Baudens, Emile

Voir la notice Puech-Milhau, Marie-Louise, et le livre de Marie-Louise et Jules Puech, Saleté de guerre ! correspondance 1915-1916 présentée par Rémy Cazals, Paris, Ampelos, 2015.

C’est dans sa lettre du 8 septembre 1915 que Marie-Louise parle pour la première fois d’Emile Baudens. Engagée dans une œuvre en faveur des familles séparées par l’occupation du nord de la France, elle a reçu une lettre de ce soldat de 37 ans, mitrailleur au 8e RI. Il se présentait comme ouvrier  dans le civil, aux usines Cail à Denain et souhaitait prendre contact avec sa femme et ses enfants restés en pays envahi, et se faire appeler dans une usine métallurgique. Le 3 novembre, Marie-Louise écrit qu’elle a reçu la visite de celui qu’elle appelle son filleul, ce qui signifie qu’elle lui a envoyé quelques colis. Il revenait d’une permission passée près de sa mère à Saint-Omer : « Il a l’air d’un brave homme et m’a dit qu’il avait son dernier qui s’appelle Marceau ; il n’avait que 7 mois quand il est parti. Voilà un homme qui, depuis plus d’un an, ne sait rien de sa femme et de ses 4 enfants. Chez sa mère, il a appris que des cousins étaient prisonniers ; il va leur écrire pour leur demander d’avoir des nouvelles de sa femme, et de lui en donner des siennes car les prisonniers peuvent écrire dans les territoires occupés par l’ennemi. »

Nouvelle visite annoncée dans la lettre du 6 juin 1916, les envois de lettres et de colis n’ayant pas cessé. « Il m’apportait un cadeau : une douille de 75 en cuivre qu’il a gravée au poinçon et orné de feuilles de chêne. C’est très touchant et cet homme est vraiment un brave garçon. Il a une terrible nostalgie de ses enfants, surtout une fillette de 4 ans qui en avait 2 quand il est parti et qui lui chantait des chansons. » Marie-Louise s’engage à faire des démarches pour qu’il soit appelé dans l’industrie. Elle les entreprend en effet et ce n’est pas facile car les colonels ne veulent pas perdre des effectifs. Elle y réussit toutefois et Baudens lui écrit à deux reprises, en mai et novembre 1917, que grâce à elle, après avoir connu l’enfer, il croit se trouver « au paradis ».

Rémy Cazals, mars 2016

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Peschet, Albert (1884-1934 ?)

Claude Le Roy, poète, auteur de plusieurs ouvrages sur les Chouans, le bocage, la Normandie, signe le petit livre intitulé La guerre de mon grand-père d’après sa correspondance 1914-1918, Condé-sur-Noireau, Éditions Charles Corlet, 2014, 79 p. Dans sa présentation, il avertit le lecteur que ces quarante cartes postales apportent beaucoup de banalités, renseignements météo, nouvelles de la santé, souci du travail à effectuer à la ferme. Par exemple (page 64) : « Tu me dis que le cochon va bien, tant mieux. J’espère que tu vas avoir beau temps pour le sarrasin, car il fait chaud ici. » Ou (p. 72) : « Tu me dis que tu coupes le blé. Aie soin de bien ramasser tout le foin. Ne laisse pas la faucheuse longtemps dans le champ sans la démonter et mets-la sous les pommiers. »
Ce paysan d’Athis-de-l’Orne était né le 28 juillet 1884 ; père de quatre fillettes en 1914, il tenait la ferme de La Masure appartenant an châtelain local. Territorial, au 32e RIT, Albert Peschet n’est pas allé sur le front ; il a passé toute la guerre dans des affectations autour de Paris à garder des gares et autres points névralgiques (carte p. 15). Par erreur Claude Le Roy écrit (p. 20) qu’Albert appartenait à « l’armée de réserve » et que pour cette raison il n’avait pas à monter en première ligne.
Son service lui laisse du temps pour des activités qui lui rapportent quelque argent : il confectionne des paniers de vannerie, il jardine pour des particuliers. Il troque un panier contre des photographies. Il obtient plusieurs permissions agricoles et participe aux travaux sur sa ferme. Il s’ennuie beaucoup (p. 43, 11 janvier 1916) : « Je m’embête encore plus que d’habitude. Vivement la fin de tout ce fourbi-là ! » Une cousine, dont le frère est sur le front, écrit, de son côté (p. 60) : « Quand donc cette maudite guerre finira-t-elle ? »
Fallait-il publier ce petit livre ? Il aura peut-être peu de lecteurs, mais il rappelle aux historiens que l’expérience d’Albert Peschet est aussi une facette de la Grande Guerre. Voir aussi les notices Banquet, Blayac, etc.
Rémy Cazals, janvier 2016

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Davat, Hippolyte (1884-1966)

1. L’auteur
Né à Aix-les-Bains (Savoie) le 12 mars 1884. Certificat d’études. Formation de jardinier. Service militaire au 4e Dragons de Chambéry. Garde municipal chargé des espaces verts dans sa ville natale. Marié en 1911, un fils. Pendant la guerre, ravitailleur d’artillerie au 206e RAC, puis dans l’artillerie lourde à partir de janvier 1918. Après la guerre, il reprend sa fonction jusqu’à la retraite en 1943.

2. Le témoignage
Hippolyte Davat, 1914-1918 Ma guerre, 2014, préface de Jacques Delatour, 277 p., contient un lexique des termes techniques, des croquis de localisation, la reproduction en fac-similé de quelques pages.
Retrouvé et publié à compte d’auteur par Guy Durieux (gdurieux07@orange.fr), qui nous a déjà fait connaître le témoignage de Marius Perroud (voir ce nom).
L’original comprend 735 feuillets recto-verso, format 15 x 9,5. Le premier intérêt du texte se trouve dans la volonté de l’auteur de garder une trace de tous les jours, du 3 août 1914 au 14 mars 1919 (sauf les périodes de permissions). L’intention de l’auteur est résumée à la fin : « Où j’étais, ce que j’ai vu, ce que j’ai entendu et ce que j’ai fait pendant la Grande Guerre. »
Pour la commodité du lecteur, Guy Durieux a parfois allégé le texte de passages répétitifs lorsque la vie était trop monotone ; il l’a divisé en chapitres et il a normalisé l’orthographe. J’ai repéré une erreur de transcription p. 210, lorsque, le 18 avril 1918, Hippolyte signale la mort de « Rolo » ; il s’agit de Bolo (Pacha), fusillé le 17 avril ; et cela montre la rapidité de transmission de cette information.

3. Analyse
S’agit-il du récit d’une vie monotone ? Hippolyte Davat ne combat pas les armes à la main, mais il correspond incontestablement à la définition du combattant donnée par Jean Norton Cru car il vit une grande partie du temps au danger (obus, bombes d’avions). Son texte définit les diverses facettes de son « métier » : avec ses chevaux, il doit installer les batteries sur leur position de tir et les déplacer lorsqu’elles sont repérées ; il doit les ravitailler en obus et apporter la soupe ; il est parfois réquisitionné pour apporter diverses choses à l’infanterie et au Génie ; au début de la guerre, il faut aller récupérer les douilles, les fusils et baïonnettes. Les corvées sont diverses : aller remplir des tonneaux d’eau ; transporter la litière et l’enterrer dans les trous d’obus. Le 7 juin 1916, il note : « Corvée de boue devant la porte des huiles ! Quel travail et à la carrière pour extraire et charger des pierres que nous mettons à la place de la boue. » Le 1er septembre, c’est une corvée de gravier « pour les allées de M. le capitaine ». Tous ces transports ont lieu non loin des lignes et parfois sous les obus quand les attelages ont été aperçus par un observateur depuis sa saucisse. Mais Hippolyte est conscient de la situation encore plus mauvaise des « pauvres fantassins ».
Même compassion pour les chevaux ; l’expression « pauvres chevaux » revient souvent. « Triste chose que la guerre pour ces pauvres animaux aussi », écrit-il le 21 avril 1916. Ils triment dur pour s’arracher à la boue ; ils glissent sur le sol verglacé ; ils passent des nuits sans abri sous la pluie et au froid. Les obus, les tirs de mitrailleuse les effraient. Un jour (17 octobre 1918), un cheval heurte du sabot un obus non éclaté ; l’explosion provoque la fuite « dans tous les sens » des rescapés. « Nos chevaux commencent à en avoir assez », remarque-t-il le 23 octobre 1917, expression largement employée par les poilus, et bien avant cette date. Hippolyte s’attache à certains de ses chevaux, son « grand Canadien » ou ses « deux gris ». Une grande partie de son temps passe en soins (contre la gale) et pansages (19 avril 1917 : « Bon pansage où, les chevaux muant, on avale beaucoup de poils. »).
Quand il a des loisirs, il va boire un litre avec des camarades ; on chante, on joue de l’accordéon. On cueille des fraises et framboises, des champignons ; on ramasse des pommes pour faire du cidre ; on améliore le menu avec la viande d’un sanglier ; on fait une pêche miraculeuse dans un étang en partie asséché (« je cueille les poissons comme avec une pelle ») et il y a largement de quoi en vendre de pleins seaux dans les cantonnements (« c’est une recette pour du pinard »). On aide les paysans chaque fois que c’est possible. Hippolyte fabrique des briquets et, à plusieurs reprises, il dit qu’il « dessine » sur des douilles d’obus pour les camarades qui ont sans doute reconnu ses compétences artistiques. Quant aux Anglais, leur jeu favori est le football ; les Français y participent parfois bien conscients de la supériorité britannique.
Hippolyte témoigne d’un grand intérêt pour les avions : les spécialistes de l’aviation pourraient trouver dans son texte quantité de notations, avec les évolutions qualitatives et quantitatives du début à la fin de la guerre. Au début, on voit quelques appareils isolés ; on tire dessus sans succès et il faut s’abriter lorsque les culots retombent. Puis on assiste à des pirouettes, des acrobaties, des duels dont les résultats sont incertains car le vaincu tombe parfois dans les lignes adverses. A la fin de la guerre, ce sont des escadrilles de dizaines d’appareils que l’on peut voir depuis le sol.
Hippolyte ne manque jamais de noter des renseignements sur les cimetières : tombes individuelles ou collectives, de Français et/ou d’Allemands. Lorsqu’il passe deux fois au même endroit à plusieurs jours d’intervalle, il constate l’allongement des files de croix, l’agrandissement des cimetières. D’une façon générale, il note qu’il est déjà passé auparavant à tel endroit (par exemple dans les parages du Trou Bricot en septembre 1918 comme en septembre 1915).
Certains jours, les notes sont brèves. D’autres fois, il décrit plus longuement des secteurs où l’action a été rude : Champagne fin septembre 1915 ; Verdun en mars 1916 ; le Soissonnais dévasté lors du recul allemand de mars 1917 (arbres fruitiers sciés, puits remplis de fumier, sucrerie de Villers-Saint-Christophe détruite…) ; le Chemin des Dames en mai (tandis que des civils se livrent aux travaux agricoles à proximité du danger) ; environs de Nouvron-Vingré en novembre 1917. Détail curieux : à Aubigny en avril 1917, dans une maison dévastée, il découvre « un petit mémoire écrit à la main de M. Boloré, otage des Allemands en 70 » et les 26 cahiers rédigés par « un homme resté dans l’invasion et inscrivant au jour le jour ses impressions parfois curieuses de ce qu’il voyait ».
La supériorité des Alliés lors des derniers mois de la guerre devient écrasante : « grande activité d’aviation » (26 septembre) ; « des tanks il y en a partout » (1er octobre). Les Allemands reculent en faisant sauter leurs canons dont l’un « ouvre sa gueule comme un crocodile » (10 octobre). Les prisonniers allemands expriment leur joie d’en avoir fini ; chargés d’enterrer des chevaux morts, ils en sont heureux « car ils ont du cheval à manger » et les Français leur apportent du pain. Le 10 novembre, Hippolyte se demande : « Est-ce vrai que cela va finir demain ? » Le11 dans l’après-midi : « Ce calme, pas de canon, me semble tout étrange. » Et le 13 : « Ayant pu se procurer le journal, nous lisons les clauses de l’armistice, c’est salé. » Le 21 novembre, la description du paysage de la route de Somme-Py à Souain est la dernière de ce type dans les carnets.
Ceux-ci comprennent rarement des jugements sur les chefs, sur l’armée et sur la guerre. Mais il y en a quelques-uns. On a déjà fait allusion aux huiles pour lesquelles il faut faire des corvées. Retarder son départ en permission (27 juillet 1915) l’irrite au plus haut point et lui fait comprendre que des pistonnés passent avant lui et que la solidarité entre officiers et soldats « n’existe que sur les journaux ». L’expression « bourrage de crâne » est utilisée le 3 octobre suivant. L’armée ? « Ah ! Armée française, tu ne changeras donc jamais, armée où l’on dévaste tous les champs, ça me fait rage de voir ce travail ! » Les alliés russes ? « Aujourd’hui, sur le journal, capitulation de nos chers alliés, les Russes ! » La guerre ? « Je fais des tas de petites choses qui occupent mon temps et me distraient sans cela ne deviendrions-nous pas fous ? » (17/02/1917). Et, plus largement (19 octobre) : « Que devons-nous penser de cette civilisation ? »
Au total, beaucoup d’informations à tirer de ce livre.
Rémy Cazals, juillet 2014

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Mourlot, Gaston (1894-1926)

Né le 2 juin 1894 à Paris dans un milieu très modeste, Gaston Mourlot entre en apprentissage dès 14 ans chez Abel Bataillard ferronnier d’art après avoir obtenu le certificat d’études. Incorporé à 20 ans avec sa classe par anticipation en septembre 1914, il n’a pas connu la vie de caserne avant guerre. D’abord fantassin au 65e RI, il intègre le génie à partir de 1915 et met à profit sa formation technique au profit de l’organisation matérielle et logistique du front.

Il connaît d’abord le front de la Somme en novembre 1914, puis successivement la Champagne, la Marne et l’Aisne, puis l’Argonne. Il passe par deux fois par le front de Verdun. Il stationne dans le tunnel de Tavannes dans les derniers mois de l’année 1916 et en donne une description qu’il est intéressant de croiser avec celle du capitaine Charles Delvert. Il est ensuite sur le Chemin des Dames début 1917 et le 16 avril. Mobilisé un peu à l’arrière du front, il voit arriver les premiers blessés, et avec eux le récit d’un échec. Cette période se révèle encore plus pénible que Verdun. On peut lire alors ce type de passage : « Cette déveine ne va pas donner un atout de plus à la réussite de l’attaque : d’abord le terrain sera quelque peu détrempé, et par suite d’une nuit passée sous la lance, l’ardeur des assaillants sera sûrement émoussée. » (16 avril 1917). Des Vosges, il revient avec son unité dans la Marne en septembre 1918 où il participe à l’avance française. Il sera finalement démobilisé en février 1919.

Gaston Mourlot a consigné d’une écriture serrée sa guerre dans dix carnets, a correspondu avec plusieurs personnes dont parfois des combattants comme lui, a dessiné, pris ou récupéré des photographies pendant toute la durée de sa mobilisation. L’historien se trouve devant un témoignage multiforme et cohérent, issu d’une unique expérience de guerre. Cet ensemble apparaît même témoigner d’une « culture » en guerre plutôt que d’une « culture de guerre ».

Il change très souvent de secteur bien qu’il partage son temps de guerre essentiellement entre le front de la Marne, de la Meuse et de l’Aisne. Il change également très souvent de groupe : de l’infanterie au génie, de simple soldat à sapeur, puis sergent. Ainsi, il décrit une vie de nomade qui fait ressembler finalement la guerre de siège à une guerre de mouvements pour les unités combattantes. Elles se trouvent ainsi ballotées de secteurs en secteurs sans jamais ou presque savoir par avance leur destination. Deux types d’activité guerrière peuvent rendre un secteur actif : les grandes offensives et attaques d’envergures longuement planifiées, et le harcèlement par des tirs de mines et tirs d’artillerie constants ou périodiques et autres coups de mains qui tiennent les unités en alerte. Ces « temps » apparaissent très variables en durée et en intensité. Quant aux secteurs tranquilles, ils se caractérisent par une activité guerrière réduite permettant une certaine oisiveté (fin juillet 1916). Mais on est d’abord saisi, comme à la lecture d’autres témoignages de fantassins, de la place prise par les travaux d’aménagements dans le temps combattant. D’abord fantassin, Mourlot utilise davantage la pioche et la pelle que son fusil. Devenu sapeur, il devient un véritable ouvrier du champ de bataille, creusant des puits, construisant des ouvrages de fortification, dirigeant des travaux de restauration de tranchées ou de « gourbis ».  Des mots et expression comme « chantier », « collègue », même si ce dernier terme renvoie aussi à la notion plus simple de camarade, « aller au travail », « travailleurs », « équipe », « mes associés », montrent que Mourlot aborde peu à peu sa guerre comme un métier. Les temps d’attente dans les tranchées ou au cantonnement sont mis à profit pour écrire, s’adonner à la sculpture ou à la photographie, au sport aussi et à certaines autres pratiques collectives comme la pêche ou la navigation. L’ouvrier Mourlot en profite également pour s’initier à la typographie. Ces pratiques,  méticuleuses, constantes, sont à l’image de l’écriture très descriptive de Mourlot qui s’applique durant toute son expérience de guerre à noter scrupuleusement les petits « faits » du quotidien, au ras de la tranchée.

Que retient Gaston Mourlot des combats dans le long récit de plus de quatre années de guerre qu’il a laissé ? A la première lecture, on peut s’étonner de trouver si peu de notes à ce sujet alors qu’il écrivit assez longuement tous les jours. Certes, nous savons que toutes les divisions de l’armée française n’ont pas également été utilisées durant le conflit, et certaines deviennent plus combattantes que d’autres, notamment les unités d’infanterie coloniale et d’Afrique en général : « Rencontre des troupes noires et des zouaves qui ne doivent pas être là pour rien et si la fantaisie prenait aux boches d’avancer ils trouveraient à qui parler » (février 1916). Intégré dans le génie, il ne participe pas directement aux attaques, mais évoque des moments clés du conflit, comme la préparation de l’offensive de septembre 1915 en Champagne. Il témoigne alors de l’agitation des troupes, de la difficulté pour les hommes de base de comprendre l’organisation de la bataille, la nervosité aussi des fantassins (24 septembre 1915). Le 25 septembre, jour du lancement de l’offensive, est de ce point de vue marquant : nombreux morts et blessés, les infirmiers débordés, les cadavres, un blessé allemand secouru, la difficulté à conserver des repères clairs. « Petit à petit, l’on se retrouve », note-t-il seulement le lendemain.

Finalement, l’accumulation des notes et des photographies prises par Gaston Mourlot donne à comprendre un peu mieux la réalité des différents temps de guerre, des parcours et des expériences combattantes qui, décidément, ne peuvent se résumer en quelques généralités trop vite assenées.

Alexandre Lafon, avril 2013

Source : Un ouvrier artisan en guerre. Les témoignages de Gaston Mourlot 1914-1919, Moyenmoutier, Edhisto, 2012, 560 p.

 

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Boursicaud, Aimé (1892-1958)

1. Le témoin

Aimé Boursicaud, photo d’atelier, 1915

Jean-Louis Aimé Boursicaud est né à Ambazac (Haute-Vienne) le 8 septembre 1892 d’une famille nombreuse – il a quatre frères et plusieurs sœurs – et campagnarde. Son père, Jean-Baptiste, est fermier et instituteur au lieu-dit Le Coudier, sur les contreforts des monts d’Ambazac, dans le Limousin. Sa mère, Marie Boulestin, est paysanne. Sa fiche matricule indique qu’il sait lire et écrire et il est appelé au service militaire le 10 octobre 1913, qu’il effectue au 103ème R.I. de Saint-Germain-en-Laye, le régiment avec lequel il part au combat en août 1914. Démobilisé le 30 août 1919, il revient en Limousin et se marie en septembre 1921. Revenu profondément pacifiste et antimilitariste d’une guerre qu’il jugera à un moment prolétarienne (page 129), il ne l’évoquera plus après son retour, possiblement car il l’a fixée en grande partie sur le papier. Sa compagne lui donnera neuf enfants. Le couple exploite d’abord une ferme de 50 hectares en Charente, ouvre un garage puis une auberge de jeunesse à Pyla-sur-Mer. Pendant l’autre guerre, la famille s’installe à Paris où Aimé trouve un poste d’ajusteur chez Citroën. Son acte d’état-civil ne mentionnant ni mariage, ni décès, il semble qu’il soit mort en mai 1958.

2. Le témoignage

Boursicaud, Aimé, Larmes de guerre. Ecrit de 14-18. Brinon-sur-Sauldre, Grandvaux, 2011, 223 pages. Voir aussi Mes jours de guerre. 1914-1918. 8 août 1914-30 août 1919. Neuvic-Entier, La Veytizou, 2004, 217 pages.

L’auteur débute son témoignage à Saint-Germain-en-Laye alors que son régiment fait partie de la défense de Paris, dont il couvre la mobilisation. Il est ensuite envoyé à Verdun et subit son baptême du feu à Ethe en Belgique le 22 août 1914. Suit une retraite éprouvante, ponctuée de combats (Marville ou Tailly) par Romagne-sous-Montfaucon puis Sainte-Menehould où le régiment est embarqué pour Paris. S’engage alors la bataille de la Marne pour laquelle le régiment, alors à Gagny, est appelé en renfort à Nanteuil-le-Haudouin. Puis ce sont des combats sur l’Ourcq, Roye, Champien puis Roiglise et Beuvraignes (septembre 1914) qui terminent la guerre de mouvement. Une autre guerre, de siège, débute dans la Somme, où il reste jusqu’en décembre. 1915 le trouve dans la Marne puis à Soissons mais ce premier hiver de guerre lui occasionne une bronchite qui le fait évacuer le 6 février. Il fait plusieurs hôpitaux (Château-Thierry, Provins, Troyes), tente de s’embusquer, et revient en ligne dans la Marne, au camp de Mourmelon et dans le secteur champenois de Saint-Hilaire d’avril à septembre 1915. L’hiver 1915-16 est passé à Ville-sur-Tourbe, Massiges, les mois de mai, juin à Virginy, juillet à Maisons-en-Champagne. Mais Verdun s’étant allumé, le régiment y est commandé et arrive le 6 septembre 1916 au ravin des Trois Cornes, dans le secteur de Bras. Il fera quatre séjours à Verdun, entrecoupés d’une longue période de « repos » de cinq mois en Lorraine (secteur est de Lunéville) début 1917. Ce quatrième séjour à Verdun voit le régiment reprendre à l’ennemi la terrible côte du Talou : « Ah ! la guerre ! Qui ne l’a pas connue, ne s’imagine pas les tortures qu’elle fait endurer. Nul ne saura, pour qui n’a pas vécu Verdun, les souffrances que des martyrs ont supportées » (page 155). De novembre 1917 au 28 mai 1918, date à laquelle il arrête son récit, il reprend position en Champagne puis en Flandre.

3. Analyse

Jean-François Boursicaud, l’un des fils d’Aimé, indique dans une postface que le témoin « a écrit ses mémoires en quelques nuits, entre mai et juin 1919, alors qu’il était en garnison à Douai » (page 203). D’emblée, dans une préface introductive, Aimé Boursicaud s’adresse à ses lecteurs ; il se veut pédagogique mais prévient que « seuls seront mentionnés les grandes attaques ainsi que les évènements les plus frappants » (page 5). A quelques pages du début, il déclare : « Songez à la tâche immense qu’il me reste à faire pour vous raconter « l’histoire anecdotique » de cinquante-et-un mois. Nous nous contenterons simplement de signaler les faits principaux » (page 36). Passé son baptême du feu, il indique : « puisque vous connaissez ce qui s’est passé pour la bataille d’Ethe, je ne vous ferai pas par conséquent, la description de celle-ci [la bataille de Marville ndrl]). Ce ressort de non-écriture se poursuit ainsi à plusieurs reprises (pages 54, 67 ou 75) et dès lors une part importante du témoignage est éludée pour brosser une guerre en pointillés, résumée à de grands épisodes imparfaitement décrits, ponctués de tableaux d’intérêt mais sans réel talent descriptif. Pourtant le parcours d’Aimé Boursicaud aurait pu être intéressant ; il fait toute la guerre au 103ème R.I. et y occupe plusieurs fonctions, étant tour à tour pionnier (page 131) faisant de l’artisanat de tranchée, affecté à la C.H.R. (page 143), garde de police (page 159) etc., mais sans en décrire précisément les spécificités. La restitution de son témoignage s’apparente ainsi à celle du soldat Henri Guichard (voir ce nom). Patriotique sans être belliciste à outrance, il confie en février 1915, alors qu’il est évacué : « Bien que malade, je ne désirais pas la guérison, ou du moins pas rapide, car sa lenteur, seule, pouvait me procurer un peu de bien-être » (page 104) et plus loin avoir tenté de s’embusquer. « Ne croyez pas que je sois resté toujours indifférent à mon rôle de soldat. J’avais tout essayé pour en sortir » (page 118) et d’imaginer des armes (page 119), du camouflage (page 120), un système d’insonorisation d’essieu de véhicule (page 125), voire même s’engager pour les Dardanelles afin de gagner quelques mois de trajet (page 123) ou dans l’aviation (page 125). A noter une description sommaire de fraternisations de petits postes à Ville-sur-Tourbe (page 142).

Yann Prouillet, mars 2013

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Rouppert, Jean (1887-1979)

En présentant le livre Jean Rouppert, un dessinateur dans la tourmente de la Grande Guerre (Paris, L’Harmattan, 2007, 220 p.), le sociologue Ronald Müller explique qu’il a « effectué une réception réflexive de cette biographie, en la mettant en lien avec la notion de générativité à partir d’une acception multi-référentielle. Cette dernière démarche d’appropriation conceptuelle est présentée et développée dans la deuxième partie de l’ouvrage. » Nous y renvoyons donc en évoquant seulement ici les sources du témoignage de Jean Rouppert sur la guerre : un récit de 209 p. intitulé « Journal de bord », rédigé à 86 ans ; 1926 lettres échangées entre lui et son épouse, de 1913 à 1919 ; une série de 123 dessins (parmi lesquels la représentation d’une exécution). D’autres textes, romans, essais, théâtre, apparemment non publiés, ainsi qu’une série de sculptures complètent l’information sur cet homme né à Custines, près de Nancy, le 11 août 1887, fils d’un ouvrier lamineur. Ayant quitté l’école à 14 ans, il vécut pendant cinq ans de divers petits métiers où il découvrit l’exploitation de tous les instants car, écrit-il avec humour, « il n’est pas d’exemple plus démoralisant que l’inactivité d’un salarié ». Ayant « pataugé sur la lisière où l’animal dressé et l’humain conditionné partagent une même relativité », il décide de s’engager dans l’armée coloniale en 1906 pour quatre ans. En 1913, il est apprenti décorateur à la verrerie Gallé à Nancy. En mars 1914, il épouse une institutrice, puis il est mobilisé au 6e RAC. Il est blessé deux fois et a une grave maladie à la suite d’une morsure de rat (description détaillée de l’épisode). Après la guerre, il s’installe dessinateur et sculpteur à son compte à Lyon et participe à diverses expositions.
En 14-18, il se considère comme un « grain de sable, drossé par la houle guerrière ». Dès le 26 août 1914, il prend ses dispositions pour le cas où il ne reviendrait pas. Il sait décrire la boue et les abris qui ne sont que des trous, les arrivées de marmites et les hommes rendus fous, l’envoi d’agents de liaison risquer leur peau pour porter des messages dérisoires mais exigés par la bureaucratie militaire. Le 24 février 1915, il dresse l’imposante liste des objets qu’on lui a volés. Des objets, justement, il en fabrique, et son habileté lui vaut le succès. Il vend des garnitures d’étagères, un casse-noisettes en chêne, un fume-cigare, un coupe-papier. Le 27 septembre 1917, il écrit à sa femme : « la bricole (à mon compte) baisse un peu en ce moment ». Il a inventé un beau modèle de rond de serviette, mais il est victime de plagiaires fabricant au rabais, et même : « mes revendeurs me trahissent sans honte ». Enfin, « le goût change », et il songe à mettre sur le marché un nouveau produit, une blague à tabac peut-être. Notons son abonnement « à un journal original, lequel emploie toute sa verve à parodier les autres journaux » et son intention de lui envoyer quelques pensées à l’humour « plus cruel que comique ». Il me semble que l’auteur du livre aurait dû vérifier si cette collaboration au Canard enchaîné a été effective.
Notons encore cette belle remarque de Jean Rouppert, écrite après l’armistice : « Sur le front, on ne courait qu’un risque. En permission, on le mesurait. » La même page témoigne de sa joie : « Bientôt je serai Moi, chez moi ! » Mais, plus tard : « La chance d’être revenu à peu près intact au foyer est une maigre compensation pour une existence gâchée dans son épanouissement. Les ex-poilus peuvent comparer leur défaite individuelle à la victoire commune. »
RC

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Bouyssou, Raymond Octave (1884-1923)

1.   Le témoin

Né le 2 janvier 1884 à Toulouse ; père retraité de la Compagnie du Midi ; marié depuis 1906 ; un enfant (Gilbert) de 7 ans et demi à la déclaration de la guerre ; employé de banque à la Société Générale de Toulouse depuis 1899 ; notions d’anglais.

Mobilisé le 3 août 1914 au 18e Régiment d’artillerie de campagne ; affecté aux services auxiliaires à Agen ; commis aux écritures ; quitte Agen le 9 septembre 1915 pour rejoindre son unité sur le front d’Artois (Arras) ; affecté à l’échelon, vit la guerre, pour l’essentiel, dans l’arrière-front. Quitte le front le 4 décembre 1918, malade ; libéré en mars 1919 après convalescence ; il reprend aussitôt son travail à la banque jusqu’à sa mort provoquée par une péritonite foudroyante en 1923.

2. Le témoignage

Il s’agit de notes prises au jour le jour ; elles commencent à partir de son séjour au front en septembre 1915. Ni le séjour à Agen, ni les périodes de permission ne sont renseignées. Ces notes n’étaient pas destinées, selon l’auteur lui-même, à être publiées : « Ce qui suit est la copie fidèle des carnets de route que, durant la campagne, j’ai tenus au jour le jour ; relatant ce que j’ai vu de la Grande guerre, et, exclusivement ce que j’ai vu, sans commentaires et sans conclusion. J’y ai mis parfois mes espoirs, mes peines, mes humiliations, mes petites joies, tout cela pour mon propre compte, dans le but de fixer des souvenirs personnels et non pour être livré à la lecture de quiconque » (son introduction datée du 11 mars 1919).

Toutefois, Gilbert, le fils du témoin, après la mort prématurée de son père, est devenu le dépositaire de ces notes ; et il y a ajouté quelques lignes précisant le destin de son père depuis la sortie de la guerre jusqu’à son décès. Nous ignorons si Gilbert avait en tête la publication des notes de son père.

Ces notes sont publiées sous le titre, Journal de campagne de R. O. Bouyssou, 1914-1918, préface de Frédéric Rousseau, Paris, Ed. des Trois Orangers, 2008.

3.   L’analyse

Ces notes ne sont pas celles d’un combattant mais celles d’un travailleur de guerre faisant sa guerre dans l’arrière-front, cette zone mouvante située à plusieurs kilomètres des lignes tenues par les fantassins ; Bouyssou a pleinement conscience qu’il est un « embusqué » et rend hommage aux « poilus » ; l’échelon, le monde décrit par Bouyssou, détone donc considérablement avec celui, plus connu, des combattants. Y cohabitent cuisiniers, chauffeurs, ravitailleurs, secrétaires des bureaux et employés des différents services. La guerre de ce petit monde se caractérise tout d’abord par la distance vis-à-vis du danger ; pour Bouyssou, hors de ses heures de service, lorsque le temps et l’artillerie adverse le permettent, la guerre des premières lignes est pour l’essentiel un spectacle pyrotechnique fascinant que l’on observe d’une crête, la nuit ou aux jumelles depuis un poste d’observation ; ses camarades, trompent l’ennui de leurs soirées en s’adonnant aux dérivatifs procurés par l’artisanat dit « de tranchée », au joies du football, pratique récente empruntée aux troupes britanniques voisines ; tout au long des carnets, une note récurrente relève les nombreux cas d’ébriété parmi les hommes de l’échelon ; l’alcoolisme est endémique et crée un certain nombre d’incidents. Au total, l’égrènement des activités des hommes de l’arrière-front permet de mieux comprendre le sentiment souvent énoncé par les combattants qu’il existe un fossé grandissant entre les hommes qui tiennent les lignes et les millions d’habitants, militaires et civils, qui peuplent les différents arrières. La guerre des uns n’est pas la guerre des autres.

Pour autant, les hommes de l’arrière-front ne sont pas totalement à l’abri des obus et des balles ; il y a aussi des morts, hommes et chevaux, dans les services. Et puis, il y a le ravitaillement des batteries de tir (Bouyssou en profite pour tirer quelques obus) : sous le bombardement, c’est très dangereux. Et puis, il y a les travaux de désamorçage des obus non éclatés effectués par les « bombardiers » qui ne sont pas sans risques. En outre, Bouyssou croise des fantassins dont il note les fluctuations du moral ; il fréquente également des Allemands, prisonniers, occupés à diverses tâches dans l’arrière-front. Les travailleurs des deux nations conversent. On ne peut donc dire que l’arrière-front ne connaît rien de la guerre des hommes de l’avant ; les odeurs des dépouilles enveloppent aussi cette zone ; et puis lorsque le front bouge, Bouyssou emprunte des chemins, des tranchées où règnent le chaos habituel de la bataille avec ses débris, humains et matériels, de toutes sortes.

Toutefois, pas de pathos, pas de grandes phrases dans les notes de Bouyssou. C’est d’ailleurs inutile. L’auteur de ces notes ne les écrit que pour lui, pour plus tard ne pas oublier… Bouyssou se montre particulièrement attentif au traitement réservé aux morts ; en cela il ne se distingue guère de la plupart des combattants. Quelques semaines après son arrivée sur le front, il effectue cette brève mais significative remarque : « Le cimetière a été largement fleuri. Les poilus n’oublient pas les camarades disparus » (Notes du 1er novembre 1915). Quelques jours plus tard, une nouvelle incise vient compléter la première : « Dès 9 heures, le bombardement a recommencé sur le même point, 77, fusant et 105 explosifs, mais les coups tombent dans le cimetière. Ils retuent les morts… »…

Quelques notes remarquables :

2 janvier 1916, il rapporte un cas de trêve tacite entre fantassins.

18 mars 1917 : des hommes chantent l’Internationale dans un bistrot ; Bouyssou condamne cela comme « une faute » mais il n’est pas certain que cet acte exprime alors une baisse du moral ou une révolte ; à la mi-mars, les soldats commencent à avoir des informations en provenance de Russie et voient d’un bon œil l’évolution politique de l’allié russe ; il en sera autrement lorsque la Révolution paraîtra entraîner le retrait russe de la guerre, puis la signature d’une paix séparée, synonymes d’alourdissement de la pression allemande à l’Ouest.

Quelques échos de l’offensive Nivelle et de la crise du moral de 1917. La pagaille des services censés participer à la poursuite après la percée qui ne vient pas… ; mesures prises par le commandement pour reprendre en mains les hommes déçus par les résultats de l’offensive Nivelle : conférences par des officiers ; amélioration de l’ordinaire ; trains de permissionnaires très surveillés (13 juin) ; un fantassin vient les appeler à mettre la « crosse en l’air » (23 juin 1917) ; un gendarme tué par des fantassins à Commercy (11 septembre 1917)…

Frédéric Rousseau, juillet 2008.

 

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Morin, Émile (1895-1980)

1. Le témoin

Né le 2 janvier 1895 à La Neuvelle-lès-Scey (Haute-Saône) dans une famille paysanne de six enfants. École normale d’instituteurs de Chaumont. Appelé de la classe 15, sergent en juillet 1915, sous-lieutenant en mai 1917. Avec le 60e RI en Champagne où il est blessé (septembre 1915) ; avec le 42e dans la Somme en septembre 1916 ; dans l’Aisne au printemps 1917, à Verdun en octobre ; deuxième bataille de la Marne où il est à nouveau blessé en juillet 1918. Emile Morin se marie en 1919. Il exerce les fonctions d’instituteur jusqu’en 1951 et milite au sein d’associations d’anciens combattants. Il meurt en 1980.

2. Le témoignage

Emile Morin, Lieutenant Morin, combattant de la guerre 1914-1918, Besançon, Cêtre, 2002, 336 p., illustrations.

Retrouvé et publié par son fils, son témoignage suit de près les notes prises au jour le jour.

3. Analyse

On y retrouve, concrètement exposés les gestes du soldat puis du gradé de la tranchée : poser un réseau de fils de fer ; lutter contre la boue ; fabriquer cannes, bagues et autres objets ; pester contre les chefs, les embusqués, le bourrage de crâne et l’incompréhension de l’arrière… Mais aussi des remarques plus fines sur l’hostilité des fantassins pour « les crapouillots » dont le tir va provoquer des représailles ; l’apprentissage des jeunes auprès des anciens ; les trêves tacites ; « les bruits de la nuit » ; les symptômes précurseurs de l’attaque ; la participation aux soins à des blessés français d’infirmiers allemands capturés… Il ironise sur l’exaltation par l’arrière de la baïonnette et du corps à corps ; il note le rejet par la majorité des combattants des coutelas de boucher qu’on leur distribue en septembre 1915 (voir aussi Louis Barthas) ; il condamne les massacres inutiles de Champagne et d’Artois. Il écrit un passage sur le scandale de l’exécution du soldat Bersot et les pèlerinages de ses camarades sur le lieu du crime. Le long passage sur les mutineries du 6 juin 1917 à Ville-en-Tardenois est à verser au dossier de ce mouvement de révolte au sein de l’armée française (largement cité dans le livre de Denis Rolland, La grève des tranchées. Les mutineries de 1917, Paris, Imago, 2005).

Vers la fin de son texte, Émile Morin écrit : « Ayant survécu, j’avais atteint l’objectif qui, pour tous les Poilus, s’était placé depuis longtemps avant tous les autres buts de guerre, qu’il s’agisse de la délivrance de l’Alsace et de la Lorraine, ou de la défense du Droit et de la Liberté ! »

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