Frémond, Désirée (1885-1976)

Née à Epieds-en-Beauce (Loiret) le 15 avril 1885. Épouse d’Abel Gilbert (voir ce nom). Pendant la guerre, elle envoie lettres et colis à son mari et elle doit faire marcher la forge en son absence. Les lettres de Désirée n’ont pas été conservées mais on en trouve l’écho dans celles de son mari.
Voir Françoise Moyen, « Paysanne, femme d’artisan, Le travail des femmes à la campagne pendant la Grande Guerre », dans Travailler à l’arrière 1914-1918, Actes du colloque international de mai 2013, Carcassonne, 2014, p. 101-111 avec photos de Désirée et de ses enfants [la paysanne évoquée dans le titre est Céleste Chassinat (voir ce nom) ; la femme d’artisan est Désirée Frémond].

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Chassinat, Céleste (1878-1922)

Née à Yèvre-la-Ville (Loiret) le 10 mai 1878. Épouse d’André Charpin (voir ce nom). Pendant la guerre et la captivité de son mari, elle lui envoie lettres et colis et elle fait tourner l’exploitation agricole. Les lettres de Céleste n’ont été conservées que pour la période d’août 1914 à janvier 1915, ainsi que quelques-unes de l’automne 1918. Elles constituent un témoignage précieux sur le rôle des femmes à la campagne. Elle est décédée le 3 octobre 1922.
Photo de Céleste dans 500 Témoins de la Grande Guerre, p. 131.
Voir aussi Françoise Moyen, « Paysanne, femme d’artisan, Le travail des femmes à la campagne pendant la Grande Guerre », dans Travailler à l’arrière 1914-1918, Actes du colloque international de mai 2013, Carcassonne, 2014, p. 101-111 avec photos de Céleste et de ses enfants [la paysanne évoquée dans le titre est Céleste Chassinat ; la femme d’artisan est Désirée Frémond (voir ce nom)].

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Brusson, Gabrielle (1873-1963)

Née Gabrielle Rous. Épouse d’Antonin Brusson, patron de l’entreprise de pâtes alimentaires Brusson Jeune de Villemur-sur-Tarn (Haute-Garonne) ; elle a trois enfants, André qui est mobilisé et à qui elle écrit, Jeanne et Marie-Louise (voir les notices Brusson).
Pendant la guerre, on manque de personnel qualifié, et la femme d’Antonin doit s’improviser caissière à la rentrée des vacances d’été de 1916 : « Quand on revient ici, on rentre dans la fournaise ; adieu les moments de liberté et de farniente. Il faut toujours songer à la lutte pour la vie, aux affaires, aux ennuis de toutes sortes qui surgissent de partout. Dès le lendemain de notre arrivée, j’ai été convoquée à remplacer M. Gourdou à la caisse. » Un peu plus tard, elle ajoute : « Aujourd’hui, c’était jour de quinzaine. Près de dix mille francs de monnaie me sont passés entre les doigts, et je t’assure que la tâche n’est pas commode avec ces horribles billets de 1 franc et de 0,50, sales et dégoûtants, ainsi que ces tickets de carton qui remplacent la monnaie de billon. Je suis très satisfaite parce que ma caisse tous les soirs est juste. J’aime assez mon nouveau métier, mais il absorbe tous mes instants. Je te dirai que je signe maintenant par procuration ; ton Père m’a donné cette marque de confiance que je ferai tous mes efforts pour conserver et accroître constamment. »
Dans une lettre du 27 mars 1917, c’est-à-dire avant le grand mouvement d’indiscipline dans l’armée, Gabrielle décrit à son fils « la mutinerie des ouvrières » : « Elles ont passé toute la semaine chez elles, essayant de comploter et d’amener la grève générale, ce à quoi elles n’ont pas réussi. Mercredi matin, à l’arrivée du train de Bessières, tout le groupe était à la gare pour attendre les ouvrières, les interpeller et chercher querelle et bataille. Mais un seul gendarme, qui s’était rendu là tout exprès, a suffi pour les tenir en respect. L’une d’elles a essayé de lui tenir tête, il l’a menacée de la prison, cela a servi de leçon. Tout est rentré dans le calme. Elles comptaient sur le maire pour se faire donner raison. Il n’est arrivé de Montauban que vendredi. Une grande réunion a eu lieu à la mairie, après laquelle M. Ourgaud est venu rendre compte à ton Père, essayer de le fléchir pour obtenir quelque chose et lui demander de bien vouloir se rendre à la mairie pour discuter avec ces fortes têtes. Mais ton Père a refusé carrément de s’y rendre et n’a fait que de très légères concessions qu’il a autorisé le maire à leur soumettre. Sur ce, elles sont toutes rentrées lundi matin sans tambour ni trompette et, dans les ateliers où je me suis rendue deux fois, elles sont silencieuses et ne lèvent pas les yeux de sur leur travail, au moins pendant ma présence. Je crois qu’elles auront eu une bonne leçon et qui leur servira. Une semaine de chômage à cette époque n’est pas désirable. […] Maintenant, tout a repris le cours normal ; l’usine donne son plein. »
Rémy Cazals
*Rémy Cazals, « Lettres du temps de guerre » dans le livre collectif du CAUE de la Haute-Garonne, La Chanson des blés durs, Brusson Jeune 1872-1972, Toulouse, Loubatières, 1993, p. 70-128, illustrations. Photo de Gabrielle Rous et de ses deux filles dans 500 Témoins de la Grande Guerre, p. 102.

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Dury (famille)

Sous le titre De la Terre à la Guerre, Sébastien Langlois a décrit « la vie d’une famille bourguignonne pendant la Première Guerre mondiale » (Viévy, Editions de l’Escargot Savant, 2014, 352 p.). Le livre résulte de l’intérêt pour l’histoire de la Grande Guerre de ce chargé des collections numériques à la bibliothèque patrimoniale et d’étude de la ville de Dijon, et de la découverte fortuite de 200 lettres principalement adressées aux parents, Jules et Claudine Dury, par fils et neveux. L’histoire de la famille est celle de petits paysans du Brionnais, partie la plus au sud du département de Saône-et-Loire, spécialisés dans l’embouche du bétail, travaillant pour les grandes familles, en particulier celle du marquis local. Des paysans conservateurs, fortement marqués par l’empreinte religieuse catholique. Avant la guerre, déjà, les jeunes quittaient la terre pour aller vers l’artisanat ou le petit commerce dans les villes voisines et jusqu’à Paris, perspective effrayante pour certains (p. 41). Cinq fils et un gendre furent mobilisés en 1914 ; bilan : 2 morts, 1 blessé grave, 1 prisonnier.
Le livre, imprimé en Pologne, est bien édité et illustré de nombreuses photos. L’auteur a choisi, dans une première partie, de décrire les divers aspects de la guerre en s’appuyant sur les extraits de lettres significatifs ; la deuxième partie, sur un papier de couleur différente, donne la transcription intégrale des lettres en respectant une orthographe souvent défectueuse.
La correspondance débute en fait avant 1914 avec quelques lettres du régiment qui signalent les ravages d’épidémies dans un milieu où règne la promiscuité (p. 23) et qui énoncent une grande vérité (p. 27) : « Celui qui n’a pas d’argent au régiment n’est pas heureux. »
Suivent les chapitres qui présentent les diverses phases de la guerre, à l’arrière avec les femmes qui doivent prendre en main la vie économique et dont certaines avouent leur fatigue (p. 66). Pour les soldats, c’est la vie dans les tranchées, la boue (p. 79) : « Jamais j’ai vu une parreille mélasse, on en a jusqu’au ventre » ; le filon des secteurs calmes qui contraste avec les moments où l’infanterie n’est que chair à canon ou pions lancés dans des attaques meurtrières ; la soupape de sécurité que constituent les permissions.
La correspondance montre l’importance des liens avec la famille, le « pays », les copains. Les « saveurs du village », beugnettes (p. 25) et fromages de chèvre (p. 84) sont toujours les bienvenues.
Si les membres de cette famille disent toujours qu’il faut chasser les Boches pour avoir, enfin, la paix, on trouve quand même quelques pensées autres. Par exemple en juillet 1915 lorsque la cousine Marie souhaite à son frère Louis, blessé par balle (p. 122) : « Je demande qu’il guérisse bien mais lentement tu comprends ! » Ou lorsque Stéphane Dury, en avril 1917, estime que « lai gros » sont responsables de la guerre, ces « bandit la qui nous font detruire aujourd’hui ». Il rejoint même « l’utopie brève » du refus de produire pour hâter la fin de la guerre, rencontré chez bien d’autres combattants d’infanterie : « Nous autres on sait qu’on est tous pour être détruit on voudrait qu’il n’y est absolument rien ils s’y arreté peutêtre s’il n’avait rien a se mètre sous la dents se n’est pas eu qu’il veule travallier la terre ceux qui nous font tuer ils sont bien trop feniants. »
Rémy Cazals, décembre 2014

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Eychenne-Bareil, Juliette (1907-1989)

1. Le témoin

Juliette Bareil est née le 7 juillet 1907 à Carcassonne dans un milieu modeste. Elle a une sœur aînée de dix ans plus âgée.

2. Le témoignage

Ce témoignage oral, recueilli et transcrit par Claude Marquié, a été publié dans Années cruelles. 1914-1918 de Rémy Cazals, Claude Marquié et René Piniès, Villelongue d’Aude , Atelier du Gué, coll. Terres d’Aude, 1983, 143 p.

3. Analyse

Ses souvenirs de la mobilisation rendent surtout compte de l’agitation à la gare : « j’avais alors sept ans, ma sœur aînée qui en avait dix-sept m’emmenait avec d’autres jeunes filles à la gare voir passer les soldats qui partaient pour le front. Quel enthousiasme ! On aurait dit qu’ils allaient à la fête ! Des cocardes tricolores partout, des fleurs aux fusils… Ils chantaient joyeux : « Tous à Berlin ! » Tout le monde s’embrassait. » Si ces manifestations d’enthousiasme ont marqué Juliette Eychenne, elles sont souvent restées circonscrites aux gares ou aux villes. En publiant ce témoignage avec ceux d’autres civils, comme Berthe Cros, Rémy Cazals, Claude Marquié et René Piniès permettent au  lecteur de nuancer ce tableau et de se faire de la mobilisation une image plus juste.

Dans son témoignage, Juliette Eychenne dresse un tableau saisissant de Carcassonne en guerre. Tout d’abord, l’espace urbain est marqué par l’apparition d’hôpitaux provisoires pour faire face à l’afflux massif de blessés : « les écoles étaient transformées en hôpitaux militaires : Saint-Stanislas, André Chénier, l’Ecole Normale de Garçons et d’autres locaux […] Saint-Stanislas ne désemplissait pas de grands blessés, on ne savait où le mettre, toutes les écoles et même les grands magasins étaient occupés ». Ensuite, c’est toute l’économie qui se met au service des besoins de la guerre : « Les hommes étant partis, ceci explique qu’on ait utilisé les femmes dans les usines pour faire des obus. L’usine Plancard […] était une fonderie qui se consacra à la fabrication des obus grâce aux femmes qui considéraient ce genre de travail comme un acte patriotique ; mais c’était très pénible.

Il y avait aussi, rue Pasteur, une grande blanchisserie qui lavait le linge pour la caserne : les machines étaient rudimentaires et beaucoup de choses se faisaient à la main, le plus pénible pour ces femmes était d’étendre dehors par tous les temps, même s’il gelait. D’autre part, beaucoup de femmes confectionnaient des vêtements militaires à domicile ; tout cela était peu payé, ma mère travaillait tous les jours, mais malgré tous ses efforts, c’était quand même la misère. » Juliette Eychenne rappelle à ce propos les interminables queues pour quelques pommes de terre, la faim et les problèmes de ravitaillement.

08/03/2009

Marty Cédric.

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