Vacquié, François (1874-1918)

Né le 30 juin 1874 à Montauban (Tarn-et-Garonne) dans une famille de cultivateurs. Service militaire de 1895 à 1898 au 9e RI d’Agen. Marié le 20 avril 1902 à Villemur-sur-Tarn (Haute-Garonne). Ouvrier de l’entreprise Brusson (voir ce nom) à Villemur, mobilisé au 133e RIT, caporal le 30 octobre 1914, il a écrit des lettres à son patron : une carte postale et quatre lettres sont conservées dans les archives de la société, aux Archives de la Haute-Garonne. Le régiment se trouve en Alsace d’août 1914 à mars 1917. Dans la lettre du 25 septembre 1914, il remercie pour l’envoi de 10 francs ; ayant laissé sa famille sans ressources, il demande que l’entreprise embauche sa femme ; il souhaite que sa lettre soit communiquée à ses camarades de travail. Le 17 octobre, il précise qu’il lui tarde de venir reprendre son activité civile. La plus intéressante est celle du 28 décembre, envoyée d’Alsace : « Mon cher patron, hier j’ai reçu de M. de Saint-Victor [voir ce nom] 10 francs venant de votre part. Je vous dirai, Monsieur Antonin, que vous m’avez réellement rendu service. Car, croyez-le bien, nous sommes dans une mauvaise situation en ce moment. Car nous sommes dans les tranchées en avant postes, tranchées qui contiennent 30 centimètres d’eau, et en même temps nous avons même quelques prises avec les Allemands. Pourrai-je dire, cher patron, la fin de ce supplice ? Non, je ne puis, malheureusement. Je préfèrerais être ou du moins revenir bientôt à votre service. Mais en ce moment nous sommes ici pour faire chacun notre devoir. Mais avec beaucoup de souffrances. Car nous avons continuellement des journées complètement entières de pluie, et depuis cinq mois nous n’avons pas encore quitté les pantalons, et depuis quinze jours nous n’avons pas encore quitté les chaussures. Mon cher patron, je vous remercie beaucoup d’avoir eu un peu d’attention pour moi car j’en avais bien besoin. Mais ne faites jamais savoir à ma femme que je suis ici dans un si mauvais état. » Sur une carte postale du 24 janvier 1915 : « Je suis toujours en bonne santé malgré le froid rigoureux que nous éprouvons au milieu des neiges. »
Dans le long espace de temps entre les messages ci-dessus et la dernière lettre, du 25 mars 1917, François Vacquié n’a pas écrit à son patron ou bien rien n’a été conservé. À cette dernière date, il informe que son régiment vient d’arriver près de Verdun et que le spectacle est « piteux ». Il reste dans ce secteur jusqu’en septembre, puis il est en Champagne jusqu’en décembre 1917.
Il meurt à Villemur-sur-Tarn le 16 septembre 1918, en son domicile (nous n’avons pas d’autre précision).

Voir le livre de Jean-Claude François, Les Villemuriens dans la Grande Guerre, édité par Les Amis du Villemur historique, 2014.

Rémy Cazals, mars 2016.

Share

Beauvais, Alexandre

On ne sait rien de ce soldat sinon qu’il était un des ouvriers de l’entreprise de pâtes alimentaires Brusson Jeune (voir ce nom) à Villemur-sur-Tarn (Haute-Garonne). Ce qu’il écrit à son patron le 13 décembre 1914 est localisé dans les parages de Craonnelle ; il était au 36e régiment d’infanterie. Sa description de la misère des fantassins est assez précise pour être reproduite ici :
« Jamais de ma vie, non seulement moi mais presque la majorité de notre régiment n’a souhaité la mort comme dans cette maudite marche où, pendant neuf heures, nous n’avons pas cessé de marcher sous la pluie battante, cela de 3 heures de l’après-midi à 1 heure du matin, pataugeant dans la boue jusqu’aux genoux. Nos tranchées sont situées à l’orée d’un bois et au milieu des marais. Trente centimètres d’eau et de boue dans les sapes conduisant à nos cahutes hautes de 1,25 m et larges de 1,10 m, dans lesquelles nous sommes condamnés à rester quatre jours sans désemparer et à tirer les balles par des créneaux aménagés d’un côté. La mitraille, par ici, tombe sans désemparer. Dans la plaine, une quantité effrayante de Boches est fauchée, déployée en tirailleurs dans leur position normale, et cela depuis mi-septembre. L’odeur infecte qui se dégage est assez pour nous rendre malades. Impossible de les enterrer car les tranchées françaises et allemandes à cet endroit sont à environ 150 mètres. Le premier qui sort la tête est repéré immédiatement et les balles pleuvent dur comme grêle. C’est une vraie place à choléra. Heureusement que le temps froid arrive et évitera bien des maladies contagieuses. Depuis que nous sommes ici, je n’ai eu qu’une heure de sommeil, et encore plié en deux. Nous manquons de tout : sucre, café, tabac, bougies, allumettes, rhum, enfin tout ce qu’il faudrait pour soutenir le moral des soldats. »
Rémy Cazals, mars 2016, en attendant d’en savoir plus sur ce soldat

Share

Roussillat, Louis (1897-1978)

Voici un livre curieux : Louis Masgelier, Carnets d’un Creusois dans la Grande Guerre 1916-1918, présentés par Jacques Roussillat, Neuvic-Entier, Éditions de la Veytizou, 1996. Curieux parce qu’on apprend à la dernière page de l’épilogue et du livre que le nom de Masgelier cache celui de Louis Roussillat, le père du médecin auteur de la présentation. Celle-ci est le résultat d’une recherche généalogique et livre des informations sur une famille de souche paysanne. Louis est né en septembre 1897 à Saint-Vaury, près de Guéret. Son père exerçait la profession de tailleur d’habits. Bon élève, poussé par son instituteur, Louis entre à l’École primaire supérieure puis à l’École normale en 1913. Pendant la guerre, il recherche la compagnie de ses collègues et surtout des Creusois. Il pense que les instituteurs occupent une bonne place dans la hiérarchie intellectuelle et sont supérieurs à certains gradés incultes. Il écrit aussi (p. 93) : « J’ai envié quelquefois l’instruction secondaire, j’aurais voulu recommencer ma jeunesse pour suivre les cours d’un lycée, jugeant sur quelques brillants sujets, je vous enviais un brin. Mais je vois bien par ton exemple que je m’abusais quelque peu, que toi, brillant lycéen, bachelier depuis longtemps, tu ne nous vaux peut-être pas comme caractère, comme jugement. »
Louis Roussillat a pris des notes sur trois carnets, de novembre 1916 à janvier 1919 ; il n’en a jamais parlé à son entourage et, d’une façon générale, il évoquait rarement la guerre. De novembre 1916 à octobre 1917, il reste assez loin des lignes, d’abord dans une unité non précisée, puis au 338e RI à partir de juillet 1917. Durant cette période, il décrit exercices et corvées, cours d’élèves caporaux et stage de maniement du fusil mitrailleur. Il voit tomber les premiers obus en octobre 1917 et il découvre les tranchées en novembre. Mais il n’entre dans une phase de combats que fin mars 1918, lors de l’offensive allemande.
Durant la première période, quelques notations :
– à l’annonce de la mort d’un camarade à Verdun, la douleur, puis « la colère contre ces bandits à qui nous devons cette guerre infâme » et la volonté de le venger (p. 51) ;
– le froid de janvier 1917 (p. 75) ;
– le suicide d’un officier (p. 78) ;
– le spectacle des destructions à Ollencourt et Tracy-le-Val (p. 84) ;
– la gêne du jeune gradé qui doit commander de vieux soldats (p. 90) et la remarque que des hommes en groupe se conduisent comme des gamins (p. 98) ;
– l’accoutumance : « Lorsqu’une oreille se tend pour un ordre, l’autre est prête à enregistrer le contraire » (p. 115) ;
– une corvée de barbelés dans la neige en décembre 1917 (p. 117).
Le récit des combats du printemps 1918 va de la page 124 à la page 140. On assiste d’abord à l’affreux exode des civils, puis à l’affrontement du 29 mars avec une charge à la baïonnette conforme à ce qu’en dit Jean Norton Cru. Lorsque l’ordre est donné : « La ligne hésite, oscille un instant. C’est dur de partir à la mort dans cette plaine battue de tous côtés. Puis tous partent, s’élancent, les baïonnettes se fixent au fusil et on tire à la course : la compagnie se précipite sur Fritz. Surpris par cette riposte, les Boches font demi-tour et à toutes jambes redescendent vers la vallée d’où ils montaient. » Il décrit ensuite la joie de retrouver les copains vivants (p. 130), les honteux pillages des maisons par les soldats français (p. 135). En avril, il est nommé caporal, puis sergent et adjudant.
Son fils n’a pas donné le texte du troisième carnet, contenant une dizaine de feuillets laconiques, ajoutant : « La pudeur, la lassitude, peut-être un certain dégoût ont alors arrêté sa main. » Dégoût ? Le poilu aurait-il évolué au contact de la vraie guerre ? Lui qui, sans aucune expérience, écrivait au tout début, assistant au retour des tranchées d’éléments du 202e RI (p. 41) : « On sent la confiance sous ces figures viriles que le danger a quelque peu durcies. C’est la nation en armes où les âges, les métiers les plus divers voisinent dans une même vie, dans un seul et même but : l’aspiration au repos par la victoire sur le Boche. » En décembre 1917, au cours d’une corvée désespérante, il écrit le mot « indignation », mais sans développer sa pensée. Et plus tard encore ? On ne sait.
Rémy Cazals, janvier 2016

Share

Larrazet (village du Tarn-et-Garonne) (5 témoins)

Ce village de 636 habitants a compté 25 morts sur 136 mobilisés en 1914-18, soit un taux supérieur à la moyenne nationale, mais correspondant à la surmortalité des populations rurales. Son originalité tient aux 3159 pages en 11 gros volumes d’un « Journal de guerre » rédigé par quatre notables : Jean Carné, notaire et maire ; le curé Joseph Dumas ; l’instituteur Auguste Durand ; le tailleur d’habits Jean Pujos. Les quatre hommes étaient trop âgés pour partir et n’avaient pas de fils sous les drapeaux ; ils se considérèrent comme « mobilisés » pour écrire la chronique du village pendant la guerre, avec l’aide ponctuelle d’Anselme Coureau, secrétaire de mairie, d’avril 1916 jusqu’à sa mobilisation en mai 1917.
Une première rubrique, la moins intéressante, puise son information dans le quotidien régional catholique et conservateur Le Télégramme. Elle reproduit (au début) ou résume (vers la fin) les communiqués officiels, et elle sélectionne les renseignements sur les difficultés de l’ennemi et l’entrain des poilus. Les nouvelles du front proviennent de quelques lettres choisies, telle celle de Jean-Marie Delpech à Auguste Durand : « Je vous assure que je ferai mon devoir jusqu’au bout. Si j’y reste, ne me regrettez pas car je n’aurai fait que mon devoir de Français. C’est vous, mon ancien instituteur, qui m’avez appris où était le devoir ; je souhaite que ceux qui nous remplacent sur les bancs de l’école apprennent eux aussi à devenir des hommes. » Il est dommage que les rédacteurs n’aient pas procédé à une collecte plus systématique des lettres des combattants du village, qui aurait apporté des sentiments plus variés. Mais il est clair qu’ils n’en ont pas voulu.
Parmi les « Faits locaux », après « Mobilisation », on trouve des rubriques sur les réquisitions, l’accueil des réfugiés, le rationnement et les prix, l’évolution des surfaces ensemencées, les problèmes de main-d’œuvre, la vie religieuse, le moral de la population. Les notables voudraient n’avoir à signaler que l’unanimité patriotique. Mais, en stigmatisant certaines attitudes, ils nous les donnent à voir : réticences des paysans devant les réquisitions et le versement de l’or ; aspirations à une paix blanche. Le 10 août 1917, ils écrivent : « Le moral reste ce qu’il était depuis longtemps ; tout le monde souhaite vivement la paix ; la majorité la réclame sans condition, ne se rendant pas compte de ce que serait l’après-guerre si nous acceptons une paix boiteuse. Nous devons cependant reconnaître qu’une imposante minorité s’efforce de maintenir le moral et qu’elle obtient des résultats appréciables (puisque l’on n’entend les raisonnements défaitistes qu’en petit comité, personne n’osant divaguer en public). » La paix signée avec l’Allemagne, le comité du « Journal » décide, en juillet 1919, de procéder à sa « démobilisation » et de clore son travail qui « pourra peut-être intéresser les chercheurs de plus tard ». Cet objectif est atteint : grâce à Alain Daziron et Sylvie Guiraud, les historiens peuvent tirer beaucoup de l’imposant document, et même plus que ce que les rédacteurs avaient prévu.
Rémy Cazals
* Sylvie Guiraud, Larrazet, commune rurale durant la Grande Guerre, La vie quotidienne d’un village à travers son Journal de guerre, Larrazet, Maison de la culture, 1997, 146 p. + annexes (à partir d’un mémoire de maîtrise, Université de Toulouse Le Mirail).

Share

Hourtal, Marius (1894-1986)

Né le 9 décembre 1894 à Carcassonne (Aude), il reçoit une éducation primaire, fait son apprentissage et devient ajusteur mécanicien dans l’entreprise Carrière et Guyot, fabricant du gros équipement agricole. Après la guerre et son mariage, il se met électricien à son compte ; retraité, il décide de rédiger ses souvenirs de guerre en 1978. Des extraits ont été publiés.
Tout commence en mars 1914 lorsqu’il passe le conseil de révision et qu’il est reconnu bon pour le service : « Je fis un saut de contentement et je courus me rhabiller pour me réchauffer. » Il assiste à la mobilisation et au départ du 143e RI. Lui-même rejoint le 56e RAC à Montpellier et, après la période d’instruction, le voici au Vieil-Armand où, en septembre 1915, un obus éclate dans l’âme d’une pièce de 75 de sa batterie. Le spectacle est horrible. Officiellement, on dira que c’est le résultat d’un tir allemand, mais on renvoie le reste des obus en usine. Quelques jours plus tard, il est lui-même égratigné par un minuscule éclat d’obus. Sa première permission est l’occasion de rapporter des limes pour graver des douilles. La permission d’octobre 1916 est racontée avec quelque détail : le fourbi encombrant lors de la traversée de Paris (dans une musette un obus allemand de 77 non éclaté dont il a retiré la poudre) ; les combines pour rabioter un peu de temps ; le chaudron d’eau bouillante dans lequel on va tremper les vêtements et « faire cuire ces bêtes » ; la visite aux parents de camarades tués ; la prière, avec sa mère, auprès de la Vierge du Bon-Secours de l’église Saint-Vincent. En avril 1917, c’est le Chemin des Dames : « Comme suite à cet échec sanglant, il y eut de la rébellion dans certains régiments. On fusilla même une vingtaine d’hommes, au hasard, même des meilleurs soldats. » En octobre, en Champagne, visitant un cimetière où il repère de nombreuses tombes d’hommes du 143e, il découvre celle de l’homme qui l’avait formé au cours de son apprentissage. Après Caporetto, il part pour l’Italie, et sa batterie est reçue triomphalement à Turin en novembre. Il va en permission juste après le terrible accident de train de Saint-Jean-de-Maurienne. Retour en France pour affronter les attaques allemandes du printemps 1918 (il est personnellement félicité par Poincaré). Puis c’est la contre-offensive décisive des Alliés et le 11 novembre. Marius Hourtal est alors maréchal des logis depuis le 5 mai 1917. Fin juillet 1919, retour à Montpellier où « on débarqua pour la dernière fois, étant sûrs de ne plus prendre le train pour une destination inconnue comme cela nous était arrivé une douzaine de fois en quatre ans de guerre ».
Rémy Cazals
*Années cruelles…, 1998.

Share

Molinet, Louis (1883-1979)

Louis Molinet naît de parents alsaciens le 31 octobre 1883 à Wengelsbach, une annexe de Niedersteinbach, en Alsace du Nord. A la fin de sa scolarité, il est employé à la carrière de Pirmasens (Palatinat), puis aux aciéries de Rombas et de Hayange (Moselle), et enfin comme charbonnier. D’octobre 1905 à septembre 1907, il effectue son service militaire au 9e Régiment d’Infanterie rhénan à Diez-an-der-Lahn. En novembre 1909, il épouse Madeleine Spill ; le couple s’installe à Lembach. De leur union naissent quatre enfants, dont trois avant 1914. Au début de la guerre, il est mobilisé dans le 60e Régiment d’Infanterie de Réserve et participe aux combats sur le front de Lorraine. Il passe près d’une année, entre juillet 1915 et juin 1916 dans le secteur d’Avricourt-Amenoncourt. De juillet à novembre 1916, il alterne les séjours à l’hôpital pour soins dentaires et les permissions pour travaux agricoles et forestiers. Cette période à l’arrière prend fin le 22 novembre, jour de son départ pour le front oriental (en Volhynie, Galicie et Bucovine). A la mi-mai 1917, l’ensemble de son régiment retourne sur le front ouest, à l’exception des Alsaciens-Lorrains. Transféré dans un autre régiment, Molinet est alors formé au tir de mortier, poste auquel il est désormais affecté. Il passe l’été 1917 entre le front et l’arrière. En septembre, son régiment rejoint le front balte, et il y participe notamment à la conquête des îles estoniennes. Il est décoré de la Croix de fer 2e classe le 20 novembre 1917. Suite à une hospitalisation au début de janvier 1918, il est muté dans un bataillon de réserve et demeure dès lors à l’arrière. Il obtient deux permissions d’un mois en juin (suite au décès de son frère Alfred au front), et en septembre. Le 9 novembre, il adhère au comité de soldats de son régiment. Il est ensuite démobilisé le 16 janvier 1919. De retour, il est employé comme mineur aux puits de pétrole de Pechelbronn, où il travaille jusqu’à sa retraite en 1939. Le 1er septembre 1939, comme tous les habitants de Lembach, la famille Molinet est évacuée à Droux en Haute-Vienne. A leur retour, l’Alsace est à nouveau allemande, mais cette fois sous le régime nazi. Leur maison est détruite par un obus américain en décembre 1944 et n’est reconstruite qu’en 1955 grâce aux dommages de guerre. Louis Molinet décède en septembre 1979 à l’âge de 96 ans. Tout au long de sa vie, son expérience de la Grande Guerre demeura un souvenir fort, qu’il se plaisait à raconter (selon le témoignage de son petit-fils Jean-Claude Fischer, que nous remercions pour ses nombreuses précisions).
Publié sous une forme traduite (« Le carnet de Louis Molinet. Un habitant de Lembach raconte sa guerre de 14-18 », in l’Outre-Forêt, n°109, 2000, p.21-36), ce journal de guerre est à l’origine rédigé par Louis Molinet au fur et à mesure des évènements, au crayon et en allemand, sa langue maternelle, dans un petit carnet de poche. Celui-ci contient en outre un certain nombre d’informations usuelles : des listes d’adresses (les siennes, successives, ainsi que celles d’amis, camarades ou parents), des listes de courriers ou colis reçus, les dates auxquelles il a communié, la signification des signaux lumineux, les dates et le montant versé aux emprunts de guerre, ainsi qu’une liste de mots courants français traduits et transcrits phonétiquement. L’ensemble s’apparente donc à un carnet de route recueillant les informations que l’auteur a jugé utile de conserver auprès de lui. Dans ce carnet, le récit ne commence qu’en juin 1915, sans aucune référence aux mois précédents, ce qui laisse supposer qu’un premier carnet contenant les mois d’août 1914 à juin 1915 a dû être perdu.
Louis Molinet y livre un récit chronologique très détaillé de ses mouvements, stipulant consciencieusement les dates, horaires et lieux de destination. Il s’agit souvent de l’essentiel de l’information relatée. Il ne s’attarde pas sur certaines périodes comme ses séjours à l’hôpital ou ses permissions, ni sur l’année 1918 passée essentiellement à l’arrière. Les descriptions des évènements vécus ne tiennent souvent qu’en quelques mots, jugés sans doute suffisamment évocateurs pour pouvoir lui rappeler les faits le moment venu. C’est le cas pour les moments de la vie quotidienne comme pour les combats successifs. Certaines batailles, notamment celle où il échappa de peu à la mort, et certains évènements exceptionnels sont un peu mieux renseignés, comme les tentatives de fraternisations russes en avril 1917 ou la désertion de deux soldats français le 9 mai 1916 : « vidant une grenade à main, ils y ont mis un billet signé avertissant de leur venue dans la soirée (…) ils sont arrivés comme prévu » (p.26). Quand il revient plus longuement sur des épisodes, il garde un certain détachement : il décrit ainsi, sans émotion, comme trop habitué à ce genre de spectacle, les derniers moments d’un camarade alsacien mourant, qui en plus est en parenté avec sa femme : « Jambes et entrailles arrachées, il ne mesurait plus que 80 cm, mais vivait encore (…) puis il a rendu l’âme » (p.29). Ses impressions personnelles, plutôt rares, sont aussi succinctes. Elles portent cependant autant sur les horreurs (le 8 octobre 1915 : « c’est terrible à voir (…) C’est en fait la journée la plus terrible que j’aie vécu jusque-là »), les difficultés (liées au froid et à la neige par exemple : « je n’ai jamais vu ça de ma vie », p.29), que sur les moments plus agréables (le 14 mai 1917, après un repas copieux et une séance de cinéma, représente sa « plus belle journée en Russie »). De la même manière, il nous laisse entrevoir ses préoccupations de soldat, qu’il s’agisse de sauver sa peau et de survivre aux épreuves de la guerre (la religion tient une place importante à cet égard), de la nourriture qui manque parfois cruellement, notamment sur le front oriental (« nous souffrons beaucoup de la faim », p.30), ou de l’attente impatiente du courrier et des colis de sa famille.
Contrairement à certains témoignages d’Alsaciens ou de Lorrains, le carnet de Louis Molinet ne contient aucune considération politique, ni formes de critiques à l’égard du militarisme allemand. Certes, il peut exister une forme d’autocensure, l’auteur pouvant être soucieux de ne rien écrire qui puisse se retourner contre lui dans le cas où le carnet se perde. Il ne fait par exemple aucun commentaire lorsque tout son régiment, à l’exception des Alsaciens-Lorrains, retourne sur le front occidental. Cependant, il semble qu’il ne remette pas en cause son service dans l’armée allemande et qu’il effectue sa tâche avec un certain sens du devoir. Peut-être est-ce lié à la transmission de valeurs militaires par un père qui connut le service de 6 ans et la guerre de Crimée dans l’armée de Napoléon III. En tout cas, tandis que Louis est décoré de la Croix de fer en novembre 1917, son frère Pierre est élevé au rang de caporal. Par ailleurs, Louis évoque avec déférence ses généraux (« Son Excellence le général en chef Falkenhausen », p.22 ; « son Excellence le lieutenant général Von Estorff », p.30), et quand son camarade alsacien décède au front, c’est en « donnant ainsi sa vie pour la patrie » (p.29). Loyal pour le régime impérial, il ne semble pas pour autant vouer de haine particulière à l’égard des Français. Ceux-ci sont simplement les adversaires d’en face, contre qui « nous déployons (…) nos mitrailleuses devant les barbelés et vengeons nos camarades qui viennent de tomber » (p.22). Cela ne l’empêche pas de noter plus loin : « nos fusils crachent le plomb sur ces pauvres Français (…) Les pauvres camarades Français tombent comme fauchés ». Dans cette guerre qui divise les hommes en deux camps, Molinet reste à la place qui lui est attribuée, et projette ses espoirs sur les moments préservés du danger du front : il apprécie ainsi la période de formation au tir de mortier « car là nous sommes en paix, bien tranquilles à l’arrière du front » (p.30). De même, il n’hésite pas à contrevenir au règlement quand il s’agit de rejoindre se femme lors de cantonnement à Sarrebourg (p.25).
GEORGES Raphaël, mars 2013

Share

Deschamps, Paul (1889-1983)

Fils d’un couple d’instituteurs de la région nantaise, il fait des études de médecine et exerce, après la guerre, dans la région parisienne. À la retraite près de Dinard, il y écrit ses Mémoires de n’importe qui, souvenirs de guerre qu’il confie à un jeune ami instituteur. Passionné de littérature, d’histoire, de politique, d’art et de nature, il porte un regard lucide, généreux, parfois ironique sur les hommes. Avant la guerre, monté de Nantes à Paris, il y vit chichement, fréquentant artistes et écrivains célèbres, participant aux réunions d’un groupe de jeunes gens amoureux d’art et de littérature, la Ghilde des Forgerons. Le déclenchement de la guerre le surprend à Paris. Ce réformé pour myopie s’engage au service de la Croix-Rouge. Bien que signataire d’une pétition de soutien à Romain Rolland, il ne refuse pas le fait d’être récupéré en décembre 1914 et déclaré bon pour le service armé. Il débute sa guerre comme aide-major dans un bataillon du 21e RIT, dans le secteur d’Hébuterne, près des régiments du 11e corps d’armée. Il passe ensuite au GBD de sa division territoriale, toujours dans la Somme. Il connaît, en formation sanitaire de soutien de diverses unités, d’autres fronts, calmes comme en Lorraine, très tourmentés comme après l’offensive de septembre 1915 en Champagne, en particulier au fameux Trou Bricot. En février 1916, il est affecté comme médecin de bataillon au 7e RIC, tout en continuant de préparer sa thèse de médecine. Affecté brièvement à l’artillerie légère, il participe au début de la bataille de la Somme. Il rejoint ensuite de nouveau, un bataillon du 7e RIC. En février 1917, il se marie et il continue de rester en contact avec le groupe de la Ghilde qui lance une revue un peu anarchiste, La Forge. Fin avril 17, il est nommé médecin de la place de Quimperlé, Finistère. Ce répit ne dure que 4 mois. Fin août, il doit rejoindre le front, au 101e RIT, dans le secteur de la Côte du Poivre. En décembre 1917, il est sanctionné pour avoir volontairement évacué une section de territoriaux, présentés comme souffrant d’une intoxication alimentaire, alors qu’ils cuvaient un retour de « cuite » collective. Il est alors affecté, pendant plusieurs mois, à l’ambulance 15/5, en Lorraine qui devint un temps ambulance Z, spécialisée dans le traitement des gazés. Surmené, lui-même intoxiqué, soupçonné d’un début de tuberculose, il est évacué, fin 1917, dans le Midi, près de Menton. Il ne retourne pas au front.
Paul Deschamps décrit ce parcours militaire quelque peu tourmenté avec verve et humour. Il ne cache pas les horreurs de la guerre mais il dresse une série de portraits de médecins, d’officiers ou de soldats tantôt attachants, tantôt méprisables, tantôt misérables. L’histoire du pauvre Rabourdin, condamné et fusillé dans des conditions révoltantes et lamentables, est poignante, et la comparaison qu’il fait entre le « type formidable » que fut son premier commandant de bataillon en Champagne et le « salaud », sadique et insupportable (décrit de façon implacable), qui lui succède ressemble à un jugement sans appel.
Dans cette guerre, Deschamps ne perd pas le contact avec l’arrière. Il continue de participer aux actions de la Ghilde. Et, dans ses contacts réguliers avec ce cercle d’artistes et d’écrivains dont certains étaient comme lui au front, il constate une belle vitalité intellectuelle où le rejet de la guerre point. Deschamps est, aux armées, un homme libre et veut le rester. Il ne se résigne pas, ne se replie pas. Ses rencontres et échanges avec son ami Élie Faure (qui sortait de la fournaise) le réconfortent et il avoue que « sa présence spirituelle m’aide encore à vivre … et m’aidera tout à l’heure à mourir ». Et, clôturant son journal de guerre, sa rencontre avec un Henri Barbusse, péremptoire et tout à sa gloire littéraire nouvelle, le laisse un peu décontenancé et amer. Au total, ce journal de guerre est celui d’un honnête homme, lucide et engagé. Le lire offre un plaisir renforcé par l’humour, la malice des propos et la saveur de certains portraits.
René Richard
*Paul Deschamps, Mémoires de n’importe qui (1914-1919), Bretagne 14-18, 1999, 52 p.

Share

Cadoret, Louis (1892-1915)

Né à La Chèze, près de Loudéac (Côtes-du-Nord), le 11 février 1892. Il effectue son service militaire, au 67e RI de Soissons, lorsque la guerre éclate. Il va s’efforcer de transcrire ce qu’il voit et vit dans un petit carnet. Cet unique carnet va de fin juillet au 6 septembre 1914. Louis Cadoret continua t-il d’écrire ? Nous n’en savons rien. Il disparut le 6 février 1915 dans les combats des Éparges. Ce petit document a été sauvé par un lointain cousin, Louis Cadoret et sa famille étant totalement oubliés à la Chèze. Le document édité compte 29 pages. Mais la transcription même du carnet tient seulement dans 8 pages. Le soldat de 1ère classe Louis Cadoret y raconte dans un récit au style très simple, sans commentaire superflu, les premiers jours de la guerre, les marches d’approche, et, à partir du 22 août, les combats (Longwy, Longuyon, la ferme de Constantine, Mangiennes…) jusqu’au repli vers Montfaucon et Amblaincourt. Les détails sont précis ; les désordres, désillusions et incertitudes de ces premiers combats ne sont point cachés dans ce témoignage captivant et qu’on regrette trop bref.
René Richard
*Mémoires d’un combattant de 1914 : Louis Cadoret, Bretagne 14-18 et Amicale laïque de Plaintel, 1997, 29 pages.

Share

Lachiver, Jules (1891-1915)

Lettres de guerre (août 1914-mai 1915) de Jules Lachiver,
déclaré « mort pour la France » le 9 mai 1915,
Bretagne 14-18, 2000, 31 pages 21×29,5 ISBN : 2-913518-12-5

1 – L’auteur.
Jules Lachiver est né le « décembre 1891 à Gomené, dans le sud-est du département des Côtes-du-Nord, où ses parents étaient instituteurs publics. C’est presque naturellement que leur fils s’orienta vers l’enseignement. Quand il partit au service militaire, le 9 octobre 1912, il exerçait dans l’école publique de Pléhérel, sur la côte. La guerre le surprit à la caserne de Vitré, incorporé au 70ème R.I., où il était sergent depuis le 2 octobre 1913. Il fit le début de la campagne, sur la Sambre, à Guise et sur la Marne ; il fut blessé le 3 octobre 1914 à Neuville-Vitasse ; blessure légère, hospitalisation brève, remontée au front d’Artois à la mi-novembre. Il passe l’hiver dans ce secteur. Le 9 mai 1915, sa compagnie, la 10ème, fait partie de la première vague d’assaut du régiment. Elle est lancée au nord-est de Roclincourt et est décimée par les mitrailleuses allemandes. Jules Lachiver est tombé lors de cette vaine attaque et son corps ne fut jamais retrouvé.

2 – L’ouvrage.
Les parents de Jules Lachiver, très affectés par la disparition de leur fils unique (le père décèdera trois mois après, miné par le chagrin), avaient conservé ses lettres. Ce lot de missives, surtout important de janvier au 8 mai 1915, a été sauvegardé par un neveu qui l’a confié à Bretagne 14-18. Y ont été ajoutés divers documents et, en particulier les courriers échangés après la disparition de Jules Lachiver. La famille garda longtemps l’espoir de retrouver son corps.

3 – Le témoignage.
La correspondance de Jules Lachiver, surtout adressée à ses parents, révèle son entrain et son patriotisme. Pour lui, après la déconvenue de Belgique et le retournement de la Marne, il faut bouter les Allemands hors de France ; là est son devoir qu’il rappelle dans nombre de lettres ; après seulement, il pourra rentrer à la maison, espoir qu’il exprime cependant de plus en plus souvent. On sent, très imperceptiblement percer la lassitude et l’émotion se fait jour de plus en plus. Civil devenu soldat par la force des événements, il se borne à relater les faits de la vie quotidienne à la guerre, sans porter de jugements sur ce que l’on ordonne aux combattants. Sa détermination ne semble jamais faiblir. Mais, au-delà de ses déclarations patriotiques, sa dernière phrase pathétique dans sa dernière lettre (« Écrivez-moi souvent. ») traduit bien une certaine détresse. Il pensait passer encore une fois entre les balles et retrouver les siens. Espoir cruellement déçu.
René Richard

Share

Capel, Georges (1887-1915)

1. Le témoin
Georges Capel est né le 17 octobre1887 à Saint Valérien, canton de Chéroy, dans l’Yonne, de Florent Capel, charcutier et de Victorine Larrivé, sans profession. Lors de son incorporation au service militaire il exerce la profession d’employé de chemin de fer et est domicilié à Paris (2e arr.). Il a épousé Jeanne, Aline Daguenet le 11 octobre 1911. Il est mobilisé au 289e régiment d’infanterie (55e DI), régiment de réserve du 89e RI de l’Yonne. Georges Capel décède le 22 janvier 1915 à l’hôpital temporaire 22 à Cholet (Maine et Loire) des suites de blessure de guerre.
2. Le témoignage
Journal de guerre 1914-1915. Cet opuscule a été composé par Patrick Capel, arrière-petit-fils de Georges, édité par Editions JPB à Villemandeur (45200) Loiret, ISBN 10 : 2-907055-28-3, ISBN 13 : 9782907055284, 1994, 41 pages, à partir des notes manuscrites de Georges. Ce document est consultable à la Bibliothèque universitaire Sainte Geneviève à Paris. Les notes ont la forme d’un journal quotidien s’étendant du 10 août 1914 au 15 janvier 1915 sans aucun manque. Les apports de l’arrière-petit-fils, Patrick Capel, sont limités à la dédicace, un court « avis au lecteur » et quelques lignes en forme d’ex-libris. En outre, le petit-fils Michel Capel a ajouté un commentaire de 17 lignes dans lequel il rappelle l’authenticité du texte et précise que « l’original s’effaçant petit à petit a été intégralement recopié mot pour mot par Jeanne Daguenet » la veuve de Georges. Il termine par un court paragraphe constituant un hommage aux poilus, à leurs veuves à leurs orphelins (page 41).
3. Analyse
Georges Capel appartient à la classe 1907, il a 27 ans à la déclaration de guerre. Son journal apporte peu d’éléments originaux autres que ceux que l’on recueillerait dans le JMO de son régiment, ce qui n’est pas sans intérêt étant observé précisément que le JMO du 289e RI n’apparaît pas dans le site SGA Mémoire des Hommes arrêté malheureusement au 288e RI. On n’y dispose que de ceux de la 109e brigade (à laquelle est rattaché le 289e RI), de la 110e brigade et de la 55e DIR dont ces unités sont les composantes.
Le 289e RI reçut son drapeau lors d’une cérémonie sur la place de l’Esplanade de Sens le samedi 8 août 1914 à 4 heures du soir. Le lieutenant porte-drapeau était un « enfant du pays » : M. Régnier fils du conseiller général du canton de Chéroy (source : Gaston Gaudaire, Une Ville pendant la guerre, Sens, 1914-1919, Charles Lavauzelle & Cie, 1922).
Avec son régiment Georges Capel quitte Sens le 10 août. Son parcours est ensuite celui du 289e RI faisant mouvement vers la Lorraine. Dans tout le journal l’ennemi est désigné par le vocable « les Prussiens ». Le premier engagement et les premiers morts, dont le commandant Blomme Benjamin Aimé, tué « par le premier obus » (source : Memorialgenweb fiche n° A 284265) sont mentionnés le 25 août dans le secteur de Brainville Porcher, dans la Meurthe-et-Moselle (le texte retranscrit porte « Poncey » mais il s’agit très vraisemblablement d’une erreur de retranscription, il s’agirait plutôt de Porcher à 6 km à l’ouest-nord-ouest de Mars-la-Tour). Après cet épisode de la « bataille des frontières, le 289e RI se replie sur Saint Mihiel et Sampigny.
Embarqué par chemin de fer le 28 août, le régiment fait mouvement vers l’Oise à Tricot pour faire partie d’une nouvelle armée, dite 6e armée, sous les ordres du général Maunoury. Puis une marche de 25 km l’amène à Roye dans la Somme. C’est à nouveau une retraite et, de retour dans l’Oise, le 30 août « la moitié de la compagnie est perdue ».
Une nouvelle marche de « 40 à 45 km » conduit le régiment à Rantigny à 7 km au nord-nord-est de Creil le 31 août. Puis à Cinqueux le 1er septembre. Suivent plusieurs déplacements indiqués par le succession des lieux d’étape pour arriver finalement après un nouveau repli – à pied – à Marly-la-Ville le 3 septembre. Le 6 septembre, Georges note : « Nous n’avons pas pris part à la bataille qui a duré jusqu’à 8 heures du soir ; les trois quarts des officiers de la Division (il en reste 17 au régiment) sont tués ou blessés, la moitié des hommes sont hors de combat. »
Quittant les approches de Paris, un nouveau mouvement est décrit jusqu’au secteur de Soissons atteint le 12 septembre. Le régiment connaît alors une succession de montées en ligne dans le secteur de Crouy (Aisne) et de repos en cantonnements dans divers villages proches de Soissons. Il relève et, alternativement, est relevé par le 246e RI appartenant à la même 55e DI mais à la 109e Brigade. Parfois aussi le 289e RI est relevé par le 231e RI de la 110e brigade.
Le 12 janvier 1915, lors de l’attaque « à la baïonnette » de la cote 132, le lieutenant est tué et Georges Capel reçoit une balle dans l’épaule. Il est évacué le lendemain sur l’hôpital temporaire n° 22 de Cholet. Il y décède le 22 janvier. Sa dépouille est ramenée à Saint Valérien le 25 janvier et il y est inhumé le 26 janvier 1915.
Les apports originaux ressortant du journal de Georges Capel sont rares. On notera essentiellement les suivants :
Un accident se produit dès le départ en chemin de fer de Sens le 10 août 1914 : son train est stoppé suite à un tamponnement en gare de Sompuis (Marne), causant 7 morts et 54 blessés. La cause en est la fréquence élevée des convois allant tous dans la même direction.
Bien que l’on distingue habituellement une phase initiale qualifiée de « guerre de mouvement » suivie d’une « guerre de position » caractérisée par la fixation du front et l’établissement de tranchées, on voit apparaître dès le 14 août le recours aux tranchées dans le secteur de Vigneulles en avant de Saint Mihiel.
Le 12 septembre il est signalé près de Cravançon devant Soissons : « À 11 heures nous avons vu fusiller deux Prussiens pour tentative de vol, nous en avons vu passer neuf autres qui doivent être fusillés pour vol à main armée. »
Le 30 octobre il est fait mention sans le nommer de la mort du général de brigade. Il s’agit du général Arrivet Paul, Blaise, Marcel, tué le 29 octobre à 10h 30 d’une balle dans la tête lors d’une visite de tranchées dans le secteur de Crouy (source : JMO 109e Brigade du 3 août 1914 au 22 mars 1915, registre 26 N 526/1 p. 20/33).
Le 12 janvier 1915, jour de sa blessure par balle à l’épaule, Georges Capel fait état de la mort de son lieutenant. Il est fort probable qu’il s’agisse en fait du sous-lieutenant De Laët Edmond, Ernest, instituteur, chevalier de la Légion d’Honneur, comme le montre sa fiche sur SGA Mémoire des Hommes. La confusion de grade est possible sous la plume de Georges Capel, rappelons que la coutume dans l’armée française est d’appeler « mon lieutenant » aussi bien les aspirants que les sous-lieutenants et les lieutenants (et même les adjudants-chefs dans la cavalerie).
Page 41, Michel Capel, petit-fils de Georges apporte une précision sur les convictions de son grand-père : « Sa femme lui tint la main dans ses derniers moments durant lesquels il garda toute sa lucidité. Il refusa d’un geste le Christ que le prêtre lui présentait dans sa dernière heure. »

Michel Mauny, janvier 2013

Share