Parution : Carnets de guerre d’un hussard de la République (Marc Delfaud)

Septembre 1914. « À celui qui trouvera le présent carnet, prière de le faire parvenir à Mme Delfaud,
institutrice à La Barde par Saint-Aigulin, Charente-Inférieure. »
Cette sobre phrase inscrite en tête du premier des 18 carnets de guerre de Marc Delfaud
nous avertit : ce jeune marié, instituteur dans le civil, parti à la guerre sans même avoir pu
embrasser sa femme, tient à lui laisser une trace de son passage dans cette machine à broyer
les hommes. C’est pour elle, avant tout, qu’il tient son journal. Tel le miroir que Stendhal
promenait au bord du chemin, son témoignage est toujours minutieux, spontané mais
documenté. Et Marc Delfaud est un observateur digne de confiance : pacifiste, il est aussi un
patriote que l’on ne peut soupçonner d’aucun secret défaitisme. S’il a tenu à partager les
misères de la piétaille des tranchées alors que son niveau d’études lui aurait permis de prendre
du galon, ses opinions progressistes ne l’aveuglent en rien. Il n’y a nul sectarisme chez cet
observateur lucide, qui sait que le peuple n’est pas exempt de tares et de vices, au front comme
ailleurs. Delfaud, affecté au peloton des téléphonistes, est en permanence au contact du
commandement, dont il observe la conduite sans complaisance. Il rend hommage à la valeur
et l’humanité de nombreux officiers, mais il est révolté par l’arrogance de certains gradés et les
brimades stupides infligées à des hommes qui ont les plus grandes chances de finir déchiquetés
par les obus. On n’oubliera pas de sitôt ces portraits au vitriol : le colonel qui force les hommes
à passer dans les mares de boue sous prétexte qu’ils sont déjà sales, cet autre qui lève sa
cravache sur le soldat qui ne se dérange pas assez vite. Cet autre encore qui expédie chez lui,
par malles entières, le butin pillé dans les villages évacués…
Marc Delfaud vérifie ses informations et les recoupe. Et quand elles ne sont pas de
première main, il cite ses sources. Témoin intelligent, il sait lire entre les lignes les ordres et les
bulletins, et en tire souvent des conclusions exactes. Le front, il le montre bien, est aussi le
reflet d’un monde en pleine évolution. Face aux sous-officiers et officiers de carrière, encore
empreints de routine bureaucratique et de préjugés de classe, les mobilisés sont désormais des
citoyens, formés par l’école publique de la IIIeRépublique ; ils veulent bien accepter de sacrifier
leurs vies, mais non d’être insultés, combattre, mais non crever comme des cloportes dans des
trous fangeux et puants.
Il ne faudrait cependant pas croire que Marc Delfaud n’est qu’un observateur froid à force
d’être lucide. S’il absorbe toutes les informations, son oeil demeure sensible à ce qui reste de
beauté dans cet univers de feu et de folie : le ciel et ses nouveaux oiseaux de métal, dont on peut
oublier, quand on les voit de loin, qu’ils sont aussi des moyens de destruction ; les bribes de
paysage, les objets miraculés, l’indestructible aptitude de l’homme à créer la beauté jusqu’en
enfer. En témoigne sa rencontre avec ce curieux musicien, en mars 1915, qui « sort de son sac
un archet fait avec un morceau de bois et des crins de cheval, et un violon dont une boîte à
cigares et un manche à balai ont fait tous les frais », et qui en tire des sonorités insoupçonnées
qui font oublier aux Poilus, l’espace d’un instant, la guerre et la mort qui rôde.
Frappé par la finesse et la qualité littéraire du récit de Marc Delfaud, le général André Bach,
ancien chef du Service historique de l’Armée de terre qui, depuis plus de dix ans, réfléchit sur le
premier conflit mondial à partir des archives militaires et de son expérience d’officier, voit en ce livre
l’un des très rares documents mis au jour récemment qui soit capable de changer notre vision de
la Grande Guerre, Les notes et l’apparat critique très complets qu’il a rédigés pour cette première
édition en font bien davantage qu’un témoignage : une source historique à part entière.

(Présentation de l’éditeur)

Marc Delfaud, Carnets de guerre d’un hussard noir de la République, éditions italiques, 2009.
Ouvrage édité par André Bach et préfacé par Antoine Prost.

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2 thoughts on “Parution : Carnets de guerre d’un hussard de la République (Marc Delfaud)”

  1. Ce doit être une source exceptionnelle sur la vie au front en ce temps là, car c’est rédigé par quelqu’un ayant une certaine culture et qui a partagé comme les copains, les tranchées et les obus.
    J’ai hâte de lire ça

  2. Bonjour,
    et bien je l’ai acheté et suis un peu déçu: versé dans la compagnie hors rang, Delfaud est loin des zones de dangers qu’il n’approche que de temps en temps pour réparer les lignes. Il échappe aux souffrances et aux dangers quotidiens de ses camarades, il le reconnaît d’ailleurs plusieurs fois, et décrit minutieusement les bombardements (calibres des obus, endroits où ils tombent, nombre de coups, durée du bombardement etc.) systématiquement et longuement qu’il subit.. ce qui devient répétitif et sans grand intérêt. Par contre, son jugement sûr et précis, son sens de la découverte (les avions le passionnent et il rapporte toujours les évolutions aériennes et combats auwquel il assiste) sont sans égal. Des longueurs, des répétitions mais à lire quand même sans s’attendre à des miracles

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