Écrire… Publier… Réflexions sur les témoignages de 1914-1918

Le site Studium (*) accueille un ensemble de réflexions sur le témoignage par Rémy Cazals, que vous pourrez suivre sous forme de feuilleton au fur et à mesure des publications successives, qui seront relayées sur le site du Crid mais aussi sur sa toute neuve page Facebook.

(*) STUDIUM est un atelier de recherche universitaire créé en 2014, dédié à l’histoire de l’éducation, de la culture et aux sciences studies, en forte interaction avec les autres disciplines. Il est rattaché à l la thématique IV – Corpus du laboratoire Framespa (UMR 5136) de l’Université Toulouse Jean Jaurès/CNRS et à l’INU Champollion (Groupe de recherche TCF). Co-animation : Caroline Barrera (INU Champollion), Jacques Cantier (UT2J), Véronique Castagnet-Lars (INSPé Toulouse Occitanie-Midi-Pyrénées).

Trois Nordistes sur le front d’Orient (1915-1916)

Le livre : Agnès GUILLAUME, Thierry HARDIER, Jean-François JAGIELSKI, Raymond VERHAEGHE (éd.), Trois Nordistes sur le front d’Orient (1915-1916), FSE Collège Eluard de Noyon, Edhisto, Crid 14-18, 2021.

Livre de 140 pages comprenant 40 illustrations et 3 cartes.

Prix public : 14 € (vendu au profit du FSE collège Eluard Noyon) (Bon de commande en fin d’article)

Les trois témoignages présentés dans cet ouvrage proviennent de combattants du 284e régiment d’infanterie d’Avesnes-sur-Helpe (Nord) qui se sont retrouvés sur le front oriental, ce « front oublié » de l’historiographie du premier conflit mondial qui les a emmenés jusqu’aux confins de la Macédoine et de la Bulgarie. Nous présentons ici un carnet de route exhumé au hasard d’une trouvaille de grenier et deux correspondances provenant de trois militaires tous issus de classes sociales différentes. Ce choix n’a rien d’un hasard. L’approche sociologique de l’expérience combattante est et demeure un chantier de recherche ouvert qui montre combien l’expérience de la Grande Guerre fut à la fois et la même et tout autre, selon l’appartenance sociale des acteurs.

Le contexte

            En octobre 1915, l’armée serbe doit faire face à une double offensive, celle des Austro-Hongrois et des Allemands au nord et celle des Bulgares à l’est. En très peu de temps, la situation de cette armée affaiblie et sous-équipée devient critique. Les Français, traditionnels alliés des Serbes, se voient donc contraints de leur venir en aide.

            En provenance de Toulon, Maurice Lemoine, Octave Déplanque et Marcel Chappey appartenant au 284e R.I. de la 122e division d’infanterie, découvrent le port de Salonique (aujourd’hui Thessalonique) le 2 novembre 1915. Or, avant leur arrivée, les Français, sous la direction du général Sarrail dirigeant l’Armée d’Orient, ont déjà tenté de colmater les brèches provoquées dans un front où les Serbes sont aux abois sous la pression de la puissante coalition allemande, austro-hongroise et bulgare. Nos trois témoins arrivent à un moment très critique. Ce qui explique l’empressement avec lequel ils sont envoyés immédiatement dans la zone de combat, à peine quelques heures après leur débarquement.

                La campagne de Serbie, sur l’actuel territoire de la Macédoine du Nord, n’est, selon les mots de Francine Saint-Ramond Roussanne, « qu’un infructueux aller-retour jusqu’au confluent de la rivière Cerna et du fleuve Vardar. Elle s’accompagne de rudes combats en zone montagneuse, face à des Bulgares obstinés et plus habiles sur le terrain, où de nombreux soldats trouvèrent la mort.» (La campagne d’Orient 1915-1918, Dardanelles-Macédoine d’après les témoignages de combattants, Atelier national de reproduction des thèses, tome 1, année universitaire 1996-1997, p. 393) 

Les témoins

Maurice Lemoine

            Issu d’une famille de propriétaires-exploitants de l’Avesnois, Maurice Lemoine naît au hameau des Hayettes à Etroeungt  le 15 septembre 1887. Il débute son carnet de route le 23 octobre 1915, deux semaines avant d’embarquer à Toulon. D’une écriture fine et serrée et dans une langue très bien maîtrisée, il décrit son quotidien, la difficile retraite opérée par son unité puis son installation dans le camp retranché de Salonique. Certains passages sont d’un grand intérêt, notamment lorsqu’il évoque les destructions volontaires commises par les troupes françaises afin de ne rien laisser aux Bulgares. Parfois, l’auteur livre également ses propres impressions. Atteint par le paludisme, il est rapatrié en France à la fin mars 1917. Après la guerre, il deviendra représentant de commerce en vins et spiritueux.

Octave Déplanque

            Né à Eterpigny le 11 mai 1887 dans une famille très modeste, Octave Déplanque devient garçon boucher. Après son mariage avec Émilie Pamart, originaire d’Avesnelles, le couple s’installe à Guise. Leur fille unique naît en janvier 1914. Mobilisé au 284e R.I., Octave Déplanque envoie des cartes postales à son épouse et à sa belle-mère qui ont fui l’avance allemande. Nous avons ici retranscrit l’intégralité de la correspondance précieusement conservée par sa petite-fille mais qui est très probablement incomplète. Les messages délivrés sont brefs et ont surtout deux buts : donner des signes de vie et exprimer de l’affection pour les proches. La dernière carte postale connue date du 14 novembre 1915. Trois semaines plus tard, Octave Déplanque est tué au cours d’un combat contre les Bulgares alors que son unité bat en retraite. Son corps ne sera jamais retrouvé.

Marcel Chappey

            Né à Avesnes le 3 avril 1890, Marcel Chappey fait de brillantes études qui le conduisent au concours d’entrée à Normale Supérieures Lettres où il est admis en 1914. Lieutenant au 284e R.I., il entame une correspondance avec son frère aîné Joseph, également lieutenant dans une autre unité et qui lui, est Normalien ainsi qu’agrégé d’allemand. Les « lettres de guerre » de Marcel à son frère témoignent, dans une très belle langue, de l’âme d’une élite intellectuelle de l’époque, à l’instar d’un Charles Péguy ou encore d’un Ernest Psichari. Grandeur et servitude militaire sont évoquées à chaque page, dans une forme choisie, sans romantisme ni recherche, sans forfanterie et, pour tout dire, avec une naturelle et émouvante simplicité. Après 1918, Marcel Chappey entamera une remarquable carrière à la Direction de l’Union des Mines et deviendra après la Seconde Guerre mondiale maire de Garches.

Un livre et un projet pédagogique

Pas moins de 26 élèves du collège Paul Eluard de Noyon ont participé à la réalisation de cet ouvrage, en transcrivant le carnet de route de Maurice Lemoine et en recensant tous les combattants du 284e R.I. décédés entre août 1914 et février 1919. Les objectifs pédagogiques de ce projet étaient les suivants : la maîtrise de la langue française, la maîtrise des techniques usuelles de l’information et de la communication, l’acquisition d’une culture humaniste, la réussite des élèves par le biais d’un travail interdisciplinaire et l’ouverture culturelle en faisant de l’histoire autrement.

Les directeurs de la publication

            Agnès Guillaume est professeure de français et professeure principale de la classe de troisième qui a participé au projet. Son grand-père paternel, appartenant au 235e R.I. (57e D.I.), est arrivé au même moment que nos trois témoins en Orient et a partagé les mêmes combats.

            Thierry Hardier, professeur d’histoire-géo de la même classe de troisième est également docteur en histoire ainsi que l’un des membres fondateurs du CRID 14-18 (www.crid14-18.org).

            Jean-François Jagielski est historien et également l’un des membres fondateurs du CRID 14-18.

            Raymond Verhaeghe est professeur d’histoire-géographie émérite. Il a enseigné au lycée d’Avesnes.

Le contenu de l’ouvrage

Introduction

Première partie. Le témoignage de Maurice Lemoine

Présentation du témoin : Maurice Lemoine (1887-1962)

Le carnet de route de Maurice Lemoine

Deuxième partie. Le témoignage d’Octave Déplanque

Présentation du témoin : Octave Déplanque (1887-1915)

La correspondance d’Octave Déplanque à son épouse et à sa belle-mère

Troisième partie. Le témoignage de Marcel Chappey

Présentation du témoin : Marcel Chappey (1890-1971)  

La correspondance du lieutenant Marcel Chappey à son frère Joseph

Annexe 1. Le 284e R.I. dans la Grande Guerre

Annexe 2. Informations sur les hommes décédés sous l’uniforme du 284e R.I.  

Annexe 3. Les combattants du 284e R.I. décédés entre août 1914 et février 1919

Annexe 4. Biographie succincte de Marius Labruyère (235e R.I. puis 242e R.I.)

Bibliographie 

Table des matières

Ouvrage publié avec le soutien de la section locale Noyon/Guiscard du Souvenir Français et la ville de Noyon

Bon de commande

A retourner, accompagné du règlement à l’ordre du FSE collège Eluard Noyon à l’adresse suivante :

Thierry Hardier, 23 rue Jean de Ville 60400 VILLE

Je soussigné (Nom, prénom) : …………………………………………………………………………………………………

Adresse : …………………………………………………………………………………………………………………………………

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Trois Nordistes sur le front d’Orient (1915-1916) au prix unitaire de 14 € + 5 € (frais de port), soit 19 €. Frais de port : pour 2 livres : 6 € ; pour 3 livres : 7 €.

Total de la commande : ……… €

Signature :

Questions à Edward M. Strauss, traducteur de l’édition anglaise du livre de Louis Barthas, membre du CRID 14-18 (interview réalisée en juin 2021).

Le livre : Poilu. The World War I Notebooks of Corporal Louis Barthas, Barrelmaker 1914-1918, translated by Edward M. Strauss, foreword by Robert Cowley, New Haven & London, Yale University Press, 2014.

1] En traduisant le livre de Louis Barthas, vous n’avez pas répondu à une demande d’éditeur. C’est vous qui l’avez décidé. Pouvez-vous nous dire ce qui vous a motivé ?

Réponse : It’s true that I did not respond to a request initiated by a publisher. Here is what happened. One day I asked my friend and colleague Robert Cowley, editor of the successful “What If” books of counterfactuals by renowned historians, to suggest to me a book in French about the Great War of 1914-1918 that really should be translated into English, and had not yet been, which I proposed to try to do. Rob immediately suggested the “Carnets de Guerre de Louis Barthas,” which he knew in its French edition. With the agreement of the French publisher (La Découverte) and the enthusiastic support of anglophone historians in the UK, US, and elsewhere (notably Prof. Jay Winter of Cambridge and Yale), Yale University Press agreed to publish my English-language annotated version, which was published in March 2014 and in paperback a year later.

2] Est-ce que la traduction vous a posé des problèmes particuliers ?

Réponse : The French version from which I translated posed no problems at all. For a workingman, Barthas was an incredibly literate author. He was meticulous about places and dates, which made the spotting of places and the tracing of his journeys on maps very easy. (There were no maps in the French versions).

3] Comment avez-vous trouvé cet éditeur de grande réputation (Yale) ?

Réponse : Jay Winter, professor of history at Cambridge and Yale, recommended my proposal to Christopher Rogers at Yale University Press (Chris is now retired). 

4] Le livre en anglais est accompagné de commentaires d’historiens faits avant la parution. Comment les avez-vous obtenus ?

Réponse : The favorable quotes about the English-language book (called “blurbs” in American speech) were requested and collected by Yale University Press and came from a variety of historians, media, and myself. This is standard practice in the US and UK, even for academic works of history. Staff at the publisher usually coordinates this activity.

5] Je me souviens d’échos très favorables dans la presse américaine, notamment dans des titres prestigieux. Pouvez-vous revenir là-dessus ?

Réponse : Same as 4. The publisher sends “galleys” (advance copies of the book) to credible critics who are then ask to review the book and offer an opinion, usually positive.

From The New York Times : A Gimlet-Eyed Grunt, Soldiering Balefully Through a War’s Horrors : In the newly translated memoir “Poilu,” a Frenchman offers acidic observations on trench warfare while serving on the Western Front.

6] Comment marche le livre ? Dans les trois formules : hard, paper et e-book ? Réponse : The last sales figures for the English-language “Poilu” I have seen, dating to about a year ago, were about 15,000 worldwide. That’s considered a success in academic/university book publishing, I believe. I have asked for updated data but have not yet received it. I would welcome any further questions from you or anyone else.

Histoire de l’aéronautique et de la conquête spatiale, chaîne YouTube, parcours de Master et revue Nacelles

L’ Ecole nationale de l’Aviation civile – ENAC (Olivier Pontreau) et l’Université de Toulouse Jean Jaurès /Framespa (groupe Aéro de Toulouse) ont créé une chaîne YouTube . Elle est destinée à maintenir le lien avec les étudiants du parcours de Master « Histoire et patrimoine de l’aéronautique et de l’espace » et les doctorants travaillant sur ces thèmes.

Si vous souhaitez présenter votre recherche, quand elle touche à l’histoire de l’aéronautique et de la conquête spatiale, vous êtes les bienvenu.e.s.

Cela se fait d’abord via webex avec une conférence interactive en direct, puis cette présentation est enregistrée et mise en ligne sur la chaîne YouTube “Aero Masterclass”.

Vous pouvez aussi proposer des articles pour la revue Nacelles. Passé et présent de l’aéronautique et du spatial 

Parution : Athènes 1917, le regard de l’armée d’Orient

photos commentées par Tassos Anastassiadis, Lena Korma et Manolis Korres,
École française d’Athènes & Melissa Publishing House,
avec la participation de la Mission du Centenaire, 2017, 240 pages.

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Pour se souvenir d’André Bach (1943-2017), de nos travaux et de nos luttes communes au sein du Crid 14-18

Dès l’origine, André Bach fut l’un des piliers de cette curieuse bande d’historiens plus ou moins franc-tireurs qui, un beau jour de 2005, décidèrent de former le Crid 14-18 pour mener le combat contre un tour que prenait l’histoire de la Grande Guerre qui les indisposait au plus haut degré.

André était là comme par une évidence, comme historien des fusillés. Cette figure du fusillé de la Grande Guerre, durable, excessive et démesurée même – comme il le disait encore à l’occasion de la grande exposition de 2014 à l’Hôtel de Ville de Paris dont il avait dirigé la partie scientifique –, était celle à laquelle il avait consacrée l’essentiel de son travail d’historien. Et au Crid 14-18, face au courant dominant des historiens qui demandaient qu’on tourne la page des objets « brûlants » de la Grande Guerre, André Bach retrouvait ceux qui refusaient, comme lui, l’idée d’une contradiction entre l’histoire et le profond respect de ceux qui l’avaient vécue. Si les fusillés avaient à ce point occupé le terrain de la mémoire de la guerre et s’ils l’occupent encore, c’est qu’au-delà des chiffres, ils nous disent beaucoup de ce que fut la pire guerre vécue par les Français.

André avait, comme chacun de nous, ses raisons particulières pour s’intéresser aux révoltes et à la discipline. Mais de fait, il était le seul d’entre nous à avoir connu ce que voulaient dire le commandement, l’obéissance et la discipline sous les armes et sous le feu. Il en parlait très peu d’ailleurs, et pour le peu en question, avec beaucoup de pudeur. Mais en nous disant toujours combien cela avait pesé dans son intérêt d’historien pour le fusillé.

Était-ce pour cette raison d’une expérience un peu différente ? Ou parce qu’il était l’un de nos aînés ? André Bach, en tout cas, servait de point de référence lorsqu’il fallait discuter de la manière de monter au combat, puisque le Crid en était un.

Il était un peu notre sage. Qui répétait combien il fallait d’abord travailler, plutôt que de polémiquer. À ce sujet, c’était d’ailleurs un fin renard, qui nous expliquait après coup combien la stratégie de l’apaisement servait avant tout à déstabiliser l’adversaire. Car enfin, au moins autant que tous les autres membres du Crid 14-18, il menait son travail d’historien comme un combat.

Le preuve ? Alors qu’une vieille idée reçue (et bien souvent constatée) veut qu’avec l’âge vienne le temps du compromis et de l’oubli de la révolte, André a mené le chemin strictement inverse. Sans se disperser dans les effets de manche qu’il détestait, il n’a cessé d’être toujours plus intransigeant face aux personnes et aux idées en place. Ces derniers mois, il disait sans diplomatie sa profonde colère contre la vacuité des commémorations de 14-18. Il avait trouvé avec ses amis du groupe de Prisme 14-18 un lieu propice au prolongement du combat pour une histoire aussi rigoureuse qu’ancrée dans la vie.

Ces dernières années, André ne venait plus aux assemblées du Crid 14-18. En partie pour des raisons de santé. Mais il était toujours présent par l’écriture : les longs messages d’André, depuis sa « thébaïde arcachonienne » comme il disait ! Quel meilleure signe de sa totale générosité, de son optimisme indéfectible au nom des valeurs auxquelles il croyait fermement. Généralement, le message partait vers 1h50 du matin ; il nous rappelait – sans jamais faire la leçon – aux idéaux d’ouverture, de « science de plein air » comme le dit la charte du Crid qu’il aimait citer sur ce point, et d’esprit collectif. Jusqu’au bout, et même de loin, il nous faisait profiter de ce qu’il appelait son « utopie créatrice ».

Dans les mots qu’il écrivait et qui suivent, on peut remplacer avec la malice qui le caractérisait « interdisciplinarité » par « indiscipline », et retrouver toute la fougue de son combat d’historien :

L’interdisciplinarité est mon credo, j’aime embrasser l’histoire sous toutes ces facettes et dans toutes ces périodes, mais j’appelle de mes vœux un CRID regroupé, musclé, appelé à être un des acteurs de cette période où on parlera plus que jamais de 14-18, un 14-18 que j’espère dégagé de la gangue hagiographique qui l’enserre encore, dégagement auquel le CRID se devrait de contribuer.

Merci André. Et comme tu le disais à la fin de presque tous tes messages : « continuons le débat ».

P.Olivera

Hommage au général André Bach, 1943-2017

André Bach à Craonne. Photo : Chemins de Mémoire Sociale.

Le général André Bach est décédé dans la nuit du 18 mai 2017 au terme d’une maladie. Avec lui, la communauté des chercheurs et passionnés de la Grande Guerre perd un savant de premier plan et un homme remarquable. Ceux qui l’ont rencontré garderont le souvenir d’un militaire qui fut aussi un historien et un citoyen, à la fois humaniste, curieux et généreux. Le Crid 14-18 est en deuil et lui rend ici hommage.

Né en 1943 à Perpignan, André Bach sort de Saint-Cyr en 1966 comme officier d’infanterie parachutiste. Il connaît différentes responsabilités dans l’armée, aussi bien auprès d’états-majors que sur le terrain, en Nouvelle-Calédonie ou encore à Soissons, et au feu, en particulier en 1986 au Liban (bataillon français de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban). Cette même année il débute un long enseignement à l’école supérieure de guerre, nourri d’une passion précoce pour l’histoire, avant de faire partie de la direction du Service d’informations et de relations publiques des armées (SIRPA), puis de devenir le chef du Service Historique de l’Armée de Terre (devenu Service Historique de la Défense, à Vincennes) entre 1997 et 2000.

C’est là qu’il entame véritablement un parcours d’historien, au contact d’archives, en particulier celles de la Grande Guerre dont il éprouve la richesse, et dont il souhaite améliorer le classement et élargir l’accès. De très nombreux chercheurs lui doivent d’avoir pu consulter des dossiers longtemps difficilement consultables, pour la Justice militaire en particulier.

Ce domaine retient son attention pour un ouvrage majeur, paru en 2004 : Fusillés pour l’exemple (éd. Tallandier), première somme parfaitement documentée qui mesure et dévoile de façon systématique les mécanismes des exécutions militaires dans l’armée française en 1914-1915. Le livre est à la fois le fruit d’une très fine connaissance de l’institution militaire, et de l’interrogation d’un citoyen qui eut à commander des combattants sur la peine de mort en temps de guerre. L’enquête trouvera des prolongements dans un second volume tout aussi riche en citations de sources primaires, Justice militaire 1915-1916 (éd. Vendémiaire, 2013), puis dans une série de publications en ligne avec un groupe de travail composé pour partie de non-professionnels de la recherche, le « Prisme 14-18 ». Cette dernière démarche illustre aussi le souhait qui fut le sien de discuter largement questionnements et matériaux avec des chercheurs de tous horizons, au sein comme en dehors de l’université, ce qu’il accomplit aussi au sein du Crid 14-18, dont il fut l’un des fondateurs, une cheville ouvrière, et le vice-président depuis l’origine, en 2005. On doit aussi à l’historien l’une des rares synthèses sur l’institution militaire au XIXe siècle, L’armée de Dreyfus. Une histoire politique de l’armée de Charles X à l »Affaire » (éd. Tallandier, 2004). On pourra lire ici et ici deux entretiens récents qui illustrent les démarches, centres d’intérêt et méthodes du chercheur.

Par ses propres travaux d’ampleur et surtout par l’énergie mise à partager et rendre accessibles de précieux documents, stimulant pour toute une communauté savante de nouvelles interrogations, ses contributions à l’histoire de la Grande Guerre sont de première importance.

Le Crid 14-18 perd un de ses piliers, et avant tout un ami. Avec de très riches souvenirs de marches, de dialogues, de chansons, avec gratitude pour le savoir et les conseils partagés, avec surtout une profonde tristesse, l’association et ses membres s’associent à la douleur de ses proches.

Gaston Mourlot, un ouvrier-artisan en guerre

Un ouvrier-artisan en guerre – Les témoignages de Gaston Mourlot 1914-1919, édition Edhisto, 2012, 559 p.

Texte présenté par Jean-François JAGIELSKI, Alexandre LAFON et Marie LLOSA
Cartes réalisées par Philippe OLIVERA ; édité par Yann PROUILLET
Postface par Rémy CAZALS  aux éditions Edhisto

Gaston Mourlot, artisan-ouvrier parisien, combattant d’infanterie puis soldat du Génie mobilisé en première ligne, simple fantassin puis sergent, a laissé de sa guerre plusieurs témoignages : 10 carnets de guerre, des dizaines de croquis, des centaines de photographies mais aussi de l’artisanat de tranchée et même un herbier.
Mis à disposition d’un large public sous l’égide du CRID 14-18, ce corpus exceptionnel, révélant le parcours de guerre de Gaston Mourlot, devient un des témoignages les plus complets édités pour la période 1914-1919.

Un ouvrier-artisan en guerre est un livre de 559 pages, 315 illustrations et 4 cartes, format 21×30 cm
Prix unitaire : 25 € (port offert)

10e journée du livre de Craonne, le 11 novembre 2012

L’Histoire de la Grande Guerre  a rendez-vous à Craonne (Aisne) le dimanche 11 novembre 2012 en Mairie de Craonne

10h    Ouverture de la 10ème JOURNEE DU LIVRE par Noël Genteur,  Maire de Craonne

Matinée : L’actualité du témoignage  …

10h15 : 1914-1918 Le temps de nous aimer, Thierry Secrétan, Editions de la Martinière, 2012.

En septembre 1914 un père (62 ans) et son unique fils (26 ans) s’engagent comme simples soldats pour la durée de la guerre. Ils servent au même canon dans l’Aisne, en Champagne, en Argonne, dans la Somme, en Alsace. Thierry Secrétan, leur petit-fils et arrière petit-fils, a retrouvé intacts dessins, photographies, et correspondances.

11h : Reviens vite : La vie quotidienne d’une famille française pendant la guerre de 14, Marie Favre.

Le dimanche 2 août 1914, le mari, capitaine d’artillerie, est mobilisé. Commence alors avec sa femme une correspondance régulière qui va durer 4 ans et demi. Chronique d’une famille industrielle de l’Est de la France, notamment des Vosges. Marie Favre fait partie des 28 petits-enfants de ce couple.

11h30Écrire sa guerre : Témoignages de soldats canadiens-français, 1914-1919. Michel Litalien, Outremont, Athéna éditions, 2011

Mon journal. France-Belgique, 1915-1916 Francœur Georges-Ulric. Texte inédit, établi et annoté par Michel Litalien, Outremont, Athéna éditions, 2011.
Gestionnaire du réseau des musées des Forces canadiennes à la Direction Histoire et Patrimoine, Michel Litalien fait œuvre utile d’historien  avec ces livres présentant de rares et souvent inédits témoignages de soldats canadiens-français.

12h Un ouvrier-artisan en guerre. Les témoignages de Gaston Mourlot. 1914-1919. Moyenmoutier, Collectif CRID 14-18 Rémi Cazals, Jean-François Jagielski, Alexandre Lafon, Marie Llosa, Philippe Olivera, Yann Prouillet, Editions Edhisto, 2012.

Témoignage original d’un artisan-ouvrier parisien, qui donne à « lire » « sa » guerre à travers différentes productions : carnets, lettres, photographies, dessins et … un herbier.

Après-midi : Coup de projecteur sur un récit …

14h La bataille d’occident, Eric Vuillard, Actes sud Littérature, 2012 .

L’auteur revisite à sa manière historique, politique et polémique le premier conflit mondial: « un livre stimulant et au langage étincelant »  Le Magazine littéraire, juin 2012.

L’actualité du livre d’histoire de 14-18…

14h30 La première guerre d’Hitler, Thomas Weber, Perrin, 2012

Professeur d’histoire contemporaine (Universités d’Aberdeen et d’Harvard), l’historien britannique Thomas Weber bouscule la vulgate selon laquelle le premier conflit mondial serait la matrice de l’idéologie d’Hitler et du nazisme. Il nous invite à une relecture complète de la personnalité du Führer et de son ascension au pouvoir. Un ouvrage très documenté, un appareil scientifique irréprochable. Décapant !

15h30 Nivelle, l’inconnu du Chemin des Dames, Denis Rolland, Imago, 2012.

Présentation – Débat

Denis Rolland s’attache à retracer le parcours et la psychologie du Général Nivelle, considéré comme le responsable du désastre du Chemin des Dames. Spécialiste de la Grande Guerre et historien des mutineries de 1917, il appuie cette investigation sur une documentation militaire désormais pleinement accessible, enrichie par le recours à des archives privées.

16h30  Vivre et mourir dans les tranchées de la Grande Guerre, Rémy Cazals, André Loez, Texto, Editions Tallandier, 2012.

Ce livre s’intéresse aux hommes des tranchées, les fantassins, aux hommes ordinaires. Les valeurs qui apparaissent dans leurs récits sont celles de la vie civile en temps de paix, confrontée aux exigences d’une guerre inhumaine (voir pages suivantes).

17h Le Chemin des Dames (dir.) Nicolas Offenstadt, Editions Perrin, 2012

17 historiens, entre l’archive et le terrain, ont mené une enquête qui est un essai d’histoire totale : tous les aspects de l’expérience combattante sont passés au crible de l’analyse. Avec cette réédition, il s’agit TOUJOURS de lever et d’expliquer l’oubli qui frappa dans le passé un lieu de bataille de la Première Guerre mondiale : le Chemin des Dames (voir pages suivantes).

17h30 /18h Clôture de la  10ème Journée du livre de Craonne

Toute la journée: signatures de livres * sur 14/18 (livres d’Histoire, romans, albums, BD …). Les auteurs des interventions et les membres du Crid 14-18 dédicaceront leurs ouvrages qui seront disponibles à  la vente. Sur place, des libraires avec une large sélection d’ouvrages récents et anciens sur 1914-1918, des éditeurs, des bouquinistes …

Et … Présence de Thierry Bourcy, romancier et scénariste, qui dédicacera sa série policière « Les aventures de Célestin Louise, flic et soldat »

Boissons et petite restauration sur place.               Entrée libre et gratuite.