qui l’a fortifié à plusieurs reprises dans son patriotisme. Ainsi, la guerre est perçue aussi comme une expérience sociale débouchant sur le rêve d’une société nouvelle : « Ce contact forcé de la guerre dans la vie des tranchées aura permis aux uns et aux autres de se deviner, de se savoir mutuellement. Je le souhaite. (…) Espérons qu’à la paix, la camaraderie de la tranchée ou du trou d’obus ne disparaîtra pas avec le geste de dépouiller l’uniforme. » (9 mai 1917).

Henri Tissot mêle à ses réflexions sociales, marquées parfois du sceau d’un certain paternalisme de « classe », un rapport personnel fort à la religion. Fervent croyant, il participe dès qu’il le peut aux offices religieux et remet à plusieurs reprises son destin entre les mains de Dieu (p. 212). Sa foi l’oblige d’ailleurs parfois à soutenir de violentes polémiques sur les sujets religieux avec certains de ses camarades (p. 72).

Juriste de formation, le sous-lieutenant Tissot est confronté directement comme acteur de la justice militaire. Le 18 octobre 1916, il assiste le président du conseil de guerre de sa division. A cette occasion, il fournit une description minutieuse des lieux et des acteurs, dont celle de l’accusé, un territorial qui, ivre, a injurié et frappé son chef de bataillon. Le jugement peut aboutir à la peine de mort : « Enfin ! Un soupir de soulagement, ce n’est pas une condamnation à mort. » (p. 87)

Pour Tissot, le passage de l’état de soldat à celui d’officier nécessite une adaptation progressive. Le rapport aux autres soldats change, leurs regards aussi. Mais il prend à cœur cette nouvelle charge : « La troupe marche comme on l’entraîne. Etre un chef, c’est savoir être devant partout et en tout. » (p. 92). Les combattants deviennent alors « la troupe », « les hommes », « les piou-pious », tout à la fois désincarnés et magnifiés par Tissot dans leur abnégation quotidienne. Il adapte également son rapport à la guerre, se perfectionne dans le métier (usage de plusieurs expressions en rapport avec le monde du travail) par l’expérience, se professionnalise et s’aguerrit. Comme le montrent les photographies publiées, le cercle centrale de la camaraderie devient celui des officiers subalternes qu’il côtoit dans le cadre du service, au repos, à la popote.

Henri Tissot n’a pas de mots assez durs pour qualifier les alliés britanniques, qu’ils se trouvent sur le front (de piètres combattants) ou qu’ils paradent à l’arrière : « Ils tiennent le trottoir avec des allures de conquérants », écrit-il avec colère lors d’une permission à Rouen en mai 1918. Les seuls vainqueurs des Boches, envers lesquels les sentiments de Tissot varient beaucoup en fonction des circonstances, sont le soldat français et le commandement (notamment Foch).

Ces quelques éléments développés dans les parties publiées du témoignage n’épuisent pas les nombreuses autres indications utiles à la compréhension de l’expérience combattante et de son épaisseur : les loisirs (chasse, pêche), les rumeurs, les rivalités entre officiers, les liens de camaraderie, la complexité des rapports hiérarchiques (comment blâmer des soldats en « maraude » qui rapportent du vin à l’ensemble de la troupe ? (p. 245-246), mais aussi la description d’un épisodes de trêve tacite (octobre 1917 – p. 189).

La qualité de l’écriture et la probité du témoin auraient sans doute fait entrer le récit d’Henri Tissot parmi les bons témoignages retenus par Jean Norton Cru.

Alexandre Lafon, mai 2015.

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Mourlot, Gaston (1894-1926)

Né le 2 juin 1894 à Paris dans un milieu très modeste, Gaston Mourlot entre en apprentissage dès 14 ans chez Abel Bataillard ferronnier d’art après avoir obtenu le certificat d’études. Incorporé à 20 ans avec sa classe par anticipation en septembre 1914, il n’a pas connu la vie de caserne avant guerre. D’abord fantassin au 65e RI, il intègre le génie à partir de 1915 et met à profit sa formation technique au profit de l’organisation matérielle et logistique du front.

Il connaît d’abord le front de la Somme en novembre 1914, puis successivement la Champagne, la Marne et l’Aisne, puis l’Argonne. Il passe par deux fois par le front de Verdun. Il stationne dans le tunnel de Tavannes dans les derniers mois de l’année 1916 et en donne une description qu’il est intéressant de croiser avec celle du capitaine Charles Delvert. Il est ensuite sur le Chemin des Dames début 1917 et le 16 avril. Mobilisé un peu à l’arrière du front, il voit arriver les premiers blessés, et avec eux le récit d’un échec. Cette période se révèle encore plus pénible que Verdun. On peut lire alors ce type de passage : « Cette déveine ne va pas donner un atout de plus à la réussite de l’attaque : d’abord le terrain sera quelque peu détrempé, et par suite d’une nuit passée sous la lance, l’ardeur des assaillants sera sûrement émoussée. » (16 avril 1917). Des Vosges, il revient avec son unité dans la Marne en septembre 1918 où il participe à l’avance française. Il sera finalement démobilisé en février 1919.

Gaston Mourlot a consigné d’une écriture serrée sa guerre dans dix carnets, a correspondu avec plusieurs personnes dont parfois des combattants comme lui, a dessiné, pris ou récupéré des photographies pendant toute la durée de sa mobilisation. L’historien se trouve devant un témoignage multiforme et cohérent, issu d’une unique expérience de guerre. Cet ensemble apparaît même témoigner d’une « culture » en guerre plutôt que d’une « culture de guerre ».

Il change très souvent de secteur bien qu’il partage son temps de guerre essentiellement entre le front de la Marne, de la Meuse et de l’Aisne. Il change également très souvent de groupe : de l’infanterie au génie, de simple soldat à sapeur, puis sergent. Ainsi, il décrit une vie de nomade qui fait ressembler finalement la guerre de siège à une guerre de mouvements pour les unités combattantes. Elles se trouvent ainsi ballotées de secteurs en secteurs sans jamais ou presque savoir par avance leur destination. Deux types d’activité guerrière peuvent rendre un secteur actif : les grandes offensives et attaques d’envergures longuement planifiées, et le harcèlement par des tirs de mines et tirs d’artillerie constants ou périodiques et autres coups de mains qui tiennent les unités en alerte. Ces « temps » apparaissent très variables en durée et en intensité. Quant aux secteurs tranquilles, ils se caractérisent par une activité guerrière réduite permettant une certaine oisiveté (fin juillet 1916). Mais on est d’abord saisi, comme à la lecture d’autres témoignages de fantassins, de la place prise par les travaux d’aménagements dans le temps combattant. D’abord fantassin, Mourlot utilise davantage la pioche et la pelle que son fusil. Devenu sapeur, il devient un véritable ouvrier du champ de bataille, creusant des puits, construisant des ouvrages de fortification, dirigeant des travaux de restauration de tranchées ou de « gourbis ».  Des mots et expression comme « chantier », « collègue », même si ce dernier terme renvoie aussi à la notion plus simple de camarade, « aller au travail », « travailleurs », « équipe », « mes associés », montrent que Mourlot aborde peu à peu sa guerre comme un métier. Les temps d’attente dans les tranchées ou au cantonnement sont mis à profit pour écrire, s’adonner à la sculpture ou à la photographie, au sport aussi et à certaines autres pratiques collectives comme la pêche ou la navigation. L’ouvrier Mourlot en profite également pour s’initier à la typographie. Ces pratiques,  méticuleuses, constantes, sont à l’image de l’écriture très descriptive de Mourlot qui s’applique durant toute son expérience de guerre à noter scrupuleusement les petits « faits » du quotidien, au ras de la tranchée.

Que retient Gaston Mourlot des combats dans le long récit de plus de quatre années de guerre qu’il a laissé ? A la première lecture, on peut s’étonner de trouver si peu de notes à ce sujet alors qu’il écrivit assez longuement tous les jours. Certes, nous savons que toutes les divisions de l’armée française n’ont pas également été utilisées durant le conflit, et certaines deviennent plus combattantes que d’autres, notamment les unités d’infanterie coloniale et d’Afrique en général : « Rencontre des troupes noires et des zouaves qui ne doivent pas être là pour rien et si la fantaisie prenait aux boches d’avancer ils trouveraient à qui parler » (février 1916). Intégré dans le génie, il ne participe pas directement aux attaques, mais évoque des moments clés du conflit, comme la préparation de l’offensive de septembre 1915 en Champagne. Il témoigne alors de l’agitation des troupes, de la difficulté pour les hommes de base de comprendre l’organisation de la bataille, la nervosité aussi des fantassins (24 septembre 1915). Le 25 septembre, jour du lancement de l’offensive, est de ce point de vue marquant : nombreux morts et blessés, les infirmiers débordés, les cadavres, un blessé allemand secouru, la difficulté à conserver des repères clairs. « Petit à petit, l’on se retrouve », note-t-il seulement le lendemain.

Finalement, l’accumulation des notes et des photographies prises par Gaston Mourlot donne à comprendre un peu mieux la réalité des différents temps de guerre, des parcours et des expériences combattantes qui, décidément, ne peuvent se résumer en quelques généralités trop vite assenées.

Alexandre Lafon, avril 2013

Source : Un ouvrier artisan en guerre. Les témoignages de Gaston Mourlot 1914-1919, Moyenmoutier, Edhisto, 2012, 560 p.

 

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Darchy, Romain (1895-1944)

Sans conteste, les volumineux « Récits de guerre » du soldat  Romain Darchy partiellement publiés relèvent de la catégorie du témoignage alliant la rigueur des faits à la valeur littéraire du récit construit dans une prose maîtrisée. Composés à partir de carnets tenus au jour le jour, ils nous immergent dans l’expérience de guerre de l’auteur, d’abord simple soldat puis aspirant-officier commandant d’une section d’infanterie à partir de juillet 1917.

L’auteur est mobilisé avec la classe 15 en décembre 1914 et est incorporé au 408e RI avec lequel il découvre le front en avril 1915. Blessé devant le fort de Vaux, il est évacué en mars 1916 après avoir survécu à plusieurs journées de durs combats et de bombardements qui ont manqué de l’enterrer vivant à plusieurs reprises, lui et une compagnie entière, incapable de pouvoir tenir à l’extérieur face au déluge de feu. Il revient au front avec son régiment dans le secteur d’Avocourt et de la cote 304 à l’été 1917. Très sensible à valoriser le courage et l’abnégation des hommes dans la souffrance, il ne manque pas de s’attacher à décrire avec minutie le calvaire des relèves ou des corvées de soupe, à témoigner des conditions de survie des hommes rouspétant mais tenant bon dans le froid de la tranchée. Romain Darchy est un patriote, croyant, qui voit dans la guerre une forme d’héroïsation des combattants français, alors même que le « boche » ou « les sales Teutons » ne peut se concevoir que comme l’ennemi. Ainsi, il donne aux scènes de combat un réalisme certain, ajoutant aux descriptions morbides des blessés et des morts, des images renvoyant à une conception toute religieuse du sacrifice : « Tous les trois se touchent, ils sont morts ensemble. Et le soleil qui se reflète dans un liquide immonde éclaire ces cadavres comme une auréole de gloire » (p. 269). Nous sommes là face à des évocations qui renvoient au témoignage, certes ici moins littéraire, d’Ernst Jünger et aux tableaux d’Otto Dix.

Encerclé le 15 juillet 1918 au bois d’ Eclisse sur le front enfoncé de la Marne, Romain Darchy est fait prisonnier avec une partie de son unité. C’est pour lui le début d’un effondrement psychologique qui se lit à travers son témoignage de captivité. Conduit derrière les lignes allemandes, il ne peut se résigner à aider les blessés ennemis et enrage contre les troupes italiennes qui auraient causé sa capture. Il se considère comme un naufragé condamné à l’exil, tourmenté par le fait de ne pouvoir continuer à se battre alors même que les Allemands pouvaient, encore, l’emporter. L’idée d’avoir été « sacrifié », de pouvoir être de ceux à qui « l’on jettera la pierre », hante les pensées du jeune aspirant qui refuse de parler aux Allemands qui l’interrogent. La douleur ressentie sur le long chemin vers l’Allemagne et la forteresse de Rastatt n’est atténuée qu’avec la satisfaction de savoir les Allemands en retraite et que par le renforcement d’une camaraderie désormais de captivité.

D’un point de vue formel, le récit de Romain Darchy gagne en maîtrise et en densité au fur et à mesure que s’étire le récit, véritable monument dressé à ceux qui sont tombés à ses côtés.

Terminons en soulignant combien le destin singulier Romain Darchy, depuis la mobilisation dans l’armée de la Grande Guerre et jusqu’à la mort tragique sous les coups de la Gestapo en 1944 pour faits de résistance, renvoie à l’engagement de Marc Bloch, figure emblématique d’un tragique premier XXe siècle. Engagements identiques de deux hommes motivés pourtant par des valeurs très opposées.

Alexandre Lafon – décembre 2012

Source : DARCHY Romain, Récits de guerre 1914-1918, Paris, Bernard Giovanangeli Éditeur – Ville de l’Aigle, 479 p. Edition accompagnée de précieuses annexes (biographie, correspondances) qui viennent compléter le texte principal.

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Suberviolle, Pierre (1896-1964),

Les 300 lettres du soldat puis combattant Pierre Suberviolle, publiées en grande partie dans une belle publication de La Louve éditions à Cahors en 2011, témoignent, s’il le faut encore, de la variété des parcours de guerre qui ne se résument pas à la seule expérience combattante, et encore moins à une seule expérience qui serait valable pour un homme et pour tout le conflit.

L’auteur de cette correspondance, âgé de moins de 18 ans en août 1914 et issu d’une famille bourgeoise de Montauban,  est titulaire du permis de conduire depuis 1913. Il s’engage alors dans l’armée comme chauffeur-mécanicien affecté au 20e escadron du Train. S’il brûle de servir la Patrie au combat, Pierre Suberviolle vit d’abord la guerre dans le va-et-vient du transport de matériel entre les différents secteurs de l’arrière-front. Il y rencontre certes parfois les éclatements de gros calibres, une activité intense entre conduite de tracteurs et ravitaillement, mais sans vivre, comme les fantassins qu’il croise parfois, le feu des premières lignes. Il n’en reste pas moins qu’il expérimente la camaraderie avec des hommes de tous âges et de toutes conditions qui se trouvent comme lui sous l’uniforme: avocat, sous-préfet, secrétaire ministériel dans le civil ou garagiste. Derrière le patriotisme cocardier affiché dans des courriers où le ton est au récit d’une guerre en dentelle, le « gosse de la bande » exprime aussi son « cafard » de ne pouvoir être avec les siens et attend la permission salvatrice. D’abord dans la Meuse puis vers la mer du Nord, le jeune homme part pour l’Armée d’Orient en mars 1916 jusqu’en septembre 1917 toujours comme chauffeur, avant de revenir en France dans les Vosges pour  intégrer l’école d’officier de réserve. Comme brigadier puis maréchal des logis, il choisit finalement l’artillerie d’assaut en février 1918. Il est finalement engagé dans les combats à partir de juillet de la même année pour finalement perdre l’œil gauche alors qu’il se trouve dans son char en octobre. Ainsi, Pierre termine sa guerre comme grand invalide à l’âge de 21 ans, alors même qu’il l’avait commencée comme il le dit lui-même en « embusqué », assez loin des réalités du combat.

Ce corpus épistolaire met en fait davantage en lumière le dialogue à distance d’un « grand enfant » avec la figure omniprésente de la mère, tantôt possessive, tantôt figure de grande sœur, que de la guerre qui se déroule. Et Pierre raconte à travers son odyssée l’apprentissage de l’autonomie et de la virilité : fumer, partager les colis, s’intégrer à la camaraderie militaire, multiplier les conquêtes féminines parfois tarifées dans les villes de l’arrière. Il écrit ainsi le 26 mars 1916 avant de s’embarquer pour Salonique : «  C’est mon éducation que je fais en ce moment et je suis heureux que la guerre m’ait fourni cette occasion » (p.110). Il s’adonne ensuite dans les Balkans à une pratique photographie quasi ethnographique et demande toujours plus de matériel, d’argent (un thème récurrent dans sa correspondance), de nourriture de la France afin de combler l’ennui et le dépaysement. La mort de son père lui aussi mobilisé à l’arrière, et la perspective d’un mariage d’amour autant que de raison l’obligent à se projeter peu-à-peu, au-delà de la guerre, dans un futur construit.

En cela, cette correspondance agrémentée de quelques clichés pris par l’auteur (avec quelques erreurs de datation) et de quelques annexes montre qu’il s’est joué souvent dans la guerre autre chose que la seule confrontation des hommes au feu et à la violence du combat.

Source : LABAUME-HOWARD Catherine, Lettres de la « der des der ». Les lettres à Mérotte : correspondance de Pierre Suberviolle (1914-1918), Cahors, La Louve éditions, 2011, 271 p.

Alexandre Lafon, novembre 2012

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Détrie, Paul (1872-1962)

Né à Oran dans une famille de tradition militaire, Paul Détrie intègre Saint Cyr et, comme officier de carrière, reçoit plusieurs affectations avant 1914 dans les colonies ou en métropole. Successivement capitaine, commandant d’un bataillon d’infanterie puis du 2e BCP, puis lieutenant-colonel du 94e R.I., il connaît tous les secteurs du front ou presque jusqu’en 1918 et témoigne dans sa correspondance partiellement publiée des grandes batailles comme des offensives limitées depuis le Nord de la France jusqu’à l’Alsace, de Verdun à la Somme en passant par l’Aisne. Documents de première main, ses lettres apparaissent comme un reflet de son expérience personnelle de militaire, d’officier et de combattant : « Cette correspondance constitue en quelque sorte, un véritable carnet de campagne, puisque je te confie très détaillées, mes impressions journalières et mille incidents de notre vie », écrit-il à son épouse en mars 1915.

Que retenir de ce volumineux fonds épistolaire ? Avant tout, il faut remarquer que nous avons accès ici au témoignage d’un cadre de l’infanterie, militaire de carrière qui termine la guerre comme officier supérieur. Il permet la comparaison avec d’autres récits, comme celui par exemple du lettré et civil Charles Delvert, officier de réserve devenu commandant pendant le conflit, ou avec les souvenirs d’Alphonse Thuillier, simple soldat de première classe du 94e R.I., qui perçoit une guerre davantage « au ras du sol », au cœur de la troupe.

Sur le fond, et en comparant son carnet et sa correspondance du début de la guerre, on peut remarquer que Détrie use beaucoup d’autocensure dans les lettres destinées à sa femme en particulier dans les premières semaines de la guerre, insistant sur l’excellente tenue du moral et l’attitude des hommes. Blessé par éclat d’obus à la fin du mois de septembre 1914, il reprend les tranchées en février 1915 comme chef de bataillon, mais ses textes restent emprunts d’une grande humanité, vis-à-vis de « ses hommes » comme des Allemands, qu’il appellera « Boches » plus tardivement dans la guerre. La guerre, pourvoyeuse de morts et de misères, ne doit pas être abordée avec haine selon l’épistolier. Elle fait partie de la condition humaine, elle est une épreuve que l’homme doit surmonter. Paul Détrie apparaît ainsi comme un humaniste, organisant le monde en catégories bien tranchées. Il déploie un certain paternalisme vis-à-vis de « ses » soldats : « Les hommes ont beaucoup de mérite à faire si bonne figure », écrit-il par exemple le 26 février 1915. En parallèle de son activité, il mène une réflexion appuyée sur le commandement jugé par lui difficile dans la guerre de tranchée qui rend « l’action du chef à peu près nulle ».  Sur la justice militaire, se trouvant du côté de l’accusation, il souligne que « le devoir est dur à remplir », mais le Salut de la patrie est en question écrit-il (p. 68). Cette dernière lettre, très nuancée, doit être à lire pour ceux qui s’intéressent ou travaillent sur cette question. De la même manière, il s’oppose aux gradés de l’arrière qui ne connaissent pas le service des premières lignes, et ne distinguent pas assez ceux  qui meurt « sur le front » (p. 131, lettre du 5 novembre 1915). Son témoignage sur ce monde des cadres, tout sauf monolithique, mérite d’être lu et analysé.

A côté de ces observations, Paul Détrie évoque longuement des détails sur l’organisation du front et les unités successives qu’il commande, la place des gradés et la sociabilité des « Chefs » qui sont ses camarades. On lit également la transformation du discours en fonction de ses grades successifs. Témoin des grandes offensives de la guerre, il rallie Verdun en février 1916 où son unité est dépêchée en catastrophe. La bataille est dépeinte comme une « fournaise ». Il n’épargne alors aucune description à son épouse : les paysages dévastés, la souffrance endurée, et souligne son « admiration sans bornes pour nos petits soldats » (mars 1916). C’est enfin à travers son témoignage, le turn-over incessant des officiers sous ses ordres, en raison de mutations, de blessures et le plus souvent de décès. Il prend ainsi le commandement du 94e R.I. en septembre 1916 après 30 officiers manquants.

Enfin, Paul Détrie offre matière à étudier le couple en guerre. De ses lettres sourdent en effet le poids de l’absence, la douleur causée par l’éloignement. Il se rassure en sachant sa famille à l’abri, s’enquiert de l’éducation des enfants et s’emploie à faire parvenir aux siens sucre et farine au printemps 1918 quand les restrictions s’amplifient. Il développe des discussions poussées avec sa femme par le biais de cette abondante correspondance pensée comme un puissant lien amoureux (veuvage et «devoirs respectifs » par exemple dans une lettre du 28 juillet 1916 – p. 207). Il partage ses lectures et des réflexions même très militaires avec son épouse. La famille prend ainsi une place décisive à côté du devoir militaire, du service, et de la fierté pour Détrie de commander des unités efficaces (avance maximale en avril 1917 devant Berry-au-Bac). Ainsi se dessine pour l’historien, «l’esprit militaire » qui anime ce cadre supérieur de l’armée baigné de culture militaire, immergé dans la guerre. En date du 11 novembre 1918 et évoquant l’idée de victoire, il écrit : « Nous sommes trop plongés dans l’ambiance habituelle de ces quatre ans de guerre, pour pouvoir dégager complètement des impressions qu’elle comporte. » D’autant que pour le 94e R.I., la guerre se terminera plusieurs mois plus tard après la réoccupation de l’Alsace et le défilé de la Victoire sur les Champs Elysées le 14 juillet 1919.

Bibliographie :

DÉTRIE Paul (général), Lettres du front à sa femme (5 août 1914 – 26 février 1919), Grenoble, Point Com’ Editions, 1995, 583 p.

THUILLIER Alphonse, Un bleuet du 94e R.I., dactylographié relié, UNC Seine-Maritime, 1981, 195 p.

Lafon Alexandre, juin 2012

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Petit, Louis (1892-1971)

Voici un fonds très hétéroclite et qui pourrait paraître au premier abord sans grand intérêt : quelques feuillets d’un carnet de guerre (quelques mois de 1915), de quelques lettres et de photographies, que complètent deux ou trois documents officielles. Nombre de familles conservent ces sortes de « traces » réduites de l’expérience de guerre de leurs aïeux. Ici, celle de Louis Joseph Paul Petit. Elles viennent pourtant apporter, toujours ou presque, un éclairage nouveau ou complémentaire sur la pluralité des expériences de guerre.

Originaire de Tunisie et titulaire du baccalauréat, Louis Petit effectue son service militaire dans le Génie en 1913 avant de connaître le front français à partir d’avril 1915, date à laquelle il commence la rédaction de son carnet destiné à sa fiancée et dans lequel il souhaite « au jour le jour » relever « les incidents qui marqueront [sa] campagne » : « J’espère que je n’aurai pas besoin des nombreux feuillets qui composent ce carnet et que bientôt je viendrai moi-même te l’apporter. » Il tient donc un carnet  à la faveur de son temps libre et de son inspiration jusqu’au 28 septembre 1915, date à laquelle il est gravement touché par des éclats d’obus lors des combats dans la Marne. Evacué sur un hôpital d’Angoulême, il est définitivement réformé le 30 décembre 1916.

Mobilisé au 8e Génie, Louis Petit est employé au front comme télégraphiste, chargé essentiellement de construire des lignes reliant les PC des divisions et brigades. Il se rapproche en cela de l’expérience du Gaston Lavy, mais qui se trouvait lui intégré dans les compagnies d’infanterie au feu. Louis Petit ne connaît la ligne de front que lorsqu’il choisit de venir l’observer ou lorsqu’il choisit d’apporter le courrier « aux camarades en 1ère ligne ». Comme soldat et moins comme combattant, il croise en arrière des pièces d’artillerie, gendarmes, cavaliers ou marins, plus souvent des territoriaux que des soldats de l’active. Son baptême du feu est d’ailleurs limité à quelques bombardements destinés en avril 1915 à l’artillerie française. Mais ces épisodes ne concernent que des moments limités de son expérience de guerre, toute entière ou presque consacrée à son « métier », son « emploi », à ses « postes » de travail. Louis Petit est un ouvrier du front mais soumis à l’autorité militaire avec laquelle il se débat souvent (il refuse par exemple et s’en plaint à son sergent que certains soldats soient moins soumis aux corvées que lui), spectateur du combat plus qu’acteur, témoin d’épisodes guerriers qu’il vit à distance (emploi des gaz à Ypres en avril 1915 dont il se fait l’écho). Il assiste le 1er juillet 1915 par exemple à l’arrière des lignes avec un groupe importants de soldats à un combat d’avions : « Les plantons du poste s’efforcent de faire circuler les curieux (…) », note-t-il alors. Et d’ajouter à l’issu du duel et après en avoir raconté tous les détails : « Le trophée nous échappe, et on se sépare commentant le spectacle. »

De la Belgique (Poperinge) à la Lorraine (Rosières), Louis Petit témoigne d’une existence qu’il qualifie souvent de « monotone ». Il retient les quelques liens de camaraderie mais très minces qu’il put nouer, mais surtout les tensions nées d’une vie quotidienne passée en commun dans la guerre : autour de la répartition des tâches, autour des permissions qu’il attend avec beaucoup d’impatience à l’été 1915. Pendant son court séjour dans la zone des Armées, il ne semble trouver du réconfort qu’au moment des cérémonies religieuses et lors de la réception du courrier. Quelques plaisirs simples viennent agrémenter le quotidien, comme le bain dans la Meurthe et quelques visites touristiques dans les villes proche de l’arrière front (Nancy), mais à l’ombre des tombes des soldats de 1914, qui incarnent la guerre pour le jeune sapeur télégraphiste devenu caporal en août 1915 qui vit largement, jusqu’à sa blessure, loin de toute tranchée et des uniformes « boches ».

Bibliographie complémentaire : LAVY Gaston, Ma Grande Guerre, récit et dessins, Paris, Larousse, 2008, 318 p.

Alexandre Lafon, juin 2012

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Bonnet, Léonie (1892-1972)

Née dans une famille nombreuse protestante de l’Albret (Lot-et-Garonne), Léonie Bonnet trouva à vingt ans et après plusieurs expériences professionnelles sa vocation de garde malade puis d’infirmière à Bordeaux. Elle partit ensuite pour le Doubs, soigna les premiers blessés en Alsace en 1914 avant de revenir à Bordeaux au côté du médecin colonel Bergonié à l’hôpital complémentaire de Grand Lebrun. Elle devient en avril 1916 infirmière militaire titulaire. La jeune femme fut mandatée en mars et avril 1917 pour suivre à Paris, à l’école Édith-Cavell et à l’Institut Pierre-Curie, les cours de manipulatrice en radiologie de Marie Curie. À la fin de son stage, munie de son diplôme d’aide-radiologiste, elle revint à l’Hôpital complémentaire n°4 où elle reprit son poste jusqu’au début du mois de juin 1917. Sans doute pour fuir une relation pesante, elle quitte avec deux de ses camarades Bordeaux le 21 juin 1917 pour l’hôpital militaire de Belfort près du front. Entre juin et juillet 1918, elle intègre une équipe chirurgicale mobile dans la Meuse et termine finalement la guerre à Bordeaux, dans un service de grands blessés, et ce encore bien après l’armistice de 1918.

Elle laisse de cette période une correspondance, un journal (21 juin – décembre 1917) et quelques photographies qui ont bénéficié d’une publication aux Editions d’Albret en 2008. L’ensemble de ces sources directes permet de suivre le travail d’une infirmière militaire soumise aux bombardements des avions et de l’artillerie lourde allemande, soumise au stress de l’arrivée massive de blessés lors des grandes offensives. Celle du printemps 1918, lancée par les Allemands, est de ce point de vue la plus éprouvante : « Jamais je n’avais eu si horreur de la guerre ; je n’étais plus une infirmière mais une ensevelisseuse (…) » (lettre du 2 avril 1918). Loin des caricatures patriotiques et des discours mobilisateurs, Léonie Bonnet donne à lire un témoignage poignant de ce que pouvait être le quotidien d’une infirmière en guerre. Animée d’une volonté de servir, Léonie s’emploie à faire le maximum pour venir en aide aux blessés. Tantôt image de la mère, de la femme, de l’amante, elle décrit avec empathie le sort des soldats diminués et relève le 2 juillet 1917 : « ces chers petits (…) ne chantent plus comme en août 1914, lorsque nous les regardions passer des fenêtres de l’hôpital de Montbéliard. » Le travail harassant devient difficile lorsque Léonie perd certaines de ses camarades tuées lors des bombardements allemands.

Plus qu’un récit de guerre, le journal intime de Léonie Bonnet livre aussi les réflexions d’une jeune femme éprise de liberté et d’autonomie, qui trouve dans le conflit un espace pour sortir d’un destin tout tracé « A Bordeaux, jamais je ne serais sortie ainsi, ici je ne connais personne, ça m’est égal et je suis folle de joie de me sentir enfin en liberté sous ce déguisement civil » (9 juillet 1917). Elle admire en cela le courage de certaines de ses amies qui arrivent à se faire prendre en photo dans Belfort au côté de plusieurs soldats.

Un tel témoignage conduit ainsi l’historien à la fois sur le terrain de l’histoire militaire, sociale, mais aussi vers l’histoire des genres et celle des corps, abondamment accessibles par le témoignage de Léonie Bonnet, infirmière de guerre.

Bibliographie : LAFON Alexandre, PIOT Céline, « Aimer et travailler ». Léonie Bonnet, une infirmière militaire dans la Grande Guerre, Nérac, Éditions d’Albret, 2008, 191 p.

Alexandre Lafon, juin 2012

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Sic, Désiré (1883-1972)

Né en 1883 à Entrevaux (Basses-Alpes) dans une famille modeste, Désiré Sic d’abord apprenti menuisier est appelé pour effectuer son service militaire en novembre 1904 au 7e régiment du Génie à Nice comme sapeur–mineur de deuxième classe. En 1909, il se rengage au 7e régiment de Génie à Nice, et commence sa carrière militaire. Sergent, il part pour le Maroc en guerre en août 1912. Il y séjourne jusqu’en août 1914.

A la mobilisation générale, il rejoint la France avec son unité, la compagnie 19/2 du Génie, rattachée à la Division marocaine. Il laisse de sa campagne plusieurs témoignages : un journal de guerre, quelques comptes-rendus pour ses supérieurs et d’autres pièces administratives parfois originales, mais surtout un volumineux fonds photographique qui permet de suivre les hommes et les travaux effectués par le Génie entre le front et l’arrière-front entre 1915 et 1917, et notamment la préparation logistique de l’offensive du Chemin des Dames.

Depuis Mézières dans les Ardennes, il participe à la retraite puis à la bataille de la Marne dans le secteur des marais de Saint-Gond (combats au château de Mondement). Après la stabilisation du front, son unité occupe un secteur à l’est de Reims, où elle réalise des travaux de protection (fort de la Pompelle, bois des Zouaves, ferme de l’Espérance,…) et participe à la guerre de mines. En janvier 1915, l’adjudant Sic reçoit la médaille militaire à Verzenay (Marne), suite à son comportement lors d’une attaque contre les lignes ennemies. Il est nommé sous-lieutenant le mois suivant. En mai 1915, sa compagnie est affectée dans la Somme, et participe à une attaque dans le secteur d’Acq-Mont-Saint Eloy. Elle y réalise des travaux de construction d’abris et de sapes. Elle participe de nouveau à une attaque dans le secteur de Carency et Souchez (bois de Berthonval) en juin 1915.

Après une période de retrait du front dans les Vosges, Désiré Sic prend part à la deuxième bataille de Champagne, et participe aux attaques des 25 septembre et 6 octobre (butte de Souain). Fin octobre, son unité est mise au repos et à l’instruction à Verberie, près de Pont-Sainte-Maxence (Oise). Promu lieutenant en décembre, il est affecté à la compagnie 7/63 du Génie. Il séjourne ensuite de la mi–février jusqu’en août 1916 à Tilloloy (Somme) et Boulogne la Grasse (Oise) où il contribue à fortifier le parc du château et le bois attenant. Il séjourne ensuite dans la Somme et dans l’Oise. Début 1917, sa compagnie transite pour arriver dans l’Aisne le 15 janvier (Coulonge, Courville,…), puis elle oeuvre dès mi–février dans le secteur du Chemin des Dames (Oeuilly, Pargnan, Cuissy, Moulins,…). Affecté à l’état major de l’Armée, le lieutenant Sic dirige alors des travaux de construction de pistes et d’aménagement d’abris ou cavernes (creutes de Verdun, grottes de Jumigny, de Vassogne,…). Autant ces clichés témoignent de la formidable préparation de l’offensive dite Nivelle, autant ses quelques comptes-rendus des premières heures de l’attaque en souligne l’échec immédiat.

Après la relève de son unité en mai, le lieutenant Sic reçoit son ordre de départ pour le Maroc. Il débarque à Casablanca le 17 juin 1917 avec sa femme et son jeune fils, puis gagne Meknès le 8 juillet. Le 30 septembre, trois mois à peine après son arrivée, son enfant meurt de maladie à l’âge d’un an, et son journal est interrompu.

A l’instar du témoignage publié du sapeur Gaston Mourlot, « l’œil en guerre » du sous-officier puis officier Désiré Sic, complété par ses écrits, offre ainsi de pouvoir étudier le travail du Génie dans la Grande Guerre.

Bibliographie : Alexandre Lafon & Colin Miège, Une guerre d’hommes et de machines, Désiré Sic, Un photographe du Génie 1914-1918, Toulouse, Privat, 2014. Colin Miège, La Grande Guerre vue par un officier du Génie, Paris, E-T-A-I, 2014. Voir également le hors-série n° 6 de la Lettre du Chemin des Dames, 2012, entièrement consacré à « Désiré Sic, officier du Génie et photographe au Chemin des Dames », 32 pages.

Alexandre Lafon

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