Rolland, Maria (1866-1945)

Née à Bassoues (Gers) le 16 novembre 1866. Fille de cultivateurs, elle-même doit gérer la ferme de Pichet à Bassoues après la mort de son mari Jean-Marie Cabos en 1899 et pendant le service militaire de son fils et la guerre, de 1913 à 1919. Le fonds Fris Cabos (voir ce nom) contient 51 lettres adressées par la veuve Cabos à son fils (16 en 1913-1914 ; 35 en 1916-1919).
Pendant le service militaire, les lettres de Maria témoignent de la dure séparation et de tentatives de faire pistonner le jeune Fris incorporé le 9 octobre 1913. Le 17 octobre, Maria dit être très abattue, le matin, quand elle ne le trouve pas dans sa chambre. « Mon cœur se ferme à te savoir si loin. » « Conserve-toi bien, ne te prive pas du boire et du manger, pour le reste fais attention. » « Nous avons commencé à semer aujourd’hui. » Le 2 novembre : « Me laisser sans nouvelles me donne un chagrin mortel aussi je te demande comme grâce de m’écrire toutes les semaines, je n’ai que ça pour me consoler. » Elle lui donne le conseil de se faire placer dans un bureau : « Arrange-toi et vois ce que tu as à faire pour être tranquille car tu ne veux pas t’en faire une carrière. » « Tâche moyen d’être bien avec tes chefs. » Le 14 novembre : « Tâche de trouver des camarades sérieux et honnêtes. » « Fais bien attention de garder ta santé, tu sais que là tu es au milieu des périls, garde les conseils de ta mère qui craint toujours. » Plusieurs lettres évoquent des recommandations qui pourraient se faire de capitaine à capitaine pour qu’il obtienne une place d’ordonnance d’un officier à Foix. Le 12 janvier 1914, Maria a encore rencontré un monsieur qui se propose de pistonner son fils. « Je lui ai dit de s’intéresser à toi, il m’a dit que s’il y avait moyen il le ferait mais je peux te dire que je suis lasse d’entendre ces vouloir faire pour toi et qui n’aboutissent à rien. »
L’autre thème est celui des travaux à la ferme, les semailles, la vente du poulain. Le 18 janvier 1914, dans une des rares lettres conservées de Fris à sa mère, celui-ci demande : « Avez-vous vendu les veaux à la foire ? » Il précise qu’il y a 40 cm de neige et une épidémie d’oreillons à Foix. Même mauvais temps dans le Gers où (lettre de Maria du 23 janvier) le froid et la neige bloquent la circulation ; les boulangers n’ont ni bois, ni farine. « Pour nous, nous n’avons pas trop souffert, nous avions l’avance. » Les chevaux ne peuvent pas marcher à cause surtout de la glace. La foire a été manquée, les maquignons ne sont pas venus.
Le 4 février, Maria annonce que sa sœur Caroline (voir ce nom) a tué le cochon et a envoyé un colis au jeune soldat. Et le 20 février, Maria envoie elle-même un colis contenant « du filet de cochon, de la saucisse, un peu de dessert ; ta tante y joint un poulet et des gâteaux ; amusez-vous bien et ne vous faites pas punir ».
Pendant la guerre, s’ajoute l’angoisse devant les dangers courus par son fils. « Maudite guerre », écrit-elle le 7 octobre 1917. Et, le 18 octobre, elle regrette que « Dieu, pourtant si grand, ne veuille pas mettre fin à tant de malheurs ». « Pardonne-moi de t’avoir causé de la peine et n’avoir pas su cacher la mienne au moment de nous séparer [après une permission] ; tu le comprends bien que c’est malgré moi, que depuis si longtemps vivre séparés, et traverser une époque si triste que je ne puis en ces moments plus me retenir. Dieu aura sans doute pitié de nous pour que nous puissions nous retrouver ensemble pour ne plus nous quitter. » Et encore, le 2 avril 1918 : « Les journaux annoncent partout un carnage terrible. Dieu aura-t-il pitié de nous ? »
La guerre finie, le 29 décembre, elle écrit : « Je crois bien que tu trouves étrange de coucher dans de bons lits au lieu de la paille surtout encore pendant l’hiver ; il serait à désirer que vous puissiez passer ces quelques mois de froid aussi bien soignés. » « Voilà déjà 4 ans que nous faisons les mêmes souhaits, et toujours si éloignés. L’année 1919 nous apportera-t-elle la joie de nous souhaiter bonne année de vive voix, Dieu le sait. » Le 18 janvier : « J’ai prié pour les soldats et que Dieu mette fin à notre séparation. Dans ta lettre tu me dis être allé passer une demi-journée à Paris, que je regrette de ne t’avoir dit assez tôt d’aller visiter l’église de Montmartre consacrée au Sacré-Cœur, le remercier de vous avoir protégés pendant la guerre, c’était un vœu qu’on a fait et ceux qui y ont été inscrits ont été protégés jusqu’ici. Si tu as l’occasion d’y revenir, va accomplir ton vœu, tu n’auras pas besoin d’y revenir, c’est ce que l’on m’a conseillé de te dire. »
Le 28 janvier 1919 : « J’ai à t’annoncer que nous avons fait faire un peu d’eau de vie et je t’assure qu’il faut en avoir besoin car on est loin d’avoir les avantages que lorsqu’on faisait distiller chez soi. Il y a deux chaudières à Bassoues sous la place. Nous avons mis le vin ensemble avec ta tante mais nous avons eu la malchance de rencontrer un distillateur qui a agi de la faiblesse des femmes pour nous frauder. Enfin nous avons un peu d’eau de vie pour ton retour. »
Le 7 juillet : « La récolte est ravagée. Hier soir dimanche un orage s’est déchainé sur notre contrée et a tout emporté, vin, blé. Les vignes étaient superbes, maintenant tout est fauché. Les premières grêles qui sont tombées étaient grosses comme des œufs ; elles étaient clairsemées mais de suite la terre en a été recouverte ; alors il y en avait de toutes. Il y a longtemps qu’on n’avait pas vu choses pareilles. Malheur à ceux qui l’éprouvent. Je t’assure que j’ai passé un bien mauvais moment. J’avais le bétail dehors, et toute seule pour le faire rentrer. Dieu m’a favorisée, j’étais dans l’étable. Ta tante a été épargnée cette fois. »
Rémy Cazals, août 2020

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