Agard, Alban (1876-1942)

1. Le témoin
Alban Agard, originaire de Cestas (Gironde), exerce le métier d’instituteur à Bordeaux au moment de sa mobilisation au 140e RIT. Il rejoint en décembre 1914 le 360e RI et sert en Artois toute l’année 1915. Passé caporal en février 1916, il combat à Verdun du 20 au 30 mars, date à laquelle il est blessé et évacué. Après 6 mois d’hospitalisation, il est réformé et reprend ses fonctions d’instituteur. Il finit sa carrière à l’école de garçons de la rue Paul Bert à Bordeaux en 1936.
2. Le témoignage
Le journal de guerre d’Alban Agard se présente sous la forme d’un recueil dactylographié de 50 pages, avec 6 pages d’annexes. Le document est accompagné d’une note explicative (p. 47) rédigée par le fils d’Alban, André Agard, « en vue d’expliciter quelques indications fournies par le journal. » Un ajout de Jean-Louis Agard, petit-fils d’Alban, signale que l’original se présente sous la forme de deux carnets toilés mesurant 9×14 cm. En annexe sont reproduites en fac simile les pages du carnet qui concernent l’attaque du 9 mai 1915.
3. Analyse
L’intérêt du document réside dans la description des conditions d’existence des soldats dans les tranchées de différents secteurs de l’Artois, pendant l’année 1915 : c’est l’évocation récurrente de boyaux sommaires, de tranchées exposées au danger (tirs, marmites, mines…) avec une humidité omniprésente. En décembre 1914, par exemple, les tranchées sont (p. 4) : « de véritables mares, les pieds sont toujours mouillés, c’est d’une tristesse profonde, (…) nous n’avons pas la force de manger, on ne ferait que boire de l’alcool, si on en avait suffisamment. ». En février 1915, il évoque à titre d’exemple une prétendue position de réserve, mais qui consiste à aller à « 40 mètres des boches » (p.8) : « Tranchée sans abri. La nuit la pluie commence à tomber. Je dors sur le côté de la tranchée, sous la pluie. Jamais nous n’avons été si mal. Les balles pleuvent et l’endroit est assez dangereux. » Il décrit aussi le repos à l’arrière, la vie à Barlin ou Hersin-Coupigny, les corons de mineurs; il fait des remarques « ethnographiques », ainsi il loge dans un coron où se trouve une famille de réfugiés, avec quatre enfants dont l’un, à huit ans, fume une cigarette devant sa mère (p. 13) : « Il paraît que c’est la mode chez les mineurs. Jolie mode ! » La description de sa participation à l’offensive du 9 mai 1915 (p. 18) est précise, lui et ses camarades étant d’abord déçus que leur compagnie (17e) doive attaquer la première, mais le sang-froid revient ensuite car «notre rôle sera peut-être moins rude que celui des autres compagnies qui doivent continuer l’offensive sur les tranchées de 2ème et 3ème ligne. » Son récit peut être mis en relation avec celui de R. Cadot (18e Cie – cf sa notice CRID). La poursuite des combats à Carency au début de juin provoque chez lui une immense fatigue physique et psychologique, ces combats le laissent « très abattu » (p. 24). A cet égard, la cérémonie de remise de la médaille militaire à Marcel Dambrine, le 8 juin, ne lui remonte guère le moral. L’adjudant Dambrine est un chansonnier, engagé volontaire, célèbre au régiment pour avoir composé la chanson du 360e Les vieux poilus. L’encadrement encourage la diffusion de ce chant entraînant et viril, qui popularise le « patriotisme du numéro» (R. Cadot). Déjà avant l’attaque, A. Agard note (7 mai) qu’ «à 6h30 Dambrine vient nous chanter la chanson du 360e ». Blessé fin mai, le chansonnier est décoré le 8 juin sur sa civière en présence du régiment (dossier photographique Gallica « chanson du 360 »). La description qu’en restitue notre auteur est intéressante (p.24) : « Véritable parade de comédie, étant donné surtout le tempérament du décoré. Les photographes ne manquent pas ; aussi, cette cérémonie ajoute encore à mon découragement. Les motifs invoqués disent que blessé, il a continué à chanter. Il a bien chanté, mais c’était par l’autre bouche et dans ses pantalons. » En juillet, l’auteur réussit à trouver une place de cuisinier (p. 28) et s’il estime que la tâche sera plus dure au cantonnement, celle-ci sera beaucoup moins périlleuse pour les tranchées.
A. Agard évoque précisément les fraternisations de décembre 1915 (bien décrites par le caporal Barthas), ici dans le secteur de Mont-Saint-Eloi. Ces trêves sont d’abord provoquées par la pluie continue qui transforme les tranchées en véritables mares (p. 38) : « Vu l’état des tranchées, Boches et Français fraternisent. Ils montent sur le parapet et échangent leurs impressions. Les uns comme les autres ont assez de la guerre et déclarent ne plus vouloir tirer sur des fantassins. (…) au rapport on a condamné ces gestes de fraternité (…) les relèves se font en plein jour et à découvert sans que des coups de feu ne soient tirés. Si ces faits sont seulement une conséquence de l’obstruction des boyaux, je souhaite qu’ils restent pleins de boue jusqu’à la fin de la guerre, mais je crois qu’il y a aussi de part et d’autre une lassitude générale. »
En février 1916, l’auteur perd sa place de cuisinier et est nommé caporal, contre son gré (p. 41) : « tout embuscage m’est donc interdit maintenant.» Il attribue cette brimade au lieutenant Jasson, qui commande la compagnie, lui reprochant de s’acharner après lui «Je vois là-dessous une conséquence de ses idées politiques car je ne suis pas le seul visé comme instituteur. » Le journal se clôt enfin par l’épisode de Verdun ; ils passent d’abord quelques jours en ville où ils attendent anxieusement l’ordre de monter en première ligne. C’est le 25 mars 1916 qu’ils se mettent en route, mais le rassemblement des hommes lui suggère une description bien amère (p. 45) : « Nos officiers sont brillants, commandant en tête. Ils sont ivres à tomber, surtout Jasson. C’est un spectacle écoeurant. » Ils tiennent ensuite une position en face du Fort de Douaumont, il en estime la distance à 150 mètres environ, et le 30 mars il est touché: « Vers 11 heures, je reçois un éclat qui traverse mon genou gauche. Abandonnant tout, je cours vers le poste de secours. » (p. 46). Il raconte ensuite sa difficile évacuation, les voitures médicales ayant été démolies par les obus. Lui et des blessés doivent attendre 24 heures de plus, et malgré leurs protestations le deuxième soir la situation se reproduit « nous sommes là de nombreux blessés qui souffrons de ce service. Nous avons beau protester, rien n’y fait.» Pour lui, il y aura 48 heures de délai entre sa blessure, de moyenne gravité, et son arrivée dans une caserne-hôpital à Verdun. C’est avec cette arrivée sur le lit 17, salle 8, que se termine cet intéressant document.

Vincent Suard juin 2019

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Pommard, André (1888-1916)

1. Le témoin
André Pommard est né à Vanves en 1888. Exerçant la profession de typographe, il est exempté à la mobilisation pour « faiblesse générale ». Rappelé en février 1915 et versé au groupe cycliste de la 1ère Division de cavalerie, il est engagé en Artois à l’automne. Muté au 10ème Bataillon de chasseurs à pied en décembre 1915, A. Pommard est tué le 31 mars 1916 à Verdun dans le secteur du Fort de Vaux.
2. Le témoignage
Le texte, non publié, représente 138 pages manuscrites de petit format, et nous est parvenu – merci à Patrice Foissac, président de la Société des études du Lot – sous la forme d’une reproduction photocopiée. La fin du manuscrit se termine par : «ce sont les dernières lignes du carnet de route de notre père (…) » d’après une copie de René Pommard, le 4 décembre 1970. Une mention supplémentaire postérieure ajoute : « d’après une copie de René Pommard, à sa fille Michèle, copie intégrale du carnet de route de son grand-père André Pommard », signé Myrtille Remond, le 8 octobre 1997.
3. Analyse
Le journal de front d’André Pommard contient de nombreuses mentions, journalières et concises, et ressemble en cela à un carnet de guerre assez classique. Toutefois, les annotations prennent souvent un tour plus intime et donnent des éléments du vécu de la campagne par ce cycliste, rapidement devenu chasseur. Un exemple en novembre 1915 (p. 22) : « Et si je ne revenais pas ? A cette pensée, je souffre à l’idée de la douleur de ma chère petite femme. Allons, je ne dois pas me laisser amollir, j’ai au contraire besoin de tout mon courage, c’est le plus sûr garant de ma conservation. » Il évoque les tranchées d’Artois gorgées d’eau de l’hiver 1915, et avec les peaux de mouton touchées en novembre, il compare sa section à un village de sauvages du jardin d’acclimatation. Dans le secteur d’Aix-Noulette, vers la période de Noël 1915, le travail d’entretien des tranchées est très pénible, et aussi très déprimant, de par le spectacle offert par les boyaux inondés (p. 55) : « (…) la boue profonde de quelques mètres qui forme mare en certains endroits du boyau et que nous contournons pour ne pas être enlisés, des morceaux de capotes auxquelles tient un os, une main verdâtre dépassent de cette fange. Plus loin, dans la paroi un pied et une main dépassent d’un demi-mètre dans le boyau. Un cadavre de noir repose sous une claie posée sur le sol, la boue lui sert de linceul et seule l’odeur qu’il dégage décèle sa présence. Quelle horreur ! » Le cafard frappe souvent, et A. Pommard évoque sa femme et ses enfants pour se remonter le moral ; la lassitude générale, déjà forte à cette période, fait penser à celle de 1917, ainsi en novembre 1915 (p. 38) : « Aujourd’hui ferme ma vingt-septième année, je n’en suis pas plus fier pour cela. Je donnerais bien 10 ans de mon existence pour la fin de la guerre dont je ne prévois pas la fin, malgré que dans mes lettres j’assure le bon espoir que j’ai de la paix. » ou en janvier 1916 (p. 78): « Quand donc cela va finir, j’en ai par-dessus la tête, mais alors par-dessus !».
L’auteur évoque une messe célébrée par l’aumônier du bataillon, signalant que « bien entendu » la présence y est facultative. Il décrit aussi longuement une installation de douches, et produit une vivante – et rare – description du passage des soldats sous le mince filet (janvier 1916, p. 76) : « A 13 heures, douches, ah ! ces douches militaires ! Un appareil pour chauffer l’eau, quatre baguettes au- dessus desquels est monté un tuyau horizontal, le tout installé dans une grange dont les murs percés sont dissimulés par des toiles de tente. Comme il fait très sombre, une bougie révèle de sa lueur incertaine les anatomies crasseuses et couvertes de boutons, œuvre de poux voraces et indestructibles. Quatre poilus s’installent dans les quatre baquets vacillants et quatre maigres jets essaient en quatre minutes (temps accordé) de décrasser quatre corps auxquels un bain prolongé serait absolument nécessaire pour mener à bien l’œuvre de propreté que nos hygiénistes militaires se proposent. Evidemment c’est mieux que rien, mais ce n’est pas ça ! ». En février 1916, son unité est transférée dans la Somme, et alterne repos (qui pour les hommes n’en est pas un, souligne-t-il), et exercices. Il évoque les plaintes de sa femme sur sa paresse à envoyer des nouvelles, alors qu’il dit écrire tous les deux jours, sans rien mettre dans ses lettres qui puisse justifier les rigueurs de la censure : il pense qu’il s’agit tout de même de saisies (février 1916, p. 98) : « Quelle triste institution que cette censure ! »
Le 10ème BCP est alerté et rapidement transporté à Verdun à la fin février 1916, mais n’est pas engagé immédiatement et l’auteur cantonne d’abord sur une péniche sur la Meuse (6 mars). Il vit un premier engagement violent, fortement marmité, dans le Bois des Corbeaux vers la « redoute» de Vaux, du 11 au 17 mars. Alors qu’il est en deuxième ligne, sa section est prise dans un violent bombardement (12 mars 1916, p. 125) : « Un obus abat 6 camarades affreusement mutilés, il n’en reste que quatre, les autres sont en bouillie, des morceaux de chair pendent à toutes les branches, une cuisse tombe près de ma tente. Aucun n’a souffert, heureusement. Je fais partie de la corvée pour enterrer mes infortunés camarades. » Lors de la redescente vers l’arrière après ce premier contact avec le front de Verdun, il souligne que la joie n’est « pas mince » de se retrouver indemne après tant de dangers. Il a aussi une pensée pour ceux qui ont pris leur relève (17 mars 1916, p. 132) : «Il fait un temps superbe et j’ai le cœur serré pour les malheureux qui nous ont remplacés et qui tombent alors que la vie apparaît si belle dans le soleil printanier. »
Après la description d’un repos réparateur, apparaît une dernière mention à la page 135 : «Jeudi 30 mars. Départ à 7h45 pour aller au parc à fourrage à Bévaux. Après la soupe nous devons monter en ligne. » puis en rajout : «Ce sont les dernières lignes du carnet de route de notre père. Tué le lendemain à 17 heures dans les tranchées ouest du fort de Vaux. »
Vincent Suard, mars 2019

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Bartels, Hans Boike (1886-1955) et Bartels, Maurice (1910-1972)

Conservée aux Archives des Hautes-Pyrénées (cote 9 R 87), la fiche individuelle de l’interné Hans Boike Bartels (enregistré sous l’identité Hans Bernard Wilhelm Bartels) donne les indications suivantes : né le 27 septembre 1886 à Oldenbourg en Basse-Saxe, il est allemand ; marié à une Française et père d’un enfant de quatre ans, au moment où éclate la Première Guerre mondiale, il vit à Paris. Cet employé de banque est alors conduit à Garaison. Au rang des observations, on note : « seul à la colonie, femme et enfant à Herblay (S. & Oise) ».
La fiche de Maurice Bartels, né le 26 avril 1910 à Paris, indique qu’il est arrivé au camp en provenance de la capitale, le 17 juillet 1917, à l’âge de sept ans. Il semble que Hans Boike Bartels ait récupéré la garde de son fils, après avoir fait le choix de retourner en Allemagne. Refusant de l’y suivre, sa femme demande le divorce. Elle écrit dans une lettre : « on épouse un homme, pas sa nationalité ». Une autre lettre adressée par la belle-mère de H. B. Bartels renseigne, elle aussi, sur les profondes déchirures que cause la guerre. L’histoire des Bartels est particulièrement intéressante du point de vue des couples et des familles mixtes.
Les informations qui suivent sont empruntées au témoignage détaillé que nous a fait parvenir en mai 2018 Bernt Bartels, le demi-frère de Maurice, de 27 ans son cadet. Il est possible d’en consulter la version intégrale allemande sur le site « Nomadenerbtümer. Garaison, ein Internierungslager in den Pyrenäen » [Patrimoines nomades. Garaison, un camp d’internement dans les Pyrénées], dont l’un des principaux objectifs est de retrouver des descendants de prisonniers à Garaison et d’en collecter les souvenirs : https://blogs.univ-tlse2.fr/garaison/temoignages/zeugenschaften/bernt-bartels/

Voici ce que nous apprend le témoignage de Bernt Bartels.
Les registres de la paroisse évangélique St. Anna à Großenmeer près d’Oldenbourg en Basse-Saxe attestent la présence des Bartels sur ce territoire depuis quatre cents ans : ils exploitent une ferme. Hans Boike Bartels est le plus jeune d’une fratrie de six frères et une sœur.
Renvoyé de l’école en raison de son appartenance à la confrérie Camera Obscura, il rejoint l’un de ses frères à Londres et y travaille comme apprenti dans les bureaux de la Deutsche Bank. Il fait la rencontre d’une Française, Léona Jonchery, qui devient sa première femme. Le couple s’installe dans la banlieue de Paris. Le second époux de la mère de sa femme, M. Briel, procure un emploi dans son l’établissement bancaire à Hans Boike Bartels. De l’union de Léona Jonchery et Hans Boike Bartels naît Maurice le 26 avril 1910.
À la déclaration de guerre, Hans Boike Bartels est interné au camp de Garaison où il passera « 54 mois », soit 4 ans et demi. La guerre aura eu raison de son mariage avec Léona Jonchery qui meurt, victime d’un accident, peu après la fin de la guerre. Hans Boike Bartels sera néanmoins soutenu, y compris financièrement, pendant toute la durée de la guerre par les époux Briel et ses belles-sœurs, avec qui il restera en contact jusqu’à son décès, au milieu des années 1950.
Quand il quitte le camp pour l’Allemagne, le 15 août 1918, Hans Boike Bartels emporte avec lui plusieurs petites pièces de marqueteries figurant la vie à Garaison. Elles semblent avoir été perdues au cours d’un déménagement, mais Bernt Bartels se souvient notamment d’une miniature de la sentinelle du camp, en pantalon rouge, baïonnette au canon, légendée « L’État, c’est moi. »
Albert Schweitzer, détenu à Garaison avec son épouse de novembre 1917 à février 1918, traite la jaunisse de Hans Boike Bartels avec les moyens à sa disposition, à savoir du cognac. Ce détail bouffon amusa par la suite nombre des amis du malade. Parmi eux, des hommes qu’il avait rencontrés au camp et qu’il ne perdit pas de vue, en particulier Franz Meier, Johnny Büchs, Peter Weber, Hinrich Geerken et Jürgen Toedter.
À son retour en Allemagne, Hans Boike Bartels et son « moutard français », ainsi que le désignaient ses frères, furent assez mal accueillis : en plus de toute le reste, Hans Boike Bartels doit faire face à la défiance et la dureté de ses proches, mais il n’est pas du genre se laisser abattre et rebondit.
Il tente de soigner la tuberculose qu’il a ramenée de Garaison dans un sanatorium de Leysin en Suisse. Il rencontre celle qui, faisant fi des préjugés, devient sa seconde épouse et la mère de leur fils Bernt Adrien Bartels. Le couple vit à Cologne.
Maurice Bartels paraît apprécier cette jeune belle-mère qu’il appelle « Maman ». Pour autant, il préfère retourner en France grandir auprès de ses grands-parents. Les Briels et les Bartels se rendent mutuellement visite. Écartelé entre ses deux cultures, Maurice est toutefois un garçon instable. Ses grands-parents lui lèguent leur maison d’Herblay au 10 boulevard Joffre, un ancien relais de poste, pour au moins lui assurer un gîte.
Durant la Seconde Guerre mondiale, Maurice (29) combat aux côtés de l’armée française. Il fait l’expérience d’être prisonnier militaire en Allemagne. On le retrouve plus tard à Saigon, où il est employé par la compagnie Air France. Après la bataille de Diện Biên Phu en 1954, il rentre en Europe, dans un triste état et désargenté. Son père le rapatrie à Cologne, afin de le remettre sur pied. Maurice retourne ensuite à Paris et ne donne guère de nouvelles : il écrit avoir « énormément à faire », sans qu’on sache quoi.
Hans Boike Bartels meurt en juillet 1955 des suites d’une mauvaise bronchite. Peu de temps avant son décès, ayant appris que la maison du boulevard Joffre est vendue aux enchères, il écrit à son fils en lui proposant de se porter acquéreur. Maurice ne viendra pas aux obsèques et invoque des affaires délicates qui l’empêchent de quitter Paris. Il renonce à tout droit de succession sur la propriété terrienne des Bartels à Oldenburg, leur unique bien épargné par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale. Il ne souhaite conserver que la collection de timbres de son père. Sa famille allemande n’entendra plus jamais parler de lui.
Dans les années 1970, son demi-frère Bernt Bartels mène l’enquête dans le 17ème arrondissement de Paris, où Maurice est né. Il apprend son décès à l’hôpital Léopold Bellan le 10 août 1972. La responsable du personnel de la compagnie d’assurance pour laquelle travaillait Maurice Bartels lui confie son dossier. Il se rend à son dernier domicile. Maurice avait soigneusement caché à son voisin qu’il était à demi-allemand et s’était inventé de lointains « parents au Danemark ».
Hilda Inderwildi, Marie Bugelnig, juillet 2018

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Dondeyne, Alton (1886-1957)

1. Le témoin
Alton Dondeyne est né à Armentières (Nord). Il tient à la mobilisation un magasin de cycles à Billy-Montigny (Pas-de-Calais), et commence la guerre au 362e RI. Blessé lors de la bataille des frontières, il est renvoyé, en octobre 1914, en Belgique sur l’Yser, avec un bataillon du 162e RI. Evacué pour « dissempterie » fin décembre, il rejoint le front avec le 413e RI en mars 1915 et participe à l’offensive d’Artois de septembre 1915. A Verdun en avril 1916, il est fait prisonnier en août, et il termine la guerre en travaillant dans une usine en Allemagne. Rapatrié en décembre 1918, il est ensuite employé aux mines de Liévin et devient vice-président de l’Union Nationale des Combattants de Liévin (Pas-de-Calais).
2. Le témoignage
Les carnets de guerre d’Alton Dondeyne, communiqués par son petit-fils Gérard Dondeyne aux Archives Départementales du Pas-de-Calais, ont été numérisés, puis, grâce au protocole Wikisource – A.D.62, mis en ligne sur internet. Ce protocole (voir aussi A. Labbé pour les aspects techniques et juridiques) permet une retranscription satisfaisante (dactylographie) de l’original manuscrit, les deux documents restant consultables en regard, et donc comparables, par l’usager. Les 184 pages numérisées reproduisent un cahier manuscrit, à l’écriture suivie, ce qui fait penser à la reprise, réalisée dans les années trente, d’un ou plusieurs carnets d’origine ; le récit de guerre compte 130 pages, le reste étant constitué de citations, poèmes, chansons, puis de discours. Gérard Dondeyne a confié les mêmes documents pour numérisation au site Europeana 14 – 18.
3. Analyse
Le témoignage d’Alton Dondeyne, à l’orthographe approximative, est souvent plus « littéraire » que sobrement descriptif, l’évocation des combats vécus étant très marquée par l’émotion. L’emphase n’empêche pas un réel intérêt historique, d’abord parce que ce style, marqué par des points d’exclamation systématiques, n’est pas rare dans les retranscriptions des expériences vécues, et d’autre part parce que les apports factuels sont réels. Par exemple, il évoque pendant les combats de l’Yser, un obus qui tue quatre hommes au milieu d’un rassemblement lors de la relève (novembre 1914, p. 16) : [sic orthographe et suite] « nous ne restions plus que vingt-six et dans quel état, pâle, terreux, défaits, démoralisé, brisé de fatigue, des yeux ou une lueur de mort avait passé (…) Spontanément, nous nous embrassâmes a tour de rôle, c’était émotionnant et sublime ! Je ne puis en parler sans verser des pleurs. Ce sont des journées qu’on oublie pas !!… » .
Evacué en décembre 1914, il revient au front avec le 413e RI en avril 1915, et participe en septembre à l’offensive d’Artois à Souchez. Le récit est court et insiste surtout sur la tenue très meurtrière d’une position de crête visible de tous côtés par l’ennemi (Givenchy, cote 142), puis sur l’épisode de l’écroulement d’un abri qui emmure plus de 25 hommes (p. 30) « Une torpille tombe sur un abri, le démoli et bouche l’entrée, trente hommes sont là dedans impossible de les sauver, pour toute oraison funèbre, on met une croix à l’entrée et s’est fini. » Sur le site Europeana, on trouve un document disjoint du cahier principal et non visible sur Wikisource, c’est un brouillon de lettre destiné à Jacques Péricard ; A. Dondeyne pensait que l’auteur de « Verdun » préparait un ouvrage sur la bataille d’Artois, et il lui raconte en huit pages ce qu’il évoquait en 3 dans son journal (on ne sait pas si la lettre a été envoyée) ; si on reprend le même épisode dramatique, il est plus précis tout en restant fidèle: «un 210 bouche l’entrée de la 2ème cagna contenant 27 ou 28 hommes, les feux de barrage s’en mêle, et les maudits 77 autrichien qui vous frisent les cheveux en tirant a ras de terre, avec une rapidité déconcertante et une épreuve terrible pour les nerfs. Ce marmitage dura combien 1 H ½ 2 heures ? (…) et pendant ce temps, nos camarades de la 2ème cagnas sont enterrés vivants. Quel mort horrible toute tentative de dégagement ne pouvait que risquer des vies inutiles, et d’ailleurs, l’ordre fut donner de ne toucher a rien, ne pas se montrer le jour étant venu puisque je l’ai déjà dit plus haut nous étions vu de partout et pour toute oraison, il ne reste plus qu’à placer deux bout de bois en croix. »
La famille de l’auteur est restée dans les territoires envahis, il n’a aucune nouvelle et se ronge les sangs (p. 36, mars 1916) : « Voila donc ma permission terminée, et elle n’a pas était rose. Quel malheur ! de ne pouvoir voir les siens ! je suis navré, dégoutée, j’en arrive a souhaiter qu’une balle bien placée, me délivre de cette existence malheureuse, et d’autre part je me raccroche désespérément à la vie (…) » Il imagine ensuite, car il n’a toujours pas eu de nouvelles précises, que sa famille est déportée, probablement vers l’intérieur de l’Allemagne (p. 54, mai 1916) : « Voila : que j’apprends que les Allemands ont fait évacuer les habitants de mon pays, donc ma femme serait partis aussi , ! (…) voila donc ma petite famille errante, sans feu ni lieu, sans asile, et peut-être sans pain ! Triste, triste, ce sera donc toujours les mêmes qui souffre et qui pleure… !! »
Fait prisonnier à Verdun dans le secteur du Bois-Fumin le 1er août 1916, il est gardé d’abord à Landre (Moselle) puis rapidement mis au travail sur les arrières du front en Argonne. Il évoque un viol commis en 1914, sur la fille d’un couple d’instituteurs (p.86) : [la fille] « qui fut devant eux violenter par neuf de ces brûtes, leurs passions bestiales et criminelles assouvis les boches barricadèrent toutes les issues, et tentèrent de mettre le feu a la maison. C’est a force de soins que ces gens ont pu sauver leur enfant, qui fut malade 6 mois durant. Nous la voyons le matin, nous apportais soit du lait ou du café, ne se doutant pas que nous sommes au courant par sa mère du crime odieux qu’elle a subi. » Les faits cités sont peut-être exacts, mais il y a un sérieux doute sur le café, en zone allemande, à cette époque du conflit. L’auteur arrive au camp de Giessen fin novembre 1916 et dit que c’est la première fois depuis qu’il est prisonnier qu’il a pu manger à sa faim. Employé ensuite dans un kommando qui travaille dans une usine métallurgique, il décrit des femmes allemandes au travail (p. 105) au début 1918 « les femmes sont habillés en homme, ceux qui travaillent aux gares et aux usines portent tous le vêtement masculin complet avec casquettes, moletières, etc : Hum !… Si la situation ne serait pas si triste, on serait porté à rire, c’est plutot libertin, ça rappelle les maisons closes, et les « Claudine » de Willy ! Cela ne dit rien de bon pour la morale, de plus j’ai deja remarquer que beaucoup sont éthéromane (…).
Ce n’est qu’au début janvier 1917 qu’il reçoit des nouvelles de sa famille, il n’en avait pas eu depuis l’époque de la mobilisation en août 1914, soit 2 ans et 4 mois. Il apprend plus tard avec satisfaction, en mai 1918, que les siens ont pu passer en France non occupée. Dans le courant 1917, il signale aussi que la situation alimentaire devient de plus en plus difficile pour l’ennemi, les prisonniers bénéficiant eux d’une aide de la Croix-Rouge et parfois de colis venant des familles (p. 109, mars 1917) : « La misère devient de plus en plus grande, au point que les civils, en sont devenus a mendier aux prisonniers, c’est le renversement des rôles. »
La fin du cahier (pages 131 à 184) contient des discours prononcés par l’auteur, comme vice-président de la section de l’U. N. C. de Liévin, et les faits de politique intérieure et extérieure pèsent sur les thématiques évoquées : en 1937, l’orateur renouvelle son appel à l’unité devant l’axe Berlin-Rome et en 1938, il évoque les risques de guerre, cette « hideuse calamité qui s’acharne en Espagne et Extrême Orient ». Lors de ce discours du 11 novembre, il incrimine pêle-mêle le personnel politique de la IIIème République et les communistes, peut-être ici les anciens combattants de l’A.R.A.C. (p. 161) : « C’est nous qui avons sauvé le pays, et non les Politiciens de l’arrière, et de tout acabit, qui trouvent encore le moyen vingts après [sic], de nous laisser dans l’pétrin. Et l’on ne verrait pas comme dans certaine commune que vous connaissez bien, les combattants subir les manœuvres de la Dictature rouge, pour les faire défiler derrière les Drapeaux révolutionnaires ! » La péroraison mélange les thèmes guerriers et pacifiques : « formons le dernier carré ! et coude à coude, pour faire entendre notre voix, et celle de nos morts !
Arrière la Guerre ! Arrière la Guerre ! ce fléau de l’humanité
Pour qui les yeux des Mères Ne devraient plus jamais pleurer ».
Vincent Suard, juin 2018

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Büchs, Johannes-Franz (1878-1963)

De nationalité allemande, le sculpteur Johnny Büchs vit à Paris depuis près de vingt ans, quand éclate la Première Guerre mondiale. Cet amoureux de Montparnasse et de la cité des arts connaît alors, avec sa femme Jeanne (elle aussi allemande) et ses deux fils, le sort de prisonniers civils. Évacués de la Dordogne, ils arrivent au camp de Garaison par Monléon-Magnoac (Hautes-Pyrénées) en 1915. Le passage du sculpteur dans cet ancien couvent reconverti en camp d’internement est attaché à l’image d’une statue de faune païen, érigée sur la fontaine de la grande cour de l’appel (cour des Apostoliques) et considérée comme un blasphème par les ecclésiastiques vivant encore à Garaison. En janvier 1917, traumatisé et malade, Johnny Büchs est transféré en Suisse, dans un camp d’internement sanitaire. Une fois guéri, le sculpteur recommence tout de zéro dans le canton d’Argovie où il peut acquérir dès 1926 un vaste atelier.

Le Fonds des Pères de Garaison conservé aux Archives diocésaines de Tarbes et Lourdes comporte d’intéressantes photographies en rapport avec Johnny Büchs et ses œuvres.
C’est le descendant d’un codétenu ami du sculpteur qui nous a transmis l’oraison funèbre de l’artiste, prononcée par le prêtre Arnold Helbling le 5 janvier 1963. Grâce à ce document traduit et retranscrit ci-dessous, il est possible de reconstituer certains pans de l’histoire du sculpteur, avant et après l’internement à Garaison. Il nous a également transmis des photos d’œuvres de Büchs, dont l’une figure la tête de Maurice Bartels.
Nota : Né le 26 avril 1910 à Paris, Maurice Bartels est le fils d’un employé de banque, lié d’amitié avec Johnny Büchs. Il arrive au camp à l’âge de 7 ans, le 17 juillet 1917, il y rejoint son père présent à Garaison depuis 1914.

Aux Archives départementales des Hautes-Pyrénées, la référence du dossier de Johnny Büchs est 9_R_152.

Une notice biographique est en cours de rédaction pour le dictionnaire-anthologie Le Sud-Ouest de la France et les Pyrénées dans la mémoire des pays de langue allemande au XXe siècle (Le Pérégrinateur, 2018).

Hilda Inderwildi, février 2018

« Mes chers frères et sœurs unis par le deuil,

Il a plu à notre Seigneur qui régit la vie et la mort de rappeler auprès de lui pour l’éternité Johannes Franz Büchs, dénommé Johnny Büchs, sculpteur académique, domicilié dans la Schönenwerderstrasse en la ville d’Aarau.
Il est mort au terme d’une vie longue et bien remplie, pleine de rebondissements, à un âge vénérable, un peu plus de 84 ans.

Johnny est né le 26 septembre 1878 à Dresde, alors capitale du royaume de Saxe et protectrice des arts. C’est là que s’éveilla son goût pour l’art au contact des splendides édifices baroques et rococo de la ville et des célèbres chefs-d’œuvre de la Dresdener Galerie. Sa forte inclination à saisir personnages et objets sur le mode plastique l’orienta naturellement vers la sculpture et le poussa à entreprendre des études aux Beaux-Arts de Dresde, qu’il poursuivit à Munich, ville des muses et versée dans les arts, résidence du roi de Bavière.

Sa formation terminée, il se rendit à Paris, cette métropole cosmopolite, où il tint son atelier durant dix-huit ans comme artiste indépendant ; il sut s’y imposer dans le débat stimulant avec maints autres artistes plasticiens, il s’y vit confier de belles réalisations, valorisantes, et il put y développer toutes les promesses de son talent. Ces années à Paris devaient demeurer les meilleures de sa vie. Il y acquit une maîtrise remarquable et reconnue comme telle. Puis, la Première Guerre mondiale éclata soudainement. Avançant à toute allure, les armées allemandes menacèrent bientôt Paris. Ressortissant allemand, Johnny connut dans son pays d’accueil le sort de prisonnier civil. Après la bienheureuse éclaircie des années d’avant-guerre, son âme éprise de paix eut du mal à supporter cette période d’épouvantable tonnerre martial. Il dut abandonner ciseau et marteau, et il tomba malade. C’est à la faveur d’un échange de prisonniers que ce patient arriva ensuite en Suisse à Schinznach-Bad qui accueillait un camp d’internement. Mais il n’avait eu d’autre choix que laisser derrière lui, en France, toutes ses œuvres datant de cette période de création si féconde. Cela lui fit mal, comme s’il s’était agi d’une partie de lui. Ainsi ses œuvres, innocentes victimes de la guerre, furent-elles détruites ou tombèrent dans l’oubli. Il était donc nécessaire de repartir de zéro, et dans de toutes autres conditions. Après sa guérison, Johnny alla s’installer à Niederlenz où il put reprendre la sculpture au bout de longues années de maturation psychique.

[…]

Je ne saurais pas dire grand-chose de la vie privée de Johnny Büchs. Il s’était jadis marié à Berlin et avait fondé une famille. De son union naquirent deux fils, René et Marc, qui vivent tous deux en Amérique. Ce fut une immense joie pour ce vieux grand-père souffrant d’un très fort asthme de pouvoir peu avant Noël faire la connaissance de son petit-fils et sa femme, ainsi que de son arrière-petite-fille, et de les recevoir dans son foyer. Il en avait toujours rêvé. Eux étaient venus en Europe depuis Oakland en Californie, spécialement pour rendre visite à leur cher grand-père et arrière-grand-père. Cela devait être son ultime grande joie ici-bas. Car au second jour de la nouvelle année, une insuffisance cardiaque eut raison de cette vielle âme fatiguée. »

Extrait de l’oraison funèbre de Johnny Büchs par le prêtre Arnold Helbling (5. 1. 1963)
Traduction inédite par Hilda Inderwildi

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Pretzfelder, Max (1888-1950)

Max Pretzfelder est un artiste peintre et dessinateur juif, né à Nuremberg (Bavière) et mort à Los Angeles (Californie). Il est surtout connu pour avoir été le décorateur-costumier du cinéaste autrichien Georg Wilhelm Pabst. Séjournant à Paris au moment de la déclaration de guerre, en août 1914, l’artiste est interné au camp de prisonniers civils de Lanvéoc (Finistère) jusqu’en décembre 1917, puis il obtient son transfert au camp d’Île Longue, où s’est organisée une vie culturelle dense autour de Pabst et Leo Primavesi. Pretzfelder participe à leurs mises en scènes de théâtre et aux actions éducatives de la bibliothèque du camp, tout en réalisant de nombreux croquis d’internés ou de paysages et en illustrant les textes qu’il écrit. Il contribue également au journal édité dans l’enceinte du camp Die Insel-Woche [La semaine de l’île] et forme le projet d’alimenter une chronique en sollicitant des écrivains tels que Rainer Maria Rilke ou Karl Wolfskehl, afin de ne pas perdre le lien avec l’Allemagne intellectuelle. Mais les conditions d’internement se détériorent : les courriers sont suspendus, la presse est interdite, une épidémie de grippe espagnole se déclare. Pabst quitte le camp avec les non Allemands, en mai 1919. La signature du traité de Versailles n’apporte aucun changement pour Pretzfelder : il s’évade donc dans la nuit du 30 au 31 août 1919, avec l’intention de gagner Madrid où vit sa sœur aînée, Lilli. Une brève nouvelle intitulée Flucht [Évasion] relate cette tentative. Après sa libération du camp de Garaison (Hautes-Pyrénées), l’artiste rejoint sa sœur Anna à Berlin. Il se rend souvent aux Baléares, où il apprécie de peindre et où l’on apprécie sa peinture, que la critique compare à celle de Joaquin Sorolla. Devant la montée du nazisme, l’artiste prend le chemin de l’exil dès 1932, en France d’abord, puis aux États-Unis à partir de 1935. Naturalisé américain au début des années 1940, il y vit, relativement oublié, jusqu’à sa mort à Santa-Monica.
La copie que nous avons pu consulter n’indique pas de date précise pour le récit auto-illustré Flucht. Mais Max Pretzfelder lui ajoute une coda dans le texte qu’il adresse à son ami Karl Wolfskehl en 1929, dont nous citons une phrase ci-dessous. Le protagoniste de l’histoire se nomme Georg – probablement en souvenir de Pabst. Comme son héros, l’artiste est arrêté à Hendaye (le 2 septembre 1919) et transféré au camp de Garaison. Le récit s’arrête au moment où Georg parvient dans ce nouveau camp. Il se termine sur un hasard cocasse qui le relie à la prison de Hendaye, où l’artiste s’est acquis la faveur des gardiens en faisant leur portrait : « M. Raoul Dupuis, le premier des gardiens qu’il avait dessinés, l’accompagna lors du voyage à son nouveau camp ; là-bas, on le présenta à M. Dupuis, le directeur, comme faisant partie des moins crapules. » Max Pretzfelder est interné à Garaison du 6 septembre au 17 octobre 1919.
C’est Ursula Burkert, fille de l’interné civil Carl Röthemeyer et auteure de l’ouvrage Fernab des Krieges : Das Leben des Carl Röthemeyer im Internierungslager Île Longue [Loin de la guerre : la vie de Carl Röthemeyer au camp d’internement d’Île Longue] qui a transmis les différentes versions de la nouvelle Flucht (Cinémathèque de Berlin, fonds G. W. Pabst, et Literaturarchiv Marbach, fonds K. Wolfskehl) à Christophe Kunze pour l’association Île Longue 14-18 : http://www.ilelongue14-18.eu/ (consulté le 9 janvier 2018).
Nota : En 1914, Carl Röthemeyer est étudiant aux États-Unis. Il est arrêté au large de Brest sur le Nieuw Amsterdam à bord duquel il tente de rejoindre son pays pour s’engager dans l’armée allemande. Il est emprisonné à Île Longue où il côtoie notamment Leo Primavesi et Max Pretzfelder.

Aux Archives départementales des Hautes-Pyrénées, la référence du dossier de Max Pretzfelder est 9_R_152.

Une notice biographique est en cours de rédaction pour le dictionnaire-anthologie Le Sud-Ouest de la France et les Pyrénées dans la mémoire des pays de langue allemande au XXe siècle (Le Pérégrinateur, 2018).

Hilda Inderwildi, janvier 2018

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Witte, Friedrich Johann (1874-1940)

Né à Bielefeld en Rhénanie-Westphalie, l’Allemand Friedrich Johann Witte, dit Frédéric Witte ou Witté, travaille comme interprète à l’accueil d’un hôtel de luxe parisien, quand éclate la Première Guerre mondiale. Avec sa compagne, Louise Toulliou, originaire de Quimperlé dans le Finistère Sud, il habite successivement Paris, Courbevoie puis Colombes. Ces époux sont un exemple du douloureux destin ordinaire des couples franco-allemands durant la première moitié du XXe siècle. Ils n’ont pas eux-mêmes livré de témoignages formels. C’est Michèle Witté, petite-fille de Frédéric et fille de François Witté, qui se dédie à reconstituer l’histoire de cette famille entre la France et l’Allemagne.
De l’union libre de Louise et Frédéric naissent trois premiers enfants, Frédéric Jean (1903), Rodolphe (1908) et Simone (1912). Frédéric Witte arrive le 7 septembre 1914 au camp de Garaison par Monléon-Magnoac, dans les Hautes-Pyrénées. Installé dans les locaux vacants d’un collège religieux, ce camp          « accueille » depuis le jour de son ouverture jusqu’en 1919 quelque 2130 internés : Allemands, Autrichiens, Ottomans, mais aussi Alsaciens-Lorrains, Polonais ou Tchèques, ressortissants des puissances alors en guerre contre la France – parmi eux le docteur Albert Schweitzer et son épouse. L’objectif consiste principalement à retenir les hommes mobilisables, susceptibles de grossir les rangs des armées ennemies si on leur permettait de rentrer dans leur pays. Tel est le cas de Frédéric Witte (40 ans).
Sa famille est restée en région parisienne. Privée de ressources après le départ forcé de son compagnon, Louise décide de rejoindre le père de ses enfants et de se faire admettre au camp, où elle se présente le 7 août 1915. Le préfet accède à sa requête trois jours plus tard au vu de sa situation précaire. Toutefois l’ainé des enfants, Frédéric (Fritz/Jean, 12 ans) demande très vite à quitter le camp pour pouvoir vivre chez sa tante Jeanne. Celle-ci réside alors à Montluçon et son mari, le capitaine François Mercier, ainsi que son fils Patrice, combattent au front. Fritz écrit à son cousin, dans une lettre datée du 15 octobre 2015 qu’il souffre d’être « interné à Garaison comme boche ! » Le capitaine Mercier s’étant engagé à élever son neveu « avec des sentiments français, qu’il a déjà », Fritz est autorisé à quitter le camp le 18 décembre 1915, mais il devra y revenir après le décès de son cousin qui survient le 15 mai 1917. Dans l’intervalle, la vie continue pour les internés, adoucie par les mandats qu’envoie régulièrement la tante. Un garçon naît à Garaison le 7 juillet 1916, François Patrice vivra ses premières années au camp. Les parents se marient le 17 septembre 1917 à la mairie de Monléon-Magnoac. La demande de rapatriement que dépose la famille en vertu des accords concernant les échanges de prisonniers ne peut aboutir. En conséquence, les Witte demeurent à Garaison jusqu’à la fin de la guerre. Dans une note confidentielle du directeur du camp, on peut lire à propos de Frédéric Witte : « très correct, mais il a gardé quelque chose de son origine – nous ne le croyons pas de cœur avec nous ». À sa libération, celui-ci veut retourner dans son pays natal, pour échapper à la France qui l’a maltraité. Après avoir confié leurs trois aînés à Jeanne, les époux Witte partent en Allemagne avec le petit dernier. Ils n’y sont pas les bienvenus : Fréderic est regardé comme un paria ayant fui l’Allemagne, marié à une Française, de surcroît. Un cinquième enfant, Richard, naît à Essen en 1920, puis les Witte font l’acquisition d’un « bar-tabac » dans les locaux de la gare de Bad Godesberg. En 1930, François vient à son tour vivre chez sa tante à Lorient. Les Witte, qui regrettent la vie parisienne et s’inquiètent de la montée du nazisme, songent à rentrer en France. Ils se réinstallent à Paris en 1934. Leurs aînés ont entre-temps fait carrière dans l’armée française. Jean deviendra colonel, son frère Richard, capitaine. L’ancien interné de Garaison, naturalisé français à l’automne 1937, ne le saura pas : il meurt à Paris le 4 février 1940.
Les formulations entre guillemets renvoient au dossier de Frédéric Witte (9_R_139) aux Archives départementales des Hautes-Pyrénées.
Le témoignage de Michèle Witte est à paraître en allemand (également consultable en français) sur le site web du programme de recherche toulousain            « Nomadenerbtümer » [« Patrimoines nomades »].

Hilda Inderwildi, janvier 2018

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Cazals, Maximin (1882-1936)

Dans le livre collectif, 500 Témoins de la Grande Guerre, en page 24, une photo prise en 1915 représente un groupe de sept poilus. Celui qui porte une veste sombre est Maximin Élie Cazals. Il est né le 29 mai 1882 à Mazamet (Tarn). Son père, tisserand, est issu de familles de travailleurs de la laine des montagnes du sud-est du Tarn, région de Brassac. Maximin reçoit une instruction primaire mais ne semble pas avoir obtenu le certif. Son livret militaire indique qu’il ne sait pas nager. Il entre très jeune au travail comme ouvrier mégissier. Après le service militaire, il se marie à Aussillon en avril 1907 et habite alors dans cette commune limitrophe de Mazamet. Deux filles naissent en 1908 et 1912, deux fils en avril 1915 et mars 1918, une dernière fille en 1923. Après la guerre, il reprend son travail dans la mégisserie et devient contremaître.
Lors de la déclaration de guerre, il a 32 ans. Il est simple soldat dans divers régiments, puis au 52e d’infanterie coloniale à compter du 16 août 1915. Auparavant, il avait été blessé à Massiges, le 3 février : « plaie pénétrante épaule droite par shrapnell ». Il participe aux attaques de Champagne (septembre 1915), de la Somme (octobre 1916) et de l’Aisne (avril 1917). Le 16 avril, il est devant Hurtebise. Caporal le 9 octobre 1918.
Il semble qu’il n’ait pas tenu de carnet de guerre. Sa correspondance a été brûlée après sa mort et celle de son épouse par une de ses filles. Il reste de ses quatre années de 1914-1918 la photo mentionnée plus haut, son livret militaire, un certificat de visite constatant sa blessure, une fiche de citation à l’ordre du régiment datée du 31 octobre 1917 et sa croix de guerre. Dans les années 1980, ses enfants ont apporté le souvenir suivant : Il ne parlait jamais de la guerre et n’allait pas aux réunions d’anciens combattants. Un de ses copains l’y a entraîné une fois. Il en est revenu à la maison en pleurant et, là, il a tout raconté.        « C’était exactement ce qu’a décrit Barthas », a dit son fils aîné qui avait lu le récit du caporal audois.

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Caussade, Jean (1874-1918)

Jean Caussade est né à Villebrumier (Tarn-et-Garonne) le 14 janvier 1874, dans une famille paysanne. Lorsque la guerre éclate, il a une petite exploitation en polyculture vivrière (céréales, vigne, quelques bêtes). De son mariage avec Joséphine, il a un fils, Alban, trop jeune pour partir en guerre, mais capable d’effectuer les travaux agricoles en l’absence du père.
Jean est mobilisé en janvier 1915 au 132e RIT à Montauban ; il passe au 330e RIT de Marmande en juillet, et part pour le front en septembre. En février 1918, toujours 2e classe, il est au 73e RIT ; il est porté disparu le 27 mai 1918 au Chemin des Dames. Sa mort est enregistrée par jugement rendu le 14 octobre 1921 (Fiche tirée de Mémoire des Hommes). Joséphine ne se remarie pas et continue à gérer l’exploitation avec Alban.
La famille a conservé un peu plus de 500 cartes postales envoyées par Jean, certaines fournies par l’armée, d’autres représentant des scènes humoristiques. Les vues de villages sont parfois personnalisées (une croix indique son cantonnement, par exemple). Le mémoire de maîtrise de Cyril Bariou (Les correspondances de guerre d’un paysan, soldat de la Territoriale 1915-1918, Université de Toulouse-Le Mirail, 2005) en reproduit quelques-unes ainsi que les portraits de Jean, de Joséphine et d’Alban.
Cette correspondance illustre en particulier quelques thèmes.

L’amour conjugal
Comme beaucoup de témoignages présentés dans 500 Témoins de la Grande Guerre et dans ce dictionnaire du CRID 14-18, la correspondance de Jean Caussade montre l’existence du fort amour conjugal exprimé par cet homme qui n’est pas devenu une brute. Il dit à plusieurs reprises que sa seule consolation réside dans l’échange des lettres ; il emploie des termes sans équivoque : « Ma chérie », « Mille baisers », etc. Le 17 septembre 1917 : « Dans l’après-midi, je suis allé visiter un peu partout dans les jardins, et j’ai trouvé encore ces petites pensées toutes couvertes d’herbes dont j’ai ramassé très délicatement pour te les envoyer. Je les ramassais si précieusement qu’il me semblait te caresser à toi-même, mais hélas tu es cependant bien trop loin de moi pour cela. Il faut encore vivre dans l’espoir d’y arriver un jour, mais ce jour heureux, où est-il ?

Les conseils à la famille
En bon paysan, Jean se renseigne sur l’état des bœufs et donne des conseils pour la culture. Les conseils valent pour sa femme et pour son fils, avec cette précision du 9 mai 1915 : « Surtout, écoute ta mère, et je te recommande surtout ne la fais pas mettre en colère, parce qu’elle a un peu plus d’expérience que toi. » Parmi les quelques exemples, voici la carte du 25 mars 1915 : « Finissez la taille de la vigne, faites trèfle et sainfoin à Mourrât et la Ringue et au Clapié, trèfle. Et puis, s’il ne pleut pas, emporter le fumier et aller chercher le bois, puis labourer la Sanevielle et la Motelle, puis nous verrons. » Le 16 août : « Tu me donneras des nouvelles de la vigne et des raisins. Dis-moi comment vous devez effectuer le battage, comment vous vous êtes entendus pour dépiquer et si tu peux labourer. Si tu peux retourner un peu de terre, fais-le à cause de l’herbe. Tu pourrais avoir de plus belles récoltes. »
Le temps passant, il semble que le discours évolue. Ainsi, le 17 décembre 1915 : « Faites en sorte de faire pour le mieux en attendant que je revienne. » A son fils, le 14 octobre 1916 : « Ce que tu as de mieux à faire après toutes ces fatigues que tu supportes, c’est de te ménager. Couche-toi à bonne heure. » A sa femme, le 12 mai 1917 : « Suis toujours en bonne santé, et j’ai grand plaisir que tu en sois de même, et que tu ne souffres pas. C’est tout ce qui me préoccupe le plus. »
Des conseils plus précis à Alban concernent la chasse (29 août 1917) : « A ce sujet, je te dirai qu’il faut que tu sois prudent : ne pas jouer avec le fusil quand tu seras avec tes camarades ; faire bien attention de ne jamais tirer un coup de fusil horizontalement car, soit dans les maïs ou derrière une haie, il peut s’y trouver quelqu’un dont tu peux ignorer qu’il y soit, et ça serait bien malheureux que pour une caille tu fasses du mal à quelqu’un. »
Et à Joséphine, ils concernent l’allocation aux familles (23 février 1916) : « Puisque la femme de Rouquette a l’allocation, et du moment que c’est sûr, n’hésite pas un moment de plus. Va-t-en trouver le juge et réclame jusqu’à la gauche de ma part, car vous y avez le droit aussi bien comme elle et beaucoup plus. »

Au front
Il porte un jugement critique sur les gens du Nord. Il aime bien vivre en compagnie de camarades du « pays » qui sont dans le même régiment. Habile pêcheur, il gagne la sympathie de ses supérieurs en les faisant profiter de ses prises. Il participe à l’artisanat de tranchées (17 février 1917) : « Pour le moment, je suis en train à polir deux douilles du 75 court, pour que tu puisses faire deux vases à mettre sur ta cheminée et que je tâcherai de porter à mon retour. »
Le travail des territoriaux consiste en terrassements et entretien des routes, au transport de ravitaillement et de matériel près des lignes, ce qui n’est pas sans danger.
Les Boches restent les ennemis, et Jean Caussade n’est pas un grand contestataire. Cependant en 1917, on peut noter deux remarques. Sur la guerre, le 18 février : « Ce ne sera pas encore la fin de cette saloperie de guerre, mais qui pourtant faudra qu’elle finisse un jour et que nous serons heureux. » Sur les chefs, le 17 octobre, « ces messieurs lesquels je suis bien fatigué d’être sous leur direction ».
Rémy Cazals, septembre 2017

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Pébernard, Antoine (1886-1975)

Antoine Pébernard est né le 9 avril 1886 à Saint-Hilaire (Aude), d’un père charpentier. Il exerce le même métier. Service militaire au 5e Génie de 1907 à 1909. Campagne contre l’Allemagne du 3 août 1914 au 6 mars 1919. Il se marie à Limoux le 11 décembre 1916. Après la guerre, il est domicilié à Luchon. Il meurt à Salies-du-Salat à l’âge de 90 ans.
Son témoignage de guerre est un manuscrit sur cahier d’écolier (60 pages) conservé aux Archives départementales de l’Aude, cote 3J-1358, transcrit par Guilhem Delon dans son mémoire de maîtrise 1914-1918. De l’arrière au front : l’arrondissement de Limoux dans la tourmente, Université de Toulouse Le Mirail, 1997.
Quelques notes dans l’ordre chronologique sur les activités du 5e Génie qui vit en grande partie dans des trains :
– 2 août 1914 : « Grand enthousiasme. Pleurs. Chants. Cohue dans les gares. »
– 21 août : « Je fais une table pour les officiers. »
– 26 août : dans la retraite, faire sauter un pont.
– 4 septembre : des blessés démunis de tout. « On leur porte nos gamelles. »
– Marche en avant après la Marne. Reims, Soissons.
– 19 novembre : Secteur de Braisnes. Fabrication de fascines, claies, piquets pour les tranchées.
– 17 décembre : construction de radeaux avec des demi-muids.
– 29 février 1915 : en gare de triage de Dijon, construction de voies.
– 12 juillet : première permission.
– 26 juillet : construction d’un voie ferrée à Cuperly
– 1er septembre : Auve. « Les premiers trains de munitions et de ravitaillement sont arrivés, ainsi que de nombreuses troupes. On prépare une offensive. Je travaille à la construction des gares. Plus de cent wagons de bois à employer. »
– 22 février 1916 : Bar-le-Duc. Réparation d’aiguillages et construction de voies de garage pour le Meusien. « On travaille quelquefois jusqu’à 2 h du matin. C’est l’attaque de Verdun et le travail est très pressé. »
– 15 mai : Alsace. Construction d’une ligne « en pays conquis ».
– 29 avril 1917 : « Retour de permission. Le 16 avril a commencé l’offensive prévue, elle n’a pas réussi. Le secteur est devenu très mauvais. On a réparé la voie sur la ligne de Mourmelon à Reims, jusqu’à 1500 mètres des tranchées. »
– 15 mai : « Départ pour Saint-Hilaire-au-Temple. On répare les dégâts que font les avions. »
– 11 août : Vers Daucourt : « 1200 mètres de voie par jour. Nourriture exécrable. »
– 24 janvier 1918 : Même secteur. Capitaine détesté pour sa dureté et ses brimades imposées aux Malgaches qui travaillent avec le Génie.
– 27 mars : Châlons bombardé de nuit par les avions. « Les gens vont tous les soirs passer la nuit dans les champs et rentrent au matin. Et le Génie répare les dégâts et rétablit la circulation.
– 8 août : Vers Montdidier. « Des milliers de prisonniers arrivent par les boyaux. »
– 11 août : Remise en état de la gare de Montdidier. « Le plus beau spectacle de destruction qu’on puisse voir. Tout est pulvérisé. Pas un arbre, pas une maison debout. La gare, immense, n’est qu’une succession d’entonnoirs, quelquefois énormes, obstrués par des traverses déchiquetées et des rails tordus. C’est le vrai chaos. On rétablit les deux voies principales sous un soleil impitoyable et une poussière terrible. »
– 22 août : Vers Daucourt. « Capitaine sérieusement blessé par une mitrailleuse boche, en avant de la ligne. Quelle perte heureuse pour nous ! […] Plus on va, plus le pays est désolé. Les gaz ont brûlé même l’herbe. […] Des cadavres plein les fossés. »
– 16 septembre : Vers Ham, travaux de déminage.
– 6 novembre : Vers Bohain. « La voie du train est minée partout, nous habitons sur un volcan. »
– 11 novembre : « Date mémorable. L’armistice a été signé. Les Anglais manifestent leur joie, feux d’artifice avec les fusées boches qu’on trouve partout. Pour nous, pas de changement. On travaille sur un appareil miné qui peut sauter d’un instant à l’autre. »
– 8 décembre : « A voir le dénuement qu’ils ont laissé, on comprend qu’ils ne pouvaient plus tenir la guerre dans ces conditions. C’est la misère et la famine dans les armées boches qui en ont déterminé l’effondrement. »
– Février 1919 : « J’ai trouvé, le 5, à mon arrivée, mon petit Louis, né la veille. »
Rémy Cazals, septembre 2017
Je remercie Claude-Marie Robion, Archives de l’Aude, de m’avoir communiqué les documents suivants concernant Antoine Pébernard :
– 5E 344-017 Acte de naissance.
– 5E 206-187 Acte de mariage.
– RW 00559-132 Fiche matricule.

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