Parution: Inventaire des sources de la Première guerre mondiale. Préface par André Bach.

La BDIC annonce la parution d’un indispensable instrument de travail, préfacé par le général André Bach (lire la préface ci-dessous), qui complète le très riche dossier pédagogique et les numérisations de Journaux de tranchée, accessibles ici.

Aldo BATTAGLIA, Archives de la Grande Guerre. Inventaire des sources de la Première guerre mondiale conservées à la BDIC
Nanterre : Presses Universitaires de Paris Ouest / BDIC – 443 p.
Prix : 20.00 €
ISBN : 978-2-84016-061-8

4e de couverture :
Personne ne lit un catalogue d’archives du début à la fin. Heureusement ce guide des archives sur la première Guerre mondiale n’en est pas un.
Les matériaux, issus de quelque 150 fonds distincts conservés à la Bibliothèque de Documentation Internationale Contemporaine – Musée d’Histoire Contemporaine y ont été découpés afin de permettre une lecture thématique d’une société en guerre totale. On la découvre ici en fonction d’un éloignement progressif du front, de l’avant à l’arrière, des zones de combat, à l’endroit où l’on produit les certitudes patriotiques.

Au fil des chapitres, consacrés à la guerre vue de près, aux zones occupées, à l’enseignement, à la politique et à la diplomatie, on découvrira des témoignages, des notes, des documents en tout genre qui pourront contribuer aux travaux des chercheurs sur la Grande Guerre, que ce soit dans le domaine de l’histoire politico-diplomatique, militaire ou de l’histoire des mentalités.

Commande :
Brigitte GRATIA (BDIC) : 01.40.97.79.98 / brigitte.gratia @bdic.fr
Préface, par le général André Bach

L’Avenir : L’Inventaire thématique

Il faut saluer l’apparition de cet inventaire mis au point par Aldo Battaglia et qui vise à permettre aux chercheurs de bénéficier  de la richesse des fonds de la Bibliothèque de Documentation Internationale Contemporaine. On peut s’interroger sur les raisons qui ont fait que la BDIC ne s’est attelée à cette tâche que si longtemps après s’être retrouvée dépositaire de fonds traitant du premier conflit mondial. La question n’a désormais plus d’intérêt puisque cette absence de réactivité initiale nous permet de découvrir un inventaire, qui outre sa richesse quantitative, bénéficie d’un saut qualitatif.

La pratique bien ancrée en matière de technique archivistique privilégie en effet traditionnellement la mise en inventaire en fonction des organismes producteurs de ces dernières, à savoir souvent les administrations. Par ce moyen, la neutralité des archivistes est préservée, puisque ces derniers, ce faisant, s’effacent totalement devant les institutions. Le procédé n’est pas mauvais et a permis à des générations d’historiens de pouvoir accéder aux archives dans de bonnes conditions, tâche leur étant laissée de mettre ensuite en questionnement les documents consultés issus de diverses origines. De plus en plus les archivistes s’enhardissent et sortent de leur confortable neutralité pour imaginer de produire des inventaires aptes à faire gagner du temps aux historiens. Pour cela, après avoir pris la mesure de l’ampleur et de la complexité des documents qu’ils sont chargés de faire connaître, ils procèdent, selon les méthodologies en vigueur dans la recherche historique, à une première opération qui consiste à discerner les lignes de force, les thèmes, qui sourdent de ces archives. Ceci étant, et heureusement cela ne les arrête pas, ils encourent le risque de se faire reprocher de sortir de leur cadre de travail et d’imposer aux chercheurs une lecture thématique de leur cru, propre à les influencer dans la construction de leurs champs de recherche. Le risque est minime au regard du gain escompté. Tout d’abord les archivistes ont une formation telle que leur incursion dans le travail initial des historiens est tout à fait légitime. La distinction entre archivistes et historiens n’a, en effet, pas beaucoup de sens dans la grande majorité des cas dans une profession confrontée en permanence au traitement des sources primaires de l’histoire. Elle l’est d’autant moins qu’elle est amenée très fréquemment à se poser le genre de questions auxquelles se heurtent les historiens,  et qu’elle est armée pour y répondre eu égard à la solidité de la formation scientifique initiale  de ses membres et au fait qu’elle intègre sans difficultés  en son sein du personnel qui a débuté sa carrière comme chercheur en matière historique.

Aldo Battaglia, responsable de l’établissement de ce riche inventaire, n’a pas reculé devant l’aventure thématique. Il a décelé, dans son vaste corpus,  comme lignes directrices quatre champs d’observation, qui, à mes yeux, sont très pertinents à singulariser quand on s’intéresse aux questions en rapport avec le conflit de 1914-1918.  Ces champs définis, il a regroupé sous ces différents thèmes les sources institutionnelles en les faisant voisiner avec celles collectées ou élaborées par les acteurs privés.  Ces quatre champs ont la particularité de se retrouver proches deux par deux.

Le premier regroupement renferme  deux sous-ensembles intitulés : «  La guerre vu de près » et «  Zones occupées ». Le chercheur intéressé pourra ainsi entrer rapidement dans l’univers archivistique qui traite de la vie de ceux qui ont subi la guerre sans pouvoir véritablement influer sur elle. Par opposition, le deuxième regroupement  traite de la superstructure étatique  au sens large du terme, de la minorité qui a eu à décider la guerre, la gérer, qui a contribué à s’assurer de l’adhésion  ou du non rejet des populations, populations  dont le ressenti et le vécu  apparaissent dans le premier regroupement. Cette dichotomie me paraît opérationnelle pour les chercheurs. Aldo Battaglia a subdivisé ce monde des décideurs,  en deux entités respectivement intitulées : «  Education, Enseignement, Université et questions intellectuelles » et «  Guerre, Politique et Diplomatie : les beaux quartiers ». Passons sur ce dernier qualificatif : «  les beaux quartiers », espèce de petite provocation facétieuse pour rendre moins austère ces têtes de chapitre et examinons le bien fondé de cette classification. Le thème «  Guerre, Politique, Diplomatie » est incontournable et tout chercheur se doit de prêter attention aux sources qui traitent de la gestion des guerres, qui sont des conflits interétatiques par essence en des périodes où l’Etat pèse énormément sur l’évolution du conflit et  sur les libertés publiques. Lui associer le thème » : «  Education, Enseignement, Université et questions intellectuelles » est d’une grande pertinence. Comme l’a démontré récemment et brillamment  l’historien Alan Kramer[1] ;

« La mobilisation des esprits a été essentielle pour résoudre et assurer la résistance au front et à l’arrière ».  Cette  œuvre a été orchestrée par les pouvoirs publics, qui ont veillé, en la couplant avec l’utilisation de la censure et à l’emploi d’une certaine dose de répression, à la diffusion des « bons » messages dans le système éducatif, tandis   que dans leur grande majorité les Intellectuels, sans incitation formelle étatique, ont anticipé et bien accueilli la guerre et joué un rôle moteur dans la mobilisation de la culture et des esprits.  Ils ont en effet rendu populaire l’idée de la guerre pour défendre la civilisation (Alliés) ou défendre une culture (Allemands), et, toujours selon Alan Kramer : «

La plupart ont maintenu jusqu’au bout les certitudes patriotiques de la mobilisation de temps de guerre, en particulier ceux qui ont joué un rôle dans la dissémination des valeurs culturelles (universitaires, clergé, académiciens) »

Ainsi Guerre sainte, croisade, guerre de défense, devoir moral, tâches qui plaisent à Dieu ont été parmi les principaux  thèmes  insufflés, surtout à l’arrière, durant toute la guerre.

Le regroupement de tout ce qui touche aux questions intellectuelles est donc non seulement pertinent mais aussi d’une grande aide pour permettre aux chercheurs  de mieux saisir les réalités de cette guerre où l’effort financier, économique, industriel a fait passer le conflit d’une lutte entre armées  à une guerre totale, à mort, entre peuples. Mobilisés physiquement les peuples ont été maintenus dans le conflit par le biais de leurs classes intellectuelles qui ont contre vents et marées proclamé  la nécessité d’aller jusqu’au bout.

On trouve donc dans ce sous inventaire des traces de cette action à l’œuvre ainsi que l’identification d’une partie de ceux qui ont concouru à cette entreprise.

L’élite intellectuelle s’est impliquée totalement dans la recherche de la victoire et le résultat de ses efforts se trouve recueilli ici.

Pour s’informer de ce que les combattants ont pensé de cette guerre, il faut changer de rubrique et dépouiller les sources décrites dans «  La Guerre vu de près »

Sans surprise, on y retrouvera des thèmes que Alan Kramer a énuméré sans affirmation d’exhaustivité : Entraînement militaire à obéir aux ordres, peur des punitions, des humiliations publiques, adaptation à une communauté solidaire, pression des pairs, aide aux camarades dont on dépend, fascination chrétienne de la souffrance, fatalisme, espoir de survivre, sens du devoir, acceptation de la mort, souffrance mais aussi désir d’avancer, de battre un ennemi invisible….

C’est faute d’avoir prêté assez peu d’attention aux témoignages des combattants de base et s’être focalisé sur les productions des intellectuels à l’arrière que certains chercheurs en sont arrivés à prendre les réflexions de ces derniers  pour celles des combattants. Il y a naturellement porosité entre ces sous parties de l’inventaire  et les opposer les unes aux autres n’a pas de sens  S’intéresser aux unes en négligeant les autres ne peut conduire  de même qu’à de fausses synthèses et à des conclusions, sinon totalement erronées, du moins à  valeur explicative insuffisante.

La constitution du sous-ensemble «  Zones occupées «  a elle aussi son importance. Si ce regroupement existe, c’est que les sources en rapport avec ce thème  sont fournies. En temps normal, noyées au milieu des archives institutionnelles, elles n’attirent pas de prime abord l’attention.
Pourtant la France est un des rares pays avec la Belgique et aussi la Serbie à avoir une la totalité ou une partie notable de son territoire occupé  et exploité par son adversaire.

Les populations qui l’ont subie ont mené durant quatre ans une vie misérable qui n’a pas été pour rien dans l’exode massif qui s’est produit en 1940. L’occupation a été très rigoureuse avec la volonté  de l’occupant de tirer du sol occupé tout ce qui pourrait servir l’effort de guerre germanique, le manque de docilité entraînant immédiatement des conséquences graves quant au déroulement des activités quotidiennes. Des travaux existent sur cette question mais l’abondance des sources doit inciter à approfondir la connaissance historique de la vie des populations sous la férule allemande. A un moindre degré l’amélioration de la connaissance de la vie des populations dans ce qui fut la zone de stationnement de l’armée britannique pourra se faire grâce à ces archives.

On peut admettre que ce dernier sous-ensemble constitue un regroupement un peu à part mais tout jeune chercheur qui débute  ses investigations sur la Grande Guerre doit naviguer  obligatoirement  au moins entre les trois sous-ensembles qui concernent respectivement l’activité étatique, l’activité de la strate intellectuelle et celle des combattants du front et s’obliger à des allers et retours entre ces trois gisements de sources regroupées par un effort intelligent d’analyse. C’est en croisant en permanence ce type de sources désormais regroupées en trois domaines incontournables qu’un garde-fou s’installera progressivement pour empêcher la surestimation ou la surexploitation d’archives ne relevant que de deux ou d’un seul domaine.

Ces conseils donnés, il ne reste qu’à souhaiter les recherches les plus fructueuses aux jeunes historiens attirés par l’approfondissement des connaissances sur le premier conflit mondial, recherches qui seront accélérées et facilitées par la décision de la BDIC de leur fournir des inventaires mûrement pensés et soigneusement élaborés.
Bonnes découvertes à tous

André Bach

Ancien chef du Service Historique de l’Armée de Terre


[1] Alan Kramer, Dynamic of Destruction, Culture and Mass Killing in the First World War, Oxford University Press, 2007, 414 pages. Voir en particulier le  chapitre 5 : «  Culture and War »

Pour partager cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

AlphaOmega Captcha Classica  –  Enter Security Code