Martin, Henri, Journal de guerre. Metzeral 1915, Munster, Société d’Histoire du Val et de la Ville de Munster, 2014, 168 pages
Résumé de l’ouvrage
Aspirant, Henri Martin relate, du 2 avril au 22 juin 1915, son action comme observateur et responsable d’une batterie de deux canons de 155 courts, Manon et Mignon, placés à proximité de la ferme Huss, sur la ligne de crête des Hautes-Vosges, entre Wildenstein et Mittlach (Haut-Rhin). Son témoignage renseigne sur « l’apprentissage » de la guerre d’artillerie lourde de montagne, tant sur le plan technique que sur sa mise en place stratégique lors des combats des crêtes jusqu’à la conquête de la Cote 830, au-dessus de Metzeral.
Le témoin
Henri Martin est né le 16 avril 1892 à Xertigny, dans les Vosges, d’un père instituteur. Pourtant « né sauvage et méditatif » (page 87), il apprend en autodidacte le grec, le latin ainsi que la sténographie, avec laquelle il rédige son journal, puis obtient son brevet supérieur qui lui permettra de consacrer sa vie professionnelle entièrement à l’enseignement. D’abord instituteur à Bains-les-Bains, il devient directeur d’école à La Forêt (comme de La Chapelle-aux-Bois), où il termine sa carrière et prend sa retraite. Il se marie en 1919, union qui lui donnera deux fils. Vosgien, il connaît le massif (il confie être venu en touriste « sur les lieux » en 1911) sur lequel il va revenir pour y faire la guerre. Il y retourne d’ailleurs, en « pèlerinage » le 20 août 1960, retrouvant les endroits qu’il a occupés, et même les entonnoirs des obus qu’il a reçus ! Sa Première Guerre mondiale le voit ainsi à l’Hartmannswillerkopf, où il était déjà observateur, sur les sommets des Hautes-Vosges et à Verdun en 1916. En juin 1940, il commande l’ensemble des forts d’Epinal et les honneurs militaires lui sont rendus par les Allemands le 22 juin, au fort de Longchamp, lors de la reddition, la dernière, de la place. Il est ensuite fait prisonnier, envoyé en Silésie et renvoyé à ses foyers au bout de 14 mois au titre d’officier de réserve. Il publie de nombreux ouvrages de différents genres ; Histoire, dont trois sur la Grande Guerre, poésie, philosophie, etc. Il aura une abondante activité associative et sera lauréat du prix José Maria de Hérédia. Il décède à Epinal le 9 janvier 1983.
Le témoignage
Bien que court, le témoignage de l’artilleur Henri Martin, après celui qu’il a produit sur le Hartmannswillerkopf, est précis, diversifié et très descriptif de ses trois mois de présence sur les sommets des Vosges et dans différents postes d‘observations des hauteurs, éclairant ainsi la guerre des observatoires, indissociable de la guerre des artilleurs, et l’organisation militaire et guerrière des crêtes vosgiennes. Poète (il a envie d’envoyer ses œuvres aux Annales politiques et littéraires (page 49), connaissant la botanique et technicien, son récit est l’un des tout meilleurs témoignages d’artilleurs dans les Vosges, ce sur tous les secteurs dans lesquels il officie. L’ouvrage rappelle d’abord la spécificité discontinue du front des Vosges : « Dans cette région, nos lignes, protégées par des réseaux, consistent surtout en petits postes tenus par le 5ème BCT et par les skieurs, assez éloignés de ceux de l’ennemi, beaucoup moins agressif ici que vers l’Anlass » (page 115).
Le corpus contenant le récit du témoin est composé de 13 cahiers comportant ses notes prises en sténo puis transcrites en français, repris dans un livre spécifique qui fait suite à Le Vieil Armand, 1915, édité à la librairie Payot en 1936 dans la prestigieuse collection des Mémoires, études et documents pour servir à l’Histoire de la Guerre Mondiale. Sur l’ensemble de la durée du témoignage, on découvre la mise en place d’un front d’artillerie en secteur de montagne qui ne dispose ni de la météo, dont la prédominance est évidente, ni des voies de communication adéquates ce, dans la première moitié de 1915. Outre l’ambiance et la description d’un poste de tir d’artillerie lourde, dont il nous avoue son propre apprentissage, il témoigne de l’affinage des techniques, intéressant sur les « astuces » pour les améliorer au fil du temps. En effet, avec l’accroissement de l’implantation de l’artillerie, notamment lourde, et ce avant la construction de la Route des Crêtes (qu’il voit d’ailleurs commencer à construire), naît un problème crucial de liaison avec l’infanterie pour la seconder au mieux dans les attaques. Il dit : « En cas d’attaque, la liaison immédiate entre l’artillerie et l’infanterie me parait très difficile à réaliser, surtout dans un terrain aussi accidenté et boisé que celui de cette région » (page 69). Ainsi, pour pallier à l’absence du téléphone, qui deviendra systématique en juin, il dit, le 16 avril : « Le signal du tir d’efficacité sera donné par un feu de paille allumé sur le Schweisel, à 200 ou 300 mètres de notre observatoire. Les alpins du 5ème BCT ont entassé autour d’une perche quelques balles de paille comprimée qui ne brûleront pas facilement si on ne les délie. Ce tas intrigue l’ennemi qui, du Schnep, lui envoie quelques petits obus, sans résultat » (page 40). Honnête, Martin évoque ses relations avec la hiérarchie, qui, alors qu’il n’est qu’aspirant au 8ème Régiment d’Artillerie à Pied, lui confie, le 10 avril, le commandement et la responsabilité du pointage de cette batterie de canons, révélant par là-même d’un côté la pression, l’impatience, qu’il subit de la part de ses supérieurs, et de l’autre côté le fait qu’il apprend et perfectionne son métier au fur et à mesure de son exercice. Il ne cache pas ses sentiments, et son manque d’assurance, devant une telle responsabilité. Il dit : « Le lieutenant Renaud, remonté de la vallée, m’apprend qu’on l’appelle à d’autres fonctions, et me remet le commandement du détachement et des deux pièces. Me voilà dans de beaux draps ! Moi qui suis encore un novice, comment m’en tirerai-je d’épaisseur ? Heureusement les hommes sont de braves types et les sous-officiers sont actifs et dévoués » (page 29). Son premier tir intervient une semaine plus tard. L’affaire d’un coup court, tir ami dont il est accusé (page 93), finalement à tort (page 95), est intéressante sur ce point de la responsabilité d’action au front. Il s’étonnera d’ailleurs un peu plus tard (page 66) de ne pas monter plus tôt dans les grades par ailleurs. Aussi, Henri Martin témoigne de l’adaptation nécessaire, en un grand nombre de sujets, afin de pratiquer cette lutte des sommets. Il donne de nombreux détails techniques propres à son arme (description, calibres, poids, caractéristiques des obus comme de ses canons, comment il pointe, les contraintes auxquelles il fait face, etc.). Il décrit même un crapouillot, arme nouvelle pour lui, et se fait expliquer le fonctionnement du canon de 65 (page 87). Certains tableaux sont impressionnants de réalisme. Par exemple ce 7 mai 1915 : « Nous en sommes encore abrutis, les oreilles brisées et bourdonnantes, un peu enivrés par la fumée de la poudre. C’est un jeu brutal. La terre tremblait, les arbres remuaient en avant, comme secoués par la tempête. On voyait très bien les énormes projectiles sortir des tubes courts en ronflant et filer dans les nuages comme des oiseaux rapides. L’œil les suivant facilement pendant plusieurs kilomètres. Leurs formidables explosions soulevaient au loin, plus haut que les sapins, des colonnes de terre et de fumée grise et rousse » (page 71).
Assez réflexif et direct, Henri Martin avoue à plusieurs reprises que, malgré l’intensité du lieu et la charge de son travail, il s’ennuie. Une impression de désert survient parfois, dans lequel Martin paraît tout petit dans l’immensité du front comme de la nature. « Il est curieux de remarquer que nous qui sommes presque sur les lieux ignorons une grande partie de ce qui s’y passe » (page 73). Parfois, le cafard est plus profond. Le 27 mai, il s’épanche : « Je suis dégoûté de la guerre. Il n’est pas possible qu’on se détruise de la sorte ! Nous sommes tous des barbares ! » (page 100).
Il ne manque cependant pas également d’un certain humour, et dit par exemple : « Il ne pleut pas dans notre cagna, recouverte de fortes tôles ondulées, apportées péniblement par les Boches du fond de la vallée jusque dans leurs tranchées de la crête ; ils n’ont jamais si bien travaillé » (page 72).
L’ouvrage est également un hymne à la nature, qu’il dépeint grandiose (voir page 75), et dont il partage l’émerveillement. Il dit « Quel beau pays que l’Alsace » (page 52) ou « Tristesse de se tuer dans un pareil décor » (page 60). Il magnifie ses écrits par la poésie. Il dit, le 23 avril : « Il a beaucoup neigé cette nuit et la montagne est de nouveau revêtue d’hermine » page 51 ou « quelques 105 arrivent par paires, comme des colombes » (page 92). Ses nombreuses observations botaniques (il connait Flore d’Alsace de Kirschleger, botaniste né à Munster (page 61), et météorologiques témoignent du milieu somptueux et extrême dans lequel il évolue. Le 14 avril 1915, il dit : « À la nuit tombante, en rentrant à Schaffert, seul par les cimes, j’ai failli m’égarer dans la haute neige, quelque part au Sud du Schweisel. Fatigué je commençais à m’inquiéter, lorsque j’ai trouvé un câble téléphonique qui, nouveau fil d’Ariane, m’a conduit jusqu’à la ferme » (page 34). Car le sujet ici est avant tout la nature, la géographie, la topographie et la météorologie de la montagne. La neige et le froid bien entendu, mais également, par exemple, la fragilité relative de la batterie par rapport à l’orage. Il dit, le 8 mai : « L’après-midi, violent orage et pluie sur nos cimes. Parfois le tonnerre est encore plus bruyant que le canon. Détonations épouvantables, pluie torrentielle. Nous avions débranchés les fils du téléphone, d’où jaillissaient, à chaque éclair, de grandes étincelles. Je dormais à moitié dans la nouvelle cagna quand un craquement terrible survint. La foudre venait de tomber sur un petit sapin, entre notre 2ème pièce et la 1ère pièce d’Alliot, à quelques mètres d’un énorme tas d’obus de 220. Chance inouïe ! Nous aurions été pulvérisés par l’explosion à cinquante mètres à la ronde » (page 73). Cette même scène se reproduit le 27 mai : « Vers midi, orage violent, pluie torrentielle qui nous trempe dans l’abri, sous les buissons. Des fils téléphoniques débranchés jaillissent en craquant des étincelles bleues. La plus longue, me passant entre les jambes, atteint à la cheville Alliot qui depuis marche en boîtant » (page 99).
Il n’oublie pas non plus qu’il combat et occupe un pays reconquis, une Alsace qui comporte ses complications. Il dit : « Dîné avec mes sous-officiers chez une vieille dame de 71 ans qui n’a pas de nouvelles de son fils depuis le début de la guerre, pour l’excellente raison qu’il appartient au 11ème d’infanterie prussienne. La pauvre vieille nous fait pitié. Nous lui avons donné à manger, fait boire du café et même du champagne » (page 52). Il n’est parfois pas tendre sur les hommes qu’il rencontre, tels ces lieutenants désagréables ou ce colonel Boussat, manifestement craint (voir page 95), qu’il met en opposition avec des officiers de chasseurs aimés de leurs hommes (page 108). Dès lors, des informations utiles à l’historien, comme parfois à l’ethnologue, peuvent être relevées à chaque page. Il est enfin descriptif, y compris des grands officiers qu’il côtoie épisodiquement, tels d’Armaud de Pouydraguin, Serret ou Boussat.
L’ouvrage est très bien publié, comporte de rares erreurs (dont une seulement, traditionnelle et déjà maintes fois signalée chez les témoins, à cote). Il est agrémenté en annexes une courte biographie des officiers supérieurs évoqués dans le livre (général Marcel Serret, général Louis Marie Gaston d’Armau de Pouydraguin (décrit page 60) et son fils Jean, ainsi que le colonel Joseph François Denis Boussat), un glossaire des abréviations et cotes altimétriques, précisant leur localisation sur le terrain, un lexique, une table des matières et une table du théâtre des opérations adossée à une opportune carte numérotée en couleurs.
Lieux évoqués dans l’ouvrage :
Ferme de Schaffert – Observatoire du Schweiselwasen – Schnepfenriethkopf – Kruth – Cote 1201 – Cote 1025 – Anlass-Wasen – Mittlach – Hohneck – 830
Renseignements utiles tirés de l’ouvrage :
Page 6 : Chiffres sur la vallée de Munster dans la guerre : Entre 30 000 et 40 000 soldats et 10 000 civils évacués
17 : Apprend à monter à cheval
18 : Sitomètre (calculateur d’angles)
21 : « La chaleur du poêle est le meilleur agent de liaison qu’on puisse rêver »
22 : Hôtel du Hohneck
: Le 65 de montagne envoie de « charmants obus rouges, coiffés de belles fusées de cuivre verni ».
: Leur bruit : « Ces petits obus éclataient en l’air comme des coups de pistolet »
25 : Organisation de la position et matériel de camp
26 : Vue, description et avis sur les méridionaux (vap 31, 33)
27 : Sur les lettres, il précise : « Dorénavant je ne leur dirai plus où je suis, même approximativement, afin qu’ils ne se tracassent plus quand ils entendront parler de batailles. Il peut arriver que je sois trop occupé ou fatigué pour avoir le temps de leur écrire, même brièvement »
28 : Utilise une carte allemande au 1/20 000ème, considérée comme « très précise » (vap 83)
30 : Gibier, il donne une prime de 40 sous pour un chevreuil tué (vap 78, 85 sur le pillage des truites par détournement du ruisseau et la destruction des chevreuils)
32 : Décembre 1916, premier combat de skieurs entre une section d’éclaireurs français et des éléments du 1er bataillon alpin bavarois
33 : Tirs inopérants au fusil contre des avions
34 : Prix d’une baraque d’Épinal : 4 000 francs pièce
35 : Bataille… de boules de neige (vap 47, 48, 115)
: Lycopode appelée jalousie utilisé par les marquaires pour filtrer le lait (vap 50)
: Ennui
42 : Problèmes de réglage, impatience du commandement
44 : Obus passant au-dessus des avions !
45 : Voiture de Serret portée à bras pour la retourner dans la neige boueuse
: Tir vertical dit « Tir dans la lune »
: Bruit de l’obus « avec des froissements de soie »
47 : Différence entre la réalité et le communiqué
49 : Bêtise des journaux
: Poésie des noms allemands des lieux : Schnepfenriethkopf signifiant Tête de la prairie aux bécasses
52 : Allemand fusillé car « il portait des balles retournées dans ses cartouchières »
55 : Canons disparus sous la neige
56 : Mange sans peur des denrées (biscuits et potage) trouvées dans une cagna boche après conquête de la position : « S’il avait quitté moins précipitamment ces lieux nous n’aurions pas osé, de peur d’empoisonnement, utiliser ce qu’il a laissé ». Visite les tranchées ennemies faites dans la neige
57 : « Les Boches ont de l’excellent fil téléphonique, solide et souple »
61 : Voit la nuit les projecteurs des places fortes d’Épinal et de Belfort
66 : Fanions blancs pour signaler les tranchées
: Actes de sabotage témoignant d’une certaine résistance alsacienne ?
67 : Bruit de l’obus (froufrous)
: Comment il détruit l’usine de Steinabrück, avec combien d’obus
68 : La fonte des neiges révèle un corps enseveli
63 : Canon renversé
69 : Renversement du charriot transportant les obus : « Et dire qu’on nous recommandait de manipuler ces obus avec précaution ! »
70 : Ridicule de la peur des conducteurs
71 : Bruit assourdissant, l’artillerie, « c’est un jeu brutal », arbres secoués
72 : Accident de feu de cuisine, dû à une cartouche oubliée dans la paille
76 : Fosse commune de 12 soldats allemands
77 : Description des 74 allemands : « Ce sont des explosifs, bien peints, bien rangés dans des boîtes de tôle emboutie, il traîne aussi des outils servant à je ne sais quoi, car je ne connais pas bien le matériel allemand »
79 : Planchettes de tir au 1/20 000 et grosse monoculaire grossissant 25 fois
80 : Canons amarrés à des souches avec des piquets et des câbles
: Bruit et séquençage en secondes des tirs
82 : Soldat dormant avec un calot de chasseur à pied allemand enfoncé jusqu’aux oreilles
85 : Culot allemand : « Les Boches ont un culot phénoménal : ils font paître sur la montagne de l’Ilienkopf, à l’Est de Sondernach, un grand troupeau de vaches blanches et noires, peut-être pour nous montrer qu’ils n’ont point encore faim, comme on le prétend (…) Ils nous narguent aussi avec des drapeaux flottant sur une espèce de kiosque à l’Est de Metzeral sur une colline dénudée »
: Trophées : trouvé un sac tyrolien de solide toile bistre à plusieurs poches très commode et une patte d’épaule
86 : Grenades à tige dites « épis de maïs »
87 : Décrit un petit moulin hydraulique musical, jouet d’enfant posé sur un ruisseau
88 : Retombées aériennes de shrapnells
: Papier calque récupéré dans les caisses d’obus allemandes
: Sa barbe est censée le protéger des mouches
91 : Description d’un abri fait avec du matériel allemand
93 : Ambiance en ligne à la déclaration de guerre de l’Italie à l’Allemagne
99 : Civile toujours présente dans une ferme sous les obus, blessée
: Electrisation d’un soldat par l’orage
: Rumeur de train blindé
100 : Crise de cartouches de fusil, raclage de fonds de tiroirs
101 : Récupération de justaucorps de caoutchouc blanc allemands, imperméables à doublure rose avec des élastiques aux poignets et à la ceinture et la lettre S brodée en vert sur une manche
: Réutilisation de rondins allemands
: Odeur de cadavres mal enterrés
: Légende des mitrailleurs allemands enchaînés à leur pièce
102 : Tir ami dû à un problème de réglage de montre
: Chronomètre Lipp
103 : 13 attaques allemandes sur 955
105 : Odeur mélangée de résine, de terre remuée, de phosphore et de cadavre
: Téléphone modèle 1909 particulièrement solide
106 : Soldats morts embrochés
108 : Trouve que les artilleurs allemands « sont moins audacieux que nous dans leurs réglages en première ligne »
: Odeur des allemands
109 : Dissuadé par des soldats de tuer des allemands en corvée par peur de représailles par bombardements : « Ayant aperçu en lisière du bois, à cent mètres, trois Boches à calot rouge qui portent des rondins, je me dispose à en descendre au moins un ; mais les chasseurs m’en dissuadent, de peur de représailles par « épis de maïs » et torpilles, durant la relève prochaine »
115 : En promenade, découvre une jambe !
119 : Barres fixes et balançoires accrochées dans des hêtres pour amuser les poilus
120 : Eau phéniquée appliquée sur un tampon pour procéder à des exhumations
126 : Vue de Beaudrand, du 133ème RI
132 : Usure de Manon
134 : Résonance sonore
: Couleur des fumées et signification
139 : Horreur de coups directs
: Bruit des obus : « Leurs obus miaulent comme des cordes de violon »
140 : Bombarde Metzeral
: Barberot
148 : Plaquette Malandrin et bruit qu’elle génère
150 : Lit en fougère pour les enfants qui font pipi au lit
: Appareil optique
156 : Suicide d’un lieutenant, flétri pour sa lâcheté par un général
161 : « Bancal » : son sabre
Yann Prouillet, février 2026
Maillet, André (1889-1968)
Maillet, André, Sous le fouet du destin. 1915-1916, Paris, Bernard Giovanangeli, 2008, 157 pages
Résumé de l’ouvrage :
Le jurassien et intellectuel André Maillet est soldat au 23ème R.I. de Bourg-en-Bresse, qui tient La Fontenelle, dans les Vosges, à la mi-décembre 1915. Son régiment est alors appelé à renforcer le 15-2 qui doit attaquer sur le Hartmannswillerkopf le 21. Racontant par étapes ce qu’il considère comme une montée au Golgotha, il relate cinq jours épiques et sanglants dans les « Régions infernales » dont il échappe, blessé, les pieds gelés, sauvé par miracle par des brancardiers.
Eléments biographiques :
André Maillet est né le 30 novembre 1889 à Le Vaudioux, canton de Champagnolle, dans le Jura, d’un père scieur. Volontiers poète, il est instituteur à son recrutement et professeur au collège de Nantua à la déclaration de guerre. Il dit : « Je voulais former des jeunes gens, mes élèves, pour la lutte qui les attendaient… » (page 46). Bernard Giovanangeli, qui introduit cette réédition, évoque le cercle intellectuel dans lequel, jeune, il évolue avant la guerre, écrivant poèmes et « pièces de sa composition ». Il publie chez Jouve en 1918 un premier livre de poèmes, écrits avant la guerre (1909-1912), sous le titre L’Angoisse éternelle, puis chez Perrin en 1919 Sous le fouet du destin. D’autres livres suivent, dont le dernier paraît en 1965. Son parcours militaire est ténu, très vraisemblablement du fait de sa faible constitution. Il est d’abord réformé pour « faiblesse générale et imminence » le 26 octobre 1911, puis reconnu apte au service armé par le Conseil de Révision de Nantua le 26 novembre 1914. Il est d’abord incorporé au 60ème R.I. à compter du 16 février 1915, puis passe au 23ème R.I. le 14 août suivant. [Il n’a donc pas participé aux combats sur La Fontenelle de juin et juillet, particulièrement âpres pour son régiment]. La gelure de ses pieds à la fin de la bataille du HWK entraîne une inaptitude temporaire d’un mois, avant qu’il soit classé au service auxiliaire le 27 novembre 1916 pour « amaigrissement et dyspepsie ». Il est finalement reconnu définitivement inapte à faire campagne pour faiblesse générale, gastro-entérite, anémie et amaigrissement par la commission de réforme de Dôle du 26 novembre 1917. Il ne retournera finalement jamais au front et sera démobilisé le 10 mai 1919. Jean Norton Cru, qui lui consacre une longue notice analytique dans Témoins (pages 363 à 366), indique qu’il bénéficie d’une pension d’invalidité en 1919 et qu’il exerce les métiers de professeur au lycée d’Alais (aujourd’hui Alès) puis inspecteur primaire à Montceau-les-Mines. Il est également recensé à Aurillac et Nîmes (1921) ou Villefranche (1933). André Maillet meurt le 16 avril 1968 à Lyon.
Commentaires sur l’ouvrage :
Licencié en philosophie, sa formation littéraire transpire à chaque ligne de son impressionnant témoignage uniquement vosgien, sombre et très intellectualisé, qu’il circonscrit à l’attaque du HWK le 21 décembre 1915. Lancinant d’abord, à partir du moment où il apprend que le régiment doit quitter La Fontenelle pour aider à l’attaque de la « Mangeuse d’hommes » avec le 15-2, régiment vosgien qui l’occupe, Maillet multiplie les références bibliques, évoquant alors une longue montée au Calvaire. Puis l’ouvrage tourne au terrible et horrifique l’apocalypse déclenché. On sent la formation classique rien qu’à l’énoncé de son chapitrage, en forme de d’une pièce de théâtre en 15 tableaux empruntant au registre dramatique :
Premier tableau – Le sort en est jeté : La méditation du factionnaire – Dans la grange du corps de garde – La proclamation aux guerriers
Deuxième tableau – Sous le fouet du festin : La traversée de l’oasis – Le rêve des guerriers – Vers l’Alsace – L’étape – L’ascension du Golgotha
Troisième tableau – Les régions infernales : L’assaut – Le tir de barrage – En patrouille – En contre-attaque – En attendant la mort – La fête des damnés – Des profondeurs de l’abîme.
Peu des camarades qu’il cite et côtoie survivent à la boucherie dans un style dramatique impressionnant dont il ne se fait aucune illusion sur l’issue, s’abandonnant à l’idée de la mort : « C’est vrai… je me résigne. La mort n’est pour moi ni un châtiment, ni une promesse » (page 119). Très tôt dans l’ouvrage, il évoque en effet la certitude de sa mort prochaine, comme de celle des autres d’ailleurs ! Il dit « Celui-là ne reviendra pas » ! » (page 43) et plus loin « Lesquels laisseront sur la terre encore inconnue leur dépouille aujourd’hui frémissante ? » (page 44). Il se révolte à l’idée de sa propre mort sacrificielle mais dit qu’elle ne l’effraie pas : « J’ai passé de trop longues nuits de méditation avec les sages et les poètes, mes amis, pour craindre son coup définitif et brutal » (page 44). Et plus loin : « … je regarde ce sang, et je cherche les âmes de ceux qui ne sont plus » (page 80). Oscillant entre mythologie et christianisme, il avance un parallèle christique : « Et je comprends le bonheur divin du Christ, agonisant sur le promontoire tragique du Golgotha, pour délivrer le monde » (page 74).
Il incarne quelque peu aussi le Hartmannswillerkopf, parlant du « râle immense de la montagne » (page 90).
Patriote, le passage de la frontière (au col de Bussang) révèle sa souffrance traumatique de 1871 : « Voici enfin la réalisation du rêve de mon enfance » (page 51) alors qu’il participe à récupérer la province perdue. Ayant pourtant une vision très poétique des allemands, il en affirme aussi une haine certaine, marquant l’opposition irréconciliable des deux races. Il affirme que « la vie nationale est supérieure à la vie individuelle » (page 117).
Comme Eugène Lemercier, dont le statut intellectuel et la psychologie sont similaires, André Maillet a une haute opinion de sa classe, tendant parfois à la condescendance. Il dit, à la vue de territoriaux transformés en cantonniers : « Ils se relèvent, lourdement, brisés, à notre passage, et, de l’air placide et calme des ruminants, nous regardent défiler » (page 56). Plus, il avance : « Le penseur a même ici moins de valeur que le rustique, car il réfléchit trop, il raisonne trop, et une machine à tuer ne doit pas penser » (page 76).
Il intériorise en permanence son « expérience » de combattant et cherche à analyser, dans un mélange d’utopie et de pacifisme, les sentiments et les rouages qui le poussent à agir contre sa volonté. Il dit : « Quelle est donc la force qui nous pousse à la mort ? Quelle est donc la force qui nous attire aux enfers ? Quel nom donner à la mystérieuse puissance des Ténèbres qui nous conduit au sacrifice ? », l’expliquant, réaliste, par le simple consentement (page 70), ajoutant plus loin : « L’aiguillon de la nécessité fait des prodiges » (page 87). Aussi, il se révolte en vain contre l’obligation d’ôter la vie : « Tuer des hommes ! quelle horreur ! Est-ce possible ? Tout ce que j’ai d’humain se dresse contre ces crimes » (page 93). Et il appréhende ce moment : « … Je redoute l’instant où je devrai tuer. Et pourtant, je sens, je sais que, au premier signal je lâcherai mon coup de feu, et que ma balle portera juste, terriblement meurtrière… Je le sais. Je sais que je tuerai parce qu’il y va de la sécurité de mes camarades qui comptent sur moi, parce qu’il y va de leur vie…. Je tuerai parce que j’y suis obligé, parce que c’est le devoir ! » (page 111). Pour la liberté, il accepte et justifie alors la notion de meurtre : « C’est pour la défendre et la conserver que nous avons accepté ces meurtres et ces tueries que nous n’avons, en particulier, pas voulus » (page 118). Il revient plus loin sur ce terme : « Notre tuerie se passe en champ clos. Nous sommes seuls admis à franchir le seuil des régions infernales ». Et il se confie alors sur l’indicible horreur, comme celle, la guerre suivante, des camps de la Shoah, que l’on ne croira pas : « Quand tu narreras tes aventures, on ne te croira pas. On sourira avec une légère pointe de pitié condescendante en pensant : « Il chevauche son dada » (page 141), s’interrogeant page suivante sur la difficulté de trouver les mots, voire d’autres vecteurs, convoquant ainsi musiciens, peintres ou poètes du futur, pour évoquer la réalité de la sauvagerie à laquelle les poilus ont survécu. Ainsi « Seuls devraient avoir le droit d’en causer ceux qui l’ont vécue, ceux qui ont souffert » (page 143). Et sa conclusion est formelle : « Si les hommes connaissaient toutes ces tortures, s’ils pouvaient souffrir tous, par la pensée, ce que nous avons réellement souffert, c’en serait à jamais fait des guerres » (page 142). Hélas, il n’est pas optimiste sur l’oubli prévisible des générations futures et sur la certitude formelle et désabusée que « La guerre ne disparaîtra qu’avec le dernier soupir du dernier des mourants » (page 144).
Le témoignage de Maillet, soldat du 23ème RI, qui n’est sur le Hartmannswillerkopf qu’en renfort temporaire pour l’attaque du 21 décembre 1915, est à rapprocher de celui d’Auguste Chapatte (Souvenirs d’un poilu du 15-2), qu’il pourrait même avoir vu lors de sa blessure de ce dernier, voyant, page 86, « les bombardiers se glissent vers les fortins, en les attaquant à la grenade ; font sauter les derniers centres de résistance et les derniers repaires de mitrailleuses » ; même lieu, même temporalité mais unités différentes, sans que l’un cite l’autre et réciproquement le régiment frère de circonstance d’ailleurs !
Au sortir de la bataille, après son récit épique et impressionnant, André Maillet dresse un bilan surréaliste et très lucide : « Je n’ai plus que mon fusil… J’ai perdu mes musettes, mon masque à gaz, ma couverture, ma toile de tente, ma pelle-bêche, mes guêtres, mon masque et ma cravate… Je n’ai plus rien. J’ai perdu toutes mes forces et ma santé. Je ne suis plus qu’une loque, qu’une épave exsangue, qu’un squelette, qui se traine mû par ce qui me reste de puissance de volonté. J’ai laissé là-bas tout ce que j’avais encore de possibilités de bonheur, tout ce que nourrissaient d’espoirs mon cœur et mon cerveau. (…) Je ne suis plus un homme » (page 136). Et quand même les survivants retrouvent leur sac, celui-ci a été pillé pendant leur absence au cœur de la bataille ! (page 137).
Au final, l’ensemble de l’ouvrage est ainsi celui d’un intellectuel idéaliste et fataliste mais résigné à donner sa vie à la France. L’ouvrage est très riche psychologiquement et assez pauvre quant à certaines précisions (toponymes, souvent oubliés, dates ou unités ; il ne cite par exemple jamais le 15-2 alors que son régiment, prélevé de La Fontenelle, à 80 kilomètres au nord, soutient l’attaque principale par cette unité), circonscrivant le témoignage à une seule période comprise entre la mi-décembre 1915 et le 1er janvier 1916. Maillet apporte ainsi à la littérature de guerre un récit intellectualisé plus qu’un témoignage « technique », voire journalistique, de soldat.
Renseignements tirés de l’ouvrage :
Page 48 : Vue de Bussang
56 : Surnomme le front « le toboggan »
57 : Sentiments anti-alsaciens, pris pour des espions
60 : Défilé du régiment à Saint-Amarin, « pour l’image », puis effondrement dans l’épuisement !
64 : Achète une carte d’état-major pour suivre ses déplacements
66 : Homme faisant son testament avant l’attaque, et toilette de condamnés à mort
83 : Pancarte allemande demandant quand aura lieu l’attaque française !
89 : Perçoit un couteau de tranchée (qui lui servira à creuser son trou sur le champ de bataille, qu’il appellera sa tombe)
90 : Prisonniers allemands enviés car ils quittent le champ de mort
99 : « … le principal effet du bombardement est de nous endormir »
110 : Décide de ne plus faire de prisonniers
126 : Bruit des éclats d’obus : « grand bruit d’étoffes froissées et de râles désespérés »
131 : Veut bombarder Mulhouse insolemment éclairée
132 : Aide des brancardiers allemands à franchir une tranchée, tués juste après
136 : Ferme les yeux pour ne pas voir la montagne devenue cimetière à ciel ouvert
141 : Sur les lettres : « Les lettres sont douces. On nous parle comme si nous étions encore du monde des humains… »
Yann Prouillet, février 2026
Schuhler, Julien (1881-1955)
Schuhler, Julien (abbé). Ceux du 1er Corps. Souvenirs, impressions, récits de la guerre par un aumônier militaire, Colmar, Les éditions d’Alsace, 1933, 432 pages
Résumé de l’ouvrage :
Le 30 juin 1931, à Colmar, l’abbé Julien Schuhler, aumônier de la 51ème Division du 1er Corps d’Armée, met un point final à ses souvenirs, impressions et récits de sa Grande Guerre, ce à partir du 13 juillet 1915, date à laquelle il est rapatrié d’Allemagne, du camp d’Heidelberg, alors qu’il était en captivité, et aumônier des officiers français prisonniers. Démarre alors une petite encyclopédie composite d’un aumônier divisionnaire en forme de journal de guerre, largement enrichi de tableaux et de réflexions, particulièrement précis sur les dates, les lieux et les personnages cités, ce sur toute la durée de « sa » guerre.
Eléments biographiques :
Julien Charles Alphonse Schuhler est né le 9 janvier 1881 à Fontaine, dans le Territoire de Belfort. Il est le fils d’Aloïse et de Célestine Charpiot. Il passe son enfance à Petit-Croix, petit village situé à quelques kilomètres au sud de Fontaine. Décoré de la Croix de guerre, il est fait chevalier de Légion d’Honneur le 1er septembre 1920, date à laquelle il est toujours aumônier militaire attaché à la 3ème Division de l’Armée du Rhin à Mayence. A la date de rédaction de son ouvrage, en 1932, il demeure 4 rue Aristide Briand à Colmar et c’est au 2 boulevard du Champ qu’il habite lorsqu’il meurt, dans sa ville, le 25 février 1955.
Commentaires sur l’ouvrage :
Un ouvrage dense, complet, précis et documenté sur la Grande Guerre d’un aumônier divisionnaire, récit mêlant souvenirs, impressions, fourmille d’informations, de données et de tableaux, parfois terribles, d’un religieux qui, certes place son ministère et sa foi au centre d’un apostolat quasi missionnaire, mais dans un style précis et bien écrit. L’ensemble tient ainsi de l’historique divisionnaire, souvent régimentaire (des 33ème, 233ème, 73ème et 273ème R.I. plus particulièrement), enrichis de tableaux descriptifs ; l’érigeant en référence testimoniale du genre. Les noms sont cités et la table des matières, qui ne reprend même pas tous les sous chapitrages internes de l’ouvrage, permet de suivre les différentes affectations de Schuhler, comme ses déplacements, dans une longue campagne haletante, parfois sous la menace de la balle et au milieu des rafales d’obus.
L’ouvrage débute le 13 juillet 1915 alors que l’abbé Schuhler se trouve dans un train qui rapatrie en France, à Lyon, un convoi de prisonniers, grands blessés, médecins et infirmiers. Cette entrée en matière rappelle par ailleurs la restitution des formations sanitaires à l’issue de la bataille des frontières (cf. les témoignages de François Perrin, de François Leleu, d’Édouard Laval ou de Georges Faleur). Le prêtre indique avoir été capturé, avec son ambulance, à l’issue des combats de Burnhaupt, le 8 janvier 1915 (page 31), dont il fustige la conduite défaillante du commandement. Il était, pendant les six mois précédents aumônier des officiers français prisonniers au camp de Heidelberg. Dès son arrivée, il établit une demande officielle pour être agrégé à l’Aumônerie militaire, puis passe au Ministère de la Guerre « pour y verser des documents intéressants et des photographies rapportés de captivité ». Il éclaire également ses interlocuteurs sur la réalité de l’Allemagne intérieure, un an après la guerre, éclairant sur une réalité loin de la propagande journalistique. Il ajoute également passer à l’ambassade de Russie où il dit remettre « le document « Adamowitsch » où se trouvent condensé, en un rapport saisissant, le récit des atrocités, mauvais traitements, sévices et privations infligés en représailles aux officiers russes prisonniers » (page 13). À La Belle Jardinière, il achète des effets militaires : calot, imperméable, guêtres, cantine, chaussures robustes, musette et bidon en prévision de sa campagne. Il monte au front dans la Somme le 5 août suivant, où il intègre en tant qu’aumônier le G.B.D. de la Division, dont il expose la composition nominative (page 18). Il récupère un cheval belge « qui ne figurait pas sur les contrôles officiels » (page 22) mais se dit cavalier novice au début de sa campagne. Attaché à la 51ème D.I., il précise: « fut scellé le pacte qui me liait pour un an au 33ème [R.I.] » (page 193). Suit le parcours facilement retraçable de sa campagne : La Somme, Verdun, repos en Alsace, la Somme encore, la Champagne, l’Aisne, l’Yser, le Chemin des Dames, Soissons, la Deuxième Marne, repos en Haute-Alsace puis la poursuite dans le Nord, jusqu’à l’Armistice en Belgique.
Le style d’écriture s’emporte parfois profondément dans une religiosité bien compréhensible, l’héroïsme sacrificiel ou la littérature ampoulée, voire des envolées patriotiques. Mais l’auteur multiplie également les belles phrases plus profondes telles « Minutes inoubliables qui font époque dans une vie qui ne fut jamais si près de son éternité ! » (page 108) ou « Dans l’armée française, le respect de l’ennemi vaincu et désarmé » a toujours été un honneur ; les blessés sont sacrés » (page 153). Plus loin, ce paragraphe teinte quelque peu tout l’ouvrage, en forme de tableau qui rappelle le carré de Sidi-Brahim : « Épuisé de fatigue, tenaillés par la faim, torturés par la soif sous ce soleil implacable, fauchés par la mitraille, décimés, haletants, éclaboussés de sang, couverts de débris d’arbres et de terre, entourés de morts, de blessés gémissants, les braves combattants résistent à tous les assauts dans le carré héroïque qui flotte sous les remous de la bataille et les obus qui ébranlent l’atmosphère » (pages 327-328). Celui de la défense, à Cutry, le 12 juin 1918, du P.C. du colonel Coudin, ressemble quant à lui à un tableau de Neuville représentant la Maison des dernières cartouches (page 347). Tout l’ouvrage est bien entendu aussi un vibrant hommage, légitime, à son ordre : « Rien ne fécondera mieux les sillons labourés par la guerre que le sang des 3 000 prêtres martyrs et de nos héros chrétiens » (page 168). Il affirme même « le côté spirituel et divin de la guerre » (page 334). Il se fait parfois allégorique, voire même poète. Il dit, le 11 novembre 1918 : « Les feuilles de la forêt de Trélon tombent des arbres dans tout l’éclat de leur suprême beauté comme sont tombés nos morts » (page 417). Pour lui, le rôle de l’aumônier est bien entendu central ; il analyse cette place dans son chapitre « L’aumônier militaire » (pages 231 et 232) en alléguant être un acteur majeur, véritable thermomètre moral pour le commandement, capable de remettre une attaque si ce facteur manquait. Il allègue avoir administré 5 000 soldats et 200 officiers (page 273). Il met aussi bien entendu la foi au centre de son témoignage et affirme à maintes reprises sa centralité au front de la guerre : « Les âmes se retrempaient aux sources religieuses » (page 210) ou : « Les messes militaires furent sans contredit l’un des spectacles les plus grandioses et les plus impressionnants de la guerre » (page 395). Il avance même : « Le maréchal Foch lui-même reconnaît l’intervention de Dieu dans la victoire de la Marne » (page 398), y revenant quelques lignes plus loin en synthétisant ladite victoire par le quadriptyque « grands chefs », héroïsme des soldats, qualité de la race et Allié du Ciel (page 399). Enfin, il évoque les « 14 points de l’Evangile du 8 janvier » évoquant la proposition de paix du président Wilson (page 400).
Plusieurs chapitres sont consacrés aux hommes du front, soldats et officiers bien entendu, mais également infirmières, vantant chez elles leur bénéfice moral (page 313). Il rend aussi à plusieurs reprises hommage au courage de l’ennemi (page 328). Il se fait également parfois pédagogue de la guerre ; en témoigne par exemple sa longue définition du No man’s land (pages 386 et 387). Les pages d’héroïsme sacrificiel de juin 1918 sont également impressionnantes. Lui-même décide, devant l’imminence de la submersion ennemie, de se laisser capturer avec ses blessés, avant l’arrivée miraculeuse d’un camion qui les sauve de la captivité (page 364, secteur de Nesle-le-Repons, dans la Marne). Enfin, sa narration, à partir de Lassigny, de la poursuite d’une Allemagne en déroute le 22 octobre, est très éclairante, tant sur les paysages qu’il découvre que sur l’état des régions libérées et de leur population, le plus souvent affamée, jusqu’à la Victoire, vécue en Belgique, dans la région de Chimay (page 415). Au final, l’abbé Julien Schuhler n’a pas témoigné d’une « guerre de général » ; il a failli maintes fois mourir, sous les bombardements ou atteint par les balles, ou être capturé, ce jusqu’au bout de sa guerre, donnant à son récit la longue litanie d’une guerre dense et combattante même sans qu’il n’ait jamais porté le fusil ou fait le coup de feu.
Schuhler, photographe, agrémente son ouvrage de 68 clichés (l’édition étudiée comprend la mention en 1ère de couverture : « 2ème édition – 5ème mille»), y compris d’après-guerre. Le livre aurait mérité une table de ces illustrations ainsi qu’un glossaire des noms tant il en fourmille (voir par exemple la liste des « modernes chevaliers » qu’il donne page 267), même s’il pratique parfois l’autocensure (cas du député qu’il considère antipatriote Charles Maurras, page 285). L’ouvrage comporte peu d’erreurs (quelques-unes typographiques) et comme beaucoup de soldats, Schuhler se trompe sur le mot « cote », qu’il orthographie côte. Il utilise par ailleurs le mot mitraillette (page 322), rarement usité pendant la guerre, confirmant une écriture tardive (1931). En effet, à la fin de l’ouvrage, il annonce clôturer son livre à Colmar le 30 juin 1931 ; toutefois, sa note n°1 page 383 rapporte la mort de Georges Xavier Laibe, 1er blessé de la Grande Guerre (à Suarce le 2 août 1914), le 20 novembre 1932. [Même si cette annonce est fausse puisque que Georges Laibe meurt en fait en 1958 à l’âge de 77 ans].
Renseignements tirés de l’ouvrage :
Page 26 : Aspect du camp des G.B.D. de la Tour Carrée
28 : Durée de la guerre « La guerre sera finie en juin [1915], par l’usure totale des Allemands »
30 : Fantôme-As
33 : Crâne attitude de la blessure du Gal Marchand
40 : Sur la mort des chevaux
43 : Bar-sur-Aube reçoit 590 obus pour 300 victimes
44 : « 3 000 hommes sont entassés dans un village de 150 habitants. Il semble que durant la guerre, les êtres humains soient devenus plus compressibles, et l’on reste stupéfait à la pensée du peu de place tenu par le poilu dans un logis, comme aussi de la simplicité spartiate de ses goûts »
50 : Sur la Loi des curés sac au dos
53 : Accident d’un fusil non déchargé
55 : Son musée de guerre et artisanat de tranchée
73 : 32 000 prêtres ou religieux mobilisés pendant la guerre, dont 300 aumôniers militaires officiels en soutane
94 : Il se fait capturer sa chapelle
103 : Fusée blanche pour faire allonger les tirs
106 : Tirs amis
107 : Jet du brassard de la Croix-Rouge par des hommes pour prendre le fusil
112 : Rend hommage à l’audace du lieutenant allemand Brandis
117 : Ordre d’évacuation de Verdun ; Ginisty doit partir, et vision d’exode
118 : Voie Sacrée, système de la poulie sans fin
124 : Exécution d’un fantassin du 327ème et d’un cavalier du 11ème Hussard ; évoque les fusillés de Vingré
126 : Sur le mariage : « On ne se mariait pas pendant la guerre, sinon avec la mort »
: « Aussi le déficit des naissances nous fit perdre 1 200 000 existences humaines et le feu nous en coûta 1 350 000 »
131 : Vue des Vosges, en instruction au camp d’Arches (fin 135)
142 : « Faire la guerre c’est attendre »
148 : Tir ami (grenade)
152 : « Il n’y a plus de sécurité nulle part, pas même pour les gendarmes qui ne dorment que d’un œil »
172 : Rats ayant dévoré ses hosties et ses cires pour les offices
183 : Décoration intérieure de cagna : « Aux parois de la sape sont collés ou suspendus des chromos, des gravures découpées dans des illustrés ou des magazines : alpin encadré de drapeaux, les grands chefs : Joffre, Pétain, Foch, que les gravures ou le dessin ont popularisés »
187 : Choral de Luther, exécuté par de belles voix d’en face
191 : Joffre le « temporisateur »
193 : Chiffres sur le Camp de Châlons, créé par Napoléon III en 1857 qui achète 11 000 hectares de pouilleuse et dépense 4 millions. Camp tracé par le capitaine du Génie Weynant. On peut y placer 25 000 hommes
195 : Chiffres sur le vignoble de champagne : 20 millions de bouteilles produites dont la moitié à l’étranger pour 450 000 hectolitres de récolte annuelle
196 : Carrières de Romain (Aisne), odeur, aménagements
219 : Régiment du Sacré-Cœur, constitution
231 : L’aumônier militaire, rôle et aspect, thermomètre moral pour le commandement, capable de remettre une attaque si le facteur moral manquait
: II qualifie l’infanterie « d’arme souffrante »
244 : Mort par éclatement de pièce
258 : Trophées allemands trouvés dans les tranchées ennemies (liste), achète des objets, goût des poilus pour les objets « de prise »
259 : Chevaux non enterrés
: Horreur d’un coup direct sur des artilleurs
: Bruit de trolley de l’obus
260 : « Des essaims d’allemands sont restés au fond des abris et des tranchées comme les poissons au fond d’un lac desséché »
: Tableau de soldat passant une rivière à gué
270 : Sur le creuset de la guerre : « Le poilu, c’est le paysan, l’ouvrier, toutes les classes sociales, toutes les professions fondues au même creuset »
: « Attendre est la grande affaire de la guerre et de la vie aux tranchées »
271 : 25 000 officiers tués, dont 11 632 de l’active et 13 965 de complément
272 : Esprit religieux des combattants : Barrès dit : « Les Français se battent en état religieux »
273 : Allègue que le Montgolfier est un ancien sous-marin allemand transformé (non confirmé)
274 : Couleur des bâches des fourgons
: Feuilles à tabac Job ou Riz la Croix
275 : « Le tabac, « passe-temps des paresseux » au dire de napoléon, a rendu les plus grands services pendant la guerre. Avec le pinard, il fut l’un des facteurs de la Victoire » (vap 367)
: Tringlots donnant des mégots aux mioches
277 : Perte des instruments de musique du 233ème R.I. dans un incendie à Saint-Just
: « J’accuse » écrit sur les murailles de Senlis, incendiée par les Allemands
278 : 1 200 bouteilles de champagne bues par un état-major allemand dans le château de Chamant
286 : Mise à pied par circulaire qui supprime les chevaux des aumôniers
287 : Sur la chapelle règlementaire, « très encombrante et peu utilisée »
288 : Éclatement de pièce d’artillerie
: Voit Thellier de Poncheville (aumônier du 14ème Corps) en Alsace avant la guerre,
293 : Italien disant « Nous avons déconcerté l’ennemi par la rapidité de notre retraite » de la Piave
296 : Sur la paperassite : « toute cette floraison dactylographiée que la guerre a fait surgir comme champignons après la pluie »
300 : Hurlement d’enfer du bombardement
302 : « Les mets se ressentent des gaz qui leur donnent une âcre saveur guerrière ; ils sont même saupoudrés de petits éclats qui crissent sous la dent comme des plombs dans le gibier »
313 : À Guyencourt, baraques ambulances dénommées des noms des héros.
: Aspect des infirmières, bénéfice moral et hommage
314 : Sur les cimetières, tombes, aspects et entretien
328 : Rend hommage à un officier allemand courageux : « Belle vaillance qu’il faut admirer des deux côtés… »
329 : Avion allemand abattu au FM
332 : Ordre d’abattre les fuyards, conscience de la gravité d’un tel ordre
333 : Défense d’une batterie à l’arme blanche et au débouchoir zéro
: Un section brûle 30 000 cartouches
335 : Critique de Le Feu de Barbusse
339 : Ambulance FIAT
340 : Canonnade déterrant les morts : « Quel spectacle que cette canonnade impie qui, sur les champs de bataille ou dans nos petits cimetières du front, déterre, déchire, tue à nouveau les cadavres »
: Fils téléphoniques entravant les roues des voitures sur les routes
341 : Mort du général des Vallières
: Les obus ne respectent plus la Croix Rouge (mai 1918)
347 : Défense du PC de Cutry
356 : Cordons explosifs entre les lignes pour arrêter les chars
358 : Il sauve des objets de culte, qu’il envoie en camion à l’évêché à Châlons-sur-Marne
: Vue des caves du château du sénateur Vallé
360 : Conditions du passage de La Marne par pontons actionnés par des câbles d’acier dans la boucle de Tréloup
366 : Pertes au 273ème R.I.
: Colonel exhumé
368 : Ce qu’il pense du Pays de Montbéliard
372 : Revue tchéco-slovaque à Masevaux (vap 374)
373 : Vue des défenses devant Belfort
371 : Colchiques appelées « veilleuses »
374 : Masevaux siège du gouvernement français en Alsace
: Vue d’enfants alsaciens habillés en soldats français, et vieux de 1870 bardés de décorations
375 : Tranchées construites le jour dans le bois d’Hirzbach, trouvées pleines d’allemands au retour au matin, conquises sans combat pendant la nuit
381 : Vue de groupes francs, aspect, composition (par des volontaires, « gaillards décidés, amoureux du risque, fortes têtes parfois, guettant l’occasion de se réhabiliter »
383 : Grippe espagnole
: Couscous préparé par Mohammed
: M. Laibe, douanier, premier blessé de 1914, à Faverois (Haut-Rhin), annoncé mort le 20 novembre 1932 (mais en fait mort en 1958)
386 : Gourbis, guitounes et cagnas d’Hirzbach
: Longue définition intéressante du No man’s land (fin 387)
388 : L’Alsace, considérée en 1918 comme une « cale de radoub »
390 : Chevrières, pays de l’oignon
392 : Vision des régions libérées, ligne Hindenbourg, Noyon, Saint-Quentin
400 : Ligne Hunding
406 : Mines, destructions allemandes de novembre et vision des populations délivrées
407 : Le bombardement, c’est la « musique de la guerre »
408 : Abandon du matériel allemand, débâcle (vap 417 : « Des mitrailleuses, des canons, des voitures, des armes, des obus jonchent le sol piétinés par la troupe en retraite, marquant ainsi comme une trainée lamentable et sinistre les étapes et l’agonie d’une armée »
364 : Fabrique un drapeau de la Croix-Rouge en vue de sa capture
369 : Dissolution le 7 août 1918 du 273ème R.I., versé dans les 33ème et 73ème
371 : Photographie de la borne TCF de Largitzen
409 : Tir ami par avion
412 : Sur le parcours des plénipotentiaires allemands
413 : Ce qui se passe entre le 7 et le 11 novembre, problème du capitaine plénipotentiaire von Heldorf, qui ne peut repasser les lignes pour ramener les conditions de paix, finalement acheminées par avion à Spa, siège du G.Q.G. allemand
: Pierre d’Haudroy le 7 novembre
416 : 11 novembre, comportement des soldats, « présentez armes » face à l’est, feux de joie
Yann Prouillet, janvier 2026
Lemercier, Eugène-Emmanuel (1886-1915)
Lettres d’un soldat. Août 1914 – avril 1915, Paris, Bernard Giovanangeli, 2005, 191 p.
Résumé de l’ouvrage :
Eugène-Emmanuel Lemercier, né le 7 novembre 1886 à Paris, est d’abord engagé volontaire en 1905 avant d’être rappelé au 106e RI de Châlons-sur-Marne (Châlons-en-Champagne aujourd’hui), qu’il rejoint dès le 3 août 1914. Il arrive au front dans la Meuse après la bataille de La Marne. Promu caporal le 1er janvier 1915 (page 89, qui lui donne un « devoir social » (p. 108 et 189) puis sergent le 13 mars suivant (p. 146, qui faillit être cité (p. 187 et 189), il disparaît aux Eparges le 6 avril 1915. L’ouvrage publie 140 lettres écrites du front du 6 août 1914 au 21 mars 1915, principalement à sa mère et à sa grand-mère.
Eléments biographiques :
L’auteur naît à Paris le 7 novembre 1886, de Louis-Eugène et de Marguerite Harriet O’Hagan, une famille protestante, dont la branche féminine est d’origine irlandaise. Après la mort de son père alors qu’il n’a pas un an, il est élevé par sa mère et sa grand-mère maternelle, qui créent un lien profond, qui transpire dans la correspondance avec le jeune homme lorsqu’il est au front. Initié au dessin et à la peinture par ces dernières, il a pour mentor le peintre Fernand Cormon (1845-1924) qui lui présente dès ses 11 ans ½ Jacques Humbert (1842-1934). Ce dernier va lui prodiguer une formation artistique qui aboutira à son entrée aux Beaux-Arts dans sa 15e année. Malgré une faiblesse de constitution, il devance l’appel et rejoint le 106e RI de Châlons-sur-Marne en 1905, qu’il quitte l’année suivante, revenant à ses études artistiques. Nombre de ses toiles sont primées mais sa santé s’épuise et il est contraint d’aller se soigner en Suisse. À la déclaration de guerre, il rejoint tout naturellement son régiment, dès le 3 août, et sa première lettre, dès le 6, témoigne de la vie mouvementée et fatigante des premiers jours sous l’uniforme d’un intellectuel plongé dans la guerre. Il arrive en ligne le 12 septembre et est porté disparu, sans que son corps ne soit jamais retrouvé, au combat du 6 avril 1915 aux Eparges, dans la Meuse.
Commentaires sur l’ouvrage :
Artiste et intellectuel, Eugène-Emmanuel Lemercier tient un carnet de guerre et échange surtout une correspondance avec sa mère, adulée, et sa grand-mère. Il dit très peu de la guerre mais intériorise ou philosophe abondamment, ayant conscience de sa classe et de son intellectualisme (volontiers supérieur). Quelques apports toutefois, mais assez peu sur le 106e RI, celui du panthéonisé Genevoix, avec lequel il partage parfois la contemplation de la nature, et des autres témoins que sont André Fribourg, Robert Porchon et Joseph Vincent. Bernard Giovanangeli rappelle dans un avertissement que Lettres d’un soldat est paru sans nom d’auteur chez Chapelot en 1916 puis chez Berger-Levrault en 1924, et Jean Norton Cru, qui lui consacre une longue analyse critique pages 530 à 535 dans Témoins, ajoute à ces références éditoriales une publication partielle préliminaire dans la Revue de Paris les 1er et 15 août 1915.
Il n’est pas étonnant que Jean Norton Cru classe Eugène-Emmanuel Lemercier dans les 27 témoins qu’il place dans la 1re catégorie de son classement tant Lettres d’un soldat est résolument un témoignage intellectualisant son parcours de guerre, même si ténu puisqu’il concerne seulement les 8 premiers mois de guerre. Il s’épanche souvent sur sa condition et, le 1er décembre 1914, il dit : « Et voici qu’à vingt-huit ans, je suis replongé en pleine armée, loin de mes travaux, de mes soucis, de mes ambitions, et jamais la vie ne m’apporta une telle abondance d’émotions nobles ; jamais, peut-être, je n’eus, à les enregistrer, une telle fraîcheur de sensibilité, une telle sécurité de conscience », et il semble jouer quelque peu de ce statut comme il l’avance un peu plus loin : « Mon petit emploi me dispense de la pioche » (p. 83), lui que la guerre ne lui fait pas « renoncer à être artiste » (page 84). Il dit d’ailleurs à ce sujet : « Sans doute, après cette guerre, un art fleurira-t-il de nouveau, mais nous aurons à l’apprendre entièrement » (p. 110). Sa haute condition, qui lui fait se différencier de la plèbe qui l’entoure, lui fait dire de ses camarades : « Leur courage, pour être infiniment moins littéraire que le mien, n’en est que plus pratique, adapté à tout… » (p. 87). Plus loin, il avance même : « … je mène une existence d’enfant au milieu de gens si simples que, même très rudimentaire, mon existence est encore bien compliquée pour mon entourage » (p. 102). Il est de temps en temps descriptif et volontiers poète ; « Tu ne saurais croire ce que les forêts ont souffert par ici : ce n’est pas tant la mitraille que les effroyables coupes nécessaires à nos constructions d’abris et à notre chauffage. En bien ! parmi cette dévastation, il me disait qu’il y aurait toujours de la beauté pour l’arbre et pour l’homme » (page 93). Plus loin, il dit : « Il est de heures de telle beauté où celui qui les embrasse ne saurait mourir alors. J’étais bien en avant des premières lignes, et jamais je ne me sentis plus protégé », vantant les beautés de la nature meusienne (p. 130 et 131). S’il dit qu’il a parfois conscience de se répéter, il ajoute : « Il faut s’adapter à cette existence particulière, à la fois indigente en activités intellectuelles et merveilleusement opulente en émotions spontanées », comparant son métier au moine-soldat (p. 94). Il a peur page suivante de perdre « sa main » de dessinateur. Toujours observateur de son environnement, il a quelques phrases analytiques plus profondes : « Ils blaguent, mais leur blague est l’épiderme d’un magnifique courage profond » (p. 100). Il s’étonne que la vie continue : « Ce qui nous dépasse (mais qui pourtant est bien naturel) c’est que les civils puissent continuer une existence normale alors que nous sommes dans la tourmente » (p. 117). Philosophe, convoquant parfois Spinoza ou Saint-Augustin, il s’interroge sur l’ordre et la violence ; il dit : « L’ordre conduit au repos éternel. La violence fait circuler la vie. Nous avons comme objectifs l’ordre et le repos éternel, mais, sans la violence qui déchaîne les réserves d’énergie utilisable, nous serions trop enclins à considérer l’ordre comme obtenu : un ordre anticipé qui ne serai qu’une léthargie retardant l’avènement de l’ordre définitif » (p. 118). Il teinte le plus souvent ses réflexions de la présence de Dieu. Il se révolte à l’idée de sa mort (la pressent-il ?) ; il dit : « Pourquoi suis-je ainsi sacrifié, quand tant d’autres qui ne me valent pas sont conservés ? (p. 146). Ses analyses sont parfois plus singulières. N’avoue-t-il pas à sa mère : « …pour revenir à ces moments extraordinaires de fin février, je te redirai encore que j’en conserve le souvenir comme d’une expérience scientifique » (p.152). Dès lors, le sous-titre d’une telle œuvre testimoniale aurait pu être « introspection d’un intellectuel à la guerre ».
Car la guerre il la décrit finalement assez peu. Des fois, il dit quand même, sans s’étaler : « Nous sommes en cantonnement après la grande bataille. Cette fois-ci, j’ai tout vu. J’ai fait mon devoir, et la sympathie de tous me l’a prouvé. Mais les meilleurs sont morts. Pertes cruelles. Régiment héroïque. But atteint. Ecrirai mieux » (p. 142). La description plus diserte qui suit fait état d’un tableau épique d’horreur. Il dit : « Voici cinq jours que mes souliers sont gras de cervelles humaines, que j’écrase des thorax, que je rencontre des entrailles » (p.143) et c’est après un temps plus ou moins long qu’il donne ses impressions au spectacle réel de la bataille (voir p. 185 le 14 mars, peu avant sa mort). L’édition de 2005 permet de rétablir les passages censurés dans l’édition de 1916 et notamment celui-ci : « Car on a l’impression que tout le monde y passera. Chaque mètre de terrain coûte trois cadavres » (p. 158). Il a en effet la certitude de sa mort ; quelques jours avant celle-ci, il dit : « Ils m’ont raté, mais malheureusement ce n’est que partie remise, car il ne doit rien rester de notre régiment » (p. 186). Dès lors il ne faut pas rechercher dans le témoignage de Lemercier un réel ouvrage testimonial, bien qu’épistolaire, mais un livre de réflexion. Au final, c’est plus une correspondance dans la guerre qu’une correspondance de guerre. En fait il donne le plus souvent l’impression de n’avoir jamais avoir été soldat ; il semble confondre cagna et casemate (p.165) et avoue même : le « plaisir que j’éprouve de n’avoir pas tiré un coup de fusil » (page 186). Il avance même étonnamment « … avoir rencontré des Allemands nez à nez, mais (…), ces gens-là ont dû pressentir en moi quelque chose de mieux et en tous cas très différent d’un soldat, car ils se sont constitués prisonniers de façon courtoise, ce qui, d’ailleurs leur était dictée par ma façon polie de les aborder » (p.186). Il a pourtant, à la veille de sa mort, été envoyé suivre un cours d’élèves sous-officiers, ce dont il se faisait un certain orgueil. Las, ses derniers morts, qu’il écrit à un ami, sont prémonitoires : « Pense à moi et aie de l’espoir pour moi qui n’ose pas en avoir » (. 187).
Renseignements tirés de l’ouvrage :
Page 100 : Douille de 75 utilisée comme pot à eau
: « 115 obus pour blesser un homme au poignet »
101 : Noël 1915, ténor allemand dans sa tranchée (rappelle Joyeux Noël de Carion), français répondant par La Marseillaise
108 : Garde sape pour protéger les sapeurs
114 : Nous n’avons plu aucune vision d’une issue quelconque
117 : Apprend le 17 janvier 1915 la mort de Péguy
146 : Proposé sergent et pour une citation (p. 187), non obtenue à cause de la mort de son capitaine
155 : Retour des grues
Yann Prouillet, janvier 2026
Lasbleis, Eugène (1896-1982)
Les lettres de guerre d’Eugène Lasbleis (1915-1918), Senones, Edhisto, 2015, 386 p.
Résumé de l’ouvrage :
Eugène Lasbleis, jeune breton de Lamballe, à 19 ans lorsqu’il intègre, en avril 1915, le 6e régiment du génie d’Angers. Sa période d’instruction achevée, il rejoint le front, où il arrive en décembre, dans le Pas-de-Calais, puis dans l’Oise. Il bouge peu d’abord, occupé à l’organisation du front (défenses accessoires, bétonisation, génie infrastructurel, etc.). En mars 1917, il passe télégraphiste au 8e génie et stationne au terrible Chemin des Dames. Dès lors, les faits militaires s’accélèrent ; il manque d’être fait prisonnier lors des attaques allemandes du printemps 1918 et termine la guerre dans l’Aisne, avant sa démobilisation en 1919.
Eléments biographiques :
Eugène Lasbleis naît le 18 avril 1896 à Lamballe (Côte-du-Nord puis Côte d’Armor) de Florentin, professeur de mathématique et de sciences à l’Ecole Primaire Supérieure de la ville, et de Irma André, fille d’un Alsacien de Mulhouse, optant, mécanicien à la Compagnie des chemins de fer de l’Ouest, son épouse. Eugène est le cinquième enfant d’une famille de six. La famille est d’une tradition de marins hauturiers de l’île de Bréhat [son grand-père était capitaine cap-hornier] qui ont payés un lourd tribut à la mer. André Lasbleis, son fils, qui présente le témoignage, dit que son père a été élevé dans une famille très unie et d’éducation très positive, constructive et libre. Il obtient son brevet élémentaire en 1914 et entre au bureau de dessin de la Compagnie des chemins de fer de l’Ouest à Lamballe. La guerre se déclenche donc alors qu’Eugène a 18 ans. Le 10 février 1915, la classe 1916 passe au Conseil de Révision. Déclaré apte, il rejoint avec deux amis lamballais le 6e RG à Angers. Il décède le 16 décembre 1982 dans la commune qui l’a vu naître.
Commentaires sur l’ouvrage :
Entre avril 1915 et sa démobilisation, Eugène Lasbleis écrira près de 1 000 lettres à ses parents, conservées « avec une piété exceptionnelle » (p. 10) par la famille. C’est André, l’un de ses fils qui étudie et reporte ce corpus, dont il publie 526 lettres. Il est très précis sur le lien filial et le parcours de son père. Son introduction donne nombre d’éléments périphériques utiles à la compréhension de l’épistolier et à son parcours dans le siècle comme dans la guerre.
Eugène Lasbleis prend ainsi le train vers le front le 28 décembre 1915 et débarque à Montreuil-sur-Mer, dans le Pas-de-Calais. Il fait une période d’instruction au camp de Wailly-Beaucamps, à quelques kilomètres au sud de la ville, qu’il quitte le 8 mars 1916 pour l’Oise. Il arrive au hameau de Dizocourt, dans la commune de Jaux, sur la rive droite de l’Oise. Il quitte ce hameau le 6 mai 1916 et sa compagnie arrive au front dans le secteur Berneuil-sur-Aisne / Tracy-le-Mont le 15 juin suivant. Le 16 août, le 6ème Génie revient à Jaux et repars le 12 septembre pour Canny-sur-Matz, à 3 kilomètres à l’ouest de Lassigny, puis se déplace à Gury le 30 octobre. Le 13 mars 1917, Eugène quitte le 6e génie pour le 8e (Nogent-sur-Seine, dans l’Aube), affecté dès le 16 à la 10e armée du général Mangin. Il rejoint Fismes, dans la Marne le 31 suivant et change ainsi de fonction, passant téléphoniste-télégraphiste. Il participe à l’attaque du 16 avril 1917 sur le Chemin-des-Dames, dans le secteur de Craonnelle, en direction de Craonne, heures apocalyptiques dont il ne communique pas toute la réalité dans ses lettres. Le 23 juin, la compagnie télégraphiste du 8e génie dans laquelle se trouve Eugène est mutée dans les Flandres, à Woësten, au bord de l’Yser, en Belgique. Méritant par son comportement au feu, il reçoit la Croix de Guerre le 30 août avec cette citation : « … Sapeur au 8e régiment du génie. Plein de courage et d’entrain, du 29 juillet au 15 août il a assuré la réparation d’un réseau téléphonique constamment coupé par les obus. Est pour ses camarades, un exemple d’énergie et de dévouement » (page 26). En septembre et octobre, il est affecté un temps au front-arrière à un central téléphonique franco-anglais. Sa pratique de l’anglais n’est pas fameuse (il en parle p. 53 et 322) mais, comme la situation linguistique est similaire « en face », chacun parvient toutefois à se faire comprendre. Il est muté comme chef de poste téléphonique à Fismes et manque de se faire capturer lors de l‘attaque allemande sur l’Ailette, le 27 mai 1918. Parvenu a rejoindre son commandement, il est alors menacé de conseil de guerre pour panique devant l’ennemi. Il s’en sort car la retraite de son unité s’est faite dans l’ordre. Son unité se reconstitue vers Trilport puis, à l’été 1918, les armes se retournent. Fère-en-Tardenois le 11 septembre, puis Rethel, et Bergnicourt (Ardennes). Eugène apprend l’Armistice en permission dans une Lamballe où les cloches sonnent à toute volée. De retour dans les Ardennes, le soldat entre en Belgique par la vallée de la Semois et assiste aux cérémonies à Libramont, émaillées par la tonte de femmes « trop accueillantes » avec les Allemands. Le 19 novembre, il assiste à la débâcle d’une armée allemande abandonnant tout son matériel, « en pleine détresse par la faim. Hommes et chevaux tombent de faiblesse ! » (p. 367). Mi-décembre, il est de retour en France et cantonne à Verdun. Il attrape la grippe espagnole en permission, revient dans son régiment en Lorraine (Lunéville et Blainville), est nommé caporal (6 avril 1919) puis sergent (15 août). Le 19 septembre, il est rendu à la vie civile le 19 septembre. Mais, ne s’étant pas « démobilisé de la guerre » : « c’est parmi les ruines qu’il chercha et trouva vite du travail » (p. 34), engagé par l’administration des Régions Libérées au centre de Saint-Quentin dans l’Aisne. C’est là qu’il rencontre celle qui va devenir sa femme, institutrice à l’école du lieu, qu’il épouse à Pâques 1921. Il travaille ensuite au Service de la Navigation de Saint-Quentin. Le couple aura trois garçons (Jean en 1922, André en 1928 et Yves en 1930). Eugène Lableis prend sa retraite en 1957 et meurt le 16 décembre 1982 .
Jeune homme « brutalement » plongé dans la guerre, il bénéficie de toute l’affection et de l’aide matérielle (colis et argent, jusqu’à demander d’en recevoir moins !) de sa famille, très proche, composée de ses parents et de ses trois sœurs. Itératives ces lettres témoignent d’un quotidien parfois trop long et dont il se sort finalement sans trop de casse. Par sa jeunesse et son « apprentissage au feu de la guerre », l’ouvrage est à rapprocher de celui de Pierre Suberviolle ou celui d’Emmanuel Geisler.
Renseignements tirés de l’ouvrage :
Page 44 : Punition aux manquants à la mobilisation, faites au front (vap 98)
45 : Est confiant en « son étoile » (superstition)
46 : Ovations pendant le trajet en train
51 : Poux appelés « grenadiers »
53 : Anglophone (vap 322)
56 : Touche des épaulettes d’acier et le casque (vap 66, 76 mais d’« infanterie au lieu du Génie », 78, 79, 87)
59 : Changement d’écriture (pour tromper le contrôle ?)
61 : Salycilate contre les rhumatismes
63 : Touche des cas (ou poches) à grenades non cousus, il les fait coudre
Hameau de Dizocourt où « on ne voit que des vieillards »
70 : Reçoit des bêtises le 1er avril
71 : Permission accordée au numéro de matricule (vap 72 sur l’âge)
78 : Attrape des écureuils
80 : « Un sapeur a toujours la gorge en pente »
81 : Fait de la photo (vap 285)
82 : Pluie = « artillerie de Saint-Pierre » (vap 170 utilise « plume d’oie » pour l’orage)
: Cuistots tournants au régiment
85 : Punis expédiés aux « bat d’Af »
86 : Sénégalais « beaux vilains noirs ! » (vap 110)
94 : « Mocos », soldats du Midi
99 : Artilleurs ivres
: Animaux mascottes (151, adopte un chat errant, tué p. 156 par un ami, 268 une chèvre)
: « Monoplans » = paillasses
100 : « Forte ration » = 1 quart ½ de vin par jour, 5 cl d’eau de vie tous les soirs
104 : Espoir de victoire sur la Somme
109 : Menu
111 : Paye
114 : Se moque d’un prisonnier boche mais dit « C’était pourtant un type qui avait l’air très doux et qui n’avait pas l’ai d’un c… » (vap 209)
115 : « … nous couchons à côté des vaches. (…) Il paraît qu’il n’y a rien de plus sain que de coucher près de ces bêtes ! »
125 : Coupe militaire
126 : Mauvais résultat des zouaves
130 : Ce qu’il pense d’une séance de cinéma aux armées
132 : Apprécie une séance de « vrai » théâtre
141 : Prix du papier à l’auto-bazar (vap 204)
167 : Spectacle d’un duel aérien, avion allemand abattu, description
156 : Explosion d’une lampe à acétylène, 2 blessés
: Etat sanitaire médiocre de la compagnie
157 : Ce qu’il mange en « extra »
158 : Fabrique un piège à rat (vap 274, 275, 278 (il en brûle un vif), 279
162 : Sur le pinard (vap 185 « quand le pinard est signalé dans les environs » !, 187 (abus), 206, 222 « nerf de la guerre », 227
163 : Cafard après la permission (vap 168)
168 : Touche des équipements d’hiver (vap 222, 263, 366)
169 : Utilise des sabots « sans ordre »
170 : Indemnités de voyage, 2,50 f.
171 : « Les boches sont comme nous, ils en ont marre ! », prévoit la fin de la guerre en 1917
172 : Se moque de Mme de Thèbes
174 : Tout gèle. « De ce temps, le moral du poilu baisse avec la température ! » (vap 179)
185 : Espère apprendre les raisons d’un coup de main allemand en lisant le journal !
186 : Vue de civils délivrés, « tels des cadavres »
210 : Après l’espoir du 16 avril,1ères impressions de la « boucherie », moral, il parle de « confirmation du feu »
212 : Alcool de menthe, usage potabilisant (vap 215)
: Mange du cheval
213 : L’escouade prend le nom d’atelier du génie
214 : Pinard manquant, eau potable rare
215 : Durée de la guerre (+ 3 ans) après la publication des buts de guerre français
219 : Motif de retenue de permission (vap 242, différents régimes, 237, 2 jours de plus pour citation)
232 : Espions belges !
233 : Belges curieux
: Chemin des Dames, « zone d’extermination »
241 : Supplément du 14 juillet
247 : Punitions pour les indiscrétions contenues dans les lettres
248 : Vue de prisonniers : « loustics heureux de se sauver de là-dedans ! » (vap 264, 267 et 268)
258 : Fier de porter sa croix de guerre
263 : Ce qu’on trouve pour 3 francs par jour
273 : « Le Russe et le Macaroni valent le même prix ! »
280 : Punition et sentiment d’être « traités comme des chiens », lieutenant forcé de punir
295 : Sur le changement de position du port du calot, ce qu’il en pense !
296 : Fin du tabac gratuit le 16 février 1918
297 : Sur le pommes de terre germées à garder pour les potages militaires
300 : Italien « pas sympathique » ?
302 : Sa famille écrit en morse, clin d’œil à son apprentissage de la discipline au Génie
307 : Repas du Vendredi Saint
312 : Recommande des réfugiés possibles à ses parents
319 : Eau de Vals
325 : Fin de guerre appelée « grande permission »
327 : Abandon d’affaires personnelles dans la fuite, mais en y mettant le feu sur consigne
333 : Américains buveurs « de tout », cuites et bagarres
336 : Sur les risques encourus par les soldats de la classe 1920, dont son petit frère, qu’il conseille en vue de son incorporation (vap 338)
337 : Vision d’un terrain libéré, odeur, utilise sa pipe (vap 339, mouches, 341, 344)
341 : Sur l’absence de respect aux morts
345 : Disparition de la pomme de terre
347 : Les armes tranquilles selon Lasbleis : Génie, RAL, RAC
357 : Vue de prisonniers d’octobre, « jeunes et contents de leur sort »
: Quinquina complet contre la grippe espagnole (vap 363 autres remèdes)
360 : Durée et fin de la guerre, « bout de l’histoire » pour cette année (le 11 octobre !)
361 : « Grand Goastel », utilisé pour l’Armistice, gâteau breton en forme de récompense
: Ravage du Chemin des Dames
366 : Ambiance au 18 novembre 1918
367 : « Les copains n’ont rien eu pour l’Armistice, ni congé, ni pinard …»
: Vue du Luxembourg, débâcle allemande, ambiance, faim des allemands
Yann Prouillet, 21 janvier 2026
Javal, Adolphe (1873-1944)
Javal, Adolphe, La grande pagaïe, Denoël, 1937, 329 p.
Résumé de l’ouvrage :
La feuille de route de sa mobilisation affecte le docteur Adolphe Javal à l’ambulance n°5 du 5e corps d’armée, qu’il rejoint à Fontainebleau avec 24 heures d’avance, avant même la déclaration de guerre. Se considérant plus comme un administrateur de formations sanitaires que comme un « urgentiste », la narration de sa guerre est dès lors une impressionnante suite d’anecdotes, émaillant ses nombreuses mutations, dans un monde médical du front et de l’arrière-front qui évolue lui-même au fil de la guerre. Il « collectionne » ainsi un nombre impressionnant d’affectations jusqu’à sa démobilisation en 1919, offrant un nombre tout aussi conséquent d’analyses de ces milieux divers et variés.
Eléments biographiques :
Louis Adolphe Javal est né le 11 juin 1873 à Paris (16e arrondissement). Il est le fils du célèbre docteur Emile Javal, membre de l’Académie de médecine et homme politique, et de Maria-Anna Elissen, demeurant un hôtel particulier 5 boulevard de la Tour-Maubourg. Il a deux sœurs, Alice et Jeanne et aura deux enfants (Mathilde et Sabine). Ses travaux en médecine lui font obtenir en 1904 le prix Desportes (thérapeutique médicale). Il écrit dans la presse spécialisée, teintant ses écrits de militance. Il dit : « J’étais tellement écœuré de voir pratiquer ce système, que je fis paraître dans la « Tribune Médicale » du mois de septembre 1915… » (p. 75). Passionné d’agriculture, il possède un château dans l’Yonne, à Vauluisant, ferme de 250 hectares dans laquelle il se rend fréquemment pendant la Grande Guerre, parvenant même à se faire un temps affecter dans des formations proches pour « gérer » le domaine. Son parcours pendant le conflit est particulièrement divers, avant d’être démobilisé le 24 avril 1919. Après-guerre, à plusieurs reprises, il tente une carrière politique, notamment sénatoriale, et écrit de nombreux articles médicaux et au moins deux ouvrages, le plus souvent anecdotiques, notamment sur ses relations ubuesques avec l’administration (26 références à la BNF). Juive, toute la famille (sa fille Mathilde et ses deux filles) est déportée à Auschwitz, en 1943 et 1944. Son nom est inscrit sur un cénotaphe dans le Panthéon parmi les 197 écrivains morts pour la France dans la Deuxième Guerre mondiale.
Commentaire sur l’ouvrage :
La guerre médicale d’un docteur Javal plongé dans le monde sanitaire kafkaïen à la guerre mêle empêcheur d’embusquer en rond et journal de route d’un médecin qui tient parfois plus de l’adjudant de compagnie (même si on doit lui reconnaître en ce domaine une évidente compétence). Il dit d’ailleurs lui-même préférer le rôle d’administrateur (p. 168) que du praticien d’ambulance de front. Aussi, son témoignage est une œuvre finalement très surréaliste mais de référence quant au parcours d’un médecin au sein de différences formations (hôpitaux, ambulances, fixes ou mobiles, centres sanitaires, etc.) dans les différentes phases de la Grande Guerre. Comme d’autres témoins des ambulances hippomobiles de 1914, Javal évoque un certain inemploi, voire un abandon de blessés autour de la bataille de la Marne, notamment pendant ce qu’il appelle le « circuit de la Meuse ». Il synthétise ce sentiment : « Nous parcourûmes environ 500 kilomètres pour fonctionner exactement quatre fois : c’était extrêmement peu pour s’initier à l’art de faire la guerre » (page 45). Son ouvrage, dense et très militant, fourmille, toutefois d’indications sur le milieu médical subordonné au monde militaire, récit souvent teinté de surréalisme voire de truculence.
Particulièrement critique, mais tout aussi lucide, il analyse en permanence et dénonce à chaque fois qu’il le faut, et il ne s’en prive jamais, les situations qu’il vit, dans le détail comme dans le fonctionnement général des services qu’il côtoie ou subit le plus souvent. Resté civil même sous l’uniforme, il ne se conformera finalement jamais à l’omnipotence parfois surréaliste du militaire. Par-delà son caractère polémique (et procédurier), l’ouvrage fourmille d’informations. Il dit : « J’estime le rendement de la main d’œuvre militaire à 25 % au maximum de celui de la main d’œuvre civile à l’heure, et à 10 % de celui de la main d’œuvre civile à la tâche » (p. 35). Il applique d’ailleurs cette sentence peu amène plus loin : « Le rendement du travail d’un militaire, se chiffre, chacun le sait, par un coefficient extrêmement bas. Le chef est désarmé pour améliorer ce rendement, puisque le travail du militaire est, en général, sans sanctions. Il faut truquer pour obtenir quelque chose » (page 245). Il n’est parfois pas moins tendre à l’endroit des fonctionnaires : « Ce petit jeune homme de dix-huit ans avait du sang de fonctionnaire dans les veines » (p. 66). Souvent, il mâtine son récit d’axiomes, de réflexions psychologiques, voire philosophiques, luttant sans cesse contre la démagogie également. Sur l’égalitarisme, il dit : « L’égalité, appliquée à l’espèce humaine, produirait ce que les critiques appellent le nivellement par le bas. Au point de vue de la guerre actuelle, ce principe a causé des désastres irréparables » (p. 94). Plus loin, il avance : « Rien ne ressemble moins en effet à la médecine militaire du temps de paix que la médecine militaire du temps de guerre et, au risque de passer pour paradoxal, j’ose dire que les médecins civils de réserve qui ne connaissent ni l’une ni l’autre et encore moins les règlements, étant exempts de tous préjugés et de toute idée préconçue, faisaient beaucoup meilleure besogne que certains médecins de l’active » (p. 96-97). Aussi, il n’hésite pas cette sentence : « … l’infirmerie est mon domaine : c’est même mon royaume » (p. 189) et en effet, il y fait régner une manière de despotisme éclairé, bien à sa main, avec parfois des luttes pied à pied contre une hiérarchie qu’il épargne rarement. Aussi il fait de son temps militaire un combat incessant contre la hiérarchie, les normes, le fonctionnarisme et l’impéritie. Analyste du quotidien et des mœurs, il explique la haine du gendarme : « C’est par l’intermédiaire de la prévôté que se faisait souvent la liaison entre l’état-major du C. A. et la troupe chargée des travaux de cantonnement, ce qui explique facilement la haine farouche du gendarme qui s’encra rapidement dans le cœur du poilu » (p. 135). L’étude de son récit permet également d’alimenter l’étude de nombreux symptômes de guerre tels la simulation, le gestion de la syphilis (autre stratégie d’évitement parfois), les contagieux, les embusqués, etc. Il aime à dire « je guéris les simulateurs et je débusque les embusqués » (page 243), sport dont il se fait le champion, notamment lors de son séjour à Fontainebleau. De même quelques épisodes cocasses, comme cet accouchement qu’il gère dans son ambulance, générant des débats tout militaires, sont représentatifs de la dichotomie militaire/civil. Il fustige souvent l’administration idiote, par exemple appliquée à la gestion des réfugiés, cas qu’il étudie de près puisqu’il en recueille, et emploie, comme des prisonniers d’ailleurs, dans son château bourguignon (cf. son chapitre sur les réfugiés p. 150 à 158). Il évoque ce qu’on peut appeler des « affaires » comme le pillage de Louppy-le-Petit, la débandade de Vauquois, les typhiques de Bar-le-Duc, estimés à 3 000, l’affaire de Joinville, l’affaire Rabier, etc. Il reporte également parfois intégralement plusieurs rapports, parfois techniques, qu’il rédige soit dans le cadre de ce qu’il pense être de bonne gestion, soit médicaux, soit comme comptes-rendus hiérarchiques, dont certains sont « gratinés » et d’une spiritualité peu militaire. Il participe ainsi à la statistique, y compris rétrospective (comme à Verdun, voir p. 232), et la paperassite qu’il dénonce à longueur d’ouvrage. Il dit : « … la capacité du chef se mesurait au volume de paperasse envoyé à ses supérieurs » (p. 237). Il résume souvent sa pensée, en forme de leitmotiv du livre : « Au début, en août 1914, c’était la pagaïe : mais en janvier 1916, c’était encore la pagaïe avec une différence cependant : le gaspillage d’argent en plus » (p. 177). Il n’est pas tendre non plus sur la classe 17, « élevés dans du coton », considérant leur « gestion » par des auxiliaires ou des territoriaux comme grotesque ! (page 182). Bien entendu, son caractère entier lui vaut jalousies (notamment quand il rentre hebdomadairement dans sa ferme de Vauluisant), inimitiés, y compris politiques (voir page 93) et plaintes, qu’il traite sérieusement sans s’en faire, et avec une certaine routine (voir p. 185). Il rapporte une punition elle-même surréaliste, à la suite de son long chapitre sur sa « question noire », celle de la « température anale » constituant « une grossière inconvenance » (p. 288). Mais en grande partie, l’ouvrage, qui se veut caustique, ne manque pas de finesse d’analyse et est écrit avec un savoureux second degré. Par exemple, pages 189-190, il dresse une liste des maladies qu’il considère comme « contagieuses » : pigritia (paresse), claudication, colique, réformite, auxiliarite (vap 319) ! Il reporte quelques « méthodes », parfois « fermes », pour lutter contre les simulateurs et les maladies arrangeantes pour les tire-au-flanc, ce qu’il appelle les « attitudes vicieuses » (il cite les coxalgies, les ankyloses ou les adhérences par exemple (p.197)). Son livre abonde ainsi en personnages cocasses, surréalistes, qui témoignent d’une réalité entre évitement du front et déviance comportementale qui touchent souvent à la psychiatrie, formant un tableau général de soldats bien loin de l’héroïsme patriotard lisible par ailleurs. Il en débusque souvent et partout, parfois dans l’auxiliaire même, osant cette sentence : « tous ces déchets humains qui ont encombré les dépôts et les formations sanitaires, n’ont produit aucun travail utile et ont coûté très cher » (p. 204-205). Plus loin, il dit même : « Le dépôt fut l’école de la paresse » (p. 226). Pourtant il doit souvent faire des choix qui lui posent cas de conscience. Il dit : « Peut-on concevoir au monde quelque chose de plus injuste que la sélection qu’un médecin doit faire entre les hommes qui auront le devoir de faire la guerre et ceux qui auront le droit de ne pas la faire ? » (p. 205). Plus loin, il dit : « Que les chiffres soient exacts ou faux, utilisables ou non, peu importe ; il y en aura des millions. La médecine militaire est bien plus occupée à compter les malades qu’à les soigner. Personne ne s’occupe d’ailleurs de savoir si la circulaire est exécutable, si les infirmiers ou les thermomètres sont en nombre suffisant. L’ordre est formel : il faut des chiffres » (p. 221 et aussi 316). De forte personnalité, il goûte peu les gens du midi… et les curés et les religieuses, qui transforment son ambulance en « séminaire » et pratiquant des conversions plus ou moins forcées (p. 241 et suivantes) ! Il n’aime pas beaucoup plus la hiérarchie, et assène : « … la pléthore des chefs superposés ne sert qu’à défaire par l’un ce que l’autre à fait » (p. 245). Il a également une analyse singulière de la question noire, qu’il expose dans le chapitre « le tutu des nègres » (page 284). L’armistice signé, qu’il vit à Coulommiers, l’ambiance est particulière. Javal fait une analyse également singulière de son environnement ; il dit par exemple, sur le traitement féminin des rapatriés : « Les dames infirmières n’étaient pas contentes de le nouvelle orientation que prenait mon établissements. Elles voulaient des blessés : elles avaient soif de sang. A la rigueur, elles auraient accepté des malades, mais laver, épouiller et nourrir ces rapatriés ne leur allait pas… » (p. 300). Ses analyses, permanentes, classent cet ouvrage tant dans le domaine du témoignage que dans celui de la réflexion analytique détaillée sur la Grande Guerre sanitaire.
Son parcours est très diversifié ; le 24 avril 1918, il écrit : « né en 1873 et ramené à la classe 1891 par mes deux enfants, j’ai fait deux ans et demi de front ». Le reprendre en totalité est fastidieux ; il est ballotté d’abord dans l’ambulance 5 puis se trouve à Bar-le-Duc le 16 juillet 1916. Le 18 mars 1917, il est nommé médecin-chef de l’ambulance 4/37. Le 1er janvier 1918, il est nommé (par le ministre) médecin-chef de service de groupement des centres (centre de réentraînement d’Estissac et de Cravant), centre de rééducation physique de Pithiviers) de la 5e région. Il monte une station-magasin à Montereau le 23 avril 1918 (« avec 600 hommes à soigner : 200 vieux territoriaux et 400 nègres qu’on avait fait venir du Maroc et qu’on payait 7 fr. 50 par jour ») (il y revient p. 238 et 289 zone d’étape), puis c’est l’hôpital d’évacuation de Vasseny, entre Reims et Soissons (2 août 1917), au camp d’Estissac (2 octobre 1917), à l’hôpital de Sens (11 février 1918), à l’hôpital mixte d’Orléans (29 août 1918), à l’hôpital 92 de Coulommiers, le 5 novembre 1918 par exemple. Après l’Armistice, arrivé à Paris (7 décembre 1918), à la direction du service de santé du gouvernement militaire qui siégeait au lycée Buffon, et avant sa démobilisation le 24 avril 1919, il est un temps affecté au Val-de-Grâce (mais dans les affres de la guerre tout juste finie, ne semble pas y avoir exercé). Le fourmillement de ses affectations a certainement à voir avec son comportement personnel comme ses pratiques professionnelles. Il conviendrait de rependre précisément le déroulé de l’ouvrage pour en retracer le parcours complet daté et localisé.
Les annexes reportées sont intéressantes, surtout la 2ème, intitulée « La Paperassite », sous-titrée (étude bactériologique, clinique et expérimentale), avec comme chapitrage I. Etude bactériologique, II. Formes cliniques, III. Marche – Durée – Terminaison. IV. Complications. V. Traitement (p. 309 à 318). L’ouvrage est enrichi d’un index des noms cités.
Renseignements tirés de l’ouvrage :
Page 16 : 16 ambulances de Corps d’Armée, 96 médecins
24 : Composition de la colonne
62 : Général Micheler assassinant un soldat car il avait perdu son fusil
64 : Autobus touristique Cook pour visiter Paris
: Chiffres des malades (dysentériques, typhiques, gelures) et blessés fin septembre 1914
66 : Comment il crée la gare sanitaire de Clermont-en-Argonne
70 : Sur la vaccination antityphoïdique
77 : Chambre de sulfuration pour l’épouillage
79 : Notice d’utilisation des douches
85 : Crée un magasin d’occasion distribuant des effets donnés après désarmement des hommes abandonnant leurs vêtements et par les apports des gendarmes (vap 87 les 1 500 fusils qu’il « recycle »)
100 : « Débandade de Vauquois », négociation avec les docteurs, menaces du commandement
103 : Cas de conseils de guerre
106 : Pieds gelés : « malades ou blessés » ? (vap 227, statistiques, 235, nombre)
109 : Vue des Garibaldiens, qui ils sont, but
123 : Douche froide contre les simulations (vap 128 sur ce sujet)
129 : Gère un accouchement, polémique tout militaire
136 : Sur les gendarmes pendus à Verdun
142 : Salvarsan contre la syphilis
154 : Gabegie de l’allocation aux chevaux de réfugiés
164 : Sur les typhiques de Bar-le-Duc
170 : Il couche dans la maison de Poincaré à Sampigny
172 : Chiffres sur la consommation de liquide (café, thé, vin) des troupiers du centre de Condé
173 : Chiffres de l’argent touché par hommes par mandats et bons de poste
178 : Rédige un billet d’hôpital qu’il considère comme efficace, aucun succès
180 : Sur la permission de 24 heures
182 : Comment il traite la classe 17 « élevés dans du coton » ! (vap 189 sur les visites médicales, 220, 222 : « Les bleus de la classe 17 ont acquis, pendant leur séjour au dépôt, un entraînement magnifique à défiler tout nus devant leur médecin : ils me paraissent aptes à partir maintenant pour les camps d’instruction militaire »)
182 : Chasse aux embusqués
195 : Février 1916, entrée des femmes de service embauchées dans les casernes
199 : Scandale de l’avancement des embusqués
200 : Repère sur les pansements pour éviter qu’ils ne soient défaits
206 : Hôpital du Tibre à Fontainebleau pour les malades mentaux
207 : « Ne jamais résoudre une difficulté, mais la repasser au voisin »
208 : Sur l’héroïsme : « Des centaines de mille hommes n’ont pas fait autre chose, pendant la guerre, que le circuit des formations sanitaires, parce que l’administration du service de santé, c’était la pagaïe, du commencement jusqu’à la fin. Et ce sont ceux-là qui crieront le plus fort après la guerre, qui porteront les chevrons, débanderont des décorations et des pensions. Les costauds sont morts et seront vite oubliés »
214 : Pansement Leclerc
215 : Registres et paperasserie (vap 237, 238, 305, 313, qualifié de « torchecul »)
216 : Orléans, hôpital Chataux pour les contagieux
: Problème administratif d’un homme ayant deux maladies contagieuses !
217 : Manques de médicaments, différences entre deux établissements (« affaire » des médecins du fort Saint-Bris)
226 : « Le règlement, c’est comme l’argent, il y en a de deux espèces : le sien et celui des autres »
: Sur l’après-guerre : « Avoir fait la guerre, la vraie guerre, avoir eu l’indépendance, la camaraderie et les initiatives du front, puis, tout à coup, retrouver les brimades de l’intérieur, les règlements de la vie de caserne, non, ce n’était pas supportable »
232 : Ecrit cagnia pour cagna
242 : Antimidi, car « l’ambulance 4/37 était une ambulance de méridionaux. On y parlait beaucoup mais on agissait peu »
: Curés syndiqués
251 : 65 médecins sans malades ni blessés à l’hôpital d’évacuation de Vasseny
257 : Description du camp d’Estissac
258 : Différence entre infirmerie (maladies légères) et hôpital
261 : 100 litres d’essence par mois pour son infirmier-chauffeur d’ambulance (vap 283, crise)
263 : Moniteurs pompiers
277 : Voit des nègres du Maroc, fainéants, nés paresseux
280 : Permission agricole
284 : Grippe espagnole
: Noirs refusant la température rectale (vap 285 polémique, et 292, conférence) et ramadan
: Soviet des nègres
285 : Rôle de l’inspecteur de la main d’œuvre
291 : Il dit, après une sanction : « il est sans exemple que, dans un rapport militaire, un chat soit appelé un chat » !
297 : Désordre gai, dû à la victoire proche, à Coulommiers le 5 novembre 1918
: Hôpital de Coulommiers
298 : Traitement des prisonniers allemands et utilisation civile de la troupe
: Paye des permissionnaires
: 7 signatures pour un sortant
299 : Armistice et ambiance : « Ces hommes avaient fait la guerre pendant si longtemps ! La guerre finie, on ne pouvait plus les tenir dans une caserne »
300 : « Ce n’était plus l’hôpital, ce fut l’auberge » et retour des prisonniers
302 : Perte de clientèle par les médecins
: 17 00 médecins mobilisés
320 : Centres de réentrainement et de rééducation et méthode de Joinville (circulaire ministérielle du 12 décembre 1917) et chiffres
Yann Prouillet, janvier 2026
Bourrillon, Henri (1891-1945)
Samuel Caldier, responsable des archives municipales de Mende a publié un ouvrage sur Henri Bourrillon (Maire de Mende et chef de la Résistance en Lozère mort en déportation) : Henri Bourrillon (1891-1945), L’ours de granit, Médiathèque de Mende, 2025, 243 p. Si l’auteur évoque longuement l’action publique de cette personnalité locale et son combat de l’ombre face à l’occupant nazi, il consacre également deux chapitres inédits sur son parcours militaire durant la Grande Guerre puis sur son militantisme au sein des associations d’anciens combattants.
Un poilu dans la Grande guerre (p 47-58)
Né dans une famille de notable lozérien profondément acquise aux valeurs de la Troisième République, Henri Bourrillon n’a aucune vocation pour suivre une carrière militaire. Etant de la classe 1911, il termine ses études en droit en 1913 puis effectue son service militaire dans la subdivision de Clermont-Ferrand. Le 11 août 1914, il est incorporé à la 1ère compagnie du 105ème RI. Simple 2ème classe au début du conflit, il obtient le grade de sous-lieutenant à la fin de la guerre. Son courage et son énergie expliquent cette promotion. Le 30 avril 1916, au cœur de la bataille de Verdun, il obtient une première citation pour avoir assuré la liaison entre le chef de bataillon et le commandant de la brigade sous le feu de l’ennemi. L’année suivante, au petit matin du 20 août, il est grièvement blessé par balle lors d’une attaque menée contre les lignes allemandes dans cette même région d’Avocourt. Encore convalescent, il reçoit une deuxième citation avec croix de guerre (étoile dorée) ainsi que la distinction de chevalier de la Légion d’Honneur. Il est démobilisé le 24 août 1919.
Durant ces années de guerre, Henri Bourrillon écrit quelques courriers à ses proches [aujourd’hui conservés par sa famille]. Certains se distinguent par leur contenu et leur contexte. Dans une lettre écrite en 1917, il décrit l’attaque entrainant sa blessure. Non seulement ce courrier témoigne de la violence des combats mais il décrit également les différentes étapes de prise en charge d’un blessé sur le front ainsi que les difficultés et parfois l’impréparation d’une partie du personnel médical face aux contraintes et aléas de la guerre. Deux autres cartes postales sont envoyées à son père en novembre-décembre 1918. Il l’informe qu’il se rend à Paris pour assister au passage du couple royal de Belgique dans la capitale. Il envisage aussi de se rendre dans les régions dans lesquelles il a combattu : Oise et Somme. Henri Bourrillon a besoin de se souvenir et de réfléchir sur les conséquences de cette boucherie humaine qui caractérise ce conflit majeur.
Un militant des anciens combattants (p 61-79)
Après sa démobilisation, Henri Bourrillon prend la présidence de l’Association mendoise des Anciens Combattants et Mobilisés de guerre puis de la Fédération lozérienne des A.C. Il participe également à la rédaction de quelques articles dans le journal Le Poilu lozérien. Mais la réflexion et la volonté d’agir d’Henri Bourrillon ne s’arrêtent pas là. L’originalité de son militantisme est d’être un des pionniers de la Semaine du Combattant créée en 1922. Ce mouvement, né en province, entend échapper à « la domination parisienne » et veut unir toutes les associations françaises (rurales et urbaines) pour être force de proposition et élaborer un socle commun de revendications. En 1923, lors du congrès de Tours, Henri Bourrillon s’exprime en ces termes :
« Je me demande aujourd’hui si le mouvement généreux qui nous fit nous grouper à notre retour des armées ne se serait pas éteint bientôt sans l’action de la « Semaine » et si nous n’aurions pas eu à enregistrer la faillite définitive de nos associations, de celles du moins qui prétendent à autre chose qu’à l’organisation d’un banquet annuel.
En appelant toutes les associations de France, même les plus petites sections de village, à participer à ses travaux et à étudier en commun ces questions d’intérêt majeur qui sont portées à l’ordre du jour du congrès, la « Semaine » marquera le réveil de beaucoup de nos groupements qui ne chercheront plus leur raison d’être puisque cette grande coalition dans le travail aboutira à la rédaction du cahier minimum de nos revendications et, pour le triomphe de celles-ci à l’indispensable conjonction de nos efforts. »
A la fin des années 20, de nombreuses avancées sont réalisées (carte d’ancien combattant, retraite, journée officielle du 11 novembre, etc.). Henri Bourrillon voit ses efforts récompensés par la venue du ministre de la Guerre André Maginot à Mende lors du congrès national de la Fédération des Associations françaises des Mutilés, Réformés, Anciens Combattants, Veuves, Orphelins et Ascendants qui se tient du 29 au 31 mai 1931.
En plus de son engagement pour donner une plus grande place aux anciens combattants dans la société française notamment pour encadrer la jeunesse, Henri Bourrillon n’a de cesse de militer pour la paix. Tous ses discours publics, qu’ils soient associatifs ou politiques, mettent en avant son pacifisme. Malgré tout, il sera à nouveau mobilisé en 1939 comme capitaine de réserve sur la place de Lavaur dans le Tarn puis il mènera un nouveau combat de l’ombre au sein de la Résistance lozérienne.
Samuel Caldier, juillet 2025
Evrard, Louis (1897-1994)
Jean-Noël Grandhomme. Ultimes sentinelles. Paroles des derniers survivants de la Grande Guerre. La Nuée Bleue, 2006, 223 p.
Résumé de l’ouvrage :
Jean-Noël Grandhomme, historien et universitaire, a interviewé, de 1995 à 1999, 17 des derniers témoins du Grand Est (Vosges, Moselle, Bas-Rhin, Jura, Aube, Haut-Rhin, Meurthe-et-Moselle, Suisse et Ardennes). Des histoires d’hommes jeunes, tous nés dans la dernière décennie du XIXe siècle (de 1893 à 1899), jetés dans le conflit et qui se souviennent de leur parcours dans la Grande Guerre, à l’issue de laquelle ils ont miraculeusement survécu, et qui fut pour eux le plus souvent une aventure extraordinaire. L’auteur, spécialiste de la période, a opportunément résumé les entretiens et certainement gommé les erreurs cognitives, les confusions ou les anachronismes attachés à ces entretiens, réalisant un exercice dont il conclut que « l’enquête orale est d’ailleurs devenue une science auxiliaire de l’histoire à part entière depuis une vingtaine années », correspondant à l’ère des ultimes témoins. Il dit : « Avec ces derniers témoins, ce n’est pas seulement la mémoire de la Grande Guerre qui s’en va, mais aussi cette d’une société rurale, mêlée de rudesse et de solidarité. » Par son questionnement en filigrane ; « Quel regard ces anciens soldats, dressés les uns contre les autres par l’Histoire, portent-ils sur cette gigantesque conflagration ? Qu’en ont-ils retenu, et oublié ? Surtout, qu’avaient-ils à nous dire, à nous, Français et Européens du XXIe siècle, juste avant de disparaître ? » érigent cette œuvre mémorielle et testimoniale en véritable livre-hommage. Plus profondément, chacun des témoins, servant dans les deux armées belligérantes, témoignent de leur implication soit dans l’armée française, soit en tant qu’alsaciens ou lorrains dans l’armée allemande, avec les particularismes ou des traitements différenciés attachés cette origine : engagement dans la marine, envoi systématique sur le front de l’est, distinction dans le commandement ou le statut de prisonnier, etc. Le chapitre consacré à Louis Evrard concerne les pages 155 à 172 de l’ouvrage.
Eléments biographiques :
Louis Evrard est né le 15 février 1897 à Thionville-la-Malgrange (Moselle) et est domicilié à Florange. Il entre à 14 ans au laminoir de Sérémange, spécialisé dans la fabrication de la tôle. Il a 17 ans quand la guerre se déclenche et travaille maintenant sous régime militaire. Le 1er avril 1916, à cause des pertes de Verdun, il est convoqué par la direction pour apprendre qu’il ne peut rester à son poste et qu’il va être mobilisé. Il est incorporé le 4 août 1916, au 37 Feldartillerie Regiment et prend la direction de Königsberg, en Prusse orientale. Après un mois d’instruction, il se retrouve sur le front des Carpates, en septembre, au sein du 268. Feldartillerie Regiment, puis est rapidement muté au 52. Feldartillerie Regiment jusqu’à la fin de la guerre, où il occupe la fonction d’observateur-téléphoniste. Il confirme que, malgré qu’il soit lorrain, il n’a pas subi de discrimination. Il dit : « Les Prussiens étaient bons. Aucun d’eux, jamais, ne m’a manqué de respect, sauf un… » (p. 158). Par contre il convient que le régime des permissions n’était pas le même que celui des allemands, lui-même n’en n’ayant jamais obtenu une ! Sa guerre en Galicie et en Roumanie est assez peu violente. Il subit surtout le froid mais il connaît quand même son baptême du feu, en montagne. Une nuit, il songe à déserter mais, manquant d’être tué, il annule son dangereux projet. Le 24 juillet 1917, son unité franchit le Siret, rivière qui sépare la Roumanie occupée de la Moldavie. La guerre de mouvement complique sa fonction de téléphoniste, devant maintenir coûte que coûte la communication entre les unités et l’état-major. Atteint par la malaria, il connaît un peu l’hôpital puis le régiment, par Budapest, puis un bateau, rejoint la France. Alors qu’il traverse la Lorraine pour rejoindre le front de France, il passe près de son domicile. Il « s’évade » alors pour rejoindre son village. Regagnant son unité au bout d’une semaine de « fausse perme », il est emprisonné un mois à la forteresse de Montmédy, dans la Meuse. Au début du mois d’avril 1918, il débarque à Armentières et participe à l’offensive de la Lys. Il dit : « Les combats étaient nettement plus durs que sur le front Est » (page 168). « Comme il s’est bien comporté au feu, Louis Evrard obtient la Croix de fer le 9 octobre 1918 » mais il dit : « Ce qui était une récompense pour tout soldat allemand m’est apparu comme la honte suprême. Jamais mon père ne m’aurait laissé passer le seuil de la maison en arborant cette décoration. Mes grands-parents, nés français, en seraient peut-être morts de chagrin » (page 169). Il ne va donc pas chercher sa croix. Obtenant une permission, car le capitaine « m’aimait bien », il rentre chez lui alors que l’Empire s’effondre. La guerre s’arrête et il dit : « Nous étions tous très heureux d’être redevenus français » (p. 171). Il reprend alors son poste chez Wendel. Il décède le 27 décembre 1994 à Florange (Moselle) à l’âge de 98 ans.
Yann Prouillet, 28 juin 2025
Gaston, Gras (1896-1961)
Résumé de l’ouvrage :
Douaumont, 24 octobre 1916, Frémont (Verdun), 1929, 159 p.
Gaston Gras, classe 1916, jeune sergent, commandant une escouade de la 4e section de la 3e compagnie du 4e bataillon du régiment d’infanterie coloniale du Maroc (RICM) se souvient, à Toulon, le 3 mars 1928, de l’attaque et de la reprise du fort de Douaumont, le 24 octobre 1916. Son récit de deux semaines haletantes débute à Stainville, le 20 octobre, relate la montée en ligne, la capture du fort, l’état dans lequel il se trouve, reconquis aux Allemands, sa réorganisation, la relève, épique et mortifère, le repos à Verdun et son retour à Stainville, le 3 novembre, auréolé de victoire.
Eléments biographiques :
Gaston, Marius, Joseph, Antoine Gras naît le 28 février 1896 à Toulon (83) de Victor, François, Pierre, Gras et de Marie, Gabrielle, Joséphine, Françoise Funel. Il est marié à Germaine, Paula, Adèle Bergondy et, après la guerre, fait une brillante carrière d’avocat, terminant bâtonnier. Il s’éteint étonnamment à l’opéra de Toulon le 7 janvier 1961. Son épouse décède quant à elle le 26 juin 1975 à l’âge de 75 ans.
Commentaires sur l’ouvrage :
Gaston Gras ouvre son ouvrage sur ces mots : « Ces pages, écrites voici près de trente ans, parues pour la première fois en 1929. (…) j’ai pensé que ces souvenirs – ce témoignage de bonne foi – ne seraient point inopportuns ». L’ouvrage s’ouvre également ensuite sur le RICM, premier Régiment du Monde, qui écrit la page de gloire qui suit, également rappelé dans la préface du lieutenant-colonel, alors capitaine, Dorey.
C’est à Stainville, le 20 octobre 1916, que Gaston Gras, à la tête de sa section, monte dans les camions qui, par Bar-le-Duc, le déposent à la Citadelle de Verdun. Par le Faubourg Pavé, il monte en ligne, sur le Bled. Suivent les pages épiques de l’attaque du Fort de Douaumont, son description après sa reprise à l’ennemi qui l’a occupé depuis le 25 février, et son organisation pour sa conservation. Quelques jours plus tard, l’ordre de relève, la tâche accomplie, arrive ; c’est le retour à Verdun dans une marche vers l’arrière épique et mortifère. Il revient à Verdun, qu’il décrit, au tout début de novembre avant de revenir, en camion, à Stainville, pour que le régiment y reçoive, des mains du Président de la République, la Légion d’Honneur. L’ouvrage se décompose donc ainsi en épisodes : Montée en ligne, en avant !, le Fort, après la conquête, retour… et Stainville encore. Ces deux semaines homériques sont précisément décrites, à quelques rares exceptions, les noms sont indiqués dans un style quasi journalistique, fourmillant de tableaux vivants et de données utiles. L’ouvrage est bien entendu teinté d’hommage, voire un hymne au RICM qui a payé un lourd tribu (rappelé page 19) pour cette reprise au retentissement mondial.
Renseignements tirés de l’ouvrage :
Page 15 : Peinture des camions
16 : Parachute de fusée utilisé comme foulard
19 : Pertes et captures du RICM à la guerre
20 : Légende des gendarmes pendus à Verdun à des crocs de bouchers
21 : Comment on prononce shrapnels
29 : Caresse hideuse de la boue, son bruit
: Eau sortant de la tranchée dans le champ de bataille de Verdun au « goût indécis de terre grasse et de poudre délayée, de sang peut-être »
: Horreur d’un soulier 28/4 dépassant dans la tranchée
32 : Odeur d’une cagna
42 : Nuit d’avant-combat
43 : Sur les Sénégalais « ce sont des électeurs, mais on voit sur leur poignet, à moitié caché sous les manches, des courroies de cuir brun ; leurs gri-gri, qu’ils serrent fanatiquement »
Martiniquais et le froid
44 : Eclat d’obus terminant sa course dans sa capote (vap 48)
: Humour, bravade factice à la mort imminente
: Belles phrases que quelques minutes avant l’assaut, finalement libératoire
45 : Calepin réclame de Pétrole-Hahn, bloc-note de coopé
48 : Touché par une balle sans force
: Horreur
50 : Service de récupération et délai de retours des sacs
51 : « Cigares gros comme des Zeppelins »
: Prisonniers allemands heureux
55 : Calicots blancs pour signaler la présence aux avions
: Annonce de la prise de Douaumont (vap 58 comment)
57 : Fusées et signalisation
62 : Rôle et difficulté des nettoyeurs
66 : Sur la légende du drapeau, de la prise par le 321
67 : Sergent Belton Chabrol, « flic » à Paris, décisif dans la prise du fort
68 : Problème de l’aiguille de la boussole déviée par le fer du casque et l’acier du révolver
69 : Compagnie 19/2 du Génie, nettoyeuse du fort
: Sergent Salles, un des premiers à pénétrer dans le fort, qui capture le capitaine allemand Prollius, commandant le fort
: Surprise allemande
71 : Etat des allemands : « Ce sont de pauvres loques humaines, qui ont faim, qui ont froid, qui ont peur, et qui portent dans ls portefeuilles grossiers qu’ils nous tendent des photographies de femmes ou d’enfants, comme on aurait trouvé dans nos portefeuilles de faux cuir. Alors je comprends que la Victoire, ce n’est guère que de la Pitié »
72 : Singe en boîte rouge
75 : Pour Dessendié, « on est embusqué toutes les fois qu’on, est pas « à portée de grenade des Boches » »
77 : « Nous avons bu ce soir-là pour la première fois, de cette eau bourbeuse qui stagnait dans les trous de 105 ou de 210. Un affreux relent de terre pourrie, de fumier humain régnait dans nos bouches, mais il fallait calmer la fièvre » (vap 99)
81 : Bilan de la prise de Douaumont : 200 prisonniers et le commandant, pertes : 2 morts et une douzaine de blessés légers
85 : Odeur de l’ennemi, « odeur de rat mouillé qui le caractérise à notre odorat – cette odeur que nous devions exhaler aussi bien que lui après cinq ou six jours de négligence corporelle »
: « Mais Fritz avait le génie de l’installation » et explication
86 : La Chipotte et Charleroi citées comme des lieux de combats de 1914
91 : Couleurs des cartouches des pistolets lance-fusée de signalisation
: Description du contenu de la musette, trophées : bidon allemand et une patte d’épaule
92 : Gros homme surnommé « Crapouillot »
96 : Pêche à la grenade dans la Meuse, qui a détruit une passerelle
: Ode à la toile de tente : « La toile de tente, c’était notre maison volante, c’était notre édredon nocturne, et ce pouvait être aussi notre linceul éternel »
103 : Ravitaillement dans les sacs allemands : « A la guerre on boit ce qu’on peut »
114 : Fiche rouge d’évacuation
: Homme blessé alors qu’il urinait
117 : Boue s’insinuant partout, jusque dans les parties intimes
121 : Sur la miction au front
122 : Lecture du journal au garde à vous
123 : Sa tentative de réveiller deux hommes morts le fait analyser la mort des hommes
132 : Horreur d’un coup direct sur un homme projeté par l’explosion
141 : Son aspect après la bataille
142 : Roulante surnommée le « torpilleur »
143 : Liste des survivants de sa compagnie (vap 148, 100/800 au début de la bataille)
: Photo grotesque de soldats déguisés à Verdun dans l’Illustration
: Vue de Verdun fin octobre 1916
146 : Le sommeil « c’est une sorte de mort accablée qui vous absorbe entièrement »
147 : Coupe sa capote à cause de la boue
155 : Effets changés et hommes tondus
156 : Revue et décoration du RICM par Poincaré, Nivelle, Mangin, Guyot de Salins, colonel Régnier
159 : Assassinat par un officier allemand prisonnier du commandant Nicolay
Yann Prouillet,15 avril 2025
Jamet, Albert
La guerre vue par un paysan, Paris, Albin Michel, 1931, 314 pages
Résumé de l’ouvrage :
Albert Jamet suit la mobilisation et les premières batailles de la Grande Guerre dans la capitale, conflit généralisé qui finit par le rattraper. « Et un beau matin, on nous habille tout à neuf. Nos cartouchières sont garnies de munitions et l’on a complété nos vivres de réserves ; en un mot, nous sommes équipés du barda du fantassin au complet. Je pèse le mien par curiosité : 32 kilogs ! » (page 15). Débute alors une guerre épique et intense, longue suite de survivances d’un soldat qui dit « avant notre départ, je suis nommé caporal » (page 15). Débarqué à Commercy (Meuse) et « accueilli » par le 134ème RI, c’est finalement à la 33ème compagnie du 29ème RI qu’il échoue. Après avoir vu ses premiers morts de la guerre, il établit quelques travaux de défense dans le secteur de Girauvoisin, devant le fort de Liouville. Mais c’est en avril 1916 que débute la précision de sa narration qui commence par un baptême du feu, sous la rafale des obus, dont la peur a des répercussions sur sa dignité. Il est en permission dès juillet, mais un bombardement de Paris le rappelle à la guerre, puis il revient au front comme caporal d’ordinaire avant d’intégrer le 2ème bataillon, (6ème compagnie), détaché au Génie au fameux « point X ». Là, il subit la terrible guerre des mines, la boue, la soif, les conditions dantesques d’un petit poste des premières lignes dans l’enfer des Éparges. Après un repos bien mérité et reconstitutif, le régiment est affecté dans la Somme en décembre 1916 puis en Champagne en janvier 17. D’autres heures pénibles se succèdent, notamment sur les pentes du Mont Cornillet. Après une permission, où il constate l’ampleur du phénomène des mutineries, Jamet retrouve son unité en Argonne à partir de juin. La guerre change de nature et il est de plus en plus désigné pour des coups de mains nocturnes, rôle normalement dévolu aux compagnies franches, pour tenter de faire des prisonniers. C’est l’occasion pour lui de continuer à tromper la mort mais il dit : « A cette mort brutale et si proche on pense toujours, et malgré soi, on l’imagine lointaine, à droite ou à gauche, mais pas là sur soi » (page 183), ce qui lui fait dire plus loin : « La mort ne veut pas de moi » (page 190). Il s’obstine pour autant à vivre et analyse souvent sa relation à la mort qui rode. Il dit « On veut désespérément ne pas mourir ! Un détail singulier : je crois avoir remarqué que c’est par beau temps que l’on défend sa vie avec le plus d’acharnement » (page 192). Passé à la 11ème compagnie, il constate que peu de camarades autour de lui lui sont connus. En mars 1918, il revient dans la Somme et le mois suivant, il combat dans le secteur de Montdidier. Sa relation d’une attaque d’un petit poste pour tenter d’y faire des prisonniers afin d’identifier le régiment allemand en face de lui est épique et terrible (elle est à rapprocher avec le témoignage similaire de Paul-Marie Lacombe Bon de La Tour dans La Vosgienne). Il en déduit d’ailleurs que la destruction du château du Monchel du député Louis Lucien Klotz à Ayencourt-le-Monchel, peut-être bien attribuée à une représailles à sa propre opération. Cette pratique des coups de main est alors la nouvelle façon de faire la guerre, qu’il réitère au niveau de la compagnie en juin. Dans ces actions d’éclat, il « attrape » des citations mais en dit : « La citation ne m’intéresse pas, mais cela fait toujours deux jours en plus à la prochaine permission » (page 214). Mais il commence également à nourrir quelque inquiétude. Il dit : Cette existence-là dure encore quelques temps, et nous avons comme un pressentiment que cela ne peut pas durer toujours » (page 216). Ayant conscience qu’il est un miraculé perpétuel, il revient à ce sentiment un peu plus loin et dit : « J’ai l’impression que pour moi ce sera la dernière attaque, car je reste le plus ancien de la compagnie, le seul qui n’a pas encore été évacué ? » page 261. En août suivant, c’est « la grande attaque » devant Montdidier, entre Assainvillers et Piennes, retrouvant la guerre de mouvement et même l’emploi de la cavalerie (chapitre XX page 229). Il y fait état de l’hyperviolence de ce type de guerre sans merci, parfois au corps à corps. Il évoque jusqu’à l’égorgement d’un ennemi (page 224), précision rare dans les témoignages. Une nouvelle permission est le prétexte à donner son sentiment sur la guerre, la lassitude de sa longueur, sa perception dans la population, voire la sienne. Il dit, en septembre 1918, « A la gare du Nord, où je prends le train, pas un cri de protestation. Un silence qui fait mal. Chacun va comme le mouton dans un troupeau qu’on mène à l’abattoir » (page 249). La guerre a radicalement changé de nature et l’avance se poursuit. C’est maintenant l’attaque de la Ligne Hindenburg, en avant de Saint-Quentin. « Nous appréhendons le choc, que nous pressentons terrible » (page 260), un pressentiment tel qu’il rédige une lettre à ses parents dans laquelle il dit : « Si je suis tué, c’est la destinée qui l’aura voulu. (…) Que voulez-vous, c’est la guerre ; la guerre est faite pour se tuer mutuellement. C’est un miracle de s’en sortir avec rien. Il peut arriver aussi que je sois fait prisonnier. Tout ça, encore une fois, c’est une question de destinée » (page 261). Et en effet, l’attaque et le massacre des hommes, comme des prisonniers, sont terribles ; lui-même s’interroge pour assassiner de sang-froid un officier prisonnier, avant finalement de renoncer. « Dois-je le tuer celui-là ? J’hésite. Il me regarde et tremble près de moi » (…) et je dis au soldat Catel : – Fous-lui une balle dans la peau, moi je ne peux pas. Catel le regarde et me dit : – Cabot, maintenant qu’il s’est rendu, et se trouve sans défense, je ne peux tirer dessus, et peut-être arrivera-t-il tout de même dans nos tranchées » (pages 266-267). Mais à force de pousser en avant, « le 29 septembre, vers trois heures de l’après-midi », il est fait prisonnier devant Urvillers (page 273). Débute la relation rare de la capture, de l’interrogatoire, et le départ en lamentable troupeau vers une Allemagne elle-même en piteux état. Il arrive à Aix-la-Chapelle puis est interné au camp de Giessen où il subit les privations jusqu’à ce qu’il soit, avec ses camarades de misère, rassemblés pour entendre : « L’Allemagne est en République ! Vous les prisonniers, vous allez être libérés… » (page 303). A la fin de novembre, il rentre enfin chez ses parents à qui l’on répondait invariablement : « Disparu le 29 septembre 1918 » ! (page 310).
Commentaires sur l’ouvrage :
Dans la préface de Jean Martet, écrivain, secrétaire de Georges Clemenceau, rapporte les propos introductifs de l’auteur : « Je m’appelle Albert Jamet. Avant la guerre, je poussais la charrue. La guerre est venue, j’ai été envoyé au front, et j’y suis resté jusqu’au jour où j’ai été fait prisonnier, expédié en Allemagne. Je suis revenu en France après l’armistice. Aujourd’hui, je suis chauffeur d’auto » (page 7). On sait en effet peu de choses sur Jamet, berrichon, mais que la guerre ne vient pas chercher chez ses parents mais dans un appartement parisien (page 21). Il dit avoir plusieurs frères, dont un est déjà tué en juillet 1916. A part une légère blessure au début de 1917, Jamet traverse la guerre en voyant se succéder les miracles tant il aurait dû être tué mille fois. Aussi, le livre de ce soldat-paysan aurait pu être sous-titré « Journal de guerre d’un miraculé ». Le témoignage est dense, daté et précis et Jamet exerce différentes fonctions au cours de son parcours, sur toute la durée de la guerre (fonction diverse de caporal, organisateur de corps franc, ou un stage de grenadier). Son style, vivant et enjoué, vaut également pour le vocabulaire du soldat. Jamet est notamment relativement obnubilé par l’hygiène et sa possibilité de souscrire à des besoins naturels, volontaires ou provoqués par les circonstances ! Il rapproche cet aspect à celui de sa condition d’homme traqué et dit « Voilà ce qu’on a fait des hommes ! » (page 66). L’ouvrage peut être sur ce seul aspect physiologique utilement analysé. Mais, plus fortement, l’ouvrage a de fréquentes et profondes analyses psychologiques ; son acceptation d’une mort inéluctable par exemple n’est pas tue. Au terrible Point X, il dit : « La mort, je ne la redoute pas. Je la sens présente. Je lui appartiens. Je l’attends » (page 55). Mais, échappant souvent à l’inéluctable, il développe quelque peu le sentiment, qu’il collectivise même, d’être invulnérable. Il dit : « … la pensée intime de tous, c’est que les obus tombent toujours à côté de nous. Le sentiment bizarre d’être invulnérable soutient notre espérance, c’est ce qui nous donne la force de tant souffrir. Sans cette illusion nul homme ne pourrait vivre dans cette misère (p. 90) ». Plus loin, en 1918, revenu miraculeusement d’un coup de main nocturne, il dit : « Décidément pour avoir réussi à me tirer vivant de ce coin-là, c’est que la mort ne veut pas de moi » (page 190). Il ne tait pas également son sentiment, comme celui, général, lorsqu’il est en permission. Haletant et très dynamique, il est aussi riche que fourmillant d’informations utiles à l’Historien, révélant malgré une origine (relativement) plébéienne un des très bons témoins de la Grande Guerre. En témoigne le nombre conséquent d’éléments utiles extraits de cette « Guerre vue par un paysan ». Peu d’éléments dépréciant ce témoignage sont décelés à sa lecture ; on note toutefois que certains noms cités, tels Rasterre ou Vilbac (le Vosgien) page 188 par exemple, n’ont pas été retrouvés sur le site de Mémoire des Hommes mais celui de Louis Arquinet, tué le 11 avril 1918 à Ayencourt y figure (page 187). Enfin, la relation de sa capture et les dernières semaines sous le statut de prisonnier dans une Allemagne exsangue sont parmi les pages rares des témoignages de cette qualité.
Renseignements tirés de l’ouvrage :
Page 15 : Il pèse son sac qui fait 32 kg.
18 : « Pisse » par la fenêtre de sa chambre car il ne connaît pas la caserne dans laquelle il dort et qui n’a pas de lumière
19 : Voit ses premiers morts
21 : Fait dans son pantalon à cause d’un obus ; c’est son baptême du feu (vap 40, 41, 44, 48, 66, 67, 107)
27 : Découvre la guerre : « … faire le « plat ventre » lorsqu’arrive un obus, qui du reste le plus souvent est arrivé avant que l’on ait eu le temps de se coucher à terre, je me rends compte que c’est là un genre d’existence auquel il sera difficile de s’habituer »
28 : Ramène un souvenir d’artisanat de tranchée
30 : Bombardé à Paris, il fait confiance à sa chance
34 : Comment fonctionne la cuisine d’une compagnie, répartition des vivres
41 : Vision dantesque du front au Point X
42 : Bruit des obus, galéjade
55 : Sur la mort, inéluctable : « La mort, je ne la redoute pas. Je la sens présente. Je lui appartiens. Je l’attends »
62 : Boue (vap 186)
66 : Odeur du front : « A l’odeur des cadavres et de la poudre se mêle celle de nos excréments »
67 : Rats
72 : La soif
75 : Faire l’exercice, occupation idiote en grand repos
76 : Lance-flammes Vermorel
81 : Horreur de la tentative de récupérer les bottes d’un allemand mort
86 : Vue d’obus au départ : « À le voir partir on dirait un enfant s’élançant dans l’espace à la conquête du ciel »
: Poux et lutte contre (vap 91, 173, 239)
87 : Froid (vap 93, 95 (pain et vin gelés))
88 : Bois des Satyres, bois du Casino, anciens lieux de libations allemands expliqués
90 : Sentiment bizarre comme illusoire d’être invulnérable
91 : La Madelon chantée par un soldat
97 : Horreur
99 : Bruit du no man’s land
104 : Pourquoi il se bat : « La consolation, c’est de savoir que nous nous battons pour le Droit et la Civilisation, la Liberté des Peuples et la Paix Perpétuelles, quand la guerre sera finie. J’ai seulement bien peur qu’au train dont vont les choses il ne reste plus personne pour assister au triomphe de ces belles choses-là ! »
: les lettres, la censure et les auto-mensonges, le moral
106 : Solidarité de misère
107 : Horreur d’un homme gravement blessé
108 : Sur la sape : « Le pilonnage continue. Que d’obus ! que d’obus ! Sans la sape, il ne resterait pas un homme vivant. Il n’y a que l’être humain qui puisse résister à une chose de pareil. Les rats n’ont pas pu tenir le coup. Ils sont tous crevés. Un chien ne supporterait pas quinze jours de cette existence-là ; vivre couché dans la boue, respirer continuellement l’odeur de la poudre et des cadavres, et avec cela être dans un continuel état d’anxiété ou d’épouvante qui use les forces nerveuses ».
109 : « Dans notre enfer, il arrive qu’on chante pour ne pas pleurer »
117 : Tromblon VB, Chauchat (vap 269 (il ne l’aime pas !) et 280)
121 : Prix du champagne
122 : Vol d’un cochon
131 : Conseil de guerre pour les hommes qui ne sont pas montés au Cornillet : « Nous ne savons pas la suite »
: Moral en permission, mutineries dans les trains : « Au départ des trains de permissionnaires, ça va mal » (vap 133)
133 : Vue d’un cimetière de fusillés (secteur de Sainte-Menehould)
134 : Cartes de ravitaillements diverses, ambiance
135 : Reboursite appelée « guerre de repos »
: Live and let live, fraternisation, contacts
: Désertion allemande, répression
140 : Corps francs (vap 146)
145 : Comment on rentre « au bruit » d’une patrouille nocturne, pour trouver la direction
147 : Ration de vin réduite au repos : « 3/4 de litre seulement pour la journée », vin ordinaire (aramon), différence avec le vin bouché et prix (fin 148)
151 : Sentiment de gêne du permissionnaire « il y a dans leur attitude quelque chose pour nous reprocher d’être encore vivants ». Se sent responsable. Bourreurs de crânes. Son sentiment dans le train au retour, ambiance après les mutineries : « Comme si le train emportait la mort avec lui », vue de la gare de l’Est
152 : « On s’est déshabitué si entièrement de la vie civile qu’on se demande en soi si l’on pourra jamais reprendre son ancien métier »
158 : Vue d’un convoi de camions
162 : Respect d’une maison abandonnée
164 : On utilise les portes et les volets pour faire la cuisine
166 : Femme collabo
174 : Sur les métiers de nécessité de la guerre « Et un employé de bureau dans le civil se transforme en bon terrassier lorsqu’il s’agit pour lui de sauver sa peau »
: « … le village de Veaux qui est en zone neutre. Mais pour les obus il est en zone internationale, du fait que nous en bombardons une partie et les Allemands l’autre »
181 : « Camarade ! », « langue internationale, entendu des deux côtés de la tranchée »
: « Tu as les grôles ! » : tu as peur
186 : « Ainsi qu’il a été convenu en prévision d’évènements, j’écris à une tierce personne chargée de prévenir la famille avec tous les ménagements possibles. La pauvre mère d’Arquinet étant grave malade, il importe de lui cacher la triste nouvelle », il en est récompensé d’une somme de 100 francs pour faire une belle tombe à Louis Arquinet
187 : Vue d’obus incendiaires tirés sur Montdidier
188 : Relation épique d’une patrouille au contact, se croit mort
193 : Reçoit l’ordre de monter un coup de main pour identifier le régiment allemand, prime de prisonnier ou d’effet capturé (cf. témoignage de Bon de La Tour) (vap 211)
195 : Comment il se déroule, échec mais Jamet gagne 100 francs pour un fusil récupéré
198 : Destruction du château de Monchel appartenant au député Klotz, répercussion possible de son coup de main
201 : Retire un éclat d’obus dans le corps d’un homme, horreur
203 : Boutons recousus avec du fil téléphonique
208 : Vague d’avions ressemblant à un gros nuage
211 : Autre coup de main, au niveau compagnie, résultat, décoration, le pourquoi du désintérêt pour mais permission et récompenses (vap 243)
215 : Trêve tacite suite à une inondation de tranchée pour écoper, contact, « nous nous faisons des révérences avec le bras »
216 : Présentiment néfaste (vap 261)
220 : Attaque d’avions sur les ballons puis attaque générale
223 : Combat entre une mitrailleuse et un canon de 37
224 : Egorgement
231 : Reddition réglée par la cavalerie
232 : Fusil-mitrailleur, trop encombrant et manquant de précision, non jeté « par crainte du Conseil de guerre »
: Sapes allemandes camouflées par effet de peinture, vue de l’intérieur, pillage
233 : Démine un dépôt de munitions
244 : Vue de Martiniquais et de Sénégalais, ce qu’il en pense
246 : Permission. Remarque un changement dans la population, froideur à l’égard du soldat
247 : Fait des cauchemars
249 : Ambiance de retour au front : « A la gare du Nord, où je prends le train, pas un cri de protestation. Un silence qui fait mal. Chacun va comme le mouton dans le troupeau qu’on mène à l’abattoir. »
259 : Rencontre un condamné d’une compagnie de discipline
260 : Envoi une lettre testament, délai postal
263 : Sauve un camarade chargé de grenades qui prend feu
264 : Carnage de prisonniers
266 : S’interroge pour tuer un officier prisonnier, puis renonce, brutalisation
268 : Coincé entre deux mitrailleuses ennemies
: Fusée à 6 feux
273 : Fait prisonnier, sa relation avec les allemands
279 : Pense être assassiné ! Mais 3 interrogatoires, sans violence
: Vue d’un alsacien francophile (vap 282)
283 : A caché un Louis d’or dans son calot (vap 309)
: Camp de prisonnier, nourriture et misère
287 : Convoi vers l’Allemagne, vision épique : « Il faut voir cette misère de la guerre sur les routes : nos chariots lourdement chargés tirés par trente hommes environ, et suivis d’une horde humaine, maigre, sale, déchirée, et que la vermine ronge »
288 : Boîte de sang en conserve
291 : En train
292 : Moral allemand
294 : Vue des Allemands en Allemagne
Chapitrage de l’ouvrage
C’est la guerre (p.7) – Le baptême du feu (p.21) – La permission (p.27) – Caporal d’ordinaire (p.33) – Aux Eparges (p.36) – La guerre de mine (p.47) – La corvée de soupe (p.53) – La relève du petit poste (p.61) – Le grand repos (p.75) – Dans la Somme (p.79) – En Champagne (p.92) – Au Mont Cornillet (p.117) – En Argonne (p.133) – Retour dans la Somme (p.157) – Vers Montdidier (p.173) – Attaque d’un petit poste (p.193) – Attaque des Allemands (p.205) – Coup de main de la Compagnie (p.211) – La grande attaque (p.217) – Attaque de la cavalerie (p.229) – La relève (p.241) – La permission (p.245) – Le retour à la Compagnie (p.249) – Attaque de la Ligne Hindenburg (p.253) – Prisonniers (p.273) – Vers l’Allemagne (p.287) – En Allemagne (p.295) – La révolution en Allemagne (p.301) – Le retour (p.307).
Yann Prouillet – août 2024