Malet, Charles (1897-1978)

Jean Charles Malet est né à Bessières (Haute-Garonne) le 14 juin 1897. Ajusteur mécanicien de profession, il est devenu chauffeur d’automobile à l’entreprise Brusson de Villemur-sur-Tarn. On a de lui 9 lettres adressées à son patron de 1916 à 1919, dans les archives de l’entreprise déposées aux Archives de la Haute-Garonne, et une photo, au volant de la voiture patronale, dans le livre collectif La chanson des blés durs, Brusson Jeune 1872-1972, CAUE de la Haute-Garonne et Loubatières, 1993, p. 81.
Ajourné pour faiblesse en 1915, il est reconnu bon pour le service armé en 1916 et affecté à l’aviation. Sa lettre du 14 août 1916 signale son arrivée en caserne à Bordeaux. Dans celle du 10 septembre, venant de l’école militaire d’aviation de Pau, il décrit le travail de mécanicien et les examens à passer. Le 10 décembre, il regrette de ne pas avoir pu devenir pilote car il aurait voulu vivre « au grand air » et il fait allusion à M. André, le fils du patron qui, lui, a réussi (voir la notice André Brusson qui explique dans quelles conditions). Toujours à Pau, le 1er janvier 1917, il souhaite la fin de cette « misérable guerre ». Envoyé au 2e groupe d’aviation à Lyon, il trouve dans cette ville la vie peu agréable (28 mai). Parti pour le Maroc en juin 1917, il est d’abord mécano monteur à Casablanca où il trouve qu’il fait bien chaud (15 juillet), qu’il faut supporter le sirocco et les fièvres ; il décrit la ville arabe et un défilé militaire. Le 7 novembre, toujours de Casablanca, il remercie son patron pour un mandat (voir les notices Antonin Brusson et Jacques de Saint-Victor) et lui dit qu’il avait bien raison de penser que la guerre serait longue. Sa dernière lettre, de Bou Denib le 25 février 1919, critique un « pays de sauvages que l’on ne peut arriver à soumettre » et remercie pour un autre mandat et pour la promesse de lui réserver le poste de chauffeur.
En effet, la date du retour est proche ; il est démobilisé le 29 septembre 1919 et il reprend son travail quelques jours plus tard, chauffeur attitré d’Antonin Brusson, puis d’André Brusson. Il se marie en 1931. Toute sa famille ainsi que sa belle-famille travaille chez Brusson. Il meurt à Toulouse le 25 mars 1978.
Rémy Cazals, mai 2016

Grâce aux renseignements fournis par Jean-Claude François, auteur du livre Les Villemuriens dans la Grande Guerre, Les Amis du Villemur historique, 2014.

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Gay, Victor (1888-1974)

Né à Villemur-sur-Tarn (Haute-Garonne) le 29 juillet 1888, fils de maçon. Service militaire au 3e RAC de Castres, 1909-1911. Marié en 1912 à Villemur. Employé aux services commerciaux de l’entreprise Brusson Jeune. Mobilisé au 3e RAC en août 1914. C’est le régiment du capitaine Bonneau (voir ce nom). On a de lui deux lettres adressées à son patron Antonin Brusson (voir ce nom) en septembre 1914, dans lesquelles il remercie pour un mandat et il souhaite prospérité à l’entreprise (fabrication de pâtes alimentaires). La famille avait conservé son carnet de route lors de la publication de La Chanson des blés durs, Brusson Jeune 1872-1972, Toulouse, Loubatières et CAUE de la Haute-Garonne, en 1993, livre qui en reproduit quelques extraits. Jean-Claude François, auteur de Les Villemuriens dans la Grande Guerre, Les Amis du Villemur historique, 2014, signale que ce carnet est actuellement égaré.
Les serveurs du canon de 75 étaient menacés par l’éclatement de la pièce. En juin 1915, Victor Gay note : « C’est la série noire des éclatements prématurés. » Le 20 juillet 1916, lors de l’offensive de la Somme, sa batterie est arrosée d’obus au gaz et c’est la première fois qu’il doit mettre son masque. En mars 1918, il est intoxiqué lors d’un nouveau bombardement au gaz et doit passer à l’ambulance « quelques jours pendant lesquels le jeûne et la tisane atténuèrent petit à petit le mauvais effet de la drogue boche ». Depuis avril 1917, il était au 248e RAC.
Il a subi les intempéries : « La neige commençant à fondre, les routes sont transformées en de véritables bourbiers où hommes et chevaux pataugeons parfois jusqu’à moitié jambe. […] Malgré les rigueurs de la température, impossible de faire un peu de feu, n’ayant ni cheminée, ni combustible. » Le thermomètre marque douze degrés au-dessous de zéro : « Impossible de monter à cheval, ni sur les caissons, la route ressemblant à une vaste glace où les chevaux ont beaucoup de peine à se maintenir. […] Le pain et les conserves sont déjà gelés, tandis que les glaçons commencent à apparaitre dans nos bidons. »
Une affectation provisoire comme planton à la 30e section d’autocanons lui donne l’occasion de constater que l’on peut vivre à l’arrière dans « les douceurs » et d’y faire « bravement la guerre ». Il passe trois jours « parmi ces jeunes embusqués qu’un heureux hasard ou un puissant piston tient éloignés de la ligne de feu ». Quant aux permissions, elles paraissent toujours trop courtes et, « au grand désappointement des Poilus, les trains qui montaient vers la zone du front étaient toujours plus pressés que ceux qui en descendaient, aussi ce n’était pas avec beaucoup d’enthousiasme que le permissionnaire voyait arriver le moment du départ ».
Comme dans beaucoup de récits de combattants, les rencontres de compatriotes émaillent le journal de Victor Gay. C’est l’occasion d’un repas si le service en laisse le temps. C’est l’occasion de faire revivre le souvenir de Villemur. Jean-Claude François a retrouvé ce passage d’une lettre de son camarade Camille Terrisse (Vermelles, 9 avril 1915) : « J’ai été voir Victor Gay à sa pièce. Il m’a montré son logement qui est très confortable [c’est un fantassin qui parle]. Lui aussi a laissé pousser sa barbe et comme à tous ça lui a changé la physionomie, mais il semble qu’il se porte mieux qu’avant et qu’il a engraissé. » Une photo de Victor Gay barbu, avec sa femme, se trouve dans La Chanson des blés durs, p. 79.
Après la guerre, il est revenu à Villemur. En 1930, il tenait un commerce de graineterie. Il y est mort le 23 février 1974.
Rémy Cazals, avril 2016

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Escalaïs, Julien (1881-1954)

Né le 29 juin 1881 à Villemur-sur-Tarn (Haute-Garonne), de père inconnu. Reconnu en 1892 par son père, comptable dans l’entreprise Brusson Jeune. Marié en 1904, un fils né en 1912. Lui-même est employé chez Brusson (sans autre précision). Il a écrit une dizaine de lettres et cartes postales à ses patrons, conservées dans les archives de l’entreprise aux Archives de la Haute-Garonne. Il se plaint du froid, de la longueur de la guerre dès janvier 1915, et de la censure du courrier. Comme tous les salariés de l’entreprise, il a reçu de l’argent et des colis (le 17 janvier 1915, il remercie pour un colis « délicieux » arrivé intact).

Voir les notices Brusson. Voir Jean-Claude François, Les Villemuriens dans la Grande Guerre, Les Amis du Villemur historique, 2014. Photo de Julien Escalaïs dans La Chanson des blés durs, Brusson Jeune 1872-1972, Toulouse, CAUE et Loubatières, 1993, p. 78.

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Frémond, Désirée (1885-1976)

Née à Epieds-en-Beauce (Loiret) le 15 avril 1885. Épouse d’Abel Gilbert (voir ce nom). Pendant la guerre, elle envoie lettres et colis à son mari et elle doit faire marcher la forge en son absence. Les lettres de Désirée n’ont pas été conservées mais on en trouve l’écho dans celles de son mari.
Voir Françoise Moyen, « Paysanne, femme d’artisan, Le travail des femmes à la campagne pendant la Grande Guerre », dans Travailler à l’arrière 1914-1918, Actes du colloque international de mai 2013, Carcassonne, 2014, p. 101-111 avec photos de Désirée et de ses enfants [la paysanne évoquée dans le titre est Céleste Chassinat (voir ce nom) ; la femme d’artisan est Désirée Frémond].

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Chassinat, Céleste (1878-1922)

Née à Yèvre-la-Ville (Loiret) le 10 mai 1878. Épouse d’André Charpin (voir ce nom). Pendant la guerre et la captivité de son mari, elle lui envoie lettres et colis et elle fait tourner l’exploitation agricole. Les lettres de Céleste n’ont été conservées que pour la période d’août 1914 à janvier 1915, ainsi que quelques-unes de l’automne 1918. Elles constituent un témoignage précieux sur le rôle des femmes à la campagne. Elle est décédée le 3 octobre 1922.
Photo de Céleste dans 500 Témoins de la Grande Guerre, p. 131.
Voir aussi Françoise Moyen, « Paysanne, femme d’artisan, Le travail des femmes à la campagne pendant la Grande Guerre », dans Travailler à l’arrière 1914-1918, Actes du colloque international de mai 2013, Carcassonne, 2014, p. 101-111 avec photos de Céleste et de ses enfants [la paysanne évoquée dans le titre est Céleste Chassinat ; la femme d’artisan est Désirée Frémond (voir ce nom)].

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Saint-Victor, Jacques de (1874-19..)

Né le 3 janvier 1874 à Rabastens (Tarn), fils de Ferdinand Léopold Marie de Costecaude de Saint-Victor et de Madeleine de Landes d’Aussac de Saint-Palais. Service militaire de 1895à 1898 au 143e RI. Docteur en droit en 1901 avec une thèse intitulée « Du service hospitalier dans les guerres terrestres et maritimes ». Marié. Avant 1914, comptable dans l’entreprise Brusson (voir ce nom) à Villemur-sur-Tarn. Sergent, il est mobilisé au 133e RIT comme d’autres salariés de la société. En Alsace d’août 1914 à mars 1917. Quelques lettres le concernant figurent dans les archives Brusson, déposées aux Archives de la Haute-Garonne. Sur une carte postale du 19 septembre 1914, il se préoccupe de la marche des affaires : « J’ai appris avec plaisir que tout marchait bien à l’usine. Je fais les meilleurs vœux pour la prospérité des affaires dans la crise actuelle. » Le 22 septembre, de Rabastens (Tarn), Mme de Saint-Victor remercie Antonin Brusson d’avoir fait des « démarches pour faire revenir notre cher fils auprès de vous ». Elle fait part de son angoisse de mère ayant trois fils sous les drapeaux et implore le secours du bon Dieu dans les épreuves qu’il faut affronter. Les démarches n’ont pas abouti.
Le 11décembre, le sergent de Saint-Victor estime que la guerre va durer encore longtemps ; plaise à Dieu qu’il puisse en revenir et que l’essor de l’entreprise ne soit pas perturbé. Il évoque les basses températures et la pluie ; il dit qu’il creuse des tranchées [ou plutôt qu’il les fait creuser, puisqu’il est sous-officier] et que ce qu’il craint c’est d’avoir à les occuper. Il remercie son patron de l’envoi d’un mandat à distribuer aux ouvriers de Brusson appartenant au même régiment, parmi lesquels le caporal Vacquié (voir ce nom : le caporal a remercié son patron pour les dix francs reçus par l’intermédiaire de M. de Saint-Victor).
Passé au 89e RI en novembre 1917 ; à la section d’infirmiers en janvier 1918. Une dernière lettre conservée date de cet hiver-là : le sergent de Saint-Victor annonce qu’il à la charge d’une équipe de restauration de tombes militaires. Il souhaite toujours la prospérité de l’entreprise, et aussi la fin de cette « maudite guerre ».
Voir le livre de Jean-Claude François, Les Villemuriens dans la Grande Guerre, édité par Les Amis du Villemur historique, 2014. Rémy Cazals, mars 2016.

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