Arrouy, Éloi (1895 – 1968)

Journal de guerre 1914 – 1918

Miquèl Ruquet

1. Le témoin

Éloi Arrouy est né dans une famille d’agriculteurs à Fréchède (Hautes-Pyrénées). Classe 15, il est incorporé en décembre 1914 puis versé au 401e RI. Il arrive au front en septembre 1915, et combat, essentiellement en Champagne, à Verdun, au Chemin des Dames, en Flandre avec les Anglais à l’été 1917, puis pour contrer les offensives allemandes de 1918 : Somme (mars), Flandre (avril), puis dans l’Aisne et la Marne (mai 1918) ; il participe enfin aux combats de reconquête de la fin de l’été 1918. Après la guerre, il est ajusteur aux usines Hispano-Suiza de Séméac (Tarbes).

2. Le témoignage

Miquèl Ruquet a publié le « Journal de guerre d’Éloi Arrouy 1914 – 1918 » en 2016 aux Éditions Trabucaire (201 pages). C’est lors d’une conférence en Cerdagne sur les insoumis de la Grande Guerre qu’une famille lui a fait connaître ce document. Le transcripteur n’a modifié que l’orthographe, tout en cherchant à garder le plus possible le style du témoin. Il a accompagné le texte original de têtes de chapitres pour contextualiser les combats, avec des extraits du J.M.O. du 401e RI. Éloi Arrouy a quitté l’école à douze ans, mais il a le goût de l’écriture ; au front, le jeune soldat tient un journal qu’il rédige en cachette, seuls quelques camarades sont au courant. Il a retranscrit les carnets une première fois, puis a réalisé une nouvelle version « à peu près lisible » une fois arrivé à l’âge de la retraite. Sa fille Gabrielle signale en préface qu’il évoquait très souvent sa guerre, en famille ou avec des amis.

3. Analyse

Champagne 1915, Alsace et Verdun 1916

Éloi Arrouy découvre le front au milieu de l’offensive de Champagne (29-30 septembre 1915), mais sans effectuer d’attaque. Il est ensuite positionné en Alsace, où il devient ordonnance de son lieutenant. Il l’accompagne à un cours de grenadiers, et fait à cette occasion des conquêtes féminines. Il rejoint la bataille de Verdun assez tard, et s’estime favorisé comme ordonnance: «j’ai coupé à beaucoup de travaux et de corvées, la planque sert toujours.» Il refuse de monter en renfort avec la 11e cie (p. 49) « je n’y connais personne, c’est tout des gars du nord » et rejoint la 6e, vers Vaux-Chapitre, en novembre 1916. En décembre, le 401 est à l’arrière en manœuvres de division et il évoque (p. 51) des virées à Bar le Duc dans des « maisons dites hospitalières », avec parfois des démêlés avec les gendarmes. Son unité participe à l’attaque du 15 décembre 1916, et le récit du combat est de bonne qualité (p. 53, avec autorisation de citation) : «Ils [les Allemands] font camarades, ou résistent. La plus forte résistance se trouve aux abris de Lorient, nous eûmes bien du mal à en venir à bout, celui qui était pris les armes à la main était tué sans pitié. J’ai vu là un boche tirer sans relâche malgré qu’il soit entouré des soldats français qui lui sautaient dessus ; il a été criblé de balles et de coups de baïonnettes. » Ils font à cette occasion un grand nombre de prisonniers.

Verdun, Chemin des Dames 1917

Il retourne en ligne dans le secteur de Bezonvaux, le froid est terrible, et il essaie d’avoir les pieds gelés, mais il n’y réussit pas (p. 62) « Pas de chance, le major me dit que ce n’était rien et que je l’avais fait exprès (de cela il avait raison*) – avec note : *occitanisme « d’aquo avia rason » – . Remonté en ligne, il est cette fois évacué avec 40° de fièvre; à son retour, il dit avoir gardé à son domicile ou « liquidé au cours du voyage » les effets neufs qu’on lui avait donné à l’hôpital. De même au dépôt d’isolés de Saint-Dizier (p. 67) : « Une fois habillés, à quelques-uns, nous trouvons une porte de sortie et nous voilà dans la ville. Tant que l’on a eu de l’argent, cela a marché ; nous vendions ou échangions pour faire la bringue, mais le 26 [février], plus d’argent ; il faut rentrer. On dut nous rhabiller et équiper, sans compter une belle engueulade avec de belles promesses de punition. » 

Le 10 avril 1917, désigné pour un stage de fusil-mitrailleur, il évite l’offensive du 16 avril, et rejoint ses camarades le 1er mai au tunnel de Vendresse. Le secteur est malsain, et il décrit la dure attaque du 5 mai à Vauclair, « la journée fut une des plus terribles que j’ai vue durant la guerre » (p. 77). La 6e cie atteint ses objectifs mais a fondu, et l’ordre de leur capitaine les révolte: ils ont interdiction de ramener les blessés, pour tenir prioritairement la position (p. 79) « c’est une honte et nous nous en souviendrons ».

Bataille de Flandre 1917

Le 401e est transférés en Belgique, et jusqu’au début de 1918 la 133e DI alterne entraînement (plage de Coxyde) et engagements aux côté de l’offensive anglaise de Passchendaele, dans un secteur noyé, risquant l’enlisement et la noyade en tombant des passerelles (Bixchoote). En dehors des combats très durs, il décrit des blagues idiotes dont il est semble-t-il coutumier, et que l’on retrouve souvent dans les récits de jeunes soldats comme Gaston Lefebvre par exemple (p. 86, à Coxyde) : « En moins de temps qu’il ne fallait pour le dire, il avait le plat sur la tête et de m’échapper dans la mer, derrière moi le copain et courir dans l’eau, les gendarmes qui criaient « venez ici » et finalement je fus rejoint derrière les dunes par les copains, j’encaissai une rouste et je dus me débrouiller auprès du chef cuistot pour avoir à manger pour l’escouade. Pourquoi aussi m’a t-il dit « chiche ? » Il fait une bonne description de bringue dans un café, sans assez d’argent, avec (p. 90) « des gâteaux avalés « à la Charlot », on en payait bien quelques-uns…». Lors de l’attaque d’octobre 1917, il vient d’avoir 22 ans, il évoque les fusils qui ne sont que des blocs de boue, et la mort du capitaine qui les avait empêché de ramener des blessés au Chemin des Dames : il indique que cet officier n’est pas regretté (p. 105) « il n’a eu que ce qu’il a mérité et c’est d’ailleurs ce qui fera dire à un copain quand on lui appris la mort du capitaine : « tant mieux, il ne nous fera plus chier ». Cela prouve dans quelle estime il était tenu par ses soldats. »

En défense successive lors des 4 offensives allemandes de 1918

Son unité est transférée en urgence dans la Somme à la fin mars 1918 pour aider les Anglais enfoncés, il évoque l’absence d’artillerie et de front tangible, la pitié pour les civils qui fuient avec en même temps le pillage systématique effectué par les soldats de tous bords (p. 116) « dans les premières maisons de Mézières, plus ou moins de lumière ; dans les caves, des soldats sont couchés, ivres, le pinard coule, les chambres, les meubles, tout est pillé : on dirait que l’ennemi est passé par là. Dire que c’est des Français qui font cela, c’est une honte. » Une scène curieuse a lieu alors qu’agent de liaison, il accompagne son lieutenant chez le colonel très en colère – enjolivement lors de la reprise de la transcription ? – : « il y a un peu de discussion ; à quel sujet, je ne le sais ? Toujours est-il que le colonel Bornèque fait mine de vouloir lui brûler la cervelle ; tout doucement je glisse mon mousqueton sous le bras et attention si jamais il a le malheur de tirer. Heureusement il ne tire pas et tous les deux, nous repartons ; le lieutenant est très pâle et il me dit que nous devons contre-attaquer. » Sans munitions, ils finissent par se replier après des combats très durs. Après relève le 2 avril et un peu de repos, les voilà embarqués en urgence pour les Flandres, mais ce ne sont pas eux qui prennent le choc le plus violent au Mont Kemmel ; la description insiste sur le pillage des maisons par les Anglais et les Français (p. 133, 17 avril 1918) « On en était arrivé à n’avoir plus de cœur. » Il évoque aussi l’attitude des plus jeunes de la classe 18 lors de leur dernier engagement avant relève (p. 136) : « On leur avait enseigné la haine des Allemands et de massacrer les boches qui se rendaient en nombre. Les boches se voyant foutus pour foutus se ruèrent à nouveau sur leurs armes et réussirent même à cerner certain contingent qu’ils exterminèrent à leur tour. Depuis ce jour, les jeunes de la classe 18 furent refroidis et ne voulaient plus rien savoir, pauvres gosses, car pour nous, ils l’étaient (…) Pour ma part, je n’ai jamais tiré sur un ennemi qui a levé les bras. » Lors de l’offensive allemande sur la Marne, le 401 est à nouveau en ligne, mais est trop éprouvé pour contre attaquer. Tenant des tranchées dans l’Oise lors de la 4e attaque allemande (Montdidier), ils fournissent en juillet des patrouilles, et notre soldat évoque des préparatifs de coup de main (p. 145) : « nous buvons tant qu’il y a de l’argent. Pourquoi le garderions-nous ? Nous devons crever ce soir dans les fils de fer barbelés. Et tandis que nous buvons, il vient au village de Coivrel un pauvre homme avec sa fille assez jolie et comme nous n’avons pas soif, à quatre, on projette de prendre la fille et d’enfermer le vieux ; hélas, un sous-officier nous a plus ou moins entendus ; il avertit le pauvre homme qui tout de suite prend le large, sans finir la visite de sa maison ; (…) quant à nous, nous avons eu droit à un savon par le sous-officier, mais cela n’alla pas plus loin. » En août et en septembre, E. Arrouy produit le récit intéressant du combat de poursuite, avec une progression heurtée et coûteuse, à cause des mitrailleuses allemandes très mobiles et de l’utilisation systématique des obus à gaz. En octobre, il participe aux combats dans les faubourgs de Saint-Quentin, sa fonction d’agent de liaison lui permettant de bien saisir les enjeux tactiques du combat à l’échelle du bataillon. Il évoque les prisonniers qu’ils font à Saint-Quentin le 5 octobre (p. 173) : «On les malmène un peu avant de les envoyer en arrière mais c’est drôle, aucun ne veut être Prussien. » (…) Et encore on sort des prisonniers les mains en l’air, Alsacien, Polonais, Autrichien, il y en a même un qui sort son chapelet : « Tu peux l’implorer ton bon Dieu et attrape celui-là. » En permission à la fin octobre, E. Éloi rejoint pour vivre l’Armistice puis après un long positionnement dans le département du Nord, il est démobilisé en septembre 1919.

Il y a donc plusieurs domaines d’intérêt dans ce témoignage de qualité, on peut évoquer par exemple :

– un soldat du rang qui dit sa vérité et son ressenti de la guerre, en cachant ses notes, et en prenant des précautions lorsqu’il les ramène chez lui ;

– mais aussi un texte retranscrit deux fois, dans lequel on sent apparaître des préoccupations mémorielles contemporaines ;

– les opérations d’un régiment « 400 » peu épargné, formé surtout de jeunes, une unité de choc ressemblant en ce sens à un BCP d’active ou à un régiment colonial ;

– l’habitus d’un soldat classe 15, avec une Grande Guerre vécue plutôt de 1916 à 1918, avec le comportement bien spécifique d’un « jeune », c’est-à-dire ici bon soldat en ligne, mais turbulent et farceur, voleur à l’occasion, pouvant être violent avec l’ennemi, etc…, mais qui acquiert une telle expérience du front qu’il devient à son tour en 1918 un véritable ancien pour ceux de la classe 18.

Vincent Suard, février 2026

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Cailleau, Jean (1882-1956) – Cailleau, Pauline (1884-1963)

« Puis crac ! C’est la guerre »

Alain Jacobzone – Louis Thareaut

1. Les témoins

En 1906 Jean Cailleau a épousé Pauline Chenois, et en 1914 ils ont trois enfants de 7, 5 et 2 ans. La famille habite Denée (Maine-et-Loire), et Jean travaille comme menuisier, le couple complétant ses revenus en tenant un café. Mobilisé dans l’artillerie au 3e Régiment d’artillerie lourde, il sert d’abord à l’échelon dans la Somme, en Artois, puis en Champagne. Passé au service d’une pièce, il combat dans l’Aisne, puis en 1918, avec le 111e RAL, dans les batailles de résistance à l’offensive allemande. Après les combats de reconquête de l’été, l’Armistice le trouve dans les Ardennes. Son âge et ses trois enfants lui permettent d’être démobilisé dès janvier 1919.

2. Le témoignage

Alain Jacobzone et Louis Thareaut ont publié en 2018 « Puis crac ! C’est la guerre », Échange épistolaire d’un couple Angevin durant la Première Guerre mondiale (Éditions du Petit Pavé, 312 pages). Louis Thareaut, petit-fils du couple Cailleau, a d’abord transcrit les 1542 lettres conservées, et des exemplaires des six volumes obtenus ont été distribués à la famille après 2000. Ce premier corpus, base de travail pour Puis crac ! C’est la guerre, contenait toutes les lettres quasi-quotidiennes des deux époux, car Jean Cailleau répondait au verso des envois de sa femme. Il existe aussi un carnet de guerre pour Jean, interrompu en 1915. Alain Jacobzone, un historien qui a bien étudié la Grande Guerre à l’échelon régional (« En Anjou, loin du front », 1988, réédité en 2015), a rédigé, en s’appuyant sur de nombreux extraits, une analyse thématique qui occupe l’essentiel du livre (p. 31 à 286). L. Thareaut le précède dans une présentation des sources et de ses grands-parents (p. 11 à 31), puis à la fin du volume (p. 287 à 297) évoque la vie de sa famille après 1918.

3. Analyse

Puis crac ! C’est la guerre n’est pas la publication des lettres des époux Cailleau, mais une mise en contexte et une analyse de leur correspondance, c’est à dire surtout une explication de la guerre qu’ils ont vécue. L’avertissement précise que l’édition des 1500 lettres était inenvisageable (p. 32), mais que le travail d’analyse repose rigoureusement sur ces documents: « le seul chapitre consacré au couple comporte 263 citations de quelques mots à plusieurs lignes et l’ensemble de l’ouvrage doit en comporter un bon millier. » Ce choix oriente donc plus le livre vers un travail d’historien, sur la guerre des époux Cailleau à travers leur correspondance, que vers une publication de source, c’est un choix assumé qui (p. 32) « pourrait gêner ceux qui ont le culte du document au point d’en faire un sanctuaire inviolable. » Appartenant effectivement plutôt à ce groupe (mais sans fanatisme), je regrette un peu ce sur-découpage en centaines de citations, qui empêche de se faire une vue d’ensemble par soi-même, mais le travail d’analyse est de bonne qualité, et le choix d’intituler les sous-parties avec des extraits significatifs (par exemple : chapitre IV. 4) « Tu dois trouver ça bien de ne plus m’entendre rouspéter…») ramène en permanence au texte et les propos des témoins sont replacés dans leurs contextes événementiels, économiques et familiaux, ce qui permet de déboucher sur une étude des mentalités ou de l’intime.

Une première partie présente les caractéristiques de la correspondance (p. 39 à 61), avec cette obligation quotidienne que les époux s’imposent. Le temps de cheminement est en moyenne de 4 ou 5 jours, et les lettres de Pauline sont plus longues que celles de son mari (A.J., p. 46) « elle semble s’imposer la norme exigeante de 4 pages quotidiennes qu’elle avoue parfois peiner à tenir. » L’analyse se poursuit en présentant la lettre-type de l’une ou de l’autre, avec l’ordre et les sujets abordés. Jean tient aussi un journal, mais il y renonce en mai 1915, car (A.J., p. 64) « il explique qu’il fait double-usage avec ses lettres qui relatent l’ensemble de sa vie de combattant. »

Le chapitre 2, intitulé Cailleau soldat, évoque la vie quotidienne, les conditions climatiques, l’alimentation et les événements du front. Alain Jacobzone parle d’un bilan décevant pour ce qu’on peut apprendre précisément du combat, notre artilleur ne disant par exemple presque rien de son arme, l’artillerie lourde. Il est un peu plus précis sur les opérations à l’été 1918, lorsque reprend la guerre de mouvement. Par ailleurs Jean atténue la description de la violence des combats, sans toutefois la faire disparaître complétement (classiques procédés d’euphémisation p.79). La partie la plus intéressante concerne l’évolution de l’engagement patriotique de Jean, avec un virage en 1915, que l’on peut caractériser avec cet extrait (p. 101, octobre 1915, avec autorisation de citation) : « Pour moi, je t’assure ma petite Pauline, que mes idées ont rudement changé au point de vue patriotisme. Au début j’aurais vraiment fait des actes de bravoure volontaires pour la patrie j’aurais donné ma vie. Aujourd’hui, après tout ce qu’on a vu et tout ce que l’on voit, je peux t’assurer que lorsque j’exposerai ma vie, c’est que j’y serai forcé. » Dès juillet 1915, il signale dans une lettre: « Si tu savais comme tout le monde en a assez», et ces moments d’exaspération reviennent régulièrement, en s’accentuant en 1917 (p. 103) « ce que je souhaite ardemment, c’est que tous les partisans de la guerre crèvent le plus tôt possible. » En sélectionnant un certain nombre de ces extraits, A. Jacobzone parle d’une forme de révolte de basse intensité (p. 106), constituée par exemple par la critique permanente des gradés et des officiers, ou des stratégies d’évitement : essayer de rester à l’échelon, moins exposé, écrire à son député pour obtenir un poste à l’arrière… Pauline relaie ces démarches, écrivant aussi au député, ou essayant sans succès l’intervention d’une relation familiale pour le faire muter à Lorient. À la fin du conflit, si le patriotisme, certes déclinant, reste un des moteurs de la résistance, c’est surtout l’attachement à la famille qui fait tenir Jean, et pas les grandes causes (p. 113, janvier 1918) : « On parle de plus en plus de paix. Mais la grande question c’est l’Alsace-Lorraine. Mon vœu le plus cher c’est que ceux qui la veulent viennent la chercher. »

Le chapitre 3, intitulé L’autre front de Pauline,donne une série d’éclairages sur la guerre vécue au bourg. Pauline s’intéresse aux opérations, essaie de jauger le danger pour son mari, croise les informations d’après le récit des permissionnaires. On constate ici aussi que l’année 1915 voit une baisse du moral ; elle avait décrit en novembre 1914 (p. 151) la scène affreuse de la douleur d’une mère à l’annonce du décès de son fils, et on peut citer le long extrait dont A. Jacobzone souligne la qualité d’évocation : (février 1915, p. 165) « Tu vois bien mon petit Jean que nous ne pouvons être gaies. Vous, ce n’est pas tout à fait la même chose, vous côtoyez la mort, vous voyez même tomber ces braves, et dans l’élan de votre patriotisme vous vous dites : « cette mort est belle », et vous passez en saluant leur dépouille. Vous vous riez des balles, vous narguez les obus, mais vous n’avez pas vu les figures pâles de ceux qui vous attendent quand un décès arrive, vous n’avez pas entendu ce bruit qui circule, ce bruit qui fait du mal, plus que vous ne pouvez le croire : « il y en a encore un ! »… Vous ne voyez pas comme je l’ai vu plusieurs fois hélas, la grande douleur, l’effroyable sensation de vide de ceux qui restent. Non mon petit Jean, nous ne pouvons être gaies, courageuses oui, vaillantes jusqu’au bout, mais c’est tout, nous les femmes, ce que nous pouvons vous promettre. » Sur le plan matériel, les lettres indiquent une fatigue physique et morale, liée au travail harassant – (p. 168) «Je ne m’assoie guère plus d’une heure par jour » – , et à la baisse des revenus malgré l’allocation : la menuiserie est arrêtée et le café marche mal ; Pauline redoute la misère, échafaude sans succès des projets d’entreprise, écrit au député pour que l’allocation soit revalorisée (juillet 1917, p.187) : « On nous a enlevé notre soutien, on se doit de pourvoir à nos besoins. » Le secours de la religion est pour elle vital, elle se pense protégée par sa pratique assidue, ses invocations à la Vierge (celle de Béhuard notamment) et plus encore à Sainte Thérèse de Lisieux.

Le dernier chapitre,Le couple et ses enfantsaborde la vie familiale, et on peut évoquer les thèmes suggérés par les titres de sous-parties qui sont extraits des lettres :

4.1.b « Tu sais combien les petites tiennent une grande place pour moi. »

Jean essaie malgré la distance de garder son rôle prescripteur de père, il dit son affection pour les enfants, mais essaie aussi de continuer d’imposer son autorité et ses directives, fait des remontrances à distance.

4.1.c « Mon Dieu que ceux qui ont des enfants solides ont de la chance ! »

Pauline détaille tous les soucis de santé des enfants, et l’épuisement qui découle des soins liés aux périodes de maladies infantiles.

4.1.d « Je crois qu’on laisse un peu la grammaire de côté. »

C’est l’aîné qui est investi comme l’héritier de la menuiserie, et son instruction doit être soignée (par exemple pour le calcul des mesures) ; la guerre entraîne une désorganisation avec une surcharge d’élèves chez les sœurs, dont l’enseignement laisse à désirer (p. 229) : [pour 1915] « Une année de fichue (…) Ils ont vacances sur vacances. Les demoiselles ont bien trop d’élèves et forcément les garçons sont négligés et ils n’apprennent rien de rien. » Et Pauline poursuit à propos du niveau de l’aîné en grammaire : « Si on ne s’en mêle pas, ce sera un âne. » Cet investissement de la mère dans le suivi pratique du travail scolaire des enfants est à noter, car il est rare, ou en tout cas peu mentionné dans les autres ménages ruraux.

L’analyse de la correspondance aborde l’intimité des deux époux : même si Jean est directif, il s’agit d’un vrai couple, et un passage intéressant rappelle les bilans que l’on trouve chez les territoriaux, quand ils regardent derrière eux en constatant l’effet la guerre sur leur trajectoire, familiale et matérielle. (décembre 1915, p. 253) « Tout n’a pas été rose loin s’en faut, il nous a fallu bûcher pour se créer une petite situation… la terrible maladie a été notre plus rude épreuve. Depuis ce moment, nous nous croyions à peu près sauvés, la santé revenant, le travail allant à merveille, nous commencions à faire quelques économies. Nous avions le grand bonheur de vivre pour nos trois chers petits qui nous délassaient de nos peines d’un jour par une caresse d’un instant. Puis crac, c’est la guerre, la terrible catastrophe, la dure séparation (…) On a ici une guerre pensée comme un aléa extérieur, non investi de sens ou d’engagement : la famille reste ici la première valeur.

Louis Thareaut ré-intervient en fin de volume (p. 289) : « Rien dans l’image du couple que donne l’historien ne me choque. Il laisse apparaître l’autorité de Jean et une Pauline courageuse qui tente de faire face à une situation à laquelle elle n’était pas préparée. » Et nous quittons l’Histoire pour la Mémoire, lorsque L. Thareaut évoque la publication des lettres (p. 295) « Je ne crois que grand-père Jean aurait sauté de joie de voir mise sur la place publique leur intimité épistolaire. » À son avis, Pauline n’aurait pas été du même avis, et lui pense de même : ce dépôt aux archives, tout comme la publication du livre (p. 297) « Non, ce n’est pas une trahison, ce n’est pas un sacrilège, ce n’est pas du voyeurisme. C’est un geste de reconnaissance. C’est un geste d’affection. »

Vincent Suard, février 2026

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Maillet, André (1889-1968)

Maillet, André, Sous le fouet du destin. 1915-1916, Paris, Bernard Giovanangeli, 2008, 157 p.

Résumé de l’ouvrage :
Le jurassien et intellectuel André Maillet est soldat au 23e RI de Bourg-en-Bresse, qui tient La Fontenelle, dans les Vosges, à la mi-décembre 1915. Son régiment est alors appelé à renforcer le 15-2 qui doit attaquer sur le Hartmannswillerkopf le 21. Racontant par étapes ce qu’il considère comme une montée au Golgotha, il relate cinq jours épiques et sanglants dans les « Régions infernales » dont il échappe, blessé, les pieds gelés, sauvé par miracle par des brancardiers.

Eléments biographiques :
André Maillet est né le 30 novembre 1889 à Le Vaudioux, canton de Champagnolle, dans le Jura, d’un père scieur. Volontiers poète, il est instituteur à son recrutement et professeur au collège de Nantua à la déclaration de guerre. Il dit : « Je voulais former des jeunes gens, mes élèves, pour la lutte qui les attendaient… » (p. 46). Bernard Giovanangeli, qui introduit cette réédition, évoque le cercle intellectuel dans lequel, jeune, il évolue avant la guerre, écrivant poèmes et « pièces de sa composition ». Il publie chez Jouve en 1918 un premier livre de poèmes, écrits avant la guerre (1909-1912), sous le titre L’Angoisse éternelle, puis chez Perrin en 1919 Sous le fouet du destin. D’autres livres suivent, dont le dernier paraît en 1965. Son parcours militaire est ténu, très vraisemblablement du fait de sa faible constitution. Il est d’abord réformé pour « faiblesse générale et imminence » le 26 octobre 1911, puis reconnu apte au service armé par le Conseil de Révision de Nantua le 26 novembre 1914. Il est d’abord incorporé au 60e RI à compter du 16 février 1915, puis passe au 23e RI le 14 août suivant. [Il n’a donc pas participé aux combats sur La Fontenelle de juin et juillet, particulièrement âpres pour son régiment]. La gelure de ses pieds à la fin de la bataille du HWK entraîne une inaptitude temporaire d’un mois, avant qu’il soit classé au service auxiliaire le 27 novembre 1916 pour « amaigrissement et dyspepsie ». Il est finalement reconnu définitivement inapte à faire campagne pour faiblesse générale, gastro-entérite, anémie et amaigrissement par la commission de réforme de Dôle du 26 novembre 1917. Il ne retournera finalement jamais au front et sera démobilisé le 10 mai 1919. Jean Norton Cru, qui lui consacre une longue notice analytique dans Témoins (p. 363 à 366), indique qu’il bénéficie d’une pension d’invalidité en 1919 et qu’il exerce les métiers de professeur au lycée d’Alais (aujourd’hui Alès) puis inspecteur primaire à Montceau-les-Mines. Il est également recensé à Aurillac et Nîmes (1921) ou Villefranche (1933). André Maillet meurt le 16 avril 1968 à Lyon.

Commentaires sur l’ouvrage :
Licencié en philosophie, sa formation littéraire transpire à chaque ligne de son impressionnant témoignage uniquement vosgien, sombre et très intellectualisé, qu’il circonscrit à l’attaque du HWK le 21 décembre 1915. Lancinant d’abord, à partir du moment où il apprend que le régiment doit quitter La Fontenelle pour aider à l’attaque de la « Mangeuse d’hommes » avec le 15-2, régiment vosgien qui l’occupe, Maillet multiplie les références bibliques, évoquant alors une longue montée au Calvaire. Puis l’ouvrage tourne au terrible et horrifique l’apocalypse déclenché. On sent la formation classique rien qu’à l’énoncé de son chapitrage, en forme de d’une pièce de théâtre en 15 tableaux empruntant au registre dramatique :
Premier tableau – Le sort en est jeté : La méditation du factionnaire – Dans la grange du corps de garde – La proclamation aux guerriers
Deuxième tableau – Sous le fouet du festin : La traversée de l’oasis – Le rêve des guerriers – Vers l’Alsace – L’étape – L’ascension du Golgotha
Troisième tableau – Les régions infernales : L’assaut – Le tir de barrage – En patrouille – En contre-attaque – En attendant la mort – La fête des damnés – Des profondeurs de l’abîme.

Peu des camarades qu’il cite et côtoie survivent à la boucherie dans un style dramatique impressionnant dont il ne se fait aucune illusion sur l’issue, s’abandonnant à l’idée de la mort : « C’est vrai… je me résigne. La mort n’est pour moi ni un châtiment, ni une promesse » (p. 119). Très tôt dans l’ouvrage, il évoque en effet la certitude de sa mort prochaine, comme de celle des autres d’ailleurs ! Il dit « Celui-là ne reviendra pas » ! » (p. 43) et plus loin « Lesquels laisseront sur la terre encore inconnue leur dépouille aujourd’hui frémissante ? » (p. 44). Il se révolte à l’idée de sa propre mort sacrificielle mais dit qu’elle ne l’effraie pas : « J’ai passé de trop longues nuits de méditation avec les sages et les poètes, mes amis, pour craindre son coup définitif et brutal » (p. 44). Et plus loin : « … je regarde ce sang, et je cherche les âmes de ceux qui ne sont plus » (page 80). Oscillant entre mythologie et christianisme, il avance un parallèle christique : « Et je comprends le bonheur divin du Christ, agonisant sur le promontoire tragique du Golgotha, pour délivrer le monde » (p. 74).
Il incarne quelque peu aussi le Hartmannswillerkopf, parlant du « râle immense de la montagne » (p. 90).
Patriote, le passage de la frontière (au col de Bussang) révèle sa souffrance traumatique de 1871 : « Voici enfin la réalisation du rêve de mon enfance » (page 51) alors qu’il participe à récupérer la province perdue. Ayant pourtant une vision très poétique des allemands, il en affirme aussi une haine certaine, marquant l’opposition irréconciliable des deux races. Il affirme que « la vie nationale est supérieure à la vie individuelle » (p. 117).
Comme Eugène Lemercier, dont le statut intellectuel et la psychologie sont similaires, André Maillet a une haute opinion de sa classe, tendant parfois à la condescendance. Il dit, à la vue de territoriaux transformés en cantonniers : « Ils se relèvent, lourdement, brisés, à notre passage, et, de l’air placide et calme des ruminants, nous regardent défiler » (p. 56). Plus, il avance : « Le penseur a même ici moins de valeur que le rustique, car il réfléchit trop, il raisonne trop, et une machine à tuer ne doit pas penser » (p. 76).
Il intériorise en permanence son « expérience » de combattant et cherche à analyser, dans un mélange d’utopie et de pacifisme, les sentiments et les rouages qui le poussent à agir contre sa volonté. Il dit : « Quelle est donc la force qui nous pousse à la mort ? Quelle est donc la force qui nous attire aux enfers ? Quel nom donner à la mystérieuse puissance des Ténèbres qui nous conduit au sacrifice ? », l’expliquant, réaliste, par le simple consentement (p. 70), ajoutant plus loin : « L’aiguillon de la nécessité fait des prodiges » (p. 87). Aussi, il se révolte en vain contre l’obligation d’ôter la vie : « Tuer des hommes ! quelle horreur ! Est-ce possible ? Tout ce que j’ai d’humain se dresse contre ces crimes » (p. 93). Et il appréhende ce moment : « … Je redoute l’instant où je devrai tuer. Et pourtant, je sens, je sais que, au premier signal je lâcherai mon coup de feu, et que ma balle portera juste, terriblement meurtrière… Je le sais. Je sais que je tuerai parce qu’il y va de la sécurité de mes camarades qui comptent sur moi, parce qu’il y va de leur vie…. Je tuerai parce que j’y suis obligé, parce que c’est le devoir ! » (p.111). Pour la liberté, il accepte et justifie alors la notion de meurtre : « C’est pour la défendre et la conserver que nous avons accepté ces meurtres et ces tueries que nous n’avons, en particulier, pas voulus » (p. 118). Il revient plus loin sur ce terme : « Notre tuerie se passe en champ clos. Nous sommes seuls admis à franchir le seuil des régions infernales ». Et il se confie alors sur l’indicible horreur, comme celle, la guerre suivante, des camps de la Shoah, que l’on ne croira pas : « Quand tu narreras tes aventures, on ne te croira pas. On sourira avec une légère pointe de pitié condescendante en pensant : « Il chevauche son dada » (p. 141), s’interrogeant page suivante sur la difficulté de trouver les mots, voire d’autres vecteurs, convoquant ainsi musiciens, peintres ou poètes du futur, pour évoquer la réalité de la sauvagerie à laquelle les poilus ont survécu. Ainsi « Seuls devraient avoir le droit d’en causer ceux qui l’ont vécue, ceux qui ont souffert » (p. 143). Et sa conclusion est formelle : « Si les hommes connaissaient toutes ces tortures, s’ils pouvaient souffrir tous, par la pensée, ce que nous avons réellement souffert, c’en serait à jamais fait des guerres » (p. 142). Hélas, il n’est pas optimiste sur l’oubli prévisible des générations futures et sur la certitude formelle et désabusée que « La guerre ne disparaîtra qu’avec le dernier soupir du dernier des mourants » (p. 144).
Le témoignage de Maillet, soldat du 23e RI, qui n’est sur le Hartmannswillerkopf qu’en renfort temporaire pour l’attaque du 21 décembre 1915, est à rapprocher de celui d’Auguste Chapatte (Souvenirs d’un poilu du 15-2), qu’il pourrait même avoir vu lors de sa blessure de ce dernier, voyant, p.86, « les bombardiers se glissent vers les fortins, en les attaquant à la grenade ; font sauter les derniers centres de résistance et les derniers repaires de mitrailleuses » ; même lieu, même temporalité mais unités différentes, sans que l’un cite l’autre et réciproquement le régiment frère de circonstance d’ailleurs !
Au sortir de la bataille, après son récit épique et impressionnant, André Maillet dresse un bilan surréaliste et très lucide : « Je n’ai plus que mon fusil… J’ai perdu mes musettes, mon masque à gaz, ma couverture, ma toile de tente, ma pelle-bêche, mes guêtres, mon masque et ma cravate… Je n’ai plus rien. J’ai perdu toutes mes forces et ma santé. Je ne suis plus qu’une loque, qu’une épave exsangue, qu’un squelette, qui se traine mû par ce qui me reste de puissance de volonté. J’ai laissé là-bas tout ce que j’avais encore de possibilités de bonheur, tout ce que nourrissaient d’espoirs mon cœur et mon cerveau. (…) Je ne suis plus un homme » (p. 136). Et quand même les survivants retrouvent leur sac, celui-ci a été pillé pendant leur absence au cœur de la bataille ! (p. 137).

Au final, l’ensemble de l’ouvrage est ainsi celui d’un intellectuel idéaliste et fataliste mais résigné à donner sa vie à la France. L’ouvrage est très riche psychologiquement et assez pauvre quant à certaines précisions (toponymes, souvent oubliés, dates ou unités ; il ne cite par exemple jamais le 15-2 alors que son régiment, prélevé de La Fontenelle, à 80 kilomètres au nord, soutient l’attaque principale par cette unité), circonscrivant le témoignage à une seule période comprise entre la mi-décembre 1915 et le 1er janvier 1916. Maillet apporte ainsi à la littérature de guerre un récit intellectualisé plus qu’un témoignage « technique », voire journalistique, de soldat.

Renseignements tirés de l’ouvrage :
Page 48 : Vue de Bussang
56 : Surnomme le front « le toboggan »
57 : Sentiments anti-alsaciens, pris pour des espions
60 : Défilé du régiment à Saint-Amarin, « pour l’image », puis effondrement dans l’épuisement !
64 : Achète une carte d’état-major pour suivre ses déplacements
66 : Homme faisant son testament avant l’attaque, et toilette de condamnés à mort
83 : Pancarte allemande demandant quand aura lieu l’attaque française !
89 : Perçoit un couteau de tranchée (qui lui servira à creuser son trou sur le champ de bataille, qu’il appellera sa tombe)
90 : Prisonniers allemands enviés car ils quittent le champ de mort
99 : « … le principal effet du bombardement est de nous endormir »
110 : Décide de ne plus faire de prisonniers
126 : Bruit des éclats d’obus : « grand bruit d’étoffes froissées et de râles désespérés »
131 : Veut bombarder Mulhouse insolemment éclairée
132 : Aide des brancardiers allemands à franchir une tranchée, tués juste après
136 : Ferme les yeux pour ne pas voir la montagne devenue cimetière à ciel ouvert
141 : Sur les lettres : « Les lettres sont douces. On nous parle comme si nous étions encore du monde des humains… »

Yann Prouillet, février 2026

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Viallet, Elie (1885-1915)

Gasqui, Jacques, Élie Viallet, capitaine de chasseurs alpins. Août 1914 – juin 1915, Paris, Bernard Giovanangeli éditions, 2014, 159 p.

Résumé de l’ouvrage
:
Élie Joseph Viallet, né en 1885 dans l’Isère, fait avant-guerre une carrière militaire qui, en août 1914 le trouve lieutenant (depuis 1911) au 13e BCA de Chambéry. Après une courte période de garde à la frontière italienne, le 12 août, le bataillon arrive à Gérardmer, entre en Alsace et reçoit son baptême du feu à Soultzeren. Après la bataille des frontières, et une première blessure, il combat au terrible Hartmannswillerkopf puis est appelé en renfort lors de « l’affaire » de l’Hilsenfirst. C’est là qu’il trouve la mort sous les shrapnells allemands.

Éléments biographiques :
Élie Joseph Viallet naît le 8 juillet 1885 au Gua, dans le département de l’Isère. Son père, également prénommé Élie, est employé au Chemin de Fer Saint-Georges de La Mure (SGLM) qui achemine le charbon extrait des mines du secteur. Sa mère, Mélanie Euphrosine Samuel est lingère. La famille demeure au hameau de Saint-Pierre, dans le village de Saint-Georges-de-Commiers. Une sœur, Marie, rejoint le foyer en avril 1888 ; elle deviendra institutrice et il entretiendra toujours une correspondance avec elle, lui reprochant parfois la rareté de ses lettres (p. 87). Elle vivra dans le souvenir de son frère défunt. Il fait des études à l’école supérieure de Vizille, puis de La Mure à partir de 1901. Il s’engage pour trois ans au 52ème R.I. de Montélimar en octobre 1903 et est promu caporal l’année suivante, en octobre. Il passe sous-officier en juillet 1905, sergent-fourrier puis sergent en septembre 1906. Il est bien noté et désire alors embrasser la carrière d’officier. En 1908, il réussit simultanément les examens d’entrée à l’École d’administration de Vincennes et de l’École militaire d’infanterie de Saint-Maixent, intégrant cette dernière en octobre. Le 1er janvier 1909, il est incorporé élève officier et sort sous-lieutenant, 49e sur 163, le 1er octobre. Il est alors affecté au 13e BACP à Chambéry. Il passe lieutenant un an plus tard. On le retrouve chargé du casernement et des équipages, et remplit les fonctions d’officier d’approvisionnement pendant les manœuvres alpines et d’armée. Il quitte ces fonctions en juin 1913 pour reprendre le service de compagnie puis suit au premier semestre de 1914 les cours de l’École normale de gymnastique et d’escrime de Joinville. Son unité est en Haute-Maurienne pour les traditionnelles manœuvres d’été, en juillet 1914. Le premier courrier publié date du 27 juillet 1914 mais il tient également un journal de marche.

La guerre déclarée et après une courte garde à la frontière italienne, il connaît son baptême du feu le 15 août, participe aux combats de Mandray et de la Tête de la Behouille, dans les Vosges, avant d’être blessé légèrement à la jambe le 3 septembre. Il écrit à sa sœur le 11 qu’il a fait 7 jours d’hôpital et qu’il se remet très bien. Positionné ensuite en Alsace, il participe aux combats du Hartmannswillerkopf au premier trimestre de 1915, date à laquelle il est promu capitaine. Il sera à cette occasion cité deux fois à l’ordre de l’armée, étant l’un des premiers récipiendaires de la Croix de Guerre dans son bataillon (9 juin 1915). Élie Viallet meurt le 15 juin sur l’Hilsenfirst, dans les Hautes-Vosges (Haut-Rhin). Il sera cité une troisième fois et reçoit la Légion d’Honneur à titre posthume (dossier non découvert sur la base Léonore toutefois).

Commentaires sur l’ouvrage :
En page intérieure, l’ouvrage reçoit le sous-titre Élie Viallet, capitaine au 13e bataillon de chasseurs alpins : itinéraire d’un diable bleu.

Très représentative de la correspondance auto-censurée, destinée à rassurer en permanence les siens, les lettres de l’officier Viallet apprennent peu à l’Historien. Mais l’ouvrage trouve toutefois un intérêt dans la qualité de la contextualisation par Jacques Gasqui, présentateur du corpus du capitaine Vialle, qui précise avoir hérité des archives de l’officier, dans son bataillon, donnant à l’ouvrage l’aspect d’une biographie illustrée de correspondances. L’ouvrage est bien présenté et cite nombre d’autres personnages importants cités par le témoin (dont le docteur Boutle par exemple, qui a également témoigné dans l’ouvrage de Jean-Daniel Destemberg, Les Chemins de l’Histoire. L’Alsace, Verdun, La somme (Moulins, Desmars, 1999, 327 p.).

Renseignements tirés de l’ouvrage :
Page 23 : Durée de la guerre « bien vite réglée et que ce ne serait qu’une affaire de quelques semaines »
24 : Demande à sa sœur de conserver les journaux, « documents intéressants et que je reverrai avec plaisir »
48 : « À côté des amis qui assistaient à notre départ, on voyait des mamans et des sœurs qui pleuraient (elles ne sont pas plus raisonnables à Chambéry qu’ailleurs) ».
59 : Gants de pied supérieurs à la bande molletière pour les chasseurs
83 : Sur l’action de tireurs d’élite : « J’ai organisé depuis mes tranchées plusieurs stands et les bons tireurs les tirent au passage »
96 : Garde un fusil boche
107 : Demande à remplacer son fanion de compagnie, envoie le plan (description p. 108)
113 : Description du chasseur, « uniforme d’homme des bois » : « Béret bleu, peau de mouton, pantalon bleu de mécanicien en culotte de velours, gants de pieds, passe-montagne, cache-nez ; etc., et beaucoup de boue par-dessus tout ça »
114 : Sur l’enrichissement à la guerre : « Je vous envoie un mandat-poste de 300 francs. Je n’avais jamais trouvé autant d’argent dans ma poche en fin de mois. La guerre enrichit, le fait est concluant »
115 : « L’arrivée d’un nouveau galon est une chose dont on se réjouit en temps de paix ; à l’heure actuelle, malheureusement, elle est la conséquence de la disparition d’un camarade »
132 : Stylo Gold Starry
145 : Non-restitution des corps

Yann Prouillet, janvier 2026

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Lemercier, Eugène-Emmanuel (1886-1915)

Lettres d’un soldat. Août 1914 – avril 1915, Paris, Bernard Giovanangeli, 2005, 191 p.

Résumé de l’ouvrage :
Eugène-Emmanuel Lemercier, né le 7 novembre 1886 à Paris, est d’abord engagé volontaire en 1905 avant d’être rappelé au 106e RI de Châlons-sur-Marne (Châlons-en-Champagne aujourd’hui), qu’il rejoint dès le 3 août 1914. Il arrive au front dans la Meuse après la bataille de La Marne. Promu caporal le 1er janvier 1915 (page 89, qui lui donne un « devoir social » (p. 108 et 189) puis sergent le 13 mars suivant (p. 146, qui faillit être cité (p. 187 et 189), il disparaît aux Eparges le 6 avril 1915. L’ouvrage publie 140 lettres écrites du front du 6 août 1914 au 21 mars 1915, principalement à sa mère et à sa grand-mère.

Eléments biographiques :
L’auteur naît à Paris le 7 novembre 1886, de Louis-Eugène et de Marguerite Harriet O’Hagan, une famille protestante, dont la branche féminine est d’origine irlandaise. Après la mort de son père alors qu’il n’a pas un an, il est élevé par sa mère et sa grand-mère maternelle, qui créent un lien profond, qui transpire dans la correspondance avec le jeune homme lorsqu’il est au front. Initié au dessin et à la peinture par ces dernières, il a pour mentor le peintre Fernand Cormon (1845-1924) qui lui présente dès ses 11 ans ½ Jacques Humbert (1842-1934). Ce dernier va lui prodiguer une formation artistique qui aboutira à son entrée aux Beaux-Arts dans sa 15e année. Malgré une faiblesse de constitution, il devance l’appel et rejoint le 106e RI de Châlons-sur-Marne en 1905, qu’il quitte l’année suivante, revenant à ses études artistiques. Nombre de ses toiles sont primées mais sa santé s’épuise et il est contraint d’aller se soigner en Suisse. À la déclaration de guerre, il rejoint tout naturellement son régiment, dès le 3 août, et sa première lettre, dès le 6, témoigne de la vie mouvementée et fatigante des premiers jours sous l’uniforme d’un intellectuel plongé dans la guerre. Il arrive en ligne le 12 septembre et est porté disparu, sans que son corps ne soit jamais retrouvé, au combat du 6 avril 1915 aux Eparges, dans la Meuse.

Commentaires sur l’ouvrage :
Artiste et intellectuel, Eugène-Emmanuel Lemercier tient un carnet de guerre et échange surtout une correspondance avec sa mère, adulée, et sa grand-mère. Il dit très peu de la guerre mais intériorise ou philosophe abondamment, ayant conscience de sa classe et de son intellectualisme (volontiers supérieur). Quelques apports toutefois, mais assez peu sur le 106e RI, celui du panthéonisé Genevoix, avec lequel il partage parfois la contemplation de la nature, et des autres témoins que sont André Fribourg, Robert Porchon et Joseph Vincent. Bernard Giovanangeli rappelle dans un avertissement que Lettres d’un soldat est paru sans nom d’auteur chez Chapelot en 1916 puis chez Berger-Levrault en 1924, et Jean Norton Cru, qui lui consacre une longue analyse critique pages 530 à 535 dans Témoins, ajoute à ces références éditoriales une publication partielle préliminaire dans la Revue de Paris les 1er et 15 août 1915.

Il n’est pas étonnant que Jean Norton Cru classe Eugène-Emmanuel Lemercier dans les 27 témoins qu’il place dans la 1re catégorie de son classement tant Lettres d’un soldat est résolument un témoignage intellectualisant son parcours de guerre, même si ténu puisqu’il concerne seulement les 8 premiers mois de guerre. Il s’épanche souvent sur sa condition et, le 1er décembre 1914, il dit : « Et voici qu’à vingt-huit ans, je suis replongé en pleine armée, loin de mes travaux, de mes soucis, de mes ambitions, et jamais la vie ne m’apporta une telle abondance d’émotions nobles ; jamais, peut-être, je n’eus, à les enregistrer, une telle fraîcheur de sensibilité, une telle sécurité de conscience », et il semble jouer quelque peu de ce statut comme il l’avance un peu plus loin : « Mon petit emploi me dispense de la pioche » (p. 83), lui que la guerre ne lui fait pas « renoncer à être artiste » (page 84). Il dit d’ailleurs à ce sujet : « Sans doute, après cette guerre, un art fleurira-t-il de nouveau, mais nous aurons à l’apprendre entièrement » (p. 110). Sa haute condition, qui lui fait se différencier de la plèbe qui l’entoure, lui fait dire de ses camarades : « Leur courage, pour être infiniment moins littéraire que le mien, n’en est que plus pratique, adapté à tout… » (p. 87). Plus loin, il avance même : « … je mène une existence d’enfant au milieu de gens si simples que, même très rudimentaire, mon existence est encore bien compliquée pour mon entourage » (p. 102). Il est de temps en temps descriptif et volontiers poète ; « Tu ne saurais croire ce que les forêts ont souffert par ici : ce n’est pas tant la mitraille que les effroyables coupes nécessaires à nos constructions d’abris et à notre chauffage. En bien ! parmi cette dévastation, il me disait qu’il y aurait toujours de la beauté pour l’arbre et pour l’homme » (page 93). Plus loin, il dit : « Il est de heures de telle beauté où celui qui les embrasse ne saurait mourir alors. J’étais bien en avant des premières lignes, et jamais je ne me sentis plus protégé », vantant les beautés de la nature meusienne (p. 130 et 131). S’il dit qu’il a parfois conscience de se répéter, il ajoute : « Il faut s’adapter à cette existence particulière, à la fois indigente en activités intellectuelles et merveilleusement opulente en émotions spontanées », comparant son métier au moine-soldat (p. 94). Il a peur page suivante de perdre « sa main » de dessinateur. Toujours observateur de son environnement, il a quelques phrases analytiques plus profondes : « Ils blaguent, mais leur blague est l’épiderme d’un magnifique courage profond » (p. 100). Il s’étonne que la vie continue : « Ce qui nous dépasse (mais qui pourtant est bien naturel) c’est que les civils puissent continuer une existence normale alors que nous sommes dans la tourmente » (p. 117). Philosophe, convoquant parfois Spinoza ou Saint-Augustin, il s’interroge sur l’ordre et la violence ; il dit : « L’ordre conduit au repos éternel. La violence fait circuler la vie. Nous avons comme objectifs l’ordre et le repos éternel, mais, sans la violence qui déchaîne les réserves d’énergie utilisable, nous serions trop enclins à considérer l’ordre comme obtenu : un ordre anticipé qui ne serai qu’une léthargie retardant l’avènement de l’ordre définitif » (p. 118). Il teinte le plus souvent ses réflexions de la présence de Dieu. Il se révolte à l’idée de sa mort (la pressent-il ?) ; il dit : « Pourquoi suis-je ainsi sacrifié, quand tant d’autres qui ne me valent pas sont conservés ? (p. 146). Ses analyses sont parfois plus singulières. N’avoue-t-il pas à sa mère : « …pour revenir à ces moments extraordinaires de fin février, je te redirai encore que j’en conserve le souvenir comme d’une expérience scientifique » (p.152). Dès lors, le sous-titre d’une telle œuvre testimoniale aurait pu être « introspection d’un intellectuel à la guerre ».
Car la guerre il la décrit finalement assez peu. Des fois, il dit quand même, sans s’étaler : « Nous sommes en cantonnement après la grande bataille. Cette fois-ci, j’ai tout vu. J’ai fait mon devoir, et la sympathie de tous me l’a prouvé. Mais les meilleurs sont morts. Pertes cruelles. Régiment héroïque. But atteint. Ecrirai mieux » (p. 142). La description plus diserte qui suit fait état d’un tableau épique d’horreur. Il dit : « Voici cinq jours que mes souliers sont gras de cervelles humaines, que j’écrase des thorax, que je rencontre des entrailles » (p.143) et c’est après un temps plus ou moins long qu’il donne ses impressions au spectacle réel de la bataille (voir p. 185 le 14 mars, peu avant sa mort). L’édition de 2005 permet de rétablir les passages censurés dans l’édition de 1916 et notamment celui-ci : « Car on a l’impression que tout le monde y passera. Chaque mètre de terrain coûte trois cadavres » (p. 158). Il a en effet la certitude de sa mort ; quelques jours avant celle-ci, il dit : « Ils m’ont raté, mais malheureusement ce n’est que partie remise, car il ne doit rien rester de notre régiment » (p. 186). Dès lors il ne faut pas rechercher dans le témoignage de Lemercier un réel ouvrage testimonial, bien qu’épistolaire, mais un livre de réflexion. Au final, c’est plus une correspondance dans la guerre qu’une correspondance de guerre. En fait il donne le plus souvent l’impression de n’avoir jamais avoir été soldat ; il semble confondre cagna et casemate (p.165) et avoue même : le « plaisir que j’éprouve de n’avoir pas tiré un coup de fusil » (page 186). Il avance même étonnamment « … avoir rencontré des Allemands nez à nez, mais (…), ces gens-là ont dû pressentir en moi quelque chose de mieux et en tous cas très différent d’un soldat, car ils se sont constitués prisonniers de façon courtoise, ce qui, d’ailleurs leur était dictée par ma façon polie de les aborder » (p.186). Il a pourtant, à la veille de sa mort, été envoyé suivre un cours d’élèves sous-officiers, ce dont il se faisait un certain orgueil. Las, ses derniers morts, qu’il écrit à un ami, sont prémonitoires : « Pense à moi et aie de l’espoir pour moi qui n’ose pas en avoir » (. 187).

Renseignements tirés de l’ouvrage :
Page 100 : Douille de 75 utilisée comme pot à eau
: « 115 obus pour blesser un homme au poignet »
101 : Noël 1915, ténor allemand dans sa tranchée (rappelle Joyeux Noël de Carion), français répondant par La Marseillaise
108 : Garde sape pour protéger les sapeurs
114 : Nous n’avons plu aucune vision d’une issue quelconque
117 : Apprend le 17 janvier 1915 la mort de Péguy
146 : Proposé sergent et pour une citation (p. 187), non obtenue à cause de la mort de son capitaine
155 : Retour des grues

Yann Prouillet, janvier 2026


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Lasbleis, Eugène (1896-1982)

Les lettres de guerre d’Eugène Lasbleis (1915-1918), Senones, Edhisto, 2015, 386 p.

Résumé de l’ouvrage :
Eugène Lasbleis, jeune breton de Lamballe, à 19 ans lorsqu’il intègre, en avril 1915, le 6e régiment du génie d’Angers. Sa période d’instruction achevée, il rejoint le front, où il arrive en décembre, dans le Pas-de-Calais, puis dans l’Oise. Il bouge peu d’abord, occupé à l’organisation du front (défenses accessoires, bétonisation, génie infrastructurel, etc.). En mars 1917, il passe télégraphiste au 8e génie et stationne au terrible Chemin des Dames. Dès lors, les faits militaires s’accélèrent ; il manque d’être fait prisonnier lors des attaques allemandes du printemps 1918 et termine la guerre dans l’Aisne, avant sa démobilisation en 1919.

Eléments biographiques :
Eugène Lasbleis naît le 18 avril 1896 à Lamballe (Côte-du-Nord puis Côte d’Armor) de Florentin, professeur de mathématique et de sciences à l’Ecole Primaire Supérieure de la ville, et de Irma André, fille d’un Alsacien de Mulhouse, optant, mécanicien à la Compagnie des chemins de fer de l’Ouest, son épouse. Eugène est le cinquième enfant d’une famille de six. La famille est d’une tradition de marins hauturiers de l’île de Bréhat [son grand-père était capitaine cap-hornier] qui ont payés un lourd tribut à la mer. André Lasbleis, son fils, qui présente le témoignage, dit que son père a été élevé dans une famille très unie et d’éducation très positive, constructive et libre. Il obtient son brevet élémentaire en 1914 et entre au bureau de dessin de la Compagnie des chemins de fer de l’Ouest à Lamballe. La guerre se déclenche donc alors qu’Eugène a 18 ans. Le 10 février 1915, la classe 1916 passe au Conseil de Révision. Déclaré apte, il rejoint avec deux amis lamballais le 6e RG à Angers. Il décède le 16 décembre 1982 dans la commune qui l’a vu naître.

Commentaires sur l’ouvrage :
Entre avril 1915 et sa démobilisation, Eugène Lasbleis écrira près de 1 000 lettres à ses parents, conservées « avec une piété exceptionnelle » (p. 10) par la famille. C’est André, l’un de ses fils qui étudie et reporte ce corpus, dont il publie 526 lettres. Il est très précis sur le lien filial et le parcours de son père. Son introduction donne nombre d’éléments périphériques utiles à la compréhension de l’épistolier et à son parcours dans le siècle comme dans la guerre.
Eugène Lasbleis prend ainsi le train vers le front le 28 décembre 1915 et débarque à Montreuil-sur-Mer, dans le Pas-de-Calais. Il fait une période d’instruction au camp de Wailly-Beaucamps, à quelques kilomètres au sud de la ville, qu’il quitte le 8 mars 1916 pour l’Oise. Il arrive au hameau de Dizocourt, dans la commune de Jaux, sur la rive droite de l’Oise. Il quitte ce hameau le 6 mai 1916 et sa compagnie arrive au front dans le secteur Berneuil-sur-Aisne / Tracy-le-Mont le 15 juin suivant. Le 16 août, le 6ème Génie revient à Jaux et repars le 12 septembre pour Canny-sur-Matz, à 3 kilomètres à l’ouest de Lassigny, puis se déplace à Gury le 30 octobre. Le 13 mars 1917, Eugène quitte le 6e génie pour le 8e (Nogent-sur-Seine, dans l’Aube), affecté dès le 16 à la 10e armée du général Mangin. Il rejoint Fismes, dans la Marne le 31 suivant et change ainsi de fonction, passant téléphoniste-télégraphiste. Il participe à l’attaque du 16 avril 1917 sur le Chemin-des-Dames, dans le secteur de Craonnelle, en direction de Craonne, heures apocalyptiques dont il ne communique pas toute la réalité dans ses lettres. Le 23 juin, la compagnie télégraphiste du 8e génie dans laquelle se trouve Eugène est mutée dans les Flandres, à Woësten, au bord de l’Yser, en Belgique. Méritant par son comportement au feu, il reçoit la Croix de Guerre le 30 août avec cette citation : « … Sapeur au 8e régiment du génie. Plein de courage et d’entrain, du 29 juillet au 15 août il a assuré la réparation d’un réseau téléphonique constamment coupé par les obus. Est pour ses camarades, un exemple d’énergie et de dévouement » (page 26). En septembre et octobre, il est affecté un temps au front-arrière à un central téléphonique franco-anglais. Sa pratique de l’anglais n’est pas fameuse (il en parle p. 53 et 322) mais, comme la situation linguistique est similaire « en face », chacun parvient toutefois à se faire comprendre. Il est muté comme chef de poste téléphonique à Fismes et manque de se faire capturer lors de l‘attaque allemande sur l’Ailette, le 27 mai 1918. Parvenu a rejoindre son commandement, il est alors menacé de conseil de guerre pour panique devant l’ennemi. Il s’en sort car la retraite de son unité s’est faite dans l’ordre. Son unité se reconstitue vers Trilport puis, à l’été 1918, les armes se retournent. Fère-en-Tardenois le 11 septembre, puis Rethel, et Bergnicourt (Ardennes). Eugène apprend l’Armistice en permission dans une Lamballe où les cloches sonnent à toute volée. De retour dans les Ardennes, le soldat entre en Belgique par la vallée de la Semois et assiste aux cérémonies à Libramont, émaillées par la tonte de femmes « trop accueillantes » avec les Allemands. Le 19 novembre, il assiste à la débâcle d’une armée allemande abandonnant tout son matériel, « en pleine détresse par la faim. Hommes et chevaux tombent de faiblesse ! » (p. 367). Mi-décembre, il est de retour en France et cantonne à Verdun. Il attrape la grippe espagnole en permission, revient dans son régiment en Lorraine (Lunéville et Blainville), est nommé caporal (6 avril 1919) puis sergent (15 août). Le 19 septembre, il est rendu à la vie civile le 19 septembre. Mais, ne s’étant pas « démobilisé de la guerre » : « c’est parmi les ruines qu’il chercha et trouva vite du travail » (p. 34), engagé par l’administration des Régions Libérées au centre de Saint-Quentin dans l’Aisne. C’est là qu’il rencontre celle qui va devenir sa femme, institutrice à l’école du lieu, qu’il épouse à Pâques 1921. Il travaille ensuite au Service de la Navigation de Saint-Quentin. Le couple aura trois garçons (Jean en 1922, André en 1928 et Yves en 1930). Eugène Lableis prend sa retraite en 1957 et meurt le 16 décembre 1982 .
Jeune homme « brutalement » plongé dans la guerre, il bénéficie de toute l’affection et de l’aide matérielle (colis et argent, jusqu’à demander d’en recevoir moins !) de sa famille, très proche, composée de ses parents et de ses trois sœurs. Itératives ces lettres témoignent d’un quotidien parfois trop long et dont il se sort finalement sans trop de casse. Par sa jeunesse et son « apprentissage au feu de la guerre », l’ouvrage est à rapprocher de celui de Pierre Suberviolle ou celui d’Emmanuel Geisler.

Renseignements tirés de l’ouvrage :
Page 44 : Punition aux manquants à la mobilisation, faites au front (vap 98)
45 : Est confiant en « son étoile » (superstition)
46 : Ovations pendant le trajet en train
51 : Poux appelés « grenadiers »
53 : Anglophone (vap 322)
56 : Touche des épaulettes d’acier et le casque (vap 66, 76 mais d’« infanterie au lieu du Génie », 78, 79, 87)
59 : Changement d’écriture (pour tromper le contrôle ?)
61 : Salycilate contre les rhumatismes
63 : Touche des cas (ou poches) à grenades non cousus, il les fait coudre
Hameau de Dizocourt où « on ne voit que des vieillards »
70 : Reçoit des bêtises le 1er avril
71 : Permission accordée au numéro de matricule (vap 72 sur l’âge)
78 : Attrape des écureuils
80 : « Un sapeur a toujours la gorge en pente »
81 : Fait de la photo (vap 285)
82 : Pluie = « artillerie de Saint-Pierre » (vap 170 utilise « plume d’oie » pour l’orage)
: Cuistots tournants au régiment
85 : Punis expédiés aux « bat d’Af »
86 : Sénégalais « beaux vilains noirs ! » (vap 110)
94 : « Mocos », soldats du Midi
99 : Artilleurs ivres
: Animaux mascottes (151, adopte un chat errant, tué p. 156 par un ami, 268 une chèvre)
: « Monoplans » = paillasses
100 : « Forte ration » = 1 quart ½ de vin par jour, 5 cl d’eau de vie tous les soirs
104 : Espoir de victoire sur la Somme
109 : Menu
111 : Paye
114 : Se moque d’un prisonnier boche mais dit « C’était pourtant un type qui avait l’air très doux et qui n’avait pas l’ai d’un c… » (vap 209)
115 : « … nous couchons à côté des vaches. (…) Il paraît qu’il n’y a rien de plus sain que de coucher près de ces bêtes ! »
125 : Coupe militaire
126 : Mauvais résultat des zouaves
130 : Ce qu’il pense d’une séance de cinéma aux armées
132 : Apprécie une séance de « vrai » théâtre
141 : Prix du papier à l’auto-bazar (vap 204)
167 : Spectacle d’un duel aérien, avion allemand abattu, description
156 : Explosion d’une lampe à acétylène, 2 blessés
: Etat sanitaire médiocre de la compagnie
157 : Ce qu’il mange en « extra »
158 : Fabrique un piège à rat (vap 274, 275, 278 (il en brûle un vif), 279
162 : Sur le pinard (vap 185 « quand le pinard est signalé dans les environs » !, 187 (abus), 206, 222 « nerf de la guerre », 227
163 : Cafard après la permission (vap 168)
168 : Touche des équipements d’hiver (vap 222, 263, 366)
169 : Utilise des sabots « sans ordre »
170 : Indemnités de voyage, 2,50 f.
171 : « Les boches sont comme nous, ils en ont marre ! », prévoit la fin de la guerre en 1917
172 : Se moque de Mme de Thèbes
174 : Tout gèle. « De ce temps, le moral du poilu baisse avec la température ! » (vap 179)
185 : Espère apprendre les raisons d’un coup de main allemand en lisant le journal !
186 : Vue de civils délivrés, « tels des cadavres »
210 : Après l’espoir du 16 avril,1ères impressions de la « boucherie », moral, il parle de « confirmation du feu »
212 : Alcool de menthe, usage potabilisant (vap 215)
: Mange du cheval
213 : L’escouade prend le nom d’atelier du génie
214 : Pinard manquant, eau potable rare
215 : Durée de la guerre (+ 3 ans) après la publication des buts de guerre français
219 : Motif de retenue de permission (vap 242, différents régimes, 237, 2 jours de plus pour citation)
232 : Espions belges !
233 : Belges curieux
: Chemin des Dames, « zone d’extermination »
241 : Supplément du 14 juillet
247 : Punitions pour les indiscrétions contenues dans les lettres
248 : Vue de prisonniers : « loustics heureux de se sauver de là-dedans ! » (vap 264, 267 et 268)
258 : Fier de porter sa croix de guerre
263 : Ce qu’on trouve pour 3 francs par jour
273 : « Le Russe et le Macaroni valent le même prix ! »
280 : Punition et sentiment d’être « traités comme des chiens », lieutenant forcé de punir
295 : Sur le changement de position du port du calot, ce qu’il en pense !
296 : Fin du tabac gratuit le 16 février 1918
297 : Sur le pommes de terre germées à garder pour les potages militaires
300 : Italien « pas sympathique » ?
302 : Sa famille écrit en morse, clin d’œil à son apprentissage de la discipline au Génie
307 : Repas du Vendredi Saint
312 : Recommande des réfugiés possibles à ses parents
319 : Eau de Vals
325 : Fin de guerre appelée « grande permission »
327 : Abandon d’affaires personnelles dans la fuite, mais en y mettant le feu sur consigne
333 : Américains buveurs « de tout », cuites et bagarres
336 : Sur les risques encourus par les soldats de la classe 1920, dont son petit frère, qu’il conseille en vue de son incorporation (vap 338)
337 : Vision d’un terrain libéré, odeur, utilise sa pipe (vap 339, mouches, 341, 344)
341 : Sur l’absence de respect aux morts
345 : Disparition de la pomme de terre
347 : Les armes tranquilles selon Lasbleis : Génie, RAL, RAC
357 : Vue de prisonniers d’octobre, « jeunes et contents de leur sort »
: Quinquina complet contre la grippe espagnole (vap 363 autres remèdes)
360 : Durée et fin de la guerre, « bout de l’histoire » pour cette année (le 11 octobre !)
361 : « Grand Goastel », utilisé pour l’Armistice, gâteau breton en forme de récompense
: Ravage du Chemin des Dames
366 : Ambiance au 18 novembre 1918
367 : « Les copains n’ont rien eu pour l’Armistice, ni congé, ni pinard …»
: Vue du Luxembourg, débâcle allemande, ambiance, faim des allemands

Yann Prouillet, 21 janvier 2026

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Catusseau, Fernand (1895-1987)

Le témoin

Pierre Fernand Catusseau est né le 10 mai 1895 à Saint-Émilion, canton de Libourne (Gironde) dans une famille de viticulteurs au lieu-dit Pindefleurs, un cru Saint-Émilion réputé. On connait mal ses études, interrompues par la mort de son père en 1912, moment où il a dû prendre en main l’exploitation. Il écrit un français correct. En décembre 1914, il est incorporé au 100e RI, puis au 109e. Caporal en juin 1915 ; sergent en octobre (les galons sont arrosés au Saint-Émilion). La famille est aisée : il demande et reçoit de très nombreux mandats. Blessé et évacué le 25 octobre 1917 dans l’attaque de la Malmaison. Mort le 8 mai 1987.

Le témoignage

La famille a conservé les lettres envoyées à sa mère entre le 3 janvier 1915 et le 3 décembre 1917. Son petit-fils Jean-Luc Michelet les a transcrites et réunies avec reproduction de nombreux documents dans un petit livre hors commerce tiré à 50 exemplaires pour la famille et les amis. Les originaux seront déposés aux Archives départementales de la Gironde.

Deux aspects originaux par rapport à la plupart des témoignages

Une première originalité des lettres, c’est qu’on n’y découvre pas d’autocensure pour rassurer sa mère. Dès juillet 1915, à Lorette, il décrit une situation terrible, des morts à chaque pas ; à Souchez, c’est intenable. Il décrit la boue, la faim, la soif, le froid (en particulier en janvier 1917), « les mauvaises odeurs des macchabées », les bombardements. La lettre du 9 décembre 1915 décrit précisément les torpilles allemandes : « Ils nous ont envoyé des torpilles de 50 kg ce qui est je crois plus terrible qu’un obus, car tu la vois arriver en l’air à 200 mètres de hauteur et tu ne sais exactement où elle va tomber ; c’est impressionnant je t’assure, elle éclate avec un fracas épouvantable. »  La guerre est un « terrible fléau » qu’il faut souhaiter voir finir au plus tôt. Fernand est conscient de sa décision de tout raconter : il demande pardon à sa mère en expliquant que c’est pour lui un soulagement.

Deuxième originalité : il ne craint pas de dire où il se trouve à telle date. Le 8 novembre 1915, par exemple : « Nous prenons les tranchées à gauche de la route d’Arras, au Bois en Hache à gauche de Souchez. »

Analyse

Pour sa Patrie et la défense de ses intérêts

Le 5 juillet 1915, depuis Souchez, Fernand Catusseau termine une lettre par la phrase : « Ton fils pour la vie, qui combat glorieusement pour sa Patrie et la défense de ses intérêts. » Sans doute est-ce une allusion au risque d’une défaite pour la prospérité des activités économiques de la France, donc de la vente du vin. Mais le thème de la Patrie revient souvent, de même que la forte critique de l’ennemi. Le 4 septembre 1915, il souhaite « anéantir au plus tôt cette insolente nation ». Le 2 octobre, il se dit heureux d’avoir « massacré pas mal de boches ». Il aime le spectacle magnifique des revues, les émouvantes remises de décorations.

On peut cependant noter quelques nuances. Le 23 septembre 1916, dix-septième jour de tranchées, il écrit : « On parle même de nous faire attaquer de nouveau, mais je crois qu’ils ne feront pas grand-chose de nous. C’est vraiment trop pour une fois. » Le 18 octobre, il souhaite obtenir une permission extraordinaire pour les vendanges, tout en admettant qu’elles « sont terminées et dans de bonnes conditions ». Soigné à l’arrière pour sa blessure, il écrit à sa mère : « Je suis heureux d’être enfin à l’abri et je t’assure que j’y resterai le plus possible. »

Il ne dit rien des grandes fraternisations de décembre 1915 mais, le 18 novembre, il décrit une période calme au cours de laquelle « les boches causaient avec nous ». En juin 1916, les paroles échangées sont plutôt des moqueries, mais restent un dialogue.

Le lien avec « le pays »

Dans sa correspondance avec sa mère chargée de l’exploitation familiale en son absence, reviennent très souvent les demandes de nouvelles de Saint-Émilion. Fernand souhaite connaitre l’état de la récolte et l’évolution du prix du vin. Le 28 août 1917, jour de pluie et de grand vent, il souhaite qu’il n’en soit pas de même chez lui « car pour la maturité cela pourrait bien nuire et amener la pourriture ». Le 30 septembre, il attend avec impatience le résultat des vendanges et il rappelle à sa mère qu’il faut bien mécher les fûts destinés à la nouvelle récolte.

Un lien avec sa région est également constitué par le « journal de tranchées » (imprimé à Bordeaux), Le Poilu St Émilionnais de l’abbé Bergey, qu’il mentionne à plusieurs reprises. Le journal dont une édition en facsimilé a été publiée récemment signale la blessure et la citation de Fernand Catusseau  dans deux numéros d’octobre-novembre 1917 et avril 1918. L’abbé Bergey et son journal ont une notice dans le présent dictionnaire des témoins ; leur existence est rappelée dans le récent livre de Rémy Cazals, Écrire… Publier… Réflexions sur les témoignages de 1914-1918, Edhisto, 2025.

Des informations sur la vie des poilus

Les poilus fabriquent des bagues et autres objets. La rubrique « poux » est traitée comme souvent avec humour : « Les poux continuent toujours à se déployer en tirailleurs sur mon dos. » Il y a des repas juste bons pour être balancés sur le parapet. Les conserves venant de la maison sont les bienvenues.

La chasse permet aussi d’améliorer l’ordinaire. Au repos, le 6 janvier 1916, il écrit : « Nous sommes dans un pays très giboyeux, il y a des faisans, du lièvre et du lapin à foison, nous en mangeons tous les jours. Mais il a paru une circulaire interdisant la chasse car vraiment c’était pire que dans les tranchées la fusillade ! » La suite est du 18 janvier : « C’est couvert de gibier, nous les attrapons au lacet maintenant puisqu’il est interdit de tirer des coups de fusil. »

Le 6 février 1917, Fernand Catusseau évoque « une bien triste cérémonie ». « J’étais désigné avec 8 Sergents de mes camarades pour servir de peloton d’exécution à un misérable poilu condamné à mort, c’est une bien mauvaise besogne. Enfin lorsque l’on est commandé, l’on ne peut pas reculer. Je ne te développe pas plus ceci car ce n’est rien de beau, tu en sais suffisamment. »

Le 30 septembre, une note originale : « Nous sommes à l’instruction des tanks depuis 2 jours, nous ne sommes pas trop mal, notre travail consiste à manœuvrer pour les mettre un peu sur la voie de la réalité afin qu’ils puissent connaitre toutes les embûches que peuvent leur faire les Allemands. Ils font du magnifique travail, tout le monde en est émerveillé, aussi j’espère que les boches seront bien servis. »

Rémy Cazals, décembre 2025

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Bron Albert (1894 – 1980)

Lettres d’un poilu de 14 – 18

1. Le témoin

Albert Bron, originaire d’Oran, voit ses études classiques interrompues en août 1914. Mobilisé au 1er régiment de zouaves, il est d’abord secrétaire à Alger, puis sergent après un passage à Saint-Maixent en 1915. Il fait ensuite de l’instruction, avant d’intégrer l’Armée d’Orient avec le 2ème bis de zouaves ; il y alterne secteurs en ligne (Macédoine, Serbie) et périodes d’instruction. Volontaire pour une formation d’aspirant à Saint-Cyr au printemps 1917, il revient à Salonique en octobre et intègre comme sous-lieutenant un bataillon de tirailleurs sénégalais (81e BTS). Rentré en Algérie en juillet 1918, il continue à former des Sénégalais au sein du 113e BTS. Après la guerre, il poursuivra une carrière d’enseignant, essentiellement au lycée d’Oran.  

2. Le témoignage

Albert Bron a publié en 1980 à compte d’auteur Lettres d’un poilu de 14 – 18, Contribution à l’Histoire de la Grande Guerre (431 pages). Ce recueil reprend l’essentiel de toutes les lettres et cartes adressées de juin 1916 à juillet 1919 aux siens, essentiellement ses parents, et indirectement ses frères plus jeunes que lui. En début d’ouvrage, il évoque quelques anecdotes qu’il n’a pas rapportées dans ses lettres (Lacunes, p. 13), essentiellement la description des moments où il a été le plus en danger et quelques thèmes un peu scabreux qu’il aurait été gêné d’évoquer avec ses parents.

3. Analyse

En préface, l’auteur signale avoir voulu dans ses lettres restituer tous ses faits et gestes, au jour le jour, d’abord pour rassurer ses parents inquiets, puis pour constituer une riche matière documentaire qu’il pourrait exploiter par la suite.

Pas d’offensives

Albert Bron, s’il n’est pas un « guerrier » (il le théorise à plusieurs reprises), fait consciencieusement son devoir ; paradoxalement, alors qu’il est sous-officier puis officier dans des unités de choc, il échappe à la plupart des grandes tueries du conflit : il ne participe à aucune des grandes offensives occidentales, et arrive en Orient après l’échec des Dardanelles. Ses périodes en ligne devant les Bulgares voient des affrontements modérés, et il est souvent en stage de formation pour lui-même ou comme instructeur. Il a aussi compris que ses demandes de formation (Saint-Maixent, stage de mitrailleur, instructeur mitrailleuse pour les Russes, Saint-Cyr, stage de chef de section) le mettent temporairement à l’abri. Il ne fuit pas le danger : c’est lui, aspirant nouvellement promu, qui arrive à voir le général Sarrail pour demander un commandement dans l’armée coloniale ; sa chance est qu’il devient sous-lieutenant d’un BTS qui hiverne à la fin de 1917, et qui ne sera engagé en 1918 en Orient que dans des secteurs moyennement agités.

Un intellectuel curieux

Albert Bron aime écrire, et quand il en a le loisir, il décrit l’emploi du temps de sa journée, ce qu’il a vu au long des rues, lors d’une promenade dans Salonique, ses lectures du jour, ses conversations avec des militaires de rencontre. Dès qu’il le peut, ses occupations sont savantes : ethnographie, archéologie, art byzantin, études des langues… (août 1916, p. 43) : « Je fais toujours beaucoup de grec moderne. Et maintenant que je passe chaque jour cinq heures avec les sous-officiers russes, je vais tâcher d’apprendre le russe. J’ai abandonné l’étude du serbe. » Dès qu’il le peut, il rencontre des Français responsables de fouilles, le proviseur du lycée français de Salonique, et il correspond avec Jérôme Carcopino. Il effectue son service avec un grand sérieux, pour pouvoir ensuite se consacrer à ce qui l’intéresse  (p. 65): « (…) en ordonnant ma vie, en ne faisant pas la grasse matinée, en ne jouant pas aux cartes, en ne sortant pas le soir, enfin en me traçant chaque soir avant de me coucher l’emploi du temps du lendemain. Ç’a m’a été un peu dur au début de me conformer à cet emploi du temps. Mais je le fais à présent sans le moindre effort. Et ma satisfaction est autrement vive que si je me laissais, comme les autres, aller à la paresse. » Il recherche une compagnie éclairée, celle des officiers de réserve et médecins avec qui il pourra converser de manière intéressante (octobre 1917, p. 206) : « C’est un plaisir de manger en semblable société. Nous avons causé de toute sorte de choses, mais particulièrement de bouddhisme, de numismatique, d’ethnologie et de philosophie. » D’autres moments laissent évidemment la place à la solitude intellectuelle [à propos d’un médecin-auxiliaire] (p. 201) « Il est instruit et a de l’éducation et l’on peut causer avec lui d’autres choses que du service, du vin et des femmes. Je regrette bien qu’il s’en aille demain. »

Stage d’aspirant à Saint-Cyr

Un des intérêts du récit épistolaire réside dans la description minutieuse de son stage d’aspirant près de Versailles (p. 124 à p.162), avec un rythme de travail très exigeant durant la semaine, mais le dimanche laissé libre (7 mars 1917, p. 124) : « Du réveil (6 h1/4) à l’extinction des feux, pas une seconde de répit ; je n’exagère nullement en vous disant : pas une seconde, je suis plutôt au-dessous de la vérité ! C’est excessivement dur. Cela se comprend : les 1200 élèves aspirants qui suivent ce cours sont exclusivement des jeunes des classes 1914 à 18. Mais enfin, l’on n’entend pas les marmites ! » Les sorties du dimanche sont très appréciées (p. 124) « Ce jour-là un train spécial appelé « l’es spécial » emporte tous les élèves aspirants de St-Cyr à 7 h ¼ vers Paris. L’on arrive à Paris à 8 heures. L’on est ramené à l’école le soir à 9 h ½ par un autre train spécial. » Comme toujours avec notre futur professeur de Lettres, c’est son attitude volontariste pour se former et progresser qui lui permet d’obtenir cette situation qu’il juge chanceuse (17 avril) « Journée froide et pluvieuse. Comme l’on plaint ceux qui sont dans les tranchées ! Et comme on apprécie de ne pas y être ! ». Il s’intéresse beaucoup à la guerre et à l’évolution de la situation internationale, et chaque dimanche matin, il se livre  dans un café à une revue de presse, dont il tire des éléments d’ambiance qu’il rapporte à ses parents et ses frères (4 juin 1917) :  « Le ton des journalistes a changé, il s’est fait plus conciliant (…) une nouvelle formule se fait jour : droit des peuples à disposer d’eux-mêmes – l’on ne rencontre plus à chaque ligne comme il y a quelques temps l’expression outrée : jusqu’au bout (…). ». Les titres consultés  se composent de L’écho de Paris, Le Pays, L’œuvre, l’Humanité, La Libre Parole, La Victoire, et L’Action française (p. 159).

Reçu aspirant, il rejoint Salonique après une permission en Algérie, et y suit un long cours de chef de section ; il monte ensuite quelques semaines en ligne, y est bien accueilli par ses nouveaux camarades, mais il veut passer sous-lieutenant : après beaucoup d’efforts, il réussit à voir entre deux portes le général Sarrail, et celui-ci accepte de le faire nommer, à condition que ce soit dans un régiment de coloniaux.

Officier dans un Bataillon de Tirailleurs Sénégalais

Nommé au 81e BTS en décembre 1917, il décrit longuement sa nouvelle situation, son emploi du temps ainsi que ses hommes, leur ethnie, leurs langues, leurs habitudes… Avec l’hivernage des troupes africaines, il peut se contenter au début de diriger des exercices à l’arrière, et superviser des travaux publics (aménagement de route). Il sera plus souvent en ligne en 1918, dans des secteurs d’activité moyenne, mais son ordonnance Abdou est tué à ses côtés par un obus en mai 1918 (p. 335).  Il est d’entrée très satisfait de son affectation car sa compagnie, dit-il, est la plus disciplinée du bataillon (p. 258)  « je vous entretiendrai longuement dans mes prochaines lettres de ces braves Noirs. » On trouve souvent dans les sources « Grande Guerre » le terme « Nègre » [substantif], employé par les contemporains avec un sens neutre, et il serait très utile de savoir exactement à partir de quel moment ce terme devient inutilement – ou volontairement – méprisant, et doit être remplacé par le terme neutre de « Noir » [fin des années vingt ?]. Ce terme courant « Nègre » n’apparaît pas une seule fois dans le corpus, peut-être y a-t-il eu substitution lors de la dactylographie dans les années soixante-dix ? En tout cas, en regard de bien d’autres témoins, A. Bron, très empathique pour ses hommes, fait ici preuve de progressisme. Comme toujours, notre intellectuel s’enthousiasme pour l’ethnographie, et sans cesser de se perfectionner en grec moderne, il a le projet d’étudier les langues « sénégalaises », il envoie à ses parents un tableau des chiffres de un à cent en langue bambara (p. 265) ; il explique aussi que le terme « sénégalais » est générique, et qu’il a affaire à de nombreux Maliens, Tchadiens ou Burkinabés, qu’il essaie de catégoriser (pays, ethnie, langue, coutumes…).

Plus loin, il raconte de manière intéressante comment son ordonnance Abdou a été recruté aux BTS (p. 268) « Un beau jour, Abdou Sergui, le chef du village Kantché, vint à Ichernaoua Ouachada et s’en retourna avec Abdou (…) pieds et poings liés, la corde au cou, pleurant toutes les larmes de son corps (…). Abdou fus remis aux autorités militaires et devint soldat. Voilà ce qu’Abdou m’a raconté ce matin. » Sa vision des Noirs est très paternaliste (p. 265) : « Ces Noirs sont des enfants que la moindre dure parole chagrine. Le capitaine les blesse souvent. Pour moi, je mets sur leurs plaies le baume des douces paroles. » Sans surprise, un autre extrait montre qu’A. Bron représente une exception avec sa conception des rapports respectueux envers les Tirailleurs (p. 294) : « Mr Duchez nous a dit ce soir qu’un officier d’un autre BTS avait été tué par les Noirs, pour avoir frappé l’un d’eux, chose courante et admise aux BTS. Pour ma part je suis bien tranquille. Mes Noirs se couperaient quatre pour me faire plaisir. Jamais je ne les maltraite. (…) Je suis seul à appliquer cette méthode ou presque. »

Il peut revenir à Tunis en juillet 1918, ayant terminé « ses » 18 mois d’Orient. Durant sa dernière année de service (démobilisation en juillet 1919), l’auteur s’occupe d’instruction au sein des BTS (surtout le 113e BTS) à Biskra, Touggourt et Hussein-Dey. Il souligne la réussite d’un cours de perfectionnement des caporaux et sous-officiers sénégalais, « fils de chefs de villages », qu’il a dirigé avec beaucoup d’investissement et de plaisir, et mentionne à cet égard les nombreux témoignages de gratitude (courriers de remerciement) de ces hommes promus par la suite (p. 375), «Les remerciements dont ils m’ont abreuvé avec une telle chaleur et une telle sincérité ne sont pas, on s’en doute, d’un vocabulaire suffisamment adéquat aux sentiments exprimés et je ne voudrais pour rien au monde qu’on sourît en les lisant. »

Albert Bron produit ici un témoignage attachant, et la somme de ses lettres permet de reconstituer un des itinéraires possibles de la Guerre en Orient : en profiter pour progresser humainement, et tout simplement pour se cultiver. En cela, notre témoin est marginal et peu représentatif des autres cadres coloniaux subalternes : il ne joue pas aux cartes, boit modérément et il indique lui-même que sa conception du commandement des Noirs, basée sur le respect, n’est pas partagée. Il faut aussi prendre en compte le fait que ses lettres sont adressées à ses parents, et ce rapport filial transparaît en permanence : il veut rassurer mais aussi montrer qu’il est digne de l’éducation reçue, ce qui donne à voir des actions peut-être un peu idéalisées. En soulignant aussi qu’Albert Bron a sur ses tirailleurs une vision très paternaliste bien de son temps, on conclura en remarquant que cet excellent homme, Européen oranais, n’évoque jamais, dans ses échanges avec les siens, les paradigmes du fait colonial. 

Vincent Suard, décembre 2025

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Perrin, Pierre (1888-1975)

Laurendon, Gilles. Un guerrier d’occasion. Journal illustré du fantassin Pierre Perrin (1914-1918), Rennes, Ouest-France, 2012, 375 p.

Résumé de l’ouvrage :
Parti de Rigny-sur-Arroux, en Saône-et-Loire, le 3 août 1914, Pierre Perrin est soldat au 27e RI de Dijon. Sous forme de journal de guerre, mais reportant en fait ses souvenirs, il rapporte une guerre impressionnante de fronts hyperactifs sur La Marne, au Bois d’Ailly, à Verdun, sur La Somme où les Monts de Champagne, qu’il traverse par une suite de miracles continus. Il est à proximité de Reims quand l’allemand plie enfin à l’été 1918. Gazé devant la Suippe, il apprend l’Armistice à Rigny, en permission, miraculé d’avoir traversé quasiment sans blessure une guerre aussi intense que violente.

Éléments biographiques :
Gilles Laurendon, présentateur du témoignage, dans sa courte préface, donne très peu d’éléments sur l’auteur. Aussi, c’est le fils de Pierre Perrin qui nous fournit les éléments complémentaires d’état-civil manquants dans l’ouvrage. Pierre François Léonard Perrin est né le 11 novembre 1888 à Rigny-sur-Arroux, en Saône-et-Loire, de Jean Marie et de Marie Perrin. Ses parents ont une petite maison sur la place de l’Église du village, à côté de l’édifice. Il a deux frères, dont l’un, Benoît Léonard Joseph, caporal au 29e RI, né le 20 août 1891, meurt le 13 mars 1915 à l’hôpital de Commercy, ayant contracté la typhoïde. Pierre apprend par une carte le 8 mars son admission à l’ambulance n°6, dans la caserne Oudinot. Il va le voir quelques jours plus tard et apprend sa mort le 14, puis son enterrement le lendemain. Pierre Perrin vivait à Paris (17e), 8 rue des Nollets, depuis le 27 octobre 1912, où il travaillait comme dessinateur quand la guerre le mobilise au 27e RI de Dijon, 11e escouade. Il avait fait son service dans ce même régiment en 1913. Il aura lui-même trois enfants. Il occupera aux tranchées plusieurs fonctions, comme planton du colonel de bataillon ou agent de liaison et même infirmier de fortune lorsqu’il est légèrement gazé par exemple. Il est blessé légèrement à la tête par une pierre projetée dans un bombardement le 15 avril 1915, au Bois d’Ailly, et revient au front dès le 20. Il est à nouveau blessé le 18 avril 1917 par éclat d’obus à la jambe droite, au Bois de la Guille, rejoignant le 15 mai suivant. Il est nommé soldat de 1ère classe le 3 juillet 1918 et est ypérité le 6 octobre suivant en bordure de la Suippe pour ne plus revenir au front que le 27 novembre, les combats ayant cessé. Ces blessures finalement légères n’obèrent pas le sentiment d’une suite impressionnante de miracles renouvelés, tel cet obus qui tombe à trois mètres de lui le 25 août 1918, et qui n’éclate pas (p. 339). Alors qu’il avait refusé par trois fois le grade, il est nommé caporal le 1er mai 1919 avant d’être enfin démobilisé le 10 juillet suivant. Il a été cité à l’ordre du régiment le 13 novembre 1915 dans ces termes : « Au cours d’une attaque au petit jour a assuré à plusieurs reprises la transmission des ordres en traversant sous le feu de l’artillerie et de mitrailleuses des terrains découverts, a toujours fait preuve de décision et de courage dans des missions analogues ». Il obtient à ce titre la croix de guerre avec étoile de bronze. Il est à nouveau cité à l’ordre de la Brigade le 9 novembre 1918 avec ce motif : « Très bon agent de liaison, s’est fait remarquer pendant la période du 1er au 4 octobre 1918 en assurant la liaison dans des circonstances difficiles. Intoxiqué ». Il est décoré de la Médaille militaire le 22 mars 1928. Faute d’éléments biographiques plus précis, il faut faire confiance au présentateur de ces souvenirs qui nous indique, pour l’après-guerre : « De retour dans sa famille, Pierre Perrin a recopié scrupuleusement, sans retouche, les lettres, le journal qu’il avait rédigés au front. Sans rien retrancher, sans rien ajouter, au mot près. Il a ainsi rempli quatre cahiers de sa petite écriture serrée et précise » (p. 12), écrits auxquels s’ajoutent un corpus de dessins, des portraits de soldats dénommés, dont quelques-uns sont publiés en couleurs en cahier central ou insérés au fil de l’ouvrage. Il revient à Rigny dès sa démobilisation et sera recensé 10 rue St Sauge à Autun en janvier 1920. Pierre Perrin deviendra professeur de dessin dans plusieurs établissements de la ville. Il est libéré de ses obligations militaires en 1937. Il décède à Rigny le 03 juin 1975.

Commentaires sur l’ouvrage :
Indubitablement classable comme l’un des tout meilleurs témoignages de la Grande Guerre, les souvenirs de Pierre Perrin sont précis, fourmillants de tableaux, d’anecdotes et de descriptions qui révèlent une foultitude de points d’intérêt à chaque page. Il décrit de manière détaillée ce qu’il voit, comme les hommes et les officiers, qu’il dénomme et descend en flammes parfois. Par exemple à Verdun le capitaine Robillot « lèche-botte et faux bonhomme, grossier avec ses inférieurs et plat devant ses supérieurs » (p. 190). Ainsi, il fournit une mine de données utiles à l’historien, livrant un récit incontournable, rappelant celui d’Emile Morin ou de Gaston Mourlot. Doté d’une intelligence supérieure, il connaît le nom des fleurs et des lichens (p. 271), travaille de ses mains, dessine, fait des menus, des écussons, des pancartes, des programmes, des plans de secteur… Il lit beaucoup, dont du André Theuriet, auteur argonnais, et a parfois quelques envolées poétiques sur la nature. Mais Pierre Perrin est surtout un miraculé permanent, renversé par un obus, plusieurs fois blessé, il traverse les secteurs les plus mortifères avec une facilité de façade désarmante. Son témoignage laisse l’impression d’une guerre sans fin, ayant manifestement combattu dans les pires secteurs. Il laisse échapper parfois des sentences qui témoignent de son état d’esprit, par exemple quand ses camarades tombent autour de lui. Il dit alors : « Nous payons chers le droit de vivre libres, et cependant notre volonté ne fléchit pas » (p. 190). Ses sentences peuvent aussi être politiques lorsqu’il assène, en mars 1917 : « Que de grenades qui se perdent » (p. 234) lorsqu’il apprend la démission de Lyautey. L’ouvrage comporte quelques rares erreurs de transcription (Lionville pour Liouville, Léronville pour Lérouville, Mont Rémois pour Mont Trémois ou V13 pour VB) et aurait gagné à accueillir un index toponymique et patronymique, même si particulièrement denses.

Renseignements tirés de l’ouvrage :
Page 18 : Soldat mort d’insolation
24 : Passage de la frontière vers Avricourt le 15 août, ne voit pas de poteau-frontière
25 : Baptême du feu
: Bruit du départ du 75 « comme des coups de pieds dans un ballon de football, et les longs sifflements soyeux et graves »
27 : Héming pillé par les français
: Bruit des balles : « On se croirait au milieu d’un essaim en révolte »
34 : Soldat atteint d’une balle sans force
31 : Vue impressionnante de divers morts allemands
38 : Traite des vaches abandonnées, à la chaîne, cochon tué à la baïonnette
40 : Pétris des babouins dans la glaise
: « Nous ramenons nos pans de capote sur nos pantalons rouges »
: Bruit des marmites « avec un bruit de wagons lancés à toute vitesse »
42 : Tombe et nom gravé sur une écorce
: Ordures laissées par les Allemands
: Voit sauter le fort de Manonviller, détruit à l’explosif par les Allemands
43 : Lecture du Bulletin des Armées de la République
46 : Madame de Thèbes
49 : N’a pas pris de rasoir car croyait une guerre courte, se fait raser avec des ciseaux pliants de poche
51 : Médailles amulettes au képi
: Se déguise pour tromper un gendarme zélé (l’épicerie de l’autre côté de la rue n’est pas dans le secteur de son régiment !)
53 : Cuisiniers collectionneurs de trophées
: Boîtes de conserve servant de pots de chambre
: Mannequin-leurre allemand
55 : S’abonne aux Annales pour s’occuper
57 : Homme égaré tué par erreur, (vap 70 pour lui-même, sentinelle lui tirant dessus)
59 : Obus cassant son fusil, en trouve un sur un tas d’équipements des morts
60 : Main de mort dépassant de la tranchée
: Marmites qu’il appelle bouteille, (vap 61 obus plus petits appelés saucissons, vap 169 casque à pique pour du 240)
61 : Morceaux humains en emplissant des sacs de terre
62 : Abri allemand fait avec des fusils français
65 : Miction dysentérique
: Description d’une marche harassée
69 : Contact, bouteilles lancées contenant des blagues et des insultes contre les boches
71 : Archives de Brasseite pillées
: Mortiers crapouillots de 1844 et 1855 (vap 65)
73 : Obus direct sur 4 hommes
74 : Méridionaux sans gêne
76 : Bottes canadiennes et en caoutchouc
77 : Vu d’anglais à Commercy
78 : Obus allemand à double éclatement
80 : Catapultes à roues
83 : Eau de vie au goût d’éther
: Adresses des familles laissées en cas d’attaque
84 : Vision impressionnante du bombardement, bruit et sapes
87 : Mort d’André Chaumont, d’Epoisses, auteur dans La revue de Bourgogne
89 : Colis américain contenant « un mouchoir, du papier à lettres, un crayon, un savon, du chocolat, une pipe creusée dans une sorte de panouille avec un tube en roseau, et… du papier hygiénique » (vap 366 « un petit sac de toile qui contient du papier à lettres, un crayon, une blague et des cartes à jouer. Quelques-uns y trouvent un rasoir mécanique, d’autres une paire de ciseaux. Petit, lui, y trouve une toupie mécanique… »
90 : Démonte des grenades allemandes
92 : Buse abattue au fusil (vap 119 une autre soignée à la teinture d’iode)
93 : Casque à pointe, trophée convoité
: Général Blazer, détesté, surnommé von Blazer (vap 95 et 115)
96 : Rififi entre régiments (8e et 56e) suite à la perte d’une tranchées
: Caisse de calendriers = grenades
: Mutinerie
97 : Capitaine Boll surnommé « capitaine-crapouillot »
98 : Homme tué en pêchant à la grenade (vap 326)
102 : Homme tuant un renard par erreur
: Artisanat de tranchée (vap 107, 109 cannes, 117)
105 : Moustiques
107 : Contact avec des soldats allemands polonais, échange de cigares et de bonbons contre du pain blanc
109 : Poilu’s Park (vap 118 sa description, 284)
111 : Bras tranché abandonné par son propriétaire
113 : Sur le commandement : « Les hommes commandés par de telles savates sont incapables de quoi que ce soit »
114 : Vision épique de la récupération d’un cadavre
: Condamnation à mort d’un soldat par Blazer, réhabilité sous le feu
116 :Recherche des fusées d’obus et part avec 20 kg de débris d’obus
117 : Canon de 7
: Déserteurs pacifistes fusillés, vue de leur exécution
118 : Distribution de couteaux, pas de succès (vap 161)
: Concert improvisé sur des douilles d’obus
: TPS et Alsaciens employés à l’écoute, ce qu’ils entendent (vap 167)
123 : Paperasserie
126 : Cartes distribuées en prévision d’une attaque
: Couleurs d’obus de 75, croix blanche sur peinture kaki et bandes rouges sombre
128 : Accident de grenade
: Sculpte des blocs de craie
129 : Explosion d’un fourneau de mine, pense à une secousse sismique
130 : Le 27e RI touche le casque le 8 octobre
: Corvée de fusil, horreur de la tranchée, fouille macabre pour des trophées
: Eclatement d’un canon de 270
132 : Avion-canon
133 : Fait des croix et des plaques de craie gravée (vap 137)
136 : Giclous ou zim-boum, surnom des 88 autrichiens
137 : Têtes sculptées par des coloniaux dans des maisons en craie de Saint-Rémy-sur-Bussy
141 : Déserteur allemand, précurseur d’autres volontaires déserteurs, ruse qui ne prend pas
: Soldats nettoyeurs, qualifiés d’apaches
145 : Brassards allemands pour les attaques de nuit
146 : Mocos (argot pour marins) méridionaux (vap 151 et 152, anti-midi)
150 : Poudre en lamelle (pour les 75) ou en macaroni (pour les 77), fait chauffer le café avec
151 : Girouette et cloche à gaz (vap 197 un avion girouette dans la tranchée)
154 : Déserteurs aux mains liés
: Fumier
: Apprentissage du morse (vap 233, 254)
159 : Obus nouveaux à éclatement successifs et balles traçantes
160 : Avion descendu par une mitrailleuse
: Soldat fataliste
: Fusils braqués sur des cadavres
161 : Cadavre récupéré, analogie avec Dayet
: Obus en bois, cad qui n’éclatent pas
162 : Hommes signalés car ils ont tiré sur des poules
: Obus non éclatés rouillés
163 : Guidetti lance-bombe
Lance-bombe inutilisé pour ne pas recevoir de contre feu
: Chat qui fait la navette entre les lignes françaises et allemandes, à qui on a attaché un ruban tricolore (rappelle Joyeux noël de Carion)
: « Quel temps pour se faire casser la gueule ! »
164 : Contacts, cris allemands
: Voit une photo aérienne de son secteur
: Peur incontrôlable
165 : Démonte une grenade pour étudier son fonctionnement qu’il décrit (vap 170)
166 : Arbre observatoire (vap 175 percuté par un obus)
167 : Explosion d’un dépôt de munition, débris humains
169 : « …chasseurs dont le ventre s’allume au soleil comme un ablette entre deux eaux »
170 : Tracts allemands par ballons
: Désertion retardant une relève
171 : Apache que l’on doit enfermer en prison
173 : Pilons et huîtres, « grenades plates comme des galets lancés à la main »
: « Quatre jours de permission à ceux qui donneront cinq cents francs en or pour la Défense nationale. Le procédé, financièrement, est peut-être habile, mais ignoble. Aussi on s’est promis de casser la gueule à ceux qui profiteraient de cette annonce. Personne ne s’est présenté »
174 : Torpilles Save
: Habitants revenant dans leur maison avec des gendarmes pour chercher des affaires (vap 341)
: Bourrage de crâne lu dans un rapport à propos d’une désertion de 2 régiments du 15e corps, qui ne prend pas
175 : Tranchée minée
: Vue de Spahis
176 : Fabrique un violon fantaisie avec un vieux bidon et des fils de téléphone
182 : Corps phénolés en attente de sépulture
190 : Prisonnier allemand aidant le transport sanitaire à Verdun
191 : Vision dantesque de la poudrière de Souville
192 : Allemand devenu fou ayant bu de la teinture d’iode
: Odeur de la putréfaction « que Toussaint comparait à celle du saucisson de Lyon »
: On prend les effets des sacs des morts
193 : Hommes « placés à l’arrière des voitures, chez qui on ne distingue plus que la bouche et les yeux » à cause de la poussière
194 : Broderie de Lunéville
197 : Confectionne des pancartes pour les tranchées
: Contact, lettre posée par les Allemands, avec texte et photo, pour rendre compte des honneurs rendus à des morts français en mars 1916 à Gondrexon (vap 198)
200 : Pierre à percuter les grenades
201 : Tank comparés aux cuirassés de terre d’H-G Wells
202 : Description de lance-flammes
204 : Lange Max vu par un guetteur depuis l’hôtel de Ville de Nancy ; qui prévient des tirs pour mettre les gens à l’abri dans le délai entre le départ et l’arrivée de l’obus et vue d’une collection d’obus de divers calibres au même endroit
205 : Conférence tombant faux d’un Alsacien qui parle de Boche
206 : Auto combustion du foin
: Jeux sportifs, score, tricherie, prix remis
207 : Coud une peau de mouton sur son « sac à viande » (vap 221, matelassé)
208 : Menace un épicier sur le prix usuraire des bougies
211 : Boue moirée d’essence
220 : « La guerre est longue à ceux surtout qui la font à pied »
: Comment il braconne le lièvre : « On met du plomb dans le canon du fusil, une bourre de papier par-dessus et une cartouche sans balle » (vap 294)
223 : Prix des denrées
224 : Souliers entourés de drap pour lutter contre le verglas
225 : Argonne : « le bois est partout rasé, on dirait une plantation de manches à balai »
227 : Soldats écroulant les maisons pour récupérer les poutres (vap 233)
: Mange du corbeau et du chat (ceux de Vienne-le-Château), (vap 236 un chat dépouillé)
228 : Faux canons en bois
231 : Dévisse une grenade suffocante pour en faire une lampe à pétrole
: Mention de section franche
233 : Prisonnier de Clairvaux ayant demandé à retourner au front
234 : Perle d’un général « Les autres hommes des petits postes se reposeront en travaillant »
: Tir sur des oies sauvages
235 : Caillebotis tapissés de sacs à terre pour amortir le bruit des pas.
: Prix comparé d’un bombardement
236 : « Le phosphore des trous d’obus éclaire vaguement l’obscurité »
: Piano Erard dans une sape
: Pillage dans Vienne-le-Château par Van den Busche, brocanteur
237 : Signe un acte de décès
: Vue du cimetière de Florent-en-Argonne, horribles cocardes tricolores en fer peint
: Contact, écriteau allemand
239 : « Des gendarmes donc pas d’obus ! »
242 : Proclamation sanguinaire du colonel pour gagner la fourragère
: Voit une photo aérienne de son secteur
: Communication par le sol à l’aide de lampes spéciales et d’une antenne de quelques mètres, fichée en terre (vap 254 TPS et TSF, stage, divers et explications)
: Engagé à ne pas faire de prisonniers, protestation
246 : Bâton près de la tête pour marquer un corps enterré, ce avant la croix
: Pressentiment de la mort
: Légèrement blessé par un obus de 105, il retire lui-même son éclat à la jambe
247 : Hôpital de Bar-le-Duc, description du traitement
: Tirailleur ne voulant pas le thermomètre anal
248 : Obusite Shell shock
: Prêtre pistonné par une commission de réforme
251 : Martiniquais mal traités (vap 252)
: Vol de chaussure ! (vap 256 pour bidon et musette)
252 : Colonel limogé pour avoir dit merde à général
: Lampe à acétylène faite avec un quart, une boîte de conserve et deux ficelles
: Bruit du canon de 37 qui « claque comme un fouet de charretier »
: Officier mort par bravade suite à une assertion de peur
254 : Revue de chevaux
: Evadé prisonnier allemand blessé, tentative infructueuse
255 : Camp disciplinaire du 129e mutiné, culasses des fusils ôtées. Complot pour aller à Paris
: Vue des péniches bloquées sur la Meuse depuis 1914
256 : Description des femmes dans une usine de munitions
260 : Sur l’effet de la note de Pétain « Pourquoi nous nous battons »
261 : Sur les plusieurs façons d’écrire l’Histoire après un coup de main
: Pas assez grand pour faire porte drapeau au défilé du 14 juillet 1917 à Paris !
263 : « Dans l’air, on suit la courbe des torpilles et la lueur de leur mèche allumée »
264 : Enterrement difficile à cause de la décomposition des corps
: Pochard perdu entre les lignes
268 : Saucisse ressemblant « à quelque monstrueux poisson de légende »
: Trouve des os et les signale, respect dû au mort
: Piège à rat
270 : Saucisse enflammée par avion (vap 287, 299)
171 : Allemand utilisant des 203 japonais
272 : Portes amiantées (vap 286)
273 : Pancarte allemande
274 : Curieux canons anglais à l’âme hexagonale, posés sur des affûts rudimentaires en pierre
: Bataillon du Pacifique
: Fillette tuée par un avion allemand à Talant près de Dijon (Bourrage de crâne ?)
275 : Observateurs japonais
276 : Anglais venu de l’arrière avec une espèce de cloche sur le dos pour recueillir les gaz afin de les étudier
277 : Obus à gaz quasi silencieux
: Chants allemands entendus depuis la tranchée française
: Rats tués par les gaz (vap 322 idem pour les abeilles)
: Portes annamites
: Obus allemands à messages avec nom de prisonnier et renseignements (vap 315 et 316 avec ballonnets de journaux, et 353 journaux allemands jetés par avion)
287 : Concours de grenades VB
290 : Ballonnets pour vérifier la direction du vent pour les gaz
291 : Match de foot anglais contre français, gagné 2 à 1 par les anglais
293 : Mange des moineaux bardés de lard
: Théâtre aux Armées
297 : Pillage et destruction systématique, registre d’état-civil traînant sur le parquet de la mairie de Dommartin-sous-Hans
: Poêle réalisé avec des tôles
301 : Voit un phénomène naturel curieux : « un nuage est apparu, s’est scindé en deux et, par deux fois, un anneau jaunâtre est apparu »
308 : Poisson d’avril
310 : Américains aux dents en or
312 : Vision d’un coup de main dans le vide
: Baraques métro en tôle
314 : Américain abattu car meurtrier
315 : Nuage artificiel
316 : Horreur d’une tête de mort nettoyée par les fourmis !
318 : Pour les Américains, Jeanne d’Arc est la madone de l’Alsace
319 : Américain faisant une photo d’un pont pour prouver qu’il n’est pas gardé !
: Boxe avec des noirs américains, officiers blancs, tatoué ganté, discriminations
320 : Idiotie de la désinfection des paillasses
324 : Américains excités imprudents se baladant sur les parapets sans souci du danger
328 : Faux laisser-passer pour rentrer à Epernay
: Réfugiés logés sous des ponts aux arches aménagées
329 : Canons anti grêle à Épernay
330 : Se brûle légèrement les yeux à cause d’une fiole d’acide chlorhydrique (vap 331)
: Stahlhelm abandonnés par les allemands car trop lourds
332 : Bruit « bien connu » du 210, « un départ sourd, un bruit de wagonnet »
: Découvre dans une sape (piégée ?) un essai de fougasse composée de trois obus de 105, de pilons et de détonateurs
: Ersatz allemand
333 : Essai de signaux optiques
: Obus au phosphore, reflets à long terme
: Renard blessé
: Pipe Pétain
: Change son casque
: Tombe d’anglais avec casque
334 : Chevaux dépecés
335 : Bronzage
338 : Melons et raisons blancs
: Interdiction de familiarité avec les noirs « pour ne pas choquer les officiers blancs qui considèrent les Noirs comme de race inférieure. Et leur guerre de Sécession a duré quatre ans pour libérer les esclaves noirs du Sud ! »
339 : Détruit un nid de guêpe avec des détonateurs
340 : Chien de liaison
: Radeau fait avec des sacs rempli de paille pour passer la Vesle
342 : Pilote abattu non blessé se servant encore de sa mitrailleuse
343 : Nacelle de ballon détachable avec parachute
347 : Gaz pallite ?
: Seins coupés sur une envahie (histoire rapportée !)
348 : Homme tué par une sentinelle dont il n’avait pas entendu les sommations
350 : Sacs Habert
354 : Paillasses allemandes entoilées de papier
: Affiche allemande « représentant un soldat anglais écoutant à un microphone, placée près d’un appareil téléphonique pour avertir de faire attention aux conversations »
: Lanterne pensée piégée mais en fait non, peur des pièges
: Gargousses payées 1 franc par pièce, mais spoliation par des « artilleurs qui, eux, restent plus longtemps que nous et auront le temps de brocanter notre matériel »
355 : Prisonnier occupé à désamorcer les explosifs
357 : Gazé, se lave les yeux avec du café
358 : Comment il est traité
360 : Effets de l’ypérite
362 : Vue de cimetières, spécificités par nationalité
363 : Définition de l’intérieur « ce pays de rêve où on n’entend plus le canon et, le soir, on n’a pas besoin de camoufler les lumières »
364 : Grippe espagnole
: Vue d’Auxerre
365 : Paperasserie risible pour un bonnet de police (vap 366 pour des bretelles)
: Enterrement de Russe
366 : Huile goménolée
367 : 11 novembre 1918
369 : Corneilles mascottes avec des noms allemands
371 : 10 juin 1919, on ne sait comment occuper les hommes, cours multiples
372 : Costume Abrami et visière de casque
373 : Citation de la 2ème Cie du 27e RI et la sienne (12 novembre 1915)

Yann Prouillet, 2 octobre 2025

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Retour, Maurice (1889-1915)

Baron, Louis. Maurice Retour (1889-1915). Un modèle d’apostolat. Un entraîneur d’hommes. Paris, Mariage et famille, non daté (Ca 1937), 22 p.

Résumé de l’ouvrage :
Maurice Retour, né en 1889 à La Ferté-Macé dans l’Orne, est marié, père de famille et chef d’entreprise d’un tissage de 350 ouvriers. Il entre dans la guerre comme sous-lieutenant pour devenir capitaine en mars 1915. Le 27 janvier, il meurt dans un assaut sur la crête de Tahure avec le 205e RI Passionné d’apostolat, Louis Baron lui consacre une biographie mettant en avant son sacrifice consenti pour la France.

Eléments biographiques sur l’auteur :
Maurice Frédéric Michel Retour naît le 11 janvier 1889 à La Ferté-Macé dans l’Orne, où il demeure, de Léon Frédéric et de Berthe Marie Thédeville. Il se marie à Paris (7e) le 15 avril 1912 avec Yvonne Aline Angèle Huet, avec laquelle il a deux enfants, Michel et Emmanuelle, qui naîtra après sa mort. Il dirige un tissage comprenant 350 ouvriers. Engagé volontaire pour trois ans le 9 octobre 1908, au 104e RI, où il est nommé caporal (le 9 février 1909), il est élève officier la même année et passe sous-lieutenant de réserve au 5e (1910). Il entre dans la guerre à ce grade, passe lieutenant dès septembre puis capitaine à titre temporaire en mars 1915. Le 19 juin, il est blessé à la main (arrachement de l’index et plaie au genou) par éclat d’obus au Labyrinthe, en Artois. Deux fois cité, il obtient la Légion d’honneur le 4 juillet 1915. Le 27 septembre, il meurt dans un assaut sur la crête de Tahure avec le 205e RI Patron social, il dirige un tissage après la mort de son père. Il dit « Savoir que plus de 350 personnes attendent de vous le pain de chaque jour, être certain qu’avec du travail, de l’intelligence et de la patience on arrivera à les faire gagner d’avantage, que voulez-vous de plus pour vous donner la fièvre de chercher toutes les améliorations pratiques … ! » (p. 10). Particulièrement religieux, il est passionné d’apostolat et son biographe le considère comme un apôtre laïc. Il s’enrôle dans la Confrérie de Saint Vincent de Paul et est nommé par son évêque délégué cantonal de l’œuvre des écoles libres du canton de La Ferté.

Commentaires sur l’ouvrage :
Ce livret est le résumé d’une biographie plus conséquence, publiée chez le même éditeur, intitulée L’un d’eux, Maurice Retour, d’abord chez Pierre Téqui, dans la collection « Aux cadets de la jeune France » en 1927, puis aux éditions Mariage et Famille dix ans plus tard. Louis Baron met ainsi en avant son apostolat religieux, véritable apôtre laïc, qui consent, heureux, à son sacrifice ultime pour la France en 1915.

Renseignements tirés de l’ouvrage :
Maurice Retour part au front avec un « Manuel d’Instruction Religieuse » ; Louis Baron dit de lui : « Son âme n’attend plus que le suprême holocauste » (p. 15) ou « La mort peut venir ! Il est prêt. « Être tué à la guerre, c’est une belle mort » (p. 19). Manifestement patron social, il démontre les mêmes sentiments auprès de ses hommes en guerre. Pendant la retraite de La Marne, il porte le sac d’un homme « déprimé » qui a du mal à marcher « puis l’entraîne lui-même « bras-dessus bras-dessous » et parvient ainsi à lui faire achever la route ». Plus loin : « N’ayant pu obtenir la grâce d’un soldat condamné à mort, il obtient du moins la permission de passer la dernière nuit auprès de lui. Il l’exhorte à mourir courageusement, en chrétien, et l’assure qu’il va lui-même écrire à sa famille pour défendre sa mémoire ». Enfin, il fait dire des messes aux morts de son régiment (p. 18). A l’assaut devant Tahure, il dit à ses hommes : « Si je marche à l’assaut à votre tête, suivez-moi. Si je tombe, dépassez-moi, et toujours en avant ! » (p. 21).

Yann Prouillet, septembre 2025

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